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alors Xn converge vers X d’apr`es l’in´egalit´e de Markov : en effet, pour tout ε >0, on a P |Xn−X|&gt

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Texte intégral

(1)

cours 23, le lundi 2 mai 2011

Convergence en probabilit´e

On dit qu’une suite (Xn) de v.a. r´eelles d´efinies sur un espace de probabilit´e (Ω,F,P) converge en probabilit´e vers une v.a. r´eelle X d´efinie sur le mˆeme espace (Ω,F,P) si

∀ε >0, P |Xn−X|> ε

−→n 0.

Si (Xn) converge vers X dans Lp(Ω,F,P), pour un p tel que 1 ≤ p < +∞, alors Xn

converge vers X d’apr`es l’in´egalit´e de Markov : en effet, pour tout ε >0, on a P |Xn−X|> ε

= P |Xn−X|p > εp

≤ R

|Xn−X|pdP

εp = kXn−Xkpp

εp qui tend vers 0 par hypoth`ese.

Proposition.Si la suite de variables al´eatoires r´eelles(Xn)converge en probabilit´e vers la variable al´eatoire X, la loi PXn converge ´etroitement vers la loi PX.

Preuve. — Si Y et Z sont deux variables al´eatoires d´efinies sur (Ω,F,P), on remarque que pour touty r´eel et tout ε >0, on a

{Y ≤y} ⊂ {Z≤y+ε} ∪ {|Z−Y|> ε}. Par cons´equent, pour tout x r´eel,

P Xn ≤x

≤P X≤x+ε

+ P |Xn−X|> ε ,

et de mˆeme pour l’in´egalit´e inf´erieure, cette fois avec y=x−ε, Y = X et Z = Xn, P X≤x−ε

≤P Xn≤x

+ P |Xn−X|> ε . Si Xn converge vers X en probabilit´e, on aura donc pour n assez grand

P X≤x−ε

−ε≤P Xn ≤x

≤P X≤x+ε +ε, ce qui est l’expression de la convergence ´etroite des lois.

Rappel-th´eor`eme.Pour une suite (Xn)de variables al´eatoires les conditions suivantes sont ´equivalentes :

1. — la suite des lois (PXn) converge ´etroitement vers la loi PX de la variable al´eatoire X;

2. — pour toute fonction f continue born´ee sur R, r´eelle ou complexe, on a

Ef(Xn)−→n Ef(X) ;

3. — il y a convergence simple sur R des fonctions caract´eristiques,

∀t ∈R, ϕXn(t)−→n ϕX(t).

(2)

D´erivabilit´e de la fonction caract´eristique d’une variable al´eatoire On rappelle que la fonction caract´eristique ϕX, d´efinie par

∀t ∈R, ϕX(t) = E eitX= Z

eitX(ω) dP(ω)

est une fonction continue et born´ee sur R. Pour voir si on peut d´eriver ϕX, on regarde la d´eriv´ee partielle de la fonction f(t, ω) d´efinie sur R×Ω par

f(t, ω) = eitX(ω)

`a savoir

∂f

∂t(t, ω) = iX(ω) eitX(ω); la majoration du module de cette d´eriv´ee partielle va de soi,

iX(ω) eitX(ω)

=|X(ω)|.

Le th´eor`eme de d´erivation de la th´eorie de Lebesgue donne : pour queϕX soit d´erivable, il suffit que X soit int´egrable ; dans ce cas,

ϕ0X(t) = i E X eitX

= i Z

X(ω) eitX(ω) dP(ω) = i Z

R

xeitx dPX(x).

En fait, la fonction caract´eristique est de classe C1 dans ce cas, car la d´eriv´ee partielle

∂f

∂t est continue par rapport `a t, donc ϕ0X est continue par le th´eor`eme de continuit´e.

On peut continuer `a d´eriver : si E|X|n<+∞ pour un entier n≥1, alors ϕX est de classe Cn; en particulier, quand X ∈L2,

ϕ00X(t) =−E X2eitX .

Quand X a des moments de tous les ordres n, la fonction ϕX est de classe C et

∀n≥0, ϕ(n)X (0) = inE Xn.

Rappel-exemple : v.a. U uniforme sur [−1,1]. Dans ce cas tous les moments existent, et de plus la fonction caract´eristique ϕU est non seulement C, mais analytique, somme d’une s´erie enti`ere de rayon de convergence +∞; en effet, on a calcul´e

ϕU(t) = sint

t =

+∞X

n=0

(−1)n t2n (2n+ 1)!. On v´erifie que le d´eveloppement en s´erie de Taylor

ϕU(0) + ϕ00U(0)

2 t2 +· · ·= 1− t2 6 +· · · redonne E U = 0, E U2 =−ϕ00U(0) = 1/3.

Dans le cas de la loi gaussienne centr´ee r´eduite, ou de sa densit´e g(x) = e−x2/2

√2π , on a vu que

bg(t) = Z

R

eitxe−x2/2 dx

√2π = e−t2/2.

(3)

Th´eor`eme de la limite centrale

Avant d’attaquer le th´eor`eme, rappelons que la fonction caract´eristiqueϕX d’une v.a. X est de classe C2 sur R quand E X2 <+∞ et que dans ce cas, on a

ϕ0X(0) = i E X et ϕ00X(0) =−E X2.

Th´eor`eme de la limite centrale, version 0. Soit (Yn) une suite de variables al´eatoires ind´ependantes, centr´ees, de mˆeme loi, et telles que E Yn2 = 1; la suite des variables al´eatoires

sn = Y1+· · ·+ Yn

√n

converge en loi vers la loi gaussienne centr´ee r´eduite N(0,1), c’est-`a-dire que pour tous a < b on a

P {a ≤sn ≤b}

−→n Z b

a

e−x2/2 dx

√2π.

Preuve. — Les variables al´eatoires (Yn) ayant toutes la mˆeme loi, elles ont la mˆeme fonction caract´eristique qu’on appellera ϕY (on a ϕY = ϕY1 = ϕYj, pour tout j > 1).

Comme Y1 est de carr´e int´egrable, la fonction caract´eristique ϕY est de classe C2, donc au voisinage de 0 on peut ´ecrire par Taylor-Young

ϕY(t) =ϕY(0) +tϕ0Y(0) + t2

2 ϕ00Y(0) +t2ε1(t), o`u ε1(t) tend vers 0 quand t→0. On a ici

ϕ0Y(0) = i E Y = 0, ϕ00Y(0) =−E Y2 =−1, donc, en rempla¸cant, on obtient le d´eveloppement limit´e

ϕY(t) = 1− t2

2 +t2ε1(t).

Par l’ind´ependance des v.a. (Yj), pour tout t ∈Rfix´e, on obtient ϕsn(t) = E eitsn = EYn

j=1

eitYj/n

= Yn

j=1

E eitYj/n

=

=

E ei (t/n)Y1n

Y(t/√ n)n. On a par ailleurs

ln(1 +u) =u+uε2(u)

au voisinage de 0, o`u ε2(u) tend vers 0 quand u→0. On a donc lnϕsn(t) =nlnϕY(t/√

n) =nln

1− t2 2n + t2

1(t/√ n)

. Posons

un=− t2 2n + t2

1(t/√ n),

qui tend vers 0 avec n, ce qui entraˆıne que ε2(un) tend vers 0 ; de plus nun=−t2/2 +t2ε1(t/√

n) tend vers −t2/2 quand n→+∞; on en d´eduit que

lnϕsn(t) =nln(1 +un) =nun+nunε2(un)

tend vers−t2/2. Donc pour touttr´eel,ϕsn(t) converge vers e−t2/2G(t), en d´esignant par G une v.a. gaussienne centr´ee r´eduite. On conclut grˆace au rappel-th´eor`eme.

(4)

Th´eor`eme de la limite centrale. Soit (Xn)n>1 une suite de variables al´eatoires r´eelles ind´ependantes, centr´ees, de mˆeme loi, et avec un moment d’ordre deux E X2nfini ; posons σ2 = E(X1−E X1)2 = Var(X1) et supposons Var(X1)>0. La suite

sn = X1+· · ·+ Xn−nE X1 σ√

n = 1

√n Xn

j=1

Xj−E Xj σ converge en loi vers la loi gaussienne centr´ee r´eduite N(0,1).

Preuve. — Comme les Xi sont de carr´e int´egrable par rapport `a la mesure finie P sur Ω, elles sont aussi P-int´egrables ; comme elles ont la mˆeme loi, elles ont la mˆeme int´egrale m= E Xi = E X1. Posons

Yi = Xi−m

σ ;

ces variables sont ind´ependantes comme fonctions Yi =g(Xi) de variables ind´ependantes, o`u

g(x) = x−m σ ,

et les (Yi) ont la mˆeme loi (elles sont obtenues par la mˆeme fonction g `a partir de v.a.

de mˆeme loi). On a E Yi = E Xi−m

/σ= 0 et E Yi2 = 1

σ2 E(Xi−m)2 = 1

E(X1−E X1)2 E(Xi−E Xi)2 = 1.

Le r´esultat annonc´e d´ecoule de la version 0, appliqu´ee aux (Yi).

Lois des grands nombres

On peut penser que le fait de consid´erer la moyenne Zn(ω) = X1(ω) +· · ·+ Xn(ω)

n

des r´esultats ind´ependants successifs (Xn(ω)) d’une mˆeme exp´erience al´eatoire, pour n assez grand, a des chances de stabiliser le ph´enom`ene, en r´eduisant l’influence de l’al´ea.

C¸ a n’est pas toujours le cas, comme on l’a vu dans le cas des variables de Cauchy : dans ce cas la loi de Zn est constamment ´egale `a la loi de Cauchy.

Remarque 1.Si la suite (Xn) tend presque sˆurement vers X, alors (Xn) tend vers X en probabilit´e.

En effet, pour tout ε >0 donn´e, la suite des fonctions sur Ω fn(ω) =1{|Xn−X|>ε}(ω)

converge P-presque partout vers 0 en ´etant domin´ee par la fonction P-int´egrable fixe 1.

Il en r´esulte que Z

fn(ω) dP(ω) = P |Xn−X|> ε

−→n 0.

(5)

Loi faible des grands nombres

L’effet r´egularisant escompt´e aura lieu pour les lois qui ont un moment absolu d’ordre 1, autrement dit pour les variables al´eatoires int´egrables. On va commencer par un r´esultat assez simple qui est `a notre port´ee.

Th´eor`eme (loi faible des grands nombres). Si les variables al´eatoires (Xn)n>1 sont ind´ependantes, de mˆeme loi et int´egrables, la variable al´eatoire

X1+· · ·+ Xn n

converge en probabilit´e, donc en loi, vers la constante E X1. Preuve. — On recentre en posant

Yj = Xj−E Xj,

et il s’agit de montrer que Vn = (Y1 +· · ·+ Yn)/n tend en probabilit´e vers la varia- ble al´eatoire constante 0, partout ´egale `a 0 ; dans le cas de la limite constante 0, la convergence des lois suffit pour obtenir la convergence en probabilit´e : si ψ est une fonction continue telle que ψ(0) = 1 et

0≤ψ ≤1[−ε,ε],

la convergence de PVn vers δ0, la loi de la limite 0, implique P |Vn| ≤ε

≥ Z

R

ψ(t) dPVn(t)−→n Z

R

ψ(t) dδ0(t) =ψ(0) = 1, donc pour n assez grand, on a P |Vn| ≤ε

>1−ε et P |Vn|> ε

< ε, ce qui signifie que Vn converge en probabilit´e vers 0.

D’apr`es le rappel-th´eor`eme, on sait que la convergence ´etroite des lois PVn des v.a. Vn vers la mesure de Dirac δ0 au point 0 ´equivaut `a la convergence simple sur R des fonctions caract´eristiques. Or

ϕ0(t) = E eit.0 = 1, et

ϕY(t) = 1 +tϕ0Y(t) +tε(t) = 1 + itE Y +tε(t) = 1 +tε(t) ; il en r´esulte que

ϕVn(t) = E eitVn = EYn

j=1

ei (t/n)Yj

= Yn

j=1

E ei (t/n)Yj =

= Yn

j=1

ϕYj(t/n) = ϕY(t/n)n

= 1 + t

nε(t/n)n

−→n 1.

On v´erifie l’affirmation pr´ec´edente en prenant le logarithme, lnϕVn(t) =nln

1 + t

nε(t/n)

∼nt

nε(t/n)

=tε(t/n) −→n 0.

(6)

Le cas L2

Si les Yi sont des v.a. r´eelles dans L2, ind´ependantes et centr´ees, elles sont orthogonales ; en effet, pouri 6=j,

hYi,Yji= Z

Yi(ω)Yj(ω) dP(ω) = E YiYj = E YiE Yj = 0.

Il r´esulte de l’orthogonalit´e (hhth´eor`eme de Pythagoreii dans l’espace L2(Ω,F,P)) que pour des v.a. de carr´e int´egrable centr´ees et ind´ependantes (Yj), on a

EXn

j=1

Yj2

=

Xn

j=1

Yj

2 2 =

Xn

j=1

kYjk22 = Xn

j=1

E Yj2.

Proposition 1. Si les variables al´eatoires Xi sont ind´ependantes et sont dans l’espace L2(Ω,F,P), on a

VarXn

i=1

Xi

= Xn

i=1

Var(Xi).

Preuve. — Posons Yi = Xi − E Xi; les (Yj) sont ind´ependantes et centr´ees, ce qui ram`ene au cas pr´ec´edent : on a

VarXn

i=1

Xi

= EXn

i=1

Xi− Xn

i=1

E Xi2

= EXn

i=1

Yi2

= Xn

i=1

E Y2i = Xn

i=1

Var(Xi).

Avec l’in´egalit´e de Tchebychev, on obtient pour tout δ > 0 et tout n ≥ 1, lorsque les (Xj) sont ind´ependantes de mˆeme loi, de carr´e int´egrable

P

Pn i=1Xi

n −E X

≥δ

= P

Xn

i=1

Xi−EXn

i=1

Xi

≥nδ

≤ Var(Pn i=1Xi)

n2δ2 = Var(X) δ2n . On retrouve la loi faible, mais avec une estimation de la vitesse de convergence, alors qu’il n’y avait aucune information de vitesse dans le th´eor`eme pr´ec´edent.

Remarque. Si on arrivait `a gagner un ε >0, sous la forme P

Pn

i=1Xi

n −E X

≥δ

≤ C(X, δ) n1+ε ,

on aurait une s´erie convergente et on pourrait d´eduire la loi forte des grands nombres par Borel-Cantelli (voir la preuve donn´ee plus loin).

(7)

Le vrai th´eor`eme : la loi forte

Th´eor`eme(loi forte des grands nombres). Si les (Xn)n>1 sont ind´ependantes, de mˆeme loi et int´egrables, on a presque sˆurement

X1+· · ·+ Xn

n −→n E X.

La loi forte implique la faible d’apr`es la remarque 1. On ne montrera ici qu’un cas particulier simple, celui o`u E X4 <+∞.

Proposition. On suppose que les (Yi)i>1 sont ind´ependantes, centr´ees et que b4 = sup

i

E Y4i <+∞. Alors pour tout δ >0 et tout n≥1, on a

P

Y1+· · ·+ Yn n

≥δ

≤ 3b4 δ4n2. Preuve. — On pose Sn =Pn

j=1Yj et on d´eveloppe sauvagement E S4n = E

Y4 k=1

Xn

jk=1

Yjk

= X

(j1,j2,j3,j4)

E Yj1Yj2Yj3Yj4

.

Par l’ind´ependance et le centrage, l’esp´erance du produit de quatre est nulle d`es qu’un terme Yjk n’apparaˆıt qu’une seule fois, comme dans (j, i, j, j), avec i6=j. Il ne reste que les termes de la forme (i, i, i, i) ou bien les (i, i, j, j), (i, j, i, j), (i, j, j, i), o`u le deuxi`eme indice i a trois positions possibles. Il en r´esulte, en notant que (E Y2)2 ≤E Y4, que

E S4n = Xn

i=1

E Y4i + 3X

i6=j

E Yi2E Y2j ≤nb4+ 3(n2−n)b4 = (3n2−2n)b4 ≤3n2b4. On conclut avec Markov,

P |Sn|/n≥δ

= P(S4n ≥δ4n4)≤ E S4n

δ4n4 ≤ 3b4 δ4n2.

On peut aussi montrer par r´ecurrence que si les Yn sont ind´ependantes centr´ees, de mˆeme loi, et b4 = E Y4, c4 = E Y22

, alors

E S4n =nb4+ 3n(n−1)c4

(qui est donc≤3n2b4, comme on a vu). En effet, E S41 = E Y41 =b4 montre le pas n= 1, et le passage de n`a n+ 1 se d´emontre en ´ecrivant d’abord que

E S4n+1 = E(Sn+ Yn+1)4 = E S4n+ 4 E S3nYn+1+ 6 E S2nY2n+1+ 4 E SnY3n+1+ E Yn+14 ; ensuite, par l’ind´ependance, on a que E S3nYn+1 = E S3n E Yn+1 = 0, et de mˆeme, on voit que E SnY3n+1 = E SnE Y3n+1 = 0, donc

E S4n+1 = E S4n+ 6 E S2nE Y2n+1+ E Y4n+1

=nb4+ 3n(n−1)c4+ 6nc2c2+b4 = (n+ 1)b4+ 3(n+ 1)nc4, ce qu’il fallait obtenir au pas n+ 1.

(8)

Proposition. On suppose que les (Xi)i>1 sont ind´ependantes de mˆeme loi et que a4 = E X4i <+∞.

Il en r´esulte que presque sˆurement

X1+· · ·+ Xn

n −→n E X1.

Preuve. — On a pour les int´egrales par rapport `a une probabilit´e E|X| ≤(E X2)1/2 ≤(E X4)1/4

donc

|E Xj| ≤a, E X2j ≤a2,

puisque par hypoth`ese E X4j ≤ a4. Les variables Yi = Xi−E Xi sont centr´ees ind´epen- dantes et (E Y4i)1/4 ≤2a (in´egalit´e triangulaire dans L4). Avec b= 2a, on trouve

P

X1+· · ·+ Xn

n −E X

≥δ

= P

Y1+· · ·+ Yn n

≥δ

≤ 3b4 δ4n2. On a donc que la suite des ´ev´enements

An= An(δ) =nY1+· · ·+ Yn n

≥δo v´erifie P

P(An)<+∞, autrement dit Z

+∞X

n=1

1An(ω)

dP(ω) = X+∞

n=1

Z

1An(ω) dP(ω) =

+∞X

n=1

P(An)<+∞,

donc la fonction sous l’int´egrale est finie presque sˆurement. Cela veut dire qu’il existe un ensemble n´egligeable N(δ)∈ F tel que pour toutω /∈N(δ), il n’existe qu’un nombre fini de valeurs de n telles que ω ∈ An(δ). Quand ω /∈N(δ), on peut donc trouver un entier n0(ω) tel que

n≥n0(ω) ⇒

Y1(ω) +· · ·+ Yn(ω) n

< δ.

Pour chaque δ= 2−k, k ∈N, on dispose d’un ensemble n´egligeable N(2−k). Par r´eunion d´enombrable en k ∈ N de n´egligeables, on obtient N ∈ F tel que P(N) = 0 et tel que pour tout k ≥ 0, tout ω /∈ N, il existe un entier n0(k, ω) tel que pour n ≥n0(k, ω), on ait ω /∈ An(2−k). C’est la convergence presque sˆure ; pour tout ω /∈ N on a le r´esultat suivant : pour tout entier k, il existe un entier n0 =n0(k, ω) tel que pour tout n≥n0,

on ait

Y1(ω) +· · ·+ Yn(ω) n

<2−k.

Autrement dit, pour tout ω /∈N, c’est-`a-dire pour presque toutω ∈Ω, la suite Y1(ω) +· · ·+ Yn(ω)

n tend vers 0 = E Y quand n tend vers l’infini.

(9)

Approximation polynomiale de Weierstrass par les polynˆomes de Bernstein

Th´eor`eme d’approximation de Weierstrass. Si f est une fonction r´eelle ou complexe continue sur l’intervalle ferm´e [0,1], il existe une suite de fonctions polynomiales qui tend vers f uniform´ement sur [0,1].

Preuve. — Sur l’ensemble `a deux points {0,1} consid´erons, pour tout x ∈ [0,1], la probabilit´e µx d´efinie par

µx({1}) =x, µx({0}) = 1−x.

Sur Ωn = {0,1}n on regarde les fonctions coordonn´ees : pour ω = (ω1, . . . , ωn)∈Ωn et i= 1, . . . , n on pose

Xi(ω) =ωi ∈ {0,1} ⊂R. On introduit sur Ωn les probabilit´es (Px)x∈[0,1] produit, Pxx⊗ · · · ⊗µx⊗nx

produit tensoriel de n facteurs ´egaux `a µx. Comme Px est une mesure produit, on a quand Aj ⊂ {0,1}, j = 1, . . . , n,

(∗) Px(A1× · · · ×An) = Yn

j=1

µx(Aj).

Pour la probabilit´e Px, on a

Px(Xi = 1) =x,

r´esultat obtenu en prenant Ai ={1} et les Aj, j 6=i, ´egaux `a {0,1}, Px(Xi = 1) =µx({1})Y

j6=i

µx({0,1}) =µx({1}) =x.

Sous la loi Px, les (Xi) sont donc de mˆeme loi µx. L’´egalit´e (∗) peut se r´ecrire sous la forme

Px (X1 ∈A1) &. . .& (Xn ∈An)

= Yn

j=1

Px(Xj ∈Aj), qui montre que sous la loi Px, les variables (Xi) sont ind´ependantes.

Ces probabilit´es Px sont hhpolynomiales par rapport au param`etre x ∈ [0,1]ii, puisque pour tout singleton {(t1, . . . , tn)} contenu dans Ωn on a

Px({(t1, . . . , tn)}) =xk(1−x)n−k,

o`u k est le nombre de 1 dans la suite (t1, . . . , tn)∈Ωn; le r´esultat pr´ec´edent est obtenu en prenant Aj ={tj}, j = 1, . . . , n. On a par ailleurs

ExXi = 1.Px(Xi = 1) + 0.Px(Xi = 0) =x, et

VarxXi = Ex(Xi−x)2 = (1−x)2x+x2(1−x) =x(1−x)≤1/4.

(10)

Posons

Sn = Xn

j=1

Xj, Mn = Sn n . On v´erifie que

ExMn =x.

Par la proposition 1, on a VarxSn =nVarxX1 =nx(1−x), donc

Varx(Mn) = Varx(Sn/n) = Varx(Sn)/n2 =nx(1−x)/n2 ≤1/(4n).

Donc par Tchebychev,

Px(|Mn−x| ≥δ)≤ 1 4δ2n.

On retrouve le principe de la loi des grands nombres : il y a de grandes chances, pour la probabilit´e Px, que la valeur de Mn soit proche dex.

Sif est continue sur [0,1], il y aura aussi de grandes chances que la valeur def(Mn) soit proche de f(x), et en particulier que l’esp´erance Exf(Mn) soit proche def(x). Cela

´etant vrai pour tout x, on aura approch´e x → f(x) par x → Exf(Mn), qui se trouve ˆetre une fonction polynomiale. On aura ainsi une preuve du th´eor`eme d’approximation polynomiale de Weierstrass.

Il faut pr´eciser les choses ; siε > 0 est donn´e, il existeδ >0 tel que|f(y)−f(x)|< ε d`es que |x−y| < δ. On va voir que x → Exf(Mn) est polynomiale, et uniform´ement proche de x→f(x), ce qui d´emontre le th´eor`eme de Weierstrass dans le cas de [0,1].

D´eterminons la loi de Sn; il est clair que Sn prend des valeurs enti`eres qui peuvent varier de k = 0 `a k =n; pour ces valeurs de k, on a

Px(Sn =k) = n

k

xk(1−x)n−k.

C’est assez clair directement (pour que la somme de valeurs 0 ou 1 soit ´egale `a k, il faut qu’il y ait exactement k valeurs ´egales 1, chacune obtenue avec probabilit´e x, et ind´ependamment, ce qui donne le facteurxk, mais les k places avec des 1 sont n’importe o`u parmin, ce qui am`ene le coefficient du binˆome), mais on va le confirmer par r´ecurrence.

Le r´esultat est clair quand n= 1 : pour k = 0,1,

Px(S1 =k) = Px(X1 =k) =xk(1−x)1−k = 1

k

xk(1−x)1−k. Passons de n≥1 `a n+ 1. On a

Px(Sn+1 =k) = Px (Sn =k) & (Xn+1 = 0)

+ Px (Sn =k−1) & (Xn+1 = 1)

=

= Px(Sn =k) (1−x) + Px(Sn=k−1)x=

= n

k

xk(1−x)n−k(1−x) + n

k−1

xk−1(1−x)n−k+1x=

=

n+ 1 k

xk(1−x)n+1−k.

(11)

On v´erifie ainsi que Exf(Mn) =

Xn

k=0

fk n

P(Sn =k) = Xn

k=0

fk n

n k

xk(1−x)n−k,

polynˆome de Bernstein x→Pn(f, x) de degr´e n. D’un autre cˆot´e, en d´ecoupant suivant que |Mn−x|< δ ou non, on obtient

Exf(Mn)−f(x)

≤Ex

f(Mn)−f(x) ≤

≤εP(|Mn−x|< δ) + 2kfkP(|Mn−x| ≥δ) ≤ε+ kfk

2n . Cela est valable pour tout x ∈[0,1], donc

(∗∗) kPn(f)−fkC([0,1])≤ε+ kfk

2n.

Si on donne ε >0, on lui associe δ >0 (d´ependant de f), on peut ensuite choisir n0 tel que

kfk

2n0 ≤ε.

Pour tout n≥n0, on aura alors

kPn(f)−fkC([0,1])≤2ε.

Remarque. Si f est 1-lipschitzienne on peut prendre δ = ε et la preuve indique, en supposant aussi kfk≤1, qu’il faut associer εetn de fa¸con que

1 ε2n ∼ε;

si on donnen≥1 et si on poseε=n1/3, on trouve d’apr`es (∗∗) kPn(f)−fkC([0,1])≤2n1/3.

Mais en fait la preuve se simplifie dans ce cas Lipschitz. On peut ´ecrire directement

|Exf(Mn)−f(x)|≤Ex|Mn−x| ≤(Ex(Mn−x)2)1/2=

rx(1−x)

n ≤ 1

2√ n. On ne peut pas faire mieux que n1/2 comme vitesse de convergence dans le cas lip- schitzien, comme le montre l’exemplef(x) =|x−1/2|et une application du th´eor`eme de la limite centrale. Dans le cas o`u f est de classe C2, on peut ´ecrire avec Taylor-Lagrange

|f(y)−f(x)−(y−x)f0(x)|≤ kf00k(y−x)2 2 qui implique, comme ExMn =x, que

Ex(Mn−x)f0(x) = 0, donc

|E f(M )−f(x)|=|E (f(M )−f(x)−(M −x)f0(x))|≤

(12)

≤ kf00kEx(Mn−x)2/2 =kf00kx(1−x)

2n ≤ kf00k 8n .

On ne peut pas faire mieux que la vitesse 1/n, comme montre l’exemple f(x) = x2. En effet,

ExM2n = Ex((Mn−x) +x)2= Ex(Mn−x)2+x2,

donc l’´ecart entre la valeur Exf(Mn) = ExM2n donn´ee par Bernstein et la vraie valeur f(x) =x2 est

ExM2n−x2= Ex(Mn−x)2= x(1−x) n ,

de l’ordre de 1/n; pr´ecis´ement, on a pour le polynˆome d’approximation Pn(f), dans le cas pr´esent o`u f(x) =x2,

kPn(f)−fkC([0,1])= 1 4n.

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