A NNALES DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE T OULOUSE
P. D UHEM
Sur le déplacement de l’équilibre
Annales de la faculté des sciences de Toulouse 1resérie, tome 4, no4 (1890), p. N1-N9
<http://www.numdam.org/item?id=AFST_1890_1_4_4_N1_0>
© Université Paul Sabatier, 1890, tous droits réservés.
L’accès aux archives de la revue « Annales de la faculté des sciences de Toulouse » (http://picard.ups-tlse.fr/~annales/) implique l’accord avec les conditions générales d’utilisa- tion (http://www.numdam.org/conditions). Toute utilisation commerciale ou impression sys- tématique est constitutive d’une infraction pénale. Toute copie ou impression de ce fi- chier doit contenir la présente mention de copyright.
Article numérisé dans le cadre du programme Numérisation de documents anciens mathématiques
http://www.numdam.org/
SUR LE
DÉPLACEMENT DE L’ÉQUILIBRE,
PAR M. P.
DUHEM,
Chargé d’un Cours complémentaire à la Faculté des Sciences de LiJle.
I.
L’application
de laThermodynamique
à laMécanique chimique
a trans-formé les idées des
physiciens
touchant l’influence que la chaleur exerce surles combinaisons
chimiques.
Le résultatcapital auquel
elle conduit estsusceptible
de se résumer en unprincipe
trèssimple.
L’invention de ce beau théorème doit être attribuée à M. J. Moutier bien que ce
physicien
ne l’ait énoncé que pour lesdécompositions
au seindes
systèmes parfaitement hétérogènes,
semblables à celuiqui
est constituépar le carbonate de
chaux,
la chaux et l’acidecarbonique, système
oùl’équilibre
est déterminé par une tension de dissociation fonction de la tem-pérature
seule.En
1877 (’),
par la considération d’uncycle
trèssimple
etl’application
à ce
cycle
du théorème deClausius,
M. Moutierparvint
à l’énoncé suivant : :Lorsqu’une transformation s’accomplit
sous unepression
il
qu’une
seulelaquelle
latransformation soit réversible;
au-dessous de cette latransformation
a lou-jours lieu, qui produit
undégagement
dechaleur;
au-dessus de cettetempérature,
latransformation
atoujours lieu, qui s’accomplit
avecabsorption
de chaleur.(1)
J. MOUTIER, Sur les trans for mations non réversibles (Société philomathique, 7e série,
t. I, p. 3g; 18~~).
N.I
Peu de
temps après (’ ),11~I.
Moutier montraitl’importance
de cette pro-position
dans le domaine de laMécanique chimique.
En
1882,
M. J.-H. Van t’Hoff(2)
a énoncé cetteproposition
sous uneforme absolument
générale,
pour touteespèce
de transformationschimiques.
Cette
proposition féconde,
àlaquelle
M. Van t’Hoff donne le nom decipe
dudéplacement
del’équilibre
matériel avec latempérature,
esténoncée par lui de la manière suivante : :
Tout
équilibre
entre deux étatsdifférents
de la matière(systèmes)
scdéplace,
par un abaissement detempérature,
vers celui des deux sys- tèmes dont laformation développe
de la chaleur.En
1886,
M. Potier( 3 ~
a donné une démonstration de cetteproposition.
Dans l’année scolaire
I 888-I88g,
nous avons eu àenseigner,
à la Facultédes Sciences de
Li.lle,
les lois deMécanique chimique.
Au cours de cet en-seignement,
nous avons donné de laproposition
de M. J.-H. Van t’Hoff’ la démonstration suivante :Imaginons
unsystème
défini par latempérature
absolue T et par un cér-tain nombre d’autres
paramètres
x,03B2,
..., 03BB.Supposons
que les forces exté- rieuresappliquées
à cesystème
admettent unpotentiel W,
soit d’elles-mêmes,
soit en vertu des liaisonsimposées
aux modifications virtuelles donton affectera le
système.
Le
système
ainsi constitué admet unpotentiel thermodynamique
~~.Les conditions
d’équilibre
dusystème
à latempérature
T serontsentées par les.
équations
(1) J. MOUTIER, Sur les combinaisons chimiques produites avec absorption de chaleur (Société philomathique, 7e série, t. I, p. g6; 18~~).
(2) J. H. VAN T’HoFF, Études de Dynamique chimique, p. 161 (Amsterdam; I884).
(3) POTIER, Journal de Physique, 2P série, t. V, p. 56; 1886. _
Résolues par
rapport
à a.,~3,
...,~,
ceséquations
deviennentCes dernières
équations
définissent l’état dusystème
à latempérature
T.A la
température (T
+dT),
ils’établira
un nouvel étatd’équilibre
danslequel
lesparamètres qui
définissent le système auront les nouvelles valeursLes
équations d’équilibre (1),
différentiées parrapport
àT,
donnent lesystème d’équations
Multiplions
les deux membres de lapremière
de ceséquations
par~°‘ ~
>les deux membres de la seconde
... les
deux membres de la dernière par etajoutons
membre â membre les résultats obtenus. Nous obtien- drons le résultat suivant :Dans cette
équation,
on doit attribuer ausymbole
la
signification
suivante :On considère toutes les
valeurs,
distinctes les unes des autres, de laquantité
que l’on
peut
obtenir enremplaçant
[JL et v par deuxlettres,
différentes l’une del’autre, prises
dans l’ensemble ...,X,
et l’on fait la somme detoutes ces valeurs distinctes.
Les
égalités (2) définissent,
parhypothèse,
l’étatd’équilibre
dusystème
à la
température T;
elles rendent donc minimum lepotentiel thermodyna- mique
dèslors,
si l’on donne à a,~, ..., ~
les valeurs définies par leségalités (2),
on sait que la formequadratique
doit être
positive, quelles
que soient lesvaleurs,
différentes de o, que l’on donne auxquantités
a,b,
... , l.Ceci doit avoir
lieu,
enparticulier,
si l’on faitOn a donc
Cette
inégalité, comparée
àl’égalité ( 3 ),
donnel’inégalité
Posons
L’inégalité
que nous venons d’obtenir pourra s’énoncer de la manière sui-vante :
La
quantité
;est de
signe
contraire à dT.Interprétons
ce résultat :Lorsqu’un système subit,
à unetempérature
constanteT,
une modifica-tion réelle ou
virtuelle,
ildégage
unequantité
de chaleurdQ.
Del’expres-
sion même du
potentiel thermodynamique,
il résulte que l’on aSi,
enparticulier,
la modification a lieu àpartir
d’un étatd’équilibre,
on aet
l’égalité précédente
devientPrenons donc le
système
que nous étudions à latempérature T,
dans sonétat
d’équilibre.
Donnons auxparamètres
a,~, ..., ~ qui
le caractérisent des variations virtuelleségales respectivement
auxquantités ~~,
...,~~,
définies par leségalités (4),
etgardons
invariable latempérature
T.Le
système dégagera
unequantité
de chaleur§Q exprimée
par la relationD’après
ce que nous avons vu, le second membre de cetteégalité
est designe
contraire àdT;
nous pouvons donc énoncer le théorème suivant :Lorsqu’on
élève latempérature
d’unsystème
enéquilibre,
il s’établitun nouvel état
d’équilibre différent
dupremier.
Lesparamètres qui
caractérisent l’état du
système
subissent certaines variations. S’ils su-bissaient ces mêmes
variations,
latempérature
demeurant constante, lamodification imposée
ausystème
entraînerait undégagement
de cha-le ur .
C’est,
on levoit,
leprincipe général
énoncé par J.-Il. VanII.
En
1~~~~,
M. G. Robin(’ j
montrait que la méthodeemployée
par M. J.pour démontrer la
proposition
que nous avons citée au début decette
Note,
s’étend aisément à la démonstration de laproposition
suivante : :certaine
température déterminée,
il mac seulepression,
sous
laquelle l’équilibre
cst sous lespressions plus élevées,
il seune réaction
accompagnée
d’une diminution devolume;
sous lcespressions
moins élevées, il seproduit
une réactionaccompagnée
d’uneaugmentation
de volume.Ce théorème était énoncé par M. Robin seulement pour le cas des sys- tèmes
parfaitement hétérogènes ;
mais il estsusceptible,
comme leprécé- dent,
d’être étendu à dessystèmes quelconques ;
démontrons-le d’une manièregénérale.
Considérons un
système
soumis à unepression
normale et uniformeP,
seule force extérieure
qui agisse
sur lui. Soit V sonvolume;
soient U et Sson
énergie
interne et sonentropie ;
soitson
potentiel thermodynamique
sous lapression
constante P.Supposons
l’état du
système
défini par les variablesP, T,
«,~,
..., ~. Les conditionsd’équilibre
dusystème
sous lapression P,
à latempérature T,
sont( 1 ) G. RoBIN, Société mathématique, 7e série, t. IV, p. 2:~ ; I 882.
équations qui,
résolues parrapport à
...,7~,
deviennentt~ la même
température T,
exerçons sur lesystème
unepression (P
+dP);
un nouvel état
d’équilibre
vas’étahlir;
les variables a,03B2, ..., 03BB
vontprendre
de nouvelles valeurs
Différentions par
rapporta?
les conditionsd’équilibre (5).
Elles nousdonnent les
égalités
suivantes :Multiplions
les deux membres de lapremière
de ceséquations
par-~;
les deux membres delà seconde par
;~2014
~ les deux membres de la dernière par.p
etajoutons
membre à membre les résultats obtenus. Nous trouve-rons
remaillé
L’état
d’équilibre
dusystème
défini par leségalités (6)
est tel que la va- leurcorrespondante
de $ soit minimumparmi
toutes cellesqui
correspon- dent aux mêmes valeurs de P et de T. La formequadratique
est donc
positive
pour toutsystème
de valeurs non nullesde a, b,
..., l. Enparticulier,
on a ,Cette
inégalité, jointe
àl’égalité ( 7 ),
donnel’inégalité
Posons
observons d’ailleurs que,
d’après
lesprincipes
de la théorie dupotentiel thermodynamique,
on a ,~et le résultat que nous venons d’obtenir pourra s’énoncer ainsi : La
quantité
est de
signe
contraire à dP. Or cettequantité
est la variation~~T
que subi-rait le volume
V, si,
sous lapression
P maintenue constante, à latempéra-
tu.re T maintenue constante, les
paramètres
x,03B2,
... , À subissaient des va-riations
ô~,
..., ô~. On arrive donc ainsi à laproposition
suivante :Lorsque,
àtempérature
constante, onaugmente
lapression que
supporte
unsystème
enéquilibre,
il s’établit un nouvel étatd’équilibre différent
dupremier.
Lesparamètres qui
caractérisent l’état dusystème
subissent une certaine variation. S’ils subissaient la même variation à
température
consta,nte et sous lapression primitive
maintenue constante,il y aurait diminution du volume du
système.
N.9
Cette
proposition,
donnée en 1882 par M. G. Robin dans un casparti- culier,
a été énoncée sous sa formegénérale,
sansdémonstration,
enr.884,
par M. H. Le Châtelier
( ~ ).
M. Le Châtelier donnait cetteproposition
comme un
complément
de laproposition
de M. J.-H. Van t’Hoff et lapré-
sentait sous la forme suivante :
Tout
système
enéquilibre chimique
stable soumis àl’influence
d’unecause extérieure
qui
tendà faire
varier soit satempérature,
soit sa con-densation
( pression, concentration,
nombre de molécules dans l’unité devolume)
dans sa totalité ou seulement dansquelques-unes
de sesparties,
ne peut éprouver
que desmodifications
intérieuresqui, si
elles se pro- duisaientseules,
amèneraient unchangement
detempérature
ou decondensation de
signe
contraire ci celuiqui
résulte de la cause exté- rieure.Dans cet
énoncé,
on levoit,
~~Z. Le Châtelierapplique
ce théorème nonseulement à la
pression,
mais encore à la concentration desdissolutions,
dans le cas où ce
paramètre
intervient. Le théorème enquestion
est, eneffet, susceptible
d’un énoncé tout à faitgénéral, qui
leplace
au-dessus dela
simple Mécanique chimique
etqui
a été donné par NI. F. Braun( ~ ~
sousla forme suivante :
Lorsqu’onfait
passer unsystème
d’un étatd’équilibre
à un autre enmodifiant
la valeur de l’une des variables dont ildépend,
« le passageau nouvel état
d’équilibre s’effectue toujours
de lelle manière que la variation arbitrairementimposée
à l’une des variables pour déterminer lamodification
subisse mae diminution dans sa valeur absoluemême de la
modification.
»M. Braun a donné de cette
proposition
une démonstration fondée sur la seule notion de stabilité. On peut aisément en donner une démonstration fondée sur laThermodynamique
etanalogue
à celle que nous venons de donner pour le cas où leparamètre
variable est lapression.
( ~ ) II. LE CHATELIER, Comptes rendus (t. XCIX, p. ~ 88 ; i 88~ ).
(2) F, BRAUN, Ueber einen allgemeinen qualitativen Satz f ûr Zustandsänderungen
nebst einigen sich auschliessenden Bemerkungen, insbesondere über nicht eindeutige Systenle ( Wiedemann’s Annalen, t. XXXIII, p. 337 ; 1888).