Universit´e Pierre et Marie Curie – Paris 6 Examen de rattrapage Licence de Math´ematiques Analyse Hilbertienne et Num´erique
9 septembre 2005 13h30 `a 16h30, Amphi 41A
R´esoudre chaque probl`eme sur une feuille s´epar´ee. Les appareils
´electroniques et les documents sont interdits. Les solutions devront ˆetre r´edig´ees de mani`ere rigoureuse. Lorsque des r´esultats du cours seront utilis´es, ils devront clairement ˆetre ´enonc´es. On notera que certaines questions peuvent ˆetre r´esolues ind´ependamment.
Probl`eme I. (50 points) Dans tout le probl`eme, H 6={0H} est une espace hilbertien r´eel et P d´esigne l’ensemble des homomorphismes non nuls, born´es, autoadjoints, et positifs surH.
1. Soient T un op´erateur de P et γ ∈ ]0,+∞[ tels que (∀x ∈ H) hT x|xi ≥ γkT xk2. Montrer que γ ≤1/kTk.
2. Soient T ∈P etγ ∈]0,1/kTk[.
(a) Montrer que Id−γT ∈P.
(b) Montrer que (∀x ∈ H) hT x|xi ≥ γkT xk2. On pourra pour cela utiliser le lemme suivant.
Lemme. Soient T1 et T2 deux op´erateurs de P tels que T1 ◦T2 = T2 ◦T1. Alors T1◦T2 ∈P.
(c) Montrer que (∀x∈ H) kx−γT xk2 ≤ kxk2−γ2kT xk2. (d) Montrer que kId−γTk ≤1.
3. Soient T ∈P, γ ∈]0,1/kTk], et y ∈ImT. ´Etant donn´e x(0) ∈ H, on construit une suite (x(k))k≥0 via l’algorithme
(∀k ∈N) x(k+1) =x(k)−γT x(k)+γy. (1)
(a) Soit x∈ H un vecteur tel que T x=y. Montrer les propri´et´es suivantes : i. (∀k∈N) x(k+1)−x= (Id−γT)(x(k)−x).
ii. (∀k∈N) kx(k+1)−xk2 ≤ kx(k)−xk2−γ2kT x(k)−yk2. iii. (kx(k)−xk2)k≥0 converge.
(b) Montrer que (T x(k))k≥0 converge vers y.
(c) Montrer que si x∈ H est la limite d’une sous-suite (x(lk))k≥0, alors T x=y.
(d) Montrer que dans (c) toute la suite (x(k))k≥0 converge vers x.
(e) Conclure que si dimH<+∞, alors (x(k))k≥0converge vers une solution de l’´equation T x=y.
(f) L’algorithme (1) correspond `a la m´ethode du gradient pour quelle fonctionf: H → R?
4. Question bonus : Soit V un sous-espace vectoriel ferm´e de H tel que V 6= {0H} et V 6=H, et soit T l’op´erateur de projection sur V. Montrer queT ∈Pet que Id−T ∈P.
Probl`eme II. (50 points) Dans tout le probl`eme, h· | ·id´esigne le produit scalaire canonique deRn, et k · k=k · k2 la norme associ´ee. La norme matricielle correspondante sera not´ee||| · |||.
On s’int´eresse `a la vitesse de convergence de l’algorithme du gradient conjugu´e appliqu´e au syst`eme lin´eaire Ax = b. On suppose que A ∈ Rn×n est sym´etrique et d´efinie positive. On note λ1 ≤λ2 ≤ · · · ≤λn les valeurs propres deA, et (v1, v2, . . . , vn) une base orthonormale de vecteurs propres associ´es.
1. Soit (xk)1≤k≤n une base de Rn.
(a) Donner l’algorithme de Gram-Schmidt appliqu´e `a cette base (on appellera (yk)1≤k≤n la base orthonorm´ee ainsi obtenue).
(b) D´emontrer que pour tout k ≤n, vect(x1, . . . , xk) = vect(y1, . . . , yk).
2. Exprimer le conditionnement cond(A) de A pour la norme ||| · |||.
3. On d´efinit, pour tout x∈Rn, J(x) = 12hAx|xi − hb |xi.
(a) D´emontrer que le syst`eme Ax=b admet une solution unique, que l’on notera u.
(b) D´emontrer queJ admet un minimiseur unique, et que ce minimiseur est la solution u du syst`eme Ax=b.
4. Pour tout x∈Rn, on pose kxkA=p
hAx|xi.
(a) D´emontrer que k · kA est une norme.
(b) D´emontrer que k · kA et k · k sont ´equivalentes, et calculer infx6=0kxk2A/kxk2 et supx6=0kxk2A/kxk2.
5. Soit u(0) ∈ Rn. On pose w(0) = r(0) = ∇J(u(0)) et on d´efinit par r´ecurrence les trois suites (u(k))k∈N, (w(k))k∈N et (r(k))k∈N de la fa¸con suivante :
– si w(k)= 0,alors u(k+1) =u(k), w(k+1) =r(k+1) = 0 etα(k) =µ(k) = 0 ; – si w(k)6= 0,on pose
u(k+1) =u(k)−µ(k)w(k), avec µ(k)=
∇J(u(k))|w(k) /
Aw(k) |w(k) , r(k+1) =∇J(u(k+1)),
w(k+1) =r(k+1)+α(k)w(k), avec α(k)=kr(k+1)k2/kr(k)k2.
On rappelle que la suite (r(k))k∈N est orthogonale. Dans tout le probl`eme, on supposera que r(k) 6= 0. On pose Kk = vect(r(0), . . . , r(k)).
(a) D´emontrer que w(k)∈Kk, puis queµ(k) =kr(k)k2/
Aw(k) |w(k) . (b) D´emontrer que Kk= vect(r(0), Ar(0), . . . , Akr(0)).
(c) En d´eduire que J restreinte `au(0)+Kk atteint son minimum en u(k+1).
6. Question bonus : On note e(k) =u(k)−ul’erreur au pas k. D´emontrer qu’il existe un polynˆome Qk de degr´e au plus k tel que e(k) =Qk(A)e(0). Que vautQk(0) ?
7. Question bonus : On suppose que λ1 < λn, et on admet l’in´egalit´e : ke(k)k ≤2√
γ (√
γ−1)/(√
γ+ 1)k
ke(0)k,
o`u γ = cond(A). Le majorant converge-t-il et, si oui, quelle est sa limite ? 8. Question bonus : Que dire de l’algorithme dans le cas λ1 =λn?
Paris 6 – Licence de Math´ematiques – Analyse Hilbertienne et Num´erique Solution de l’examen de septembre 2005
Solution du Pb I :
1. Puisque T est non-nul, kTk 6= 0. Par Cauchy-Schwarz, pour kxk = 1, γkT xk2 ≤ hT x|xi ≤ kT xk · kxk =kT xk, donc γkT xk ≤1. Par suite γkTk = supkxk=1kT xk ≤1, i.e., γ ≤1/kTk.
2. (a) (Id−γT)∗ = Id−γT∗ = Id−γT. Par Cauchy-Schwarz h(Id−γT)x|xi = kxk2 − γhT x|xi ≥ kxk2−γkT xk · kxk ≥ kxk2−γkTk2· kxk2 =kxk2(1−γkTk)≥0. De plus, 16=γkTk ⇒ Id6=γT ⇒ Id−γT 6= 0.
(b) On pose T1 = T et T2 = Id−γT. Alors T1 et T2 remplissent les conditions du lemme et donc T1 ◦ T2 = T(Id−γT) ≥ 0. Par suite, puisque T∗ = T, 0 ≤ hT ◦(Id−γT)x|xi=hT x|xi−γhT(T x)|xi=hT x|xi−γhT x|T∗xi=kT xk2 = hT x|xi −γkT xk2, i.e., hT x|xi ≥γkT xk2.
(c) D’apr`es (b), kx−γT xk2 = kxk2 −2γhT x|xi+γ2kT xk2 ≤ kxk2 −2γ2kT xk2 + γ2kT xk2 =kxk2 −γ2kT xk2.
(d) Prenons kxk= 1. D’apr`es (c), k(Id−γT)xk ≤p
kxk2−γ2kT xk2 ≤ kxk= 1.
3. (a) i. x(k+1)−x=x(k)−γT x(k)+γy−x=x(k)−γT x(k)+γT x−x= (Id−γT)(x(k)−x).
ii. D’apr`es i. et 3.(c) kx(k+1) − xk2 = k(Id−γT)(x(k) − x)k2 ≤ kx(k) −xk2 − γ2kT(x(k)−x)k2 =kx(k)−xk2−γ2kT x(k)−yk2.
iii. D’apr`es ii. (∀k ∈ N) 0 ≤ kx(k+1)−xk2 ≤ kx(k) −xk2. Ainsi, (kx(k) −xk2)k≥0
est monotone et born´ee, donc convergente.
(b) Soit x tel que T x = y. D’apr`es (a)ii et (a)iii. 0 ≤ kT x(k)−yk2 ≤ (kx(k) −xk2 − kx(k+1)−xk2)/γ2 →0. Donc T x(k) →y.
(c) Supposons que x(lk) → x. Par continuit´e de T, on a T x(lk) → T x. Mais par (b), T x(lk) →y. Donc T x=y.
(d) Dans (c), kx(lk) −xk → 0 et T x = y. Donc (a)iii. implique que (kx(k) −xk)k≥0
converge. Donc n´ecessairement kx(k)−xk →0.
(e) D’apr`es (a)ii. (x(k))k≥0est born´ee. Si dimH <+∞, elle poss`ede donc une sous-suite convergeante. La conclusion d´ecoule donc de (c) et (d).
(f) Pour f: x7→ 12hT x|xi − hx|yi, (1) devient (∀k ∈N) x(k+1) =x(k)−γ∇f(x(k)).
4. Par hypoth`ese T et Id−T ne peuvent ˆetre nuls. Puisque Id−T = PV⊥, il suffit de montrer que T = T∗ et T ≥ 0 (d’apr`es le Th´eor`eme de projection, T est lin´eaire et kTk= 1). On utilise la propri´et´e d’orthogonalit´e du projecteurT. Soit (x, y)∈ H2. On a hT x|yi=hT x|y−T yi+hT x|T yi=hT x|T yi=hT x−x|T yi+hx|T yi=hx|T yi et donc T∗ =T. Par ailleurs, hT x|x−T xi= 0 ⇒ hT x|xi=kT xk2 ≥0.
Solution du Pb II :
1. (a) L’algorithme d’orthonormalisation de Schmidt s’´ecrit y1 = x1/kx1k, et pour tout k ∈ {1,2, . . . , n}, zk+1 =xk+1−Pk
j=1hxk+1 |yjiyj, etyk+1 =zk+1/kzk+1k.
(b) On proc`ede par r´ecurrence : pour n = 1, vect(x1) = vect(y1) par d´efinition de y1. Supposons maintenant que vect(y1, . . . , yk) = vect(x1, . . . , xk). Alors pour tout j ≤ k, yj ∈ vect(x1, . . . , xk) ⊂ vect(x1, . . . , xk+1). Donc, par d´efinition de yk+1, on obtientyk+1 ∈vect(x1, . . . , xk+1). Ainsi, vect(y1, . . . , yk+1)⊂vect(x1, . . . , xk+1).
Comme (yj)1≤j≤k+1est orthonorm´ee, donc libre, de mˆeme que la famille (xj)1≤j≤k+1, ces deux sous-espaces ont mˆeme dimension et sont donc ´egaux.
2. Par d´efinition, cond(A) = |||A||| |||A−1|||. De plus, kAxk ≤ λnkxk, est cette valeur est atteinte pour x = vn. Donc |||A||| = λn. De mˆeme, |||A−1||| = 1/λ1. Donc cond(A) = λn/λ1.
3. (a) A est sym´etrique d´efinie positive, donc inversible. Donc le syst`eme Ax =b admet une solution unique.
(b) En utilisant l’in´egalit´e de Cauchy-Schwarz, on a J(x)≥ λ21kxk2− kbkkxk ≥ −kbk2λ2
1. La fonctionJest donc minor´ee. On noteJ0 = infJ.Or d’apr`es l’in´egalit´e pr´ec´edente, on peut trouver R > 0 tel que kxk ≥ R ⇒ J(x) ≥ J0 + 1. Ainsi, inf
Rn
J = inf
BR
J.
CommeJ est continue et BR compacte, il existeu∈BR tel queJ(u) =J0.Remar- quons de plus que ∇J(x) = Ax−b, et que donc tout minimiseur v´erifie Au = b.
Comme ce syst`eme admet une unique solution d’apr`es la question pr´ec´edente, le minimiseur est unique.
4. (a) Il est clair que kxkA ≥ 0 pour tout x ∈ Rn, et que pour tout λ ∈ R, kλxkA =
|λ|kxkA. De plus, la forme quadratique x 7→ hAx|xi est positive, donc le produit scalaire associ´e v´erifie l’in´egalit´e de Cauchy-Schwarz. Ainsi, pour tousx, y ∈Rn,on akx+yk2A=kxk2A+kyk2A+ 2hAx|yi ≤ kxk2A+kyk2A+ 2kxkAkykA,ce qui d´emontre l’in´egalit´e triangulaire. Enfin, kxkA ≥λ1kxk2, et donckxkA= 0 ⇒x= 0.
(b) Il est clair que λ1kxk2 ≤ hAx |xi ≤ λnkxk2, ce qui prouve que k · kA et k · k sont
´
equivalentes. De plus, infx6=0kxk2A/kxk2 ≥λ1, et cette borne inf´erieure est atteinte pour x =v1. Enfin, supx6=0kxk2A/kxk2 ≤ λn, et cette borne sup´erieure est atteinte pourx=vn.
5. (a) Montrons par r´ecurrence que w(k) ∈ Kk. Pour k = 0, c’est ´evident. Supposons donc que w(k) ∈ Kk. Donc w(k) ∈ Kk+1 et par d´efinition de w(k+1) et puisque r(k+1) ∈ Kk+1, on d´eduit que w(k+1) ∈ Kk+1, ce qui ach`eve la r´ecurrence. Ainsi w(k−1) ∈Kk−1,ce qui implique par orthogonalit´e de la suiter(k)que
w(k−1) |r(k)
= 0. Ainsi,
∇J(u(k))|w(k)
=
r(k) |w(k)
=
r(k)|r(k)+αk−1w(k−1)
= kr(k)k2, d’o`u la valeur de µk.
(b) On proc`ede par r´ecurrence. Il est clair que K0 = vect(r(0)). Supposons que Kk = vect(r(0), . . . , Akr(0)). On a r(k+1) = Au(k+1) −b = Au(k)−µ(k)Aw(k)−b = r(k)−
µ(k)Aw(k).De plus,Aw(k) ∈vect(Ar(0), . . . , Ak+1r(0)),doncr(k+1) ∈vect(r(0), . . . , Ak+1r(0)).
Ainsi,Kk+1 ⊂vect(r(0), . . . , Ak+1r(0)).R´eciproquement, par d´efinition, on ar(k+1) = r(k) − µ(k)Aw(k) = r(k) − µ(k)Ar(k) − α(k−1)µ(k)Aw(k−1). D’autre part, en utili- sant l’hypoth`ese de r´ecurrence, on a µ(k)Ar(k) = β(k+1)Ak+1r(0) + t(k), pour un certain r´eel β(k) et un certain t(k) ∈ Kk. Ainsi, rk+1 = β(k+1)Ak+1r(0) + s(k), o`u s(k) ∈ Kk. En calculant le produit scalaire de cette ´egalit´e avec r(k+1), on obtient 0 6= kr(k+1)k2 = β(k+1)
A(k+1)r(0) |r(k+1)
, donc β(k+1) 6= 0, et donc Ak+1r(0) = β(k+1)1 (r(k+1) −s(k)) ∈ Kk+1. L’hypoth`ese de r´ecurrence implique alors que vect(r(0), . . . , Ak+1r(0))⊂Kk+1.
(c) Remarquons tout d’abord queu(l+1)−u(l) ∈Klpour toutl, doncu(k+1)−u(0) ∈Kk. D’autre part, tout vecteur deu(0)+Kks’´ecritu(0)+t(k) =u(k+1)+u(0)−u(k+1)+t(k), avec t(k) ∈ Kk. Ce vecteur s’´ecrit donc u(k+1) + h, avec h ∈ Kk. De plus, par convexit´e de la fonctionnelle J, on a J(u(k+1)+h)≥J(u(k+1)) +
∇J(u(k+1))|h
= J(u(k+1)) +
r(k+1) |h
=J(u(k+1)) par orthogonalit´e de la suiter(k). Ceci d´emontre que J atteint son minimum sur u(0)+Kk en u(k+1).
6. On a clairement Ae(k) = r(k). De plus, d’apr`es la question 5b, on sait que r(k) = Pk
j=0βjAjr(0).Ces deux ´egalit´es impliquentAe(k) =Pk
j=0βjAj+1e(0).Comme de plusA
est inversible, on obtient quee(k) =Qk(A)e(0),o`uQk est un polynˆome de degr´e au plusk.
D’autre part, ce polynˆome v´erifie ´egalementr(k) =Qk(A)r(0).Or on a vu `a la question 5b quer(k+1) =r(k)−µ(k)Aw(k).En particulier, si on noteβle coefficient de degr´e z´ero deQk
etγ celui deQk+1, on a donc (γ−β)r(0) =APk(A)r(0), o`uPk est un polynˆome. Comme, toujours d’apr`es la question 5b, le syst`eme de vecteurs (r(0), Ar(0), . . . , Akr(0)) est libre, on en d´eduit que β=γ. Donc Qk(0) ne d´epend pas de k. Ainsi, Qk(0) =Q0(0) = 1.
7. D’apr`es la question 2,γ =λn/λ1 >1, donc 0<(√
γ−1)/(√
γ+ 1)<1,ce qui implique que le majorant de e(k) converge vers 0.
8. Si λn =λ1, alors la matriceA est une homoth´etie : A=λ1In.Ainsi, u=b/λ1. De plus, w(0) =r(0) =λ1u(0)−b, et donc µ(0) =kr(0)k2/
Aw(0) |w(0)
= 1/λ1. Ceci implique que u(1) =u(0)−w(0)/λ1 =b/λ1 =u. Donc l’algorithme converge en une seule ´etape.