cours 9, le lundi 21 f´evrier 2011
Fonction mesurable ou int´egrable d´efinie presque partout On suppose donn´e un espace mesur´e (E,F, µ).
D´efinition. On dit que Y ⊂ E est µ-n´egligeable s’il existe un ensemble N ∈ F tel que Y ⊂ N et µ(N) = 0 : un ensemble n´egligeable est plus petit qu’un ensemble de la tribu qui est de mesure nulle.
On dit qu’une propri´et´e attach´ee aux points de E est vraie µ-presque partout si l’ensemble des points x ∈ E o`u elle n’est pas vraie est µ-n´egligeable. Par exemple, une fonction f sur E est finieµ-presque partout si l’ensemble des points x o`u f(x) est infini est µ-n´egligeable.
Si on a une famille d´enombrable (Yi)i∈I de sous-ensembles µ-n´egligeables de E, chacun peut ˆetre plac´e dans un ensemble Ni ∈ F de mesure nulle, donc N = S
i∈INi ∈ F est de mesure nulle et contient Y = S
i∈IYi : une r´eunion d´enombrable de n´egligeables est n´egligeable.
On pourra gagner un peu de temps en introduisant la terminologie suivante (¸ca sera entre nous, ¸ca n’est pas une terminologie classique universellement reconnue) : un ensemble P ∈ F est de pleine mesure pour µ, ou bien simplement µ-plein, si son compl´ementaire N = E\P est de mesure nulle pour µ. Une intersection d´enombrable d’ensembles µ-pleins (Pn) est encore un ensemble µ-plein : en effet, c’est un ensemble de la tribu F, et son compl´ementaire est r´eunion d´enombrable d’ensembles de mesure nulle, donc il est de mesure nulle.
D´efinition.On dit quef est une fonction F-mesurable d´efinieµ-presque partout sur E sif, `a valeurs dans R, est d´efinie sur un sous-ensemble E0 ⊂E qui contient un ensemble µ-plein P∈ F tel que la restriction de f `a P soit F-mesurable, c’est-`a-dire que
{x ∈P :f(x)> c} ∈ F pour tout c r´eel, et
P ⊂E0 ⊂E, µ(E\P) = 0.
Sif est `a valeurs complexes, on dira quef est unefonction complexeF-mesurable d´efinie µ-presque partout sur E si les deux fonctions r´eelles Ref et Imf v´erifient la d´efinition pr´ec´edente.
La restriction `a P de la fonction f est une vraie fonction F-mesurable d´efinie sur P ; on dira `a l’occasion que f est bien d´efinie en dehors de N = E \P. On remarque que si f est `a valeurs dans [0,+∞], l’int´egrale de f ne d´epend pas de l’ensemble µ-plein particulier qui v´erifie les propri´et´es pr´ec´edentes : si P1 et P2 sont deux tels ensembles, alors P1∩P2 est µ-plein, donc P1\P2 est de mesure nulle et
Z
P1
fdµ= Z
P1∩P2
fdµ+ Z
P1\P2
fdµ= Z
P1∩P2
fdµ puisque l’int´egrale sur P1\P2 est nulle, et de mˆeme
Z
P2
fdµ= Z
P1∩P2
fdµ= Z
P1
fdµ.
Il en r´esulte que pour une fonction r´eelle ou complexe mesurable d´efinie presque partout, le fait qu’elle soitµ-int´egrable est bien d´efini, puisque l’int´egrale de la fonction positive|f| ne d´epend pas de l’ensemble µ-plein choisi. On voit de plus, en passant `a f+ et f− puis
`
a Ref et Imf dans le cas complexe, que l’int´egrale est bien d´efinie. On d´ecidera de l’appeler l’int´egrale de la fonctionf d´efinie µ-presque partout.
D´efinition.Soitg une fonction F-mesurable d´efinie µ-presque partout sur E, `a valeurs dans [0,+∞] ou bien µ-int´egrable `a valeurs r´eelles ou complexes ; on pose
Z
E
gdµ= Z
P
gdµ,
o`u P∈ F est un ensembleµ-plein tel quegsoit d´efinie sur P et queg|PsoitF-mesurable.
Si f1 et f2 sont deux fonctions F-mesurables d´efinies µ-presque partout, on peut trouver un mˆeme ensemble µ-plein P ∈ F sur lequel elles sont toutes les deux bien d´efinies, et on peut donc consid´erer f1 +f2 comme une fonction F-mesurable d´efinie presque partout. Sif1, f2 sont positives, ou bien µ-int´egrables, l’int´egrale def1+f2 est la somme des int´egrales : si P est un ensemble µ-plein sur lequel les deux fonctions sont d´efinies, l’int´egrale de la fonction f1+f2 d´efinie presque partout est, par d´efinition,
Z
P
(f1+f2) dµ= Z
P
f1dµ+ Z
P
f2dµ qui est la somme des int´egrales de f1 et de f2.
On conviendra d´esormais que l’expressionhhfonctionµ-int´egrable sur Eii, sans autre pr´ecision, dans le contexte d’un espace mesur´e (E,F, µ), fait r´ef´erence `a une fonction F-mesurable d´efinie µ-presque partout sur E, `a valeurs dans R, ou `a valeurs dans C, et int´egrable par rapport `aµ.
Fonctions Riemann-int´egrables
Les fonctions Riemann-int´egrables sur un intervalle compact [a, b] vont nous fournir un exemple de fonctions λ-int´egrables qui ne sont pas n´ecessairement bor´eliennes.
Proposition. Si f est une fonction r´eelle Riemann-int´egrable sur l’intervalle compact [a, b], alors f est une fonction λ-int´egrable.
La nuance, c’est que f n’est pas n´ecessairement bor´elienne, mais elle est presque partout ´egale `a une fonction bor´elienne.
Preuve. —On donne une fonctionf r´eelle, Riemann-int´egrable sur [a, b], donc born´ee par un certain nombre r´eel M. Par d´efinition de l’int´egrale de Riemann de f, il existe deux suites de fonctions en escalierϕn ≤f ≤ψn qui encadrentf, et dont les int´egrales tendent vers celle de f. On peut affiner l’encadrement en prenant les fonctions en escalier gn, hn
d´efinies par
gn = max
k6n
ϕk, hn = min
k6n
ψk. Alors ϕn≤gn ≤f ≤hn≤ψn et
Z b a
(hn(t)−gn(t))dt≤ Z b
a
(ψn(t)−ϕn(t))dt→0.
Les suites (gn) et (hn) sont monotones et born´ees. On peut introduire deux fonctions bor´eliennesg, h en posant
g = lim
n gn ≤f ≤h= lim
n hn.
Les suites (gn) et (hn) tendent simplement respectivement vers g et h, en ´etant domin´ees par la fonction constante G(t) = M, qui est λ-int´egrable sur [a, b]. Par le th´eor`eme de convergence domin´ee,
Z b a
g(t) dt= Z
[a,b]
gdλ= lim
n
Z b a
gn(t) dt= Z b
a
f(t) dt
et de mˆemeRb
a h(t) dt=Rb
a f(t) dt. On voit ainsi que Z
[a,b]
(h−g) dλ= 0,
et commeh−g ≥0, il en r´esulte que
λ({h−g 6= 0})= 0, c’est-`a-dire que g=hsur un ensemble λ-plein P,
P ={x∈[a, b] : (h−g)(x) = 0} ∈ B[a,b].
Sur cet ensemble P, on auraf =g=h, par cons´equent la restriction def `a P est bor´elienne.
Ainsi, toute fonction Riemann-int´egrable sur un segment estλ-int´egrable au sens qui a ´et´e introduit dans cette section.
Enonc´´ e modifi´e du th´eor`eme de Lebesgue
Th´eor`eme de convergence domin´eede Lebesgue, version d´efinitive.On suppose que la suite (fn) de fonctions µ-int´egrables sur E, `a valeurs r´eelles ou complexes, v´erifie :
— il existe une fonction µ-int´egrable g, telle que pour tout n, on ait µ-presque partout la majoration |fn| ≤g,
— la suite (fn) tend vers f µ-presque partout.
Alors la limite f est µ-int´egrable et Z
E
fndµ→ Z
E
fdµ.
Preuve. — On a plein d’ensembles µ-n´egligeables : les ensembles de non-d´efinition des fn, la non-d´efinition ou non-finitude de g, les non-majorations de |fn| par g, la non-convergence de la suite (fn) vers f. Comme il s’agit d’une famille d´enombrable d’ensembles n´egligeables, on peut les r´eunir en un seul gros n´egligeable Y ⊂ N ∈ F, et former dans le compl´ementaire un ensemble plein P = E\N sur lequel tout est bien : en restriction `a l’ensemble P∈ F, les fonctions (fn) sont F-mesurables r´eelles ou complexes d´efinies sur P, convergent simplement vers f en tout point de P, et sont major´ees par g finie et int´egrable. Comme toutes les int´egrales qui nous int´eressent peuvent ˆetre d´efinies par l’int´egrale sur P, cette deuxi`eme forme du th´eor`eme de Lebesgue se ram`ene `a la
premi`ere, Z
E
fndµ= Z
P
fndµ→ Z
P
fdµ= Z
E
fdµ.
Version s´eries de fonctions
Commen¸cons par une remarque ; si on a une suite (vk) de fonctions positives d´efinies presque partout, il existe pour chaque k un ensemble de mesure nulle Nk ∈ F tel que vk soit hhbien d´efinieii en dehors de Nk; en posant N = S
kNk ∈ F, on a un ensemble de mesure nulle en dehors duquel toutes les fonctions de la suite sont bien d´efinies. On peut donc en conclure que la fonction P+∞
k=0vk est une fonction presque partout d´efinie
`
a valeurs dans [0,+∞]. Sur l’ensemble plein P = E\N, on peut appliquer la version s´eries du TCM,
Z
E
X+∞
k=0
vk dµ=
Z
P
+∞X
k=0
vk dµ=
+∞X
k=0
Z
P
vkdµ=
+∞X
k=0
Z
E
vkdµ.
Corollaire : version s´eries du th´eor`eme de Lebesgue. Si une s´erie P
un de fonctions µ-int´egrables r´eelles ou complexes d´efinies sur E v´erifie
Z
E
+∞X
n=0
|un|
dµ <+∞, ou bien, ce qui est ´equivalent par la version s´erie du TCM,
+∞X
n=0
Z
E|un|dµ <+∞, alors la s´erie num´erique P
un(x)converge pour µ-presque toutx, la fonction somme de la s´erie est F-mesurable et µ-int´egrable d´efinieµ-presque partout, et on peut intervertir s´erie et int´egrale
Z
E
+∞X
n=0
un dµ=
+∞X
n=0
Z
E
undµ .
Preuve. — Posons
g(x) =
+∞X
k=0
|uk(x)| ∈[0,+∞] ;
puisque l’int´egrale de cette fonction est finie d’apr`es l’hypoth`ese, on sait que l’ensemble N ={g= +∞} est µ-n´egligeable. Cela veut dire que la s´erie
X
k
|uk(x)|
converge pour toutx /∈N, c’est-`a-direµ-presque partout, donc la s´erieP
uk(x) converge tout court presque partout, et la somme de cette s´erie fournit une fonction f limite, d´efinie presque partout par
f(x) =
+∞X
k=0
uk(x).
Presque partout, les sommes partielles fn(x) =
Xn
k=0
uk(x)
tendent simplement vers f(x) et les (fn) sont born´ees par g(x), qui est int´egrable,
|fn(x)|=
Xn
k=0
uk(x) ≤
Xn
k=0
|uk(x)| ≤g(x).
Le r´esultat d´ecoule alors de l’additivit´e de l’int´egrale et du th´eor`eme de convergence domin´ee de Lebesgue :
Z
E
+∞X
n=0
un dµ=
Z
E
fdµ= lim
n
Z
E
fndµ= lim
n
Xn
k=0
Z
E
ukdµ= X+∞
k=0
Z
E
ukdµ.
Exercice trait´e. Consid´erons la densit´e de la loi gaussienne
∀x∈R, γ(x) = e−x2/2
√2π .
Par application de la version s´erie du TCD, on va montrer que la transform´ee de Fourier- Laplace de la loi gaussienne, d´efinie par
∀z ∈C, F(z) = Z
R
γ(x) exz dλ(x) = Z
R
e−x2/2
√2π exz dλ(x), admet un d´eveloppement en s´erie enti`ere de rayon de convergence infini.
Solution. — On fixe z ∈C, quelconque, et on ´ecrit exz =
+∞X
n=0
xnzn n! , de sorte que
F(z) = Z
R
+∞X
n=0
e−x2/2 xnzn n!
dx
√2π, int´egrale d’une s´erie de fonctions complexesun d´efinies surR par
un(x) = e−x2/2 xnzn n! .
Pour pouvoir intervertir l’int´egrale et la s´erie, il suffit, d’apr`es la version s´eries du th´eor`eme de convergence domin´ee, de v´erifier que la fonction P
|un(x)| est int´egrable.
Or
g(x) :=
+∞X
n=0
|un(x)|= e−x2/2 X+∞
n=0
|x|n|z|n
n! = e−x2/2e|x| |z|
est d’int´egrale finie : en effet, la fonction pr´ec´edente est paire, donc Z
R
g(x) dx= 2 Z +∞
0
e−x2/2+x|z| dx
√2π
= 2 e|z|2/2 Z +∞
0
e−(x−|z|)2/2 dx
√2π = 2 e|z|2/2 Z +∞
−|z|
e−t2/2 dt
√2π ≤2 e|z|2/2 <+∞. La condition du th´eor`eme ´etant v´erifi´ee, on peut intervertir et trouver
∀z ∈C, F(z) =
+∞X
n=0
Z
R
e−x2/2 xnzn n!
√dx 2π =
+∞X
n=0
1 n!
Z
R
e−x2/2xn dx
√2π zn,
d´eveloppement en s´erie enti`ere de rayon infini,
F(z) = X+∞
n=0
anzn, avec an= 1 n!
Z
R
e−x2/2xn dx
√2π
pour toutn≥0. On pourrait calculer les coefficientsanpar r´ecurrence, mais une m´ethode plus rapide consiste `a remarquer qu’on peut calculer F(y) pour tout y r´eel ; en effet,
F(y) = Z +∞
−∞
e−x2/2+xy dx
√2π = ey2/2 Z +∞
−∞
e−(x−y)2/2 dx
√2π
= ey2/2 Z +∞
−∞
e−t2/2 dt
√2π = ey2/2. On a donc pour tout y r´eel
F(y) =
+∞X
n=0
anyn = ey2/2,
ce qui permet d’identifier les coefficients an, d’apr`es l’unicit´e des coefficients des sommes de s´eries enti`eres de rayon de convergence >0 ; on obtient ainsi pour tout entier n≥0
a2n = 1
2nn!, a2n+1 = 0.
On en d´eduit que
∀z ∈C, F(z) =
+∞X
n=0
1
2nn!z2n = ez2/2.
En appliquant `az =−iy on obtient la transform´ee de Fourier de la densit´e gaussienne, bγ(y) =
Z
R
γ(x) e−ixy dλ(x) = Z
R
e−x2/2−ixy dx
√2π = e−y2/2, un r´esultat important qu’on reverra de plusieurs fa¸cons.
II.2.5. Int´egrales d´ependant d’un param`etre
On donne un espace mesur´e (E,F, µ), un espace m´etrique (Y, d) et une fonction r´eelle ou complexe f sur E×Y. On suppose au minimum que
1. – pour tout y ∈Y, la fonction x→f(x, y) estµ-int´egrable.
Cela permet de d´efinir pour tout y ∈Y F(y) =
Z
E
f(x, y) dµ(x), une hhint´egrale d´ependant du param`etreyii.
Th´eor`eme 0 : continuit´e en un point. On suppose que f(x, y) est une fonction r´eelle ou complexe, d´efinie sur E×Y, o`u (E,F, µ) est un espace mesur´e et (Y, d) un espace m´etrique. On fixe un point y∗ de Y, et on suppose que
1m – pour tout y ∈ Y, la fonction x → f(x, y) est F-mesurable d´efinie µ-presque partout ;
2 – pour µ-presque tout x∈E, la fonction y →f(x, y) est continue au point y∗; 3 – il existe une fonction µ-int´egrable g :x ∈ E → g(x) telle que pour tout y ∈ Y, on ait µ-presque partout la majoration |f(x, y)| ≤g(x).
Alors, la fonctionF d´efinie sur Y par F(y) =
Z
E
f(x, y) dµ(x)
est continue au point y∗.
On note que l’hypoth`ese de mesurabilit´e 1m permet de calculer pour tout y ∈ Y
l’int´egrale Z
E|f(x, y)|dµ(x)∈[0,+∞],
et la majoration3 entraˆıne l’hypoth`ese minimale1 d’int´egrabilit´e de x→ f(x, y), pour
tout y∈Y, Z
E|f(x, y)|dµ(x)≤ Z
E
g(x) dµ(x)<+∞, ce qui permet de d´efinir F(y) pour tout y∈Y.
Preuve. — Pour montrer la continuit´e de F au point y∗ de l’espace m´etrique Y, il suffit de montrer que pour toute suite (yn) tendant vers y∗, on a F(yn) →F(y∗) : c’est exactement ce que dit le th´eor`eme de convergence domin´ee, si on pose
hn(x) =f(x, yn), h(x) =f(x, y∗).
L’hypoth`ese 3donne la majoration de |hn|par une fonction int´egrable fixeg, et2donne la convergence simple µ-presque partout de hn(x) vers h(x). On d´eduit par Lebesgue domin´e que
F(yn) = Z
E
hn(x) dµ(x)→ Z
E
h(x) dµ(x) = F(y∗), ce qu’il fallait d´emontrer.
Ce premier r´esultat de continuit´e n’est pas celui qu’on utilise le plus souvent. Le th´eor`eme de continuit´e vraiment hhpratiqueii est celui qui viendra juste apr`es. Cepen- dant, dans certains cas particuliers, on peut avoir besoin de ce premier hhth´eor`eme 0ii, comme dans l’exemple qui suit.
Exemple 1. On suppose donn´ee une fonction r´eelle ou complexe h d´efinie et Lebesgue- int´egrable sur [0,+∞[. On pose, pour tout y ≥0,
F(y) = Z y
0
h(x) dx.
Dans le cas o`u h est continue, on a vu dans les rappels sur l’int´egrale de Riemann que F est d´erivable (de d´eriv´eeh), donc F est continue. Quand hest seulement suppos´ee int´egrable, il n’y a aucune chance que F soit partout d´erivable, mais on va montrer que F est continue sur [0,+∞[, en utilisant le th´eor`eme de continuit´e pr´ec´edent.
On peut r´ecrire F sous la forme
∀y ∈Y, F(y) = Z
[0,+∞[
1[0,y](x)h(x) dλ(x) = Z
E
f(x, y) dλ(x),
o`u E = Y = [0,+∞[ et o`u la fonction f utilis´ee est f(x, y) = 1[0,y](x)h(x).
On fixe y∗ ≥0, par ailleurs quelconque. Si x ≥0 est donn´e, la fonction fx :y ∈Y →f(x, y) =1x≤yh(x)
est nulle quand y ∈ [0, x[, puis constante ´egale `a h(x) quand y ≥ x : elle a au plus un point de discontinuit´e, le point y0 = x; la fonction fx est donc continue au point y∗
quand x 6= y∗; comme le singleton {y∗} est de mesure de Lebesgue nulle, on voit que l’hypoth`ese 2 est satisfaite ; de plus, la majoration 3 est facile `a obtenir,
|f(x, y)|=|1[0,y](x)h(x)| ≤ |h(x)|=:g(x),
majorant int´egrable ind´ependant du param`etre y, donc F est continue au point y∗, et ceci pour tout y∗ ∈Y.
On notera que l’hypoth`ese hhglobaleii 2g de continuit´e du th´eor`eme qui suit n’est pas satisfaite dans le pr´esent exemple : au contraire, pour tout x∈ E tel que h(x)6= 0, la fonction y→f(x, y) est discontinue sur Y !
Th´eor`eme de continuit´e des int´egrales `a param`etre. On suppose que f(x, y) est une fonction r´eelle ou complexe, d´efinie sur le produit E ×Y, o`u (E,F, µ) est un espace mesur´e et (Y, d)un espace m´etrique. On suppose de plus que
1m – pour tout y ∈ Y, la fonction x → f(x, y) est F-mesurable d´efinie µ-presque partout ;
2g – pour presque tout x∈E, la fonction y→f(x, y)est continue sur Y;
3` – pour tout y∗ ∈ Y, il existe un voisinage V∗ de y∗ dans Y et une fonction µ- int´egrable g∗ : x ∈ E → g∗(x) tels que pour tout y ∈ V∗, on ait µ-presque partout la majoration |f(x, y)| ≤g∗(x).
Alors, la fonctionF d´efinie sur Y par F(y) =
Z
E
f(x, y) dµ(x) est continue sur Y.
L’indicegdans2g est pour global : on a globalis´e l’hypoth`ese de continuit´e ; l’indice` dans3` est pour local : on a localis´e la majoration au voisinage de chaque pointy de Y.
Preuve. —Soity∗ dans Y, quelconque ; d’apr`es3`, il existe un voisinage V∗dey∗ et une fonctiong∗ int´egrable attach´ee `a ce voisinage tels que|f(x, y)| ≤ g∗(x) pour touty∈V∗; on va montrer `a nouveau que F(yn) converge vers F(y∗), pour toute suite (yn) ⊂Y qui converge versy∗ : pourn≥n0 assez grand, le point yn entre dans le voisinage V∗ dey∗, donc pour tout n≥n0 on a la majoration
∀x∈E, |hn(x)|=|f(x, yn)| ≤g∗(x) ;
par l’hypoth`ese de continuit´e 2g, on sait que hn(x) = f(x, yn) converge simplement vers h(x) = f(x, y∗). D’apr`es le th´eor`eme de convergence domin´ee appliqu´e `a la suite (hn)n>n0, on d´eduit que F(yn)→F(y∗), ce qu’il fallait d´emontrer.
Exemple trait´e.La fonction Γ est d´efinie pour tout nombre complexestel que Res >0 par
Γ(s) = Z +∞
0
e−xxs−1dx.
On va montrer que Γ est continue sur le demi-plan ouvert U form´e des complexes s tels que Res > 0,
U ={s∈C: Res > 0}.
Preuve. — Ici E = ]0,+∞[, Y = U, la mesure est la mesure de Lebesgue λ et Γ(s) =
Z
E
f(x, s) dλ(x), f(x, s) = e−xxs−1.
La fonction s→f(x, s) est continue sur U pour tout x, nous devons nous occuper de la majoration. On remarque que si s=σ+ iτ, avec σ et τ r´eels, on a
|xs|=|eslnx|=|e(σ+iτ) lnx|= eσlnx =xRes.
Il n’est pas possible de trouver pour |f(x, s)| un majorant g(x) int´egrable valable pour tout s tel que Res > 0 ; en effet, si on avait |f(x, s)| ≤ g(x) pour tout s ∈]0,1] par exemple, on d´eduirait en passant `a la limite quand s →0 que
0< x≤1 ⇒ e−1x−1 ≤e−xx−1 ≤g(x), et comme
e−1 Z 1
0
dx
x = +∞,
la fonctiongne pourrait pas ˆetre int´egrable. Mais sis∗ est fix´e dans U, on peut consid´erer σ∗ = Res∗ >0 et le voisinage de s∗ d´efini par
V∗ ={s ∈C:σ∗/2<Res <2σ∗}
(par exemple) et trouver un majorant int´egrable g∗(x) de |f(x, s)| valable pour tout s∈V∗. En effet, t ∈R→xt−1 est d´ecroissante quand 0< x≤1, donc on a
(0< x ≤1, s∈V∗) ⇒ 0≤ |f(x, s)|= e−x|xs−1| ≤e−xxσ∗/2−1 et t→xt−1 est croissante quand x≥1, donc
(x≥1, s ∈V∗) ⇒ 0≤ |f(x, s)|= e−x|xs−1| ≤e−xx2σ∗−1. On obtient un majorant int´egrable g∗, valable dans V∗, en posant
g(x) =1]0,1](x) e−xxσ∗/2−1+1]1,+∞[(x) e−xx2σ∗−1. On v´erifie l’int´egrabilit´e de g∗,
Z 1 0
e−xxσ∗/2−1dx≤ Z 1
0
xσ∗/2−1dx= 1 σ∗/2
et pour la deuxi`eme int´egrale, on note que pour tous x, α > 0 on a, par changements successifs,
x≤ex, x/α≤ex/α, xα ≤ααex, xα ≤2αααex/2 donc
Z +∞
1
e−xx2σ∗−1dx≤ Z +∞
1
e−xx2σ∗dx≤22σ∗(2σ∗)2σ∗ Z +∞
1
e−xex/2dx
<22σ∗(2σ∗)2σ∗ Z +∞
0
e−x/2dx= 2.22σ∗(2σ∗)2σ∗ <+∞.