EPFL
Algèbre linéaire 1ère année 2008-2009
Corrigé de la série 24
Exercice 1. 1. On a
(T +T∗)∗ =T∗+T
par conséquentT +T∗ est auto-adjoint. Par le théorème spectral on en déduit qu’il existe une base orthonormée B de vecteurs propres de T +T∗ et de valeurs propres associées réelles. Donc,
[T +T∗]B=D
où D = diag(λ1, . . . , λn) ∈ Mat(n,R). Comme T +T∗ est supposée nilpotente, il existe p∈ N tel que (T +T∗)p = 0 et donc Dp = 0 d’où λp1 = . . .=λpn = 0 et donc λ1 =. . .= λn = 0. On en déduit que D= 0 et que T +T∗ = 0.
2. L’opérateur T étant supposé auto-adjoint, par le théorème spectral on sait qu’il existe une base orthonormée B de vecteurs propres de T et que les valeurs propres associées sont réelles. Donc,
[T]B =D oùD= diag(λ1, . . . , λn)∈Mat(n,R). D’où,
[A]B =D+iI.
Ordet(D+iId) = (λ1+i). . . . .(λn+i)6= 0puisque∀k, λk ∈R. On en déduit queD+iId est inversible et donc que A est inversible.
3. Comme T est supposé normal, d’après le théorème spectral, on sait qu’il existe une base orthonorméeB de vecteurs propres deT, c’est à dire
[T]B =D oùD= diag(λ1, . . . , λn)∈Mat(n,C).
On pose∀i δi ∈Ctel que δi2 =λi. (δi existe d’après le cours sur les nombres complexes).
On considèreE = diag(δ1, . . . , δn)∈Mat(n,C)etS l’opérateur deL(V)tel que[S]B=E.
CommeE2 =D on a S2 =T.
4. D’après le théorème spectral, il existe une base orthonormale BdeCn telle que [T]B,B= diag(r1eiθi, . . . , rneiθn) avec r1, . . . , rn ∈ R≥0 et θ1, . . . , θn ∈ R. Comme T8 = T9, on a r8jei8θj = rj9ei9θj pour j = 1, . . . , n. Donc soit rj = 0 soit rjeiθj = 1, ce qui implique que [T]B,B= diag(ε1, . . . , εn)avec ε1, . . . , εn∈ {0,1}. Donc T est auto-adjoint et T2 =T. Exercice 2. 1. Soit v ∈V un vecteur non nul. On a alors
h(T2 +αT +βIdV)(v), vi=hT2(v), vi+αhT(v), vi+βhv, vi
=hT(v), T(v)i+αhT(v), vi+βkvk2 car T =T∗
≥ kT(v)k2− |α| · kT(v)k · kvk+βkvk2
=
kT(v)k −|α| · kvk 2
2
+
β− α2 4
kvk2 >0.
On obtient donc que (T2+αT +βIdV)(v)6= 0 pour tout v 6= 0. Donc T2+αT +βIdV est injectif et donc surjectif d’après le théorème du rang.
1
2. La liste(v, T(v), . . . , Tn(v))est une liste den+ 1vecteurs. Comme la dimension deV est n, ces vecteurs ne peuvent pas être linéairement indépendants et il existe a0, . . . , an ∈R pas tous nuls tels que a0v+a1T(v) +. . .+anTn(v) = 0.
3. On a p(T)(v) = 0 et donc
c(T−λ1IdV)◦. . .◦(T−λmIdV)◦(T2+α1T+β1IdV)◦. . .◦(T2+αMT+βMIdV)(v) = 0, cette égalité ne dépendant pas de l’ordre des applications linéaires appliquées àv. Comme p6= 0, on a c6= 0. De plus, d’après la première question, les opérateursT2+αiT +βiIdV
sont inversibles pour i= 1, . . . , M. On obtient donc m≥1 et (T −λ1IdV)◦. . .◦(T −λmIdV)(v) = 0.
(En effet, si on avait (T − λ1IdV)◦ . . . ◦ (T − λmIdV)(v) 6= 0, alors on obtiendrait p(T)(v) = c(T2+α1T +β1IdV)◦. . .◦(T2 +αMT +βMIdV)◦(T −λ1IdV)◦. . .◦(T − λmIdV)(v)6= 0car les M derniers opérateurs que l’on applique sont inversibles. Mais ceci est une contradiction car p(T)(v) = 0.) Admettons maintenant que T n’a aucune valeur propre réelle. En particulier, les valeursλ1, . . . , λm ne sont pas des valeurs propres de T. On a alors (T −λiIdV)(w)6= 0pour tout 06=w∈V et i= 1, . . . , m, et on obtient pour tout06=w∈V :(T−λmIdV)(w)6= 0implique que(T−λm−1IdV)◦(T−λmIdV)(w)6= 0 etc. En particulier, la composition(T −λ1IdV)◦. . .◦(T −λmIdV) appliquée au vecteur v ne peut pas être nulle, une contradiction. L’opérateur T possède donc au moins une valeur propre réelle λ.
Exercice 3. 1. D’après l’exercice précédent, on sait qu’il existe un vecteur propre u0 6= 0de T pour une valeur propre λ ∈R. Le vecteur u=u0/ku0k est un multiple de u0 de norme 1, c’est donc aussi un vecteur propre deT pour la valeur propre λ. On poseU = span(u).
Soit v ∈U⊥. On a
hT(v), ui=hv, T(u)i=λhv, ui= 0, ce qui montre que T(v)∈U⊥.U⊥ est donc T-invariant.
2. On peut donc considérer T|U⊥ ∈ L(U⊥). L’espace vectoriel U⊥ est muni du produit scalaire défini par la restriction àU⊥du produit scalaire surV. On a, pour toutv, w∈U⊥:
hT|U⊥(v), wiU⊥ =hT(v), wi=hv, T(w)i=hv, T|U⊥(w)iU⊥. L’opérateur T|U⊥ est donc auto-adjoint d’après la caractérisation de l’adjoint.
3. Soit n = 1. Alors T =λIdV. Chaque base orthonormale de V est composée d’un unique vecteur normé. Ce vecteur est automatiquement un vecteur propre de T pour la valeur propreλ.
On admet que l’assertion à démontrer est vraie pour tout espace vectoriel réel V de dimensionn−1et tout opérateurT0 auto-adjoint deV. Soitλune valeur propre réelle de T (qui existe d’après l’exercice 2) etuun vecteur propre normé deT pour la valeur propre λ. On considère U := span(u). Comme dimU⊥ = n−1 et T0 := T|U⊥ est un élément auto-adjoint de L(U⊥) d’après la question précédente, il existe dáprès l’hypothèse de récurrence une base (u1, . . . , un−1) de U⊥ formée de vecteurs propres de T|U⊥. Comme les vecteurs u1, . . . , un−1 sont des vecteurs propres de T|U⊥, ils sont aussi des vecteurs propres de T. La liste (u, u1, . . . , un−1) est donc une base orthonormée de V formée de vecteurs propres de T.
2
Exercice 4. 1. Soit (e1, . . . , em) une base orthonormée de U, qu’on complète en une base orthonormée B = (e1, . . . , em, em+1, . . . , en) de V. La matrice de T dans cette base a la forme
M := [T]B,B=
A B 0 C
,
avec A ∈ Mat(m,R), B ∈ Mat(n−m, m,R) et C ∈ Mat(n−m,R). On a utilisé le fait que U est T-invariant, donc que T(ei) ∈span(e1, . . . , em) pour i = 1, . . . , m. On appelle mij les coefficients de la matrice M, i, j = 1, . . . , n. Pouri= 1, . . . , m, on a
kT(ei)k2 =k
m
X
j=1
mjiejk2 =
m
X
j=1
kmjiejk2 =
m
X
j=1
m2ji.
On obtient donc
m
X
i=1
kT(ei)k2 =
m
X
i=1 m
X
j=1
m2ji.
Comme[T∗]B,B =M∗, on a également kT∗(ei)k2 =k
n
X
j=1
mijejk2 =
n
X
j=1
kmijejk2 =
n
X
j=1
m2ij.
On obtient donc
m
X
i=1
kT∗(ei)k2 =
m
X
i=1 n
X
j=1
m2ij.
Mais comme T est normal, on a kT∗(ei)k=kT(ei)k pouri= 1, . . . , m. Cela donne
m
X
i=1
kT(ei)k2 =
m
X
i=1
kT∗(ei)k2, et donc
m
X
i=1 n
X
j=1
m2ij =
m
X
i=1 m
X
j=1
m2ji =
m
X
i=1 m
X
j=1
m2ij. On obtient donc
m
X
i=1 n
X
j=m+1
m2ij = 0.
Comme ce nombre est la somme des carrés des coefficients (réels !) deB, on a montré que B = 0. La matrice de T par rapport à la base Best donc de la forme
A 0 0 C
.
Cela implique queT(ei)∈span(em+1, . . . , en)pouri=m+1, . . . , n. Comme(em+1, . . . , en) est une base de U⊥, on a donc prouvé que U⊥ estT-invariant.
2. On obtient de la question précédente que [T∗]B,B =
At 0 0 Ct
. Le sous-espace vectoriel U est donc T∗-invariant.
3
3. Soit S := T|U ∈ L(U). Soient u, u0 ∈ U. On calcule hS(u), u0iU = hT(u), u0iV = hu, T∗(u0)iV = hu, T∗(u0)iU, comme T∗(U) ⊆ U. On a donc S∗(u0) = T∗(u0) pour tout u0 ∈U d’après la caractérisation de l’adjoint. Cela montre que S∗ =T∗|U ∈L(U).
4. On a pour tout u∈U :
(T|U◦T∗|U)(u) = T|U(T∗(u)) =T(T∗(u)) =T∗(T(u)) = (T∗|U ◦T|U)(u), où on a utilisé le fait que T est normal. L’opérateur T|U est donc normal.
5. On a montré dans le point précédent que la restriction de T à un sous-espaceT-invariant de V est normal. Comme U⊥ est T-invariant d’après le point 1, on peut appliquer ce résultat à U⊥.
4