Rekazator : Analyse harmonique discrète
1 Les développements
Analyse harmonique sur un cube.
Voici un exercice préliminaire :
Exercice 1.1(Exercice préliminaire -Analyse harmonique discrète).Soit V une représentation (complexe) d’un groupe fini G et α un endomor- phisme de représentation de V.
1. On suppose que, pour tout i ∈ Irr(G), les multiplicités de i, dans la représentationV, sont toutes égales à 0ou1. Dit autrement, on suppose que V est somme directe de représentations irréductibles non isomorphes entre elles. Montrer que α se restreint en une ho- mothétie de rapport λi, i ∈ Irr(G), sur chacune des composantes irréductibles. En déduire que
αn = X
i∈Irr(G)
λniπi, exp(α) = X
i∈Irr(G)
exp(λi)πi.
2. On suppose, de plus, que V = CX, muni de sa base canonique (ex)x∈X, est la représentation par permutation pour l’action de G sur un ensemble (fini)X. Montrer que l’action est transitive et que le projecteur de V sur sa composante triviale est donné par
πtriv(v) = µvX
x∈X
ex, avec µv := 1
|X|
X
x∈X
vx,
avecv = (vx)x∈X.
Soluce
1
1. On sait que α respecte toutes les composantes isotypiques. Or, par hypothèse, toutes les composantes isotypiques sont irréductibles. Par le lemme de Schur, α se restreint donc en une homothétie sur chacune de ces composantes irréductibles.
Les deux dernières formules sont des conséquences directes.
2. Tout d’abord, on sait que la composante triviale a pour dimension le nombre d’orbites deGsurX. Comme, par hypothèse, la représentation triviale apparaît avec multiplicité0ou1, on obtient que la multiplicité est forcément 1, et donc, que l’action de G est bien transitive.
On sait que le projecteur πtriv sur la composante triviale vérifie
πtriv(ex) = 1
|G|
X
g∈G
eg·x,
pour toutxdansX. Or, comme l’action est transitive, pour toutydans X, il existe g0 dans G tel que g0 ·x = y et l’ensemble des g vérifiant cette propriété est g0Gx, où Gx est le stabilisateur de x. On en déduit
πtriv(ex) = |Gx|
|G|
X
y∈X
ey = 1
|X|
X
y∈X
ey,
ce qui donne l’assertion demandée.
Exercice 1.2 (Analyse harmonique sur un cube). On place des nombres x1, . . . , x6 sur les six faces d’un cube. Tous les jours, on remplace, sur chaque facei, le nombre marqué par la moyenne arithmétique des nombres inscrits sur les quatre faces adjacentes à la face i. En utilisant l’exer- cice 1.1, trouver les nombres qui seront inscrits au n-ième jour.
Soluce
Nous allons tout d’abord modéliser ce problème : l’inscription de nombres (complexes) sur toutes les faces du cubes sera considérée comme un élément de V := CF, où F désigne l’ensemble des faces du cube. Le groupe G des isométries positives du cube est isomorphe à S4 et il agit sur l’ensemble des faces du cube. On récupère donc une représentation par permutation deGsur V =CF. Maintenant, si l’on considère l’applicationα qui envoie un élément v := (vi)i∈F deCF sur l’élément(wi)i∈F, tel que wi = 14P
j↔ivj, alors le but de l’exercice est de calculer αn(v). Pour cela, nous constatons que :
2
1. α est un morphisme de représentations.
En effet, α est linéaire, et le reste provient du fait que G respecte l’adjacence des faces, dit autrement, si l’on notei↔j pour dire que la face i est adjacente à la face j, alors,
i↔j si et seulement si g·i↔g·j.
On a donc d’une part
α(g·v)
i = 1 4
X
j↔i
(g·v)j = 1 4
X
j↔i
vg−1·j,
et d’autre part
g·α(v)
i = α(v)
g−1·i = 1 4
X
k↔g−1·i
vk= 1 4
X
g·k↔i
vk.
L’égalité α(g·v)
i = g·α(v)
i se voit alors en posant j =g·k.
2. Avec les notations de la table de caractères de S4, on a V = Vtriv ⊕ Vφ⊕Vstd.
Pour montrer cette décomposition on calcule le caractère de la G- représentation V, c’est-à-dire, pour chaque élément g de G, le nombre de faces invariantes par g. Avec les notations précédentes de la table de caractères, il vient
|Cg| 1 6 3 8 6
S4 Id (12) (12)(34) (123) (1234)
χtriv 1 1 1 1 1
χstd 3 −1 −1 0 1
φ 2 0 2 −1 0
χV 6 0 2 0 2
Effectivement, les rotations (non triviales) ayant pour axe les droites passant par les centres des faces opposées du cube, ont deux faces in- variantes et les autres rotations non triviales ne laissent fixe aucune face. On voit les multiplicités par un calcul de produit hermitien. Par exemple
hχstd, χVi= 1
24(3×6−3×2×1 + 6×2×1) = 1
3
3. On note σ : v 7→ v∗ l’application qui envoie (vi)i∈F sur (vi∗)i∈F, où i∗ désigne la face opposée à i. Les projecteurs πtriv, πφ et πstd vérifient alors
πtriv+πφ = 1
2(Id +σ), πstd= 1
2(Id−σ).
En effet : soit P, resp. I, le sous-espace de V constitué des v tels que vi =vi∗, resp. vi =−vi∗. Alors,P⊕I =V, et 12(Id +σ), resp. 12(Id−σ), sont des projecteurs sur P, resp. surI. De plus, commeg·(i∗) = (g·i)∗ pour toutg deG,P etI sont des sous-représentations deV. Elles sont toutes deux de dimension 3, c’est-à-dire, le nombre de paires de faces opposées du cube. Comme Vtriv ⊂ P, une considération de dimension et l’unicité de la décomposition en isotypiques forcent à avoir P = Vtriv ⊕Vφ et I = Vstd. Ceci implique les formules annoncées sur les projecteurs.
4. Les rapports d’homothéties assurés par l’exercice 1.1 sont donnés par λtriv = 1, λφ=−12 etλstd = 0.
En effet, il est clair que α se restreint en l’identité sur Vtriv, et donc λtriv = 1. Notons maintenant que, dans la base canonique(ei)i∈F deCF, la matrice deαn’a que des zéros sur la diagonale ; on a donctr(α) = 0.
On voit de la même manière, en prenant pour base de P, resp. I, la base (ei+ei∗), resp.(ei−ei∗), quetr(α|P) = 0, resp. tr(α |I) = 0. On a donc λtriv+ 2λφ= 0 et 3λstd = 0.
Au final, on obtient bien la formule explicite
αn =πtriv+ (−1 2)n 1
2(Id +σ)−πtriv
, n >0.
Tout y est explicite, puisque πtriv est donnée l’opérateur « moyenni- sant », donné par l’exercice 1.1. La suite tend, comme on pouvait s’y attendre, vers πtriv.
Remarque. Ceci est un ravissant toy model de l’application de la théorie des représentations à la physique lorsque l’on travaille sur un système possé- dant une certaine symétrie. Il est inspiré du livre [?] d’Alexandre « Sachanx » Kirillov. Attention, tout de même ! Nous n’avons fait ici que diagonaliser une matrice de taille 6; nous n’avions pas besoin spécialement de la théorie des représentations. Mais le problème illustre l’utilisation de la théorie, princi- palement en physique, et l’idée de l’utilisation d’un groupe qui conserve la structure d’un objet en évolution et qui permet d’interpréter efficacement la diagonalisation en termes de sous-représentations, tout en ayant un accès gratuit aux projecteurs spectraux.
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