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Recherches sur la diffusion des ions gazeux

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HAL Id: jpa-00242310

https://hal.archives-ouvertes.fr/jpa-00242310

Submitted on 1 Jan 1908

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Recherches sur la diffusion des ions gazeux

Ed. Salles

To cite this version:

Ed. Salles. Recherches sur la diffusion des ions gazeux. Radium (Paris), 1908, 5 (11), pp.321-324.

�10.1051/radium:01908005011032100�. �jpa-00242310�

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MÉMOIRES ORIGINAUX

Recherches

sur la

diffusion des

ions gazeux

Par Ed. SALLES

[Laboratoire de physique du Collège de France.]

Lorsqu’un gaz ionisé se trouve dans un récipient métallique, les ions’qui sont contre la paroi ont leurs charges neutralisées par les charges de signes con-

traires qu’ils induisent sur le inétal; ceci se traduit

par un gradient dans la concentration des ions, et diffusion de ces derniers vers la paroi. Le phénomène

est analogue à celui qui a lieu quand on renferme 11n

gaz humide dans un récipient dont les parois sont

humectées d’acide sulfurique.

Le coefficient ’de diffusion des ions a une impor-

tance capitale, car connaissant sa valeur et celle de la mobilité, on peut calculer facilement la charges portée par un ion. On a, en effet, comme l’a montré Tovnsend 1:

e= charge de l’ion.

Il mobilité de l’ion.

K= cocfficient de diffusion.

e= uP Kn n=== nomhre de molécules par c. c. a la lem-

pérature de l’expérience.

P = pression atmosphérique.

On doit i Townsend un ensemble de recherches tris intéressantes sur la question; ce savant a trouvé que le coefficient de l’ion + est plus petit que celui de

l’ion ---v, et pour les gaz étudiés que l’un et l’autre coefficient de diffusion est plus faible qne celui des gaz diffusant l’un dans l’autre. Il en résulte que les ions sont des agrégats moléculaires; on voit de plus qu’un gaz ionisé traversant un tube métallique devra présenter à la sortie une charge +, un nombre plus grand d’ions - que d’ions -1- ayant disparu par tif- fusion.

Le dispositif de mesure de Townsend (fig. 1) est le

suivant. Le gaz qui traverse le tube Aj est ionisé par des rayons de Röntgen traversant la fenêtre d’alumi- nium Nii ; il rencontre alors un ensemble de 12 tubes

métalliques iB de 3 millimètres de diamètre intérieur environ et de 10 centimètres de longueur, soudés

dans deux rondelles p’, lesquelles obturent exacte-

1. Pitil. Traus. A., 193-129 d Ions, électrons, corpuscules.

2-920.

iiieiii le tuhc; les trous oit sont soudés les tubes sont équidistants les uns des autres et se trouvent sur un

cercle dont le centre est celui des disques. Au cours

Fig. 1.

du passage un certain nombre d’ions disparaissent par diffusion; le reste, arrivant dans le champ électrique

crée entre l’électrode El et le tube, est extrait du gaz.

Si le tube est chargé positivement, l’électrode recueille des charges +, et des négatives s’il est-. On répète

la même expérience, en faisant passer cette fois le gaz dans le tube A2, identique au précédent, sauf en ce

que le groupe ’l’1 est remplacé par le groupe T 2 iden- tique au précédent, mais différent en ce que les tubes n’ont qu’un centimètre de longueur.

Townsend a montré que, si l’on appelle CI le courant de saturation mesuré dans le premier cas, C2 dans le

second, K le coelficient de diffusion, u le débit, 1, et 1,

les longueurs des tubes étroits employés dans l’une et l’autre expérience, on a :

rosant alors 7,5

1 Kl1 II x =x,

il et c1 c2 =y, on déter-

, C,

mine les va’,eurs de !j pour un nombre de valeurs de x

que l’on se donne, est on construit la courbe. Les

mesures f’furmes par les expériences donnent c1 c2 =y,Ça

Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/radium:01908005011032100

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il suffit de se porter sur le graphique pour trouvcr x;

x ohtenu, on connaît l1, 11, 7t rapport de la circonfé-

rence au diamètre, il est par suite facile de cal- culer li ’ .

Townsend a fait un grand nombre de détcrmina- tions de K avec divers gaz (air, acide carbonique, hydrogène, oxygène) et diverses sources de radiations

(rayons de RÕntgen, radium, rayons ultra-violets aigrette) .

Ayant entrepris un ensemble de recherches sur la diffusion des ions, j’ai essayé de perfectionner la

méthode expérimentale. D’autre part Townsend ne semble pas s’ètre préoccupé d’un point, qui aurait de l’importance s’il était démontré : J.-J. Thomson 2 citant d’anciennes expériences de Rutherford B dit quc peut être à la diffusion s’ajoute un effet spécifique

au métal qui forme la paroi. Les expériences de

Rutherford sont purement qualitatives : si, toutes

conditions expérimentales restant les mêmes, on fait

traverser à un gaz ionisé des tubes de zinc, étain ou cuivre, il y a dans les deux premiers cas une diffé-

rence de 20 pour 100 entre la densité en ions -i-- et celle en ions - à la sortie; avec le cuivre elle est

beaucoup moindre.

Désirant élucider ce fait, j’ai imaginé un appareil

permettant à la fois d’étudier la diffusion avec diflé- rents métaux, puis sous des pressions variées, supé-

rieures à la pression atmosphérique, Townsend ne l’ayant fait que pour des pressions inférieures.

La source d’ionisation choisie a été le radium ; mais plus tard en n’employant qu’une moitié de l’ap- pareil, c’est-à-dire un des tubes Ai, A2, j’ai fixé à l’in-

térieur du tube une bague d’argent recouverte de po- lonium; ce produit a l’avantage de ne pas donner de rayons pénétrants, et par suite de produire une zone

d’ionisation bien définie. De plus, afin d’avoir a l’entrée

des tubes une répartition bien régulière des ions au

sein du gaz, la distance entre la région d’ionisation et

l’entrée des tubes a été portée à 15 centimètre

environ.

La nécessité de donner une épaisseur relativement forte aux fenêtres d’ionisation, par suite des pressions

que l’appareil devait supporter, et dans le cas d’une

sonrce ionisante placée extérieurement, entrainait un

doute sur l’égale transparence des deux fenétreà; il

fallait donc pouvoir faire passer les tubes longs de A,

en A2; et cela sans ouvrir l’appareil une fois rempli

du gaz à examiner; il fallait aussi pouvoir introduire

des ensembles ’1B et T2 de métaux différents. Pour

opérer le remplacement de T1 par T2 et varier les nié- taux, j’ai montré 5 couples de batteries T1 est T2 (T1

1. Dans le parcours de U ccnt. représentant la diHerence

entre les longueurs Ti et T2 un certain nombre d’ions ont dis- paru par recomhinaison, d’en nécessité, comme l’a fait Town-

send, de faire subir de ce chef’ une correction aux résultats.

2. Conclue!. of’ Electricity through Gasps, p. 28.

3. Plat. Mag., 1898-241.

longueur 10 centimètres, T2 longueur 1 centimètre, diamètre 2 millimètres), dans nn disque analogue u

1111 barillet de révolver de grandt’s dimensions; ce disque était enfermé dans un récipient étanche. Les

substances métalliques employées étaient les suivantes:

acier, maillechort, laiton. LM réalisation de ce dispo-

sitif a été exécute comme il suit (fig. 2). J’ai intercalé

sur le parcours des tubes A1 A1, A2 A2, un récipient

Fig. 2,

étanche B en bronze de forme cylindrique, fermé par deux plateaux en bronze tourné, portant chacun deux

ouvertures opposées viennent se brancher les tubes

A, Ai, A, A2. Les ensembles T,, ’1’2 étaient logés dans

un bloc cylindrique D tournant à l’intérieur de B,

autour de 2 axes a a, logés dans deux crapaudines ménagées elles-mêmes dans chacun des deux plateaux

C. Lc bloc D se terminepar deux faces parallèles rodées

sur les deux fonds C pour assurer l’étanchéité. Il porte une crémaillère i a attaquée par un pignon B

manoeuvrable de l’extérieur au moyen d’une mani-

yelle, l’axe du pignon traversant un presse-étoupes.

II est percé de six trous cylindriques équidistants, et

dont les centres se trouvent sur une même circonfé-

rence, dont le centre est celui de la face de 1l. Le mouvement de D au moyen de ap, a pour effet

d’amener successivement les divers éléments T1, T2,

sur l’un des parcours Ai11, Á2A2’ Un top placé à l’in-

térieur annonee que T1 et T2 sont en place; un douhle top annonce la mise en place du groupe acier court en A2, connaissant l’ordre dans lequel les groupes sont

placés, il est facile de savoir sur lesquels on opère.

Ajoutons que le 1Jloe I1 a été allégé dans toutes les par- ties inutile,, ce qui lui donne vaguement l’aspect d’un

très gros barillet de revolver. Le prohlènie de l’étan- chéité entre D et B était particulièrement délicat,

M. Jobin, qui a construit l’appareil avec un soin par-

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fait, a tourllé la difficulté de la façon suivante. Le

bloc 1) est en deux pièces d1 et d2, centrées l’une sur

l’autre, dressées sur les deux faces, mais assemblées par un joint flexible étanche E, constitué par une ron- delle de cuivre rouge. Quand on opère sous pression,

les fuites, qui pourraient se produire entre Ti T2 et

leurs logements dans D, vont se rassembler dans l’es- pace entre ô, et °2’ y exerceront une pression qui fera

s’écarter l’une sur l’autre Õ1 et d2 et les appliqueront

avec d’autant plus de force que la pression employée

est plus élevée. C’est ainsi qu’avec une pression de plus de quatre kilos, aucune fuite ne se produisait,

comme on s’en est rendu compte, en imbibant le

prcsse-étoupe d’eau de savon, et en suivant le mans-

mètre.

Il fallait absolument que les électrodes pussent

être amenées à une distance invariable des extrémités des groupes Ti et T2; il était donc nécessaire que

ces électrodes pussent se mouvoir dans le sens de A 1 Al’ A2 A2 d’une longueur de 9 centimètres représen -

tant la différence entre les longueurs des ensembles T1 et T2. Les électrodes ont été disposées de la façon

suivante. L’électrode, équilibrée convenablement, repose sur un cilemin de roulement; des roulettes latérales assurent sa parfaite mobilité. Ce chemin de roulement est isolé électriquement par le dispositif

habituel à anneaux de garde (fig. 5). En inclinant

l’ensemble de l’appareil en avant ou en arhière l’élec-

Fig. 3.

trodc roule dans le même sens. Des butées comman-

dées par un butoir spécial arrêtent l’électrode dans la position voulue. Ce butoir consiste en un pendule

bifilaire H dont la suspension est formée de deux res-

sorts plats en acier et portant un arrêt K. On ma- noeuvre le pendule en inclinant l’ensemble de l’appa-

reil soit u droite, soit à gauche. Le même système

fonctionne de chaque coté Ai Ai, et A2 A2, mais les

arrêts sont disposés de façon à produire des effets

opposés dc tcllc sorte que si l’électrode est au bout de

sa course dans Al Ai elle n’ait pas bougé dans...B2 A2.

Pour incliner l’appareil, dans les diverses positions

nécessaires à la manoeuvre des électrodes, j’ai fait

construire 1111 bâti en Lois pouvant s’incliner d’avant

en arrière, et de droite à gauche.

J’ai employé pour la circulation gazeuse un pro- cédé assez anllogue à celui que Regnault a imagine

pour ses recherches sur la chaleur spécifique des

gaz (1er mémoire). Le gazon1ètre consiste en deux cylindres d’acier à moitié remplis l’un et l’autre

d’huile de vaseline et communiquant par le bas par l’intermédiaire d’une pompe rotative mise en mouve-

ment à l’aide d’un moteur à courant alternatif; une dérivation liquide munie d’un pointeau permet de

faire varier le débit. Le haut de chaque cylindre est

relié par des tulcs métalliques l’un â l’entrée, l’autre

à la sortie de l’appareil de diffusion, de telle sorte que l’on peut ainsi réaliser une circulation de gaz com-

prinlé à une pression supérieure à la pression atmo- sphérique. Des niveaux sont fixés à chaque récipient.

Enfin, au-dessus de l’échelle de l’électromètre, j’ai placé un manomètre de Toepler, dont les extrémités

sont reliées à deux points du circuit gazeux; on main- tient le niveau immobile à l’aide du pointeau pendant

la durée de la mesure. Une échelle en verre graduée placée derrière le tube du manomètre permet de

rarnener le niveau au même point, les expériences

une fois terminées, on anlène le niveau à la position qu’il avait pendant les mesures, pendant qu’un aide pointe au chronomètre le passage du liquide du bazu-

mètre, entre deux positions bien con-

nues des niveaux. J’ajouterai qu’il est indispensahle pendant les mesures de

diffusion d’avoir un courant de gaz ré-

gulier.

Après avoir employé pendant long- temps comme mesure du courant de saturation la mesure de la vitesse que le spot réfléchi par le miroir de l’élec- tromètre mettait à parcourir un cer-

tain nombre de divisions, je me suis

servi de la méthode de M. Moulin, qui

donne des résultats infiniment plus pré-

cis 1; il est d’ailleurs beaucoup plus

facile de surveiller le manomètre.

Dans les expériences dont je rends compte ici, je ne me suis servi que de la moitié de

l’appareil correspondant à la partie A2 A2, la source

ionisante étant un anneau d’argent recouverte de polo-

nium placé à l’intérieur du tube a 15 centimètres environ de l’entrée des tubes. Avant de commencer une expériencc, il faut d’abord mettre en place l’en-

semble T1 ou TB, sur lequel on veut opérer. A cet effet,

on ramène les pendules dans la verticale à l’aide du mouvement de va-et-vient horizontal, puis on bas-

cule l’appareil en arrière de façon à faire glisser les

électrodes sur leurs chemins de roulement R. On 1. Radium, 5-1908-136-141.

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tourne alors la crémaillère jusclu’a ce qu’on entende

deux tops; on sait alors que le groupe acier court

est en place sur le tra,jet A2 A2; les groupes sont

placés dans l’ordre suivant : acier court, maillechort

long, laiton court, acier long, maillechort court, lai-

ton court, il est par suite facile de mettrc en place à

l’aide du mouvement de rotation le groupe sur

lequel on veut opérer, puis suivant qu’on a affaire u

un groupe long et court, on incline soit a droite soit à gauche et enfin on bascule en avant. L’appareil est

alors prêt à fonctionner. Les électrodes sont reliés par des tubes de garde à l’électromètre Curie donnant environ par volt 1 mètre de dëBiation à i"’,50. On

amène alors tout le liquide dans un des récipient du gazomètre de façon que le gaz circnle dans le sens

convenable, puis on met la pompe en marche; quand

le débit est bien constant, ce qu’on peut réaliser en agissant sur le pointeau de la dérivation- liquide,

l’électromètre est isolé et la mesure se fait comme je

l’ai indiqué par la méthode de M. Moulin. Ainsi qu’on

s’en rend compte, le mode opératoire est assez péni- ble, car la main gauche règle le pointeau, la main

droite manoeuvre la clef de décharge et le chrono- mètre, enfin il faut suivre de l’oeil le manomètre et surveiller le moment le spot passera sur la divi- sion voulue. J’ai pu néanmoins avoir des nombrcs ne

différant pas plus due 5 pour 100 et quelquefois de moins, mais aujourd’hui je suis plus habitué au

fonctionnement du gazomètre et j’espère avoir mieux

encore. Malheureusement par suite du mode de calcul

employé, une erreur de 5 pour 100 sur les mesurcs

électriques implique une erreur de 5 pour 100 sur le résultat final, je ne crois donc pas pouvoir dire que les résultats que je donne sont exacts à beaucoup

moins de 5 pour 100. On effectue une série de me-

sures avec le groupe qui est en place, puis on le rem- placc par un autre et ainsi de suite. Les expériences terminées, on détermine le débit comme jc l’ai dit plus haut.

Les résultats que je public aujourd’hui ont été

obtenus avec l’air. En opérant avec les trois sub- stances métalliques, laiton, maillechort, acier, j’ai

trouvé les conditions expérimentales restant les mêmes

des nombres qui sont groupés dans le tableau ci- dessous.

Les résultats ne comportent pas les corrections pour recombinaison qui abaisseraient les valeurs

trouvées sensiblement de la même quantité. Le gaz, l’air en l’espèce, n’était pas parfaitement desséché,

c’est ce qui explique l’6carl avec les nombres trouves par Townsend, et que donne le tabieau suivant.

Je crois que le faible écart entre les valeurs que

j’ai trouvées, et qui sont de l’ordre des erreurs d’ex-

périence tiennent a un léger défaut dii à l’appareil.

D’autre part dans des expériences préliminaires, je

n’ai pas remarqué d’anomalies entre la diffusion dans des tubes d’acier et celle dans des tubes d’étain, et

cela pour les ions + comme pour les ions. Je crois donc pouvoir dire qu’aux erreurs d’expérience prés,

il n’y a pas d’effet spécifique à la nature du métal

composant la paroi, venant s’ajouter au mécanisme

de la diffusion.

Comme on le voit le coefficient de diffusion pour les ions -i- trouvé par Townsend oscille entre 0,029 et 0,052; je crois que le nombre vrai doit être compris

entre les deux et plus proche du premier que du second.

Dans mes expériences le débit a été de 92 cm3 à la seconde, dans celles de Townsend de 76 cm3 à la seconde.

J’espère pouvoir donner bientôt le résultat de mes

recherches sur des gaz bien secs et à des pressions supcrienres à la pression atmosphérique.

Cc travail a été effectué sur les conseils de M. Lan-

gevin, auquel je suis heureux d’cBprimer toute ma gratitude pour l’intérêt qu’il a bien voulu me porter.

[Roçu le 25 Octobre 1908.1

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