Th´eorie de la mesure (L3),Universit´e de Cergy–Pontoise
Examen du 16 d´ecembre 2020, dur´ee : 3 heures Aucun document n’est autoris´e
Tous les calculs et toutes les r´eponses doivent ˆetre justifi´es
Une r´edaction succincte et propre est demand´ee pour avoir la note maximale Exercice 1. (4 points)Soitf :R→Rune fonction d´efinie par
f(x) = 5·1[−1,2[(x)−2·1[1,4[(x), o`u1A(x)d´esigne la fonction indicatrice de l’ensembleA.
(a) La fonctionf, est-elle ´etag´ee ?
(b) Trouver une repr´esentation def sous la forme f(x) =
n j=1
aj1Aj(x), (1)
o`u Aj sont des ensembles disjoints etaj sont des r´eels diff´erents.
(c) D´ecrire explicitement l’ensemble{x∈R:f(x)<4}. Exercice 2. (3 points)On d´efinit un ensembleA⊂Rpar
A=
∞ n=0
An, An=
n−2n+1, n+ 3−n−1 .
(a) Montrer queAest bor´elien.
(b) Trouver la mesure de Lebesgue deA. Indication: comparer A0 etAn.
Exercice 3. (1 point)Enoncer le th´eor`eme de Lebesgue sur la convergence´ domin´ee pour les suites de fonctions.
Exercice 4. (3 points) Soit(E,E, µ) un espace mesur´e tel que µ(E) = 1 et f :E→Rune fonction de classeL2(E, µ).
(a) Montrer que
E
fdµ
2
≤
E
f2dµ. (2)
Indication: on pourra utiliser une in´egalit´e de H¨older.
1
(b) Simplifier l’expression
E
f − 〈f〉µ2
dµ, o`u〈f〉µ=
Efdµ, et montrer que l’on a une ´egalit´e dans (2) si et seulement sif est constanteµ-presque partout.
Exercice 5. (2 points) Soit E = [0,1]muni de la tribu bor´elienne et de la mesure de Lebesgue. Soit N ∈ N∗ et a1, . . . , aN ∈ E. On d´efinit la fonction mesurablef surE par
f(x) =
n∈Nx
n, (3)
o`u Nx = {n ∈ [[1, N]] : an > x} (si Nx est vide, alors f(x) = 0). Calculer l’int´egrale def surE par rapport `a la mesure de Lebesgue.
Exercice 6. (3 points)SoitE= [0,1]muni de la tribu bor´elienneB(E)et δb
la masse de Dirac au pointb∈E. Trouver toutes les mesures sur(E,B(E))qui sont absolument continues par rapport `a la mesureν =δ0+δ1 et trouver les densit´es correspondantes.
Exercice 7. (6 points) Soit Π = [−1,1]×[−1,1] ⊂ R2 muni de la tribu bor´elienne et de la mesure de LebesgueL2. On d´efinit une fonction mesurable f :Π→Rpar les formulesf(0,0) = 0et
f(x, y) = xy
(x2+y2)2 pour(x, y)∕= (0,0).
(a) Enoncer le th´eor`eme de Fubini pour des fonctions int´egrables´ g:Π→R. (b) Calculer les int´egrales
1
−1
1
−1
f(x, y)dx
dy,
1
−1
1
−1
f(x, y)dy
dx.
(c) Le th´eor`eme de Fubini, est-il applicable `a la fonctionf ? Indication: ´etudier l’int´egrabilit´e de la fonctionf.
2
Corrig´e de l’examen pour le coursTh´eorie de la mesure
Exercice 1. Le fonctionf est une combinaison lin´eaire des fonctions indicatrices des intervalles, elle est donc ´etag´ee (1 point). La d´efinition def implique que
f(x) =
0 pourx <−1 etx≥4, 5 pour−1≤x <1, 3 pour1≤x <2,
−2 pour2≤x <4.
On a donc la repr´esentation (1) avecn= 3(2 points). Il s’ensuit que {x∈R|f(x)<4}= ]− ∞,−1[∪[1,+∞[. (1 point)
Exercice 2. (a) L’ensemble A est bor´elien, car il est intersection d´enombrable des intervalles ferm´es (1 point).
(b) Pour trouver la mesure de LebesgueL(A) de A, on remarque que les intervalles forment une suite croissante, d’o`u il s’ensuit queA = [−2,13]. On a doncL(A) = 73. (2 points)
Exercice 3. (1 point) Soit (E,E)un espace mesurable, µune mesure sur E et (fk)k≥1 une suite de fonctions telle que
fk(x)→f(x) quandk→ ∞, pour µ-presque toutx∈E,
|fk(x)|≤f(x) pour toutk≥1 etµ-presque toutx∈E.
Alors
klim→∞
E
fk(x)dµ(x) =
E
lim
k→∞fk(x)
dµ(x). (4)
Exercice 4. (a)(1 point) Il suffit d’applique l’in´egalit´e de H¨older avecp=q= 2.
(b)Un calcul simple montre que
E
f− 〈f〉µ2
dµ=〈f2〉µ− 〈f〉2µ, (1 point)
d’o`u on conclut que l’on a une ´egalit´e dans (2) si et seulement si f = 〈f〉µ µ-presque partout (1 point).
Exercice 5. La fonction f peut ˆetre ´ecrit sous la forme
f(x) =
N n=1
n1[0,an[(x). (1 point)
3
Il s’ensuit que
E
fdx=
N n=1
n
E
1[0,an[(x)dx=
N n=1
nan. (1 point)
Exercice 6. Une mesureµest absolument continu par rapport `aνsi et seulement si elle s’´ecrit sous la forme µ = a0δ0+a1δ1, o`u a0, a1 ≥ 0 sont quelconques (1 point+1 point pour la justification). La densit´e est donn´ee par la fonction ρ(x) = a010(x) +a111(x), o`u 1r d´esigne la fonction indicatrice de l’ensemble {r}⊂E (1 point).
Exercice 7. (a) (2 points) Soit f :Π→Rune fonction int´egrable par rapport
`
a la mesure de LebesgueL2. Alors la fonctionx→f(x, y)est int´egrable pour L1-presque touty∈[−1,1], la fonctiony→1
−1f(x, y)dxest int´egrable, et
Π
f(x, y)dL2(x, y) =
1
−1
1
−1
f(x, y)dx
dy.
(b)(2 points) Comme les fonctionsx→f(x, y)ety→f(x, y)sont impaires, on a
1
−1
f(x, y)dx= 0,
1
−1
f(x, y)dy= 0.
Il s’ensuit que
1
−1
1
−1
f(x, y)dx
dy=
1
−1
1
−1
f(x, y)dy
dx= 0.
(c)(2 points) En utilisant le th´eor`eme de Fubini pour des fonctions positives et le fait que les int´egrales de Lebesgue et de Riemann sont ´egales pour des fonctions continues, pour toutδ∈(0,1)on peut ´ecrire
Π|f|dL2≥
x2+y2≥δ2
|xy|
(x2+y2)2dxdy=
1 δ
π/2 0
r2sinϕcosϕ r4 rdrdϕ
=
1 δ
r−1dr·1 2
π/2 0
sin(2ϕ)dϕ=1 2lnδ−1.
Comme lnδ → −∞ quand δ → 0+, on conclut que f n’est pas int´egrable et donc le th´eor`eme de Fubini ne s’applique pas.
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