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Submitted on 1 Jan 1934
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L’extrémité ultraviolette du spectre du ciel nocturne
J. Gauzit
To cite this version:
Par M. J. GAUZIT.
Faculté des Sciences de
Montpellier.
Sommaire. - L’extrémité ultraviolette du spectre du ciel nocturne a été étudiée dans 7 clichés,
obtenus avec un spectrographe à optique de quartz, ouvert à F/2. Les observations ont été faites à
Montpellier, en visant l’horizon Nord. L’auteur donne une liste des raies d’émission observées, les compare
à celles trouvées par d’autres observateurs et propose quelques identifications.
L absorption par l’ozone atmosphérique ne se manifeste pas et l’émission paraît encore appréciable vers 3000 Å et au delà.
A
l’instigation
de MM. Cabannes etDufay
et pour collaborer à leurs recherches(1)
(2)
(3)
(~), j’ai
étudié,
au moyen d’un
spectrographe
àoptique
dequartz,
l’extrémité
ultraviolette duspectre
du ciel noc-turne.Le
système clispersif
duspectrographe comprend
unprisme
de Cornu de 60° et deuxprismes
dequartz,
droit etgauche,
de30°,
placés
depart
et d’autre duprisme
deCornu ;
lepremier prisme
est traversénor-malement par les rayons
incidents,
tandis que le rayonémergent
moyen sort normalement dudernier,
commele montre la
figure
1. Laposition
duprisme
de Cornu’
Fig. i .
correspond
sensiblement au minimum de déviation pour la radiation delongueur
d’onde 3.300 À. Ce train de troisprismes,
substitué à 2prismes
de Cornu de 60°,permet,
pour un mêmepoids
dequartz,
d’utiliser unfaisceau
plus
large;
par contre ladispersion angulaire
est réduite d’un tiers environ.Le collimateur est formé d’une lentille de
quartz,
de ~0 cm de distance focale. Commeobjectif
de la cham-brephotographique, j’ai
utilisé deux lentilles dequartz,
identiques,
plan-convexes, placées
l’unederrière
l’autre,
les faces courbes en avant : cesys-tème a une cli s f ance focale de 10 cm environ et il est ouvert à
/~/2. L’objectif
n’étant pasachromatique,
laplaque
est fortement inclinée parrapport
au rayonmoyen, mais les
images
de la fente sont satisfaisantes dans ungrand
intervallespectral,
s’étenclan t de 2900 Ã à 4 100 Àenviron;
au delà de 4 200 3ijc
n’aipas étudié les clichés. La
dispersion
varie de 130 À parmm vers 3 000 Â à 300 v par mm vers u 000 À.
Après quelques
tentatives infructueuses en 1932 et1933, j’ai
puobtenir,
àMontpellier,
10spectres depuis
le mois de décembre1933 ;
7 ont été assez bons pourmériter une étude. Ce succès final est dû :
10 A
l’augmentation
de l’ouverture de la lentille dechambre du
spectrographe,
qui
n’était au début queF/4;
2° A
l’emploi
desplaques
«Fulgur
o, queje
déve-loppe
trèsénergiquement
dans un révélateur à la,potasse ;
3° A l’orientation du
spectrographe :
il a étédirigé,
pour toutes les poses, vers le
Nord,
à une hauteur faible(10, environ)
au-dessus de l’horizon. Eneffet,
comme le fait remarquer
Dufay,
« la couche lumineusede la haute
atmosphère
est vue,près
del’horizon,
sous une
épaisseur plus grande qu’au
zénith et c’est làqu’on
a, leplus
de chances de voir des raies ou des bandes d’émissiond’origine atmosphérique »
(1).
J’ai
réglé
la fente collimatrice pour que sonimage
monochromatique
ait unelargeur
de 60 microns.Les poses ont été faites au moment de la nouvelle
lune,
après
lecrépuscule
et avantl’aube;
sauf indica-tioncontraire,
la lune était couchée.Les clichés ont été étalonnés par
comparaison
avecles
spectres
du cieldiurne,
de l’arc au mercure ou del’arc au fer.
Le tableau 1 résume les
particularités
des divers clichés.J’ai
étudié,
aucomparateur
et aumicrophotomètre
enregistreur
deZeiss,
lessept
clichés n°52,
3,
4,
5,
7,8,
9. Ils sont toussous-exposés.
On sait que, dans larégion
moyenne duspectre,
la lumière du cielnoc-turne donne
généralement
unspectre continu,
avecdes raies
d’absorption
solaires,
surlequel
se détachentdes bandes ou raies d’émission. Pour tous mes
clichés,
dans le violet et
l’ultraviolet,
lespectre
continu esttrès faible ou même
nul,
confondu avec le fond de laplaque.
528
TABLBAU I.
Ni le
comparateur,
ni lemierophotomètre
ne m’ontpermis
dedistinguer
nettement les raies sombres deFrauenhofer,
même dans larégion
où lespectre
con-tinu est encore
appréciable,
parexemple
auvoisinage
des raies H et
K;
c’est àpeine
si,
dans deux desenre-gistrements
3 et8), j’ai
pu disceroer deux creuxcorrespondant
aux raies lI et K.Quant
aux bandes ouFig.2.
raies
d’émission,
je
n(,n aidistingué,
ancompir.iteiir,
que
quelques-unes
parqpectre, 4
ou 5 en moyenre.L’exanen des
enregistrements
obtenus aurnir’rophoto-mètre
surprend
donc. deprime
abord,
par la multi-tude des détailsqu’ils paraissent
donner(figure 2).
Seules l’étude attentive de cesenregistrements
etsur-tout leur
comparaison
pour divers clichéspermettent
de se faire une conviction. Iln’y
a pas de doute : dansl’ultraviolet les raies d’émission do ciel nocturne sont
assez faibles mais nombreuses. J’ai pu dresser une liste des
longueurs
d’onde des radiations émises par le cielnocturne dans le violet et l’ultraviolet. Je la
reproduis
dans la colonne 1 du tableau Il. Leslongueurs
d’ondeparaissent
déterminées à Z ou 3Angstrôms près.
Les chiffres entreparenthèses représentent,
dans toutes lescolonnes,
lesintensités;
j’ai
moi-rnêmeévalué,
assezarbitrairement,
les intensités entre 0 et 5. Je réunis dans les colonnes2, 3, 4
du même tableau leslongueurs
d’ondedéjà
mesurées par Sommer(5), Dufay (‘?),
Cabannes et
Dufay
(~).
Les colonnes 5 et 6indiquent
les raies del’aurore, d’après Végard
(1),
et les bandes del’azote,
pour larégion spectrale
étudiée. Enfinje
signale,
dans une dernièrecolonne,
les identificationsprobables
oupossibles,
autres que celles avec les bandes de l’azote.Je retrouve en
effet,
dans le cielnocturne,
laplu-part
des raies violettes et ultraviolettes de l’aurore et notamment presque toutes les bandes de l’azote(pre-mier groupe
négatif
et 2epositif).
Les bandes de l’azotesont
généralement
faibles. Parmi les raies del’aurore,
leurs intensités
respectives
sont fortement modifiées : parexemple
la radiation 3 14 À a, dans l’aurore, uneintensité
comparable
à celle de la « raie de l’aurore »5577 À, tandis
qu’elle
n’a rien deremarquable
dans le ciel nocturne.Le
problème
de l’identification des raies du cielnocturne est difficile et hasardeux car
plusieurs
spec-tres se
superposent
certainement dans la lumière émise. Enprincipe
il serait illusoire dechercher,
dans le tableau deslongueurs
d’onde,
quelques
coïncidenceséparses
etimprécises
avec des raies ou des bandesconnues, dont l’émission est
probable. Mais, essayant
de
préciser
les identificationssuggérées
par Cabanneset
Dufay
(), je
crois avoir retrouvé des enseiiibles deraies,
appartenant
à desspectres
connus, etqui
sont530
TABLEAU Il
(suite
etfin).
tions d’émission diffèrent certainement des conditions de
laboratoire,
elles varientprobablement
dans letemps
et dansl’espace;
on sait que de telschange-ments
peuvent
notablement modifier l’alluregénérale
desspectres,
notamment les intensitésrespectives
des diverses bandes ou raies.Néanmoins,
je
trouve,
commeCabannes et
Dufay,
une bonne coïncidence entrecer-taines
longueurs
d’onde du ciel nocturne et lesprinci-pales
raie,~~ duspectre
rouge del’argon.,
les raies violetteset ultraviolettes du
parhélium
et de l’orthohélium.Toutes les raies « sûres et intenses » du
spectre
des noyaux cométairespeuvent,
d’après
la remarque de Cabannes etDufay,
êtrerapprochées
de certaines radiations du cielnocturne;
j’ai suggéré
en lesaccom-pagnant
d’unpoint d’interrogation,
des coïncidencespossibles
avecquelques-unes
des raies des noyauxcométaires notées
par Baldet (’)
comme «faibles,
raresou douteuses ».
Je n’ai pas cherché à comparer
systématiquement
mes
spectres
avec ceux des atomes neutresd’oxygène
ou
d’azote;
cesspectres
sontcompliqués
et les coïnci-dences neparaissent
pas se réaliser pour les raiessignalées
comme intenses.J’ai
indiqué
pour certaineslongueurs
d’ondeles
origines déjà proposées
par d’autres auteurs. En tout cas, dans l’identification difficile des radia-tions émises par le cielnocturne,
je n’espère
évidem-ment réaliseraujourd’hui
qu’une
première
ébauche. Iln’est pas douteux que
l’origine
de certaines raies in-tenses demeure inconnue ou incertaine : parexemple
la raie intense 3 556 Â du ciel nocturne est-elle une radiation duspectre
rouge del’argon, provient-elle
del’orthohélium,
ou même a-t-elle une autreorigine?
Aucune des
origines
proposées
n’explique
l’exaltation de cette radiation dans le ciel nocturne.D’ailleurs
j’ai
constaté,
commeCabannesetDufay(3),
des variations d’intensités relatives de certaines raies.
Cabannes et
Dufay
ont pu voir des variations d’unenuit à
l’autre;
messpectres
sont obtenus enplu-sieurs nuits successives et un effet de moyenne tend
à se
produire; cependant
leschangements
sontévi-dents : ainsi l’intensité relative de la radiation 3 556 À
paraît
avoir diminué constammentdepuis janvier.
Enterminant,
je
tiens à attirer l’attention sur uu532
du soleil et des étoiles à 3 000 À
environ,
parait
ne pasagir
de la même manière sur l’émission du cielnoc-turne. Mes
premiers
essais ne mepermettent
pasd’affirmer
catégoriquement
la réalité d’une émissionjusqu’à 2
963t~;
de nouvelles recherches sont néces-saires. Cefait,
s’il estconfirmé,
pourrapeut-être
aider àcomprendre
et àpréciser
les conditions d’émissiondu ciel nocturne. On
peut
lerapprocher
de la consta-tationdéjà
ancienne faite parDufay
(8) (g) :
l’intensitédu
spectre
du ciel nocturne ne décroît que lentement vers 3 000À,
même sur des clichés très faibles.Je remercie MM. Cabannes et
Dufay
qui
m’ontpro-digué
leurs conseils au cours de ce travail.Manuscrit reçu le 25 juillet 1934.
BIBLIOGRAPHIE
(1) J DUFAY, Journal de Physique, 1933, 7e série, 4, p. 221.
(2) J. DUFAY,
Comptes rendus,
1934, 198, p. 107.(3) J. CABANNES et J. DUFAY, Comptes rendus, 1934, 198. p. 306.
(4) J. CABALES, Comptes rendus, 1934, 198, p. 2132.
(5) L.-A. SOMMER,
Zeitschrift
fürPhysik,
1929, 57, p. 582.(6) L. VÉGARD.
Geofysiske Publikasjone,
X-1933, n° 4. p. 1-61.(7) F. BALDET. Recherches sur la constitution des comètes et les
spectres du carbone, Thèse, Paris, 1926, p. 58.
(8) J. DUFAY, Comptes rendus, 1923, 176, p.1290.