Chapitre 8 – Syst`emes lin´eaires
1 Introduction
1. D´efinition
Unsyst`eme lin´eairedep´equations`aninconnuesest un ensemble d’´equations[E1],[E2], . . . ,[Ep]:
(S)
α1,1 X1 + α1,2X2 + · · · + α1,nXn = β1 [E1] α2,1 X1 + α2,2X2 + · · · + α2,nXn = β2 [E2] . . . . αp,1 X1 + αp,2X2 + · · · + αp,nXn = βp [Ep]
dans lequel lesαi,jet lesβisont des nombresconnus, etX1, . . . ,Xndes nombresinconnusqu’il s’agit de calculer. Lesαi,j sont lescoefficientsdu syst`eme, et lesβi sont lesseconds membres.
Unesolutiondu syst`eme est unn-uple (X1;X2;. . .;Xn) qui v´erifietoutesles ´equations du syst`eme.
2. Interpr´etation g´eom´etrique
• En 2D, une ligne droite est repr´esent´ee par une ´equation du type : ax+by = c, d’o `u le nom d’´equation lin´eairepour ce genre d’´equation.
L’intersection de deux droites du plan est l’ensemble des points de coordonn´ees (x;y) v´erifiant un
syst`eme du type : %
a x+b y =c
a"x+b"y =c"
• En 3D, unplanest repr´esent´e par une ´equation du type :ax+by+cz=d.
# L’intersection de 2 plans est l’ensemble des points de coordonn´ees (x;y;z) v´erifiant un syst`eme
du type : %
a x+b y+c z =d
a"x+b"y+c"z =d"
# L’intersection de 3 plans est l’ensemble des points de coordonn´ees (x;y;z) v´erifiant un syst`eme
du type :
a x+b y+c z =d
a"x+b"y+c"z =d"
a""x+b""y+c""z =d""
2 La m´ethode de Gauss
1. Lam´ethode de Gauss, appel´ee aussim´ethode d’´eliminationoum´ethode du pivot, permet de trouver et de d´ecrire l’ensemble des solutions d’un syst`eme lin´eaire.
Elle proc`ede par ´etapes :
!Partant dusyst`eme initial, not´eS0, la m´ethode construit une suite de syst`emes lin´eairesauxiliaires, S1,S2, . . . , chacun plus simple que le pr´ec´edent, qui ont les mˆemes solutions queS0.
S0 S1 St
!Finalement, on arrive `a un syst`eme tellement simplifi´e qu’on peut le r´esoudre sans calcul.
Il y a deux parties dans la m´ethode :
#latransformationdu syst`eme, qui le simplifie,
#la r´esolution dusyst`eme terminal, qu’on appelle ladiscussion.
2. Afin d’obtenir un syst`eme plus simple, le passage deSk−1 `aSka pour objectif d’´eliminer le plus possible l’inconnue Xk: on voudrait queXkn’apparaisse plus que dansune seule ´equation.
Sk−1
· · · + α1,kXk +
· · · + α2,kXk +
. . . .
· · · + αj,kXk +
. . . .
· · · + αp,kXk +
Sk
· · · + 0 +
· · · + 0 +
. . . .
· · · + αj,kXk +
. . . .
· · · + 0 +
Pour cela, il suffit d’ajouter un multiple convenable de[Ej] `a chacune des autres ´equations :
`a l’´equation[Ei], on ajoute−αi,k αj,k[Ej].
3. Exemple
S0
2X1 −2X2 −9X3 = −25 5X1 −6X2 −22X3 = −62 X1 −2X2 −7X3 = −21
⇒
2X1 −2X2 −9X3 = −25 5X1 −6X2 −22X3 = −62 X1 −2X2 −7X3 = −21
S1
2X2 +5X3 = 17 4X2 +13X3 = 43 X1 −2X2 −7X3 = −21
⇒
2X2 +5X3 = 17 4X2 +13X3 = 43 X1 −2X2 −7X3 = −21
S2
2X2 +5X3 = 17 3X3 = 9 X1 −2X3 = −4
⇒
2X2 +5X3 = 17
3X3 = 9
X1 −2X3 = −4
S3
2X2 = 2 X2=1
3X3 = 9 X3=3
X1 = 2 X1=2
3. Commentaires & Question
#On a r´esolu le syst`eme en faisant uniquement des transformations du type :ajouter `a une ´equation un multiple d’une autre ´equation.
#L’´equation `a ajouter ne peut pas ˆetre choisie n’importe comment. On a donc int´erˆet `a regrouper les ´equations qui peuvent ˆetre choisies etchangeant l’ordre des ´equations.
#Que faire quand tous les coefficients deXksont nuls dans les ´equations qui peuvent ˆetre choisies ?
# Plutˆot que d’ajouter−αi,k
αj,k[Ej] `a [Ei], il seraitplus pratiquede diviser d’abord, et une fois pour toute, l’´equation [Ej] parαj,k.
3 Les transformations
1. Pour passer deSk−1 `aSk, on utilisera 3 sortes de transformations :
• L’ajout`a une ´equation d’un multiple d’une autre ´equation.
[Ei → Ei+αEj]signifie que laie´equation est remplac´ee par sa somme avecαfois laje´equation.
• L’´echangede deux ´equations.
[Ei "Ej]signifie que laieet la la je´equations sont ´echang´ees.
• Lamultiplicationd’une ´equation par un nombre non nul.
[Ej →αEj]signifie que laje ´equation est multipli´ee parα.
Ces transformations modifient les syst`emes, mais ne changent pas leurs solutions, car on peut toujoursrevenir en arri`ere:
#apr`es [Ei → Ei+αEj] en faisant [Ei→ Ei−αEj],
#apr`es l’´echange [Ei"Ej] en refaisant le mˆeme ´echange,
#apr`es [Ej →αEj] en faisant [Ej →α−1Ej].
2. Les ´equations des syst`emes auxiliaires seront r´eparties en deux groupes : les´equations d´eplac¸ables et les´equations non d´eplac¸ables:
équations déplaçables équations non déplaçables
S
k• les ´equationsnon d´eplac¸ablessonten hautdu syst`eme,
• les ´equationsd´eplac¸ablessonten bas.
!Dans le syst`eme initialS0, toutes les ´equations sont d´eplac¸ables.
!L’ensemble des ´equations non d´eplac¸ables augmente de 0 ou 1 ´equation avec chaque nouveau syst`eme.
!Une ´equation qui devient non d´eplac¸able dans un syst`eme auxiliaire va le rester dans tous les syst`emes suivants.
!La m´ethode s’arrˆete quand la construction d’un nouveau syst`eme auxiliaire n’est plus possible.
!L’arrˆet peut se produire pour deux sortes de causes :
•soit parce qu’on a pass´e en revue toutes les inconnues,
•soit parce que le dernier syst`eme trouv´e n’a plus d’´equation d´eplac¸able ; dans ce cas, s’il reste des inconnues qui n’ont pas ´et´e pass´ees en revues, on dit que ce sont desinconnues non principales.
3. Passage deSk−1 `aSk
On commence par examiner les coefficients deXk dans les´equations d´eplac¸ablesdeSk−1.
déplaçables non déplaçables
* *
* *
Xk
S
k-1•Si tous ces coefficients sont tous nuls, on dit que lepivot de Xkest nulet queXkest uneinconnue non principale. Dans ce casSk =Sk−1, et on passe directement `a la construction deSk+1.
•Si un de ces coefficients n’est pas nul, on dit queXkest uneinconnue principale.
´Etape 1:
On choisit un coefficient non nul, on l’appelle lepivot de Xk :
déplaçables non déplaçables
* *
* *
Xk
´Etape 2:
Pour obtenir une ´equation o `ule coefficient de Xkvaut1, on divise l’´equation du pivot par le pivot :
déplaçables non déplaçables
* *
X
*
k1
´Etape 3:
On ´echange cette ´equation modifi´ee avec la plus haute
´equation d´eplac¸able du syst`eme. Dans sa nouvelle position, cette ´equation devient non d´eplac¸able.
déplaçables non déplaçables
*
X
*
k*
1
´Etape 4:
On ajoute des multiples de cette nouvelle ´equation non d´eplac¸able `a toutes les autres ´equations du syst`eme, en choisissant les multiples pour ´eliminer Xkde ces ´equations, et l’on obtientSk.
déplaçables non déplaçables
Xk
S
k1
0 0 0 0
0 0
4. Commentaires
! Le syst`eme Sk a une ´equation non d´eplac¸able de plus que Sk−1, et c’est la plus basse de ses
´equations d´eplac¸ables. C’est la seule ´equation deSko `u l’on trouveXk. Dans cette ´equation,Xka le coefficient 1.
! Les inconnues d´ej`a pass´ees en revue : X1,X2, . . . ,Xk, n’apparaissent plus dans les ´equations d´eplac¸ables deSk.
déplaçables non déplaçables
Xk
Sk 1
00 0 0 00 0 00 0 00 0 00 0 00 0 00 0 00
Leurs coefficients dans les ´equations d´eplac¸ables n’ont pas ´et´e modifi´es lors du passage deSk−1 `a Sk, ce qui fait qu’ils ne seront plus jamais modifi´es par la suite.
4. Exemple
S0
2X1 −X2 −5X3 −10X4 +20X5 = 0
−2X1 +6X2 +20X3 +19X4 −28X5 = −1 3X1 −5X2 −18X3 −25X4 +43X5 = −3 X1 −2X2 −7X3 −9X4 +15X5 = 2p+1 Passage `a S1
2X1 −X2 −5X3 −10X4 +20X5 = 0
−2X1 +6X2 +20X3 +19X4 −28X5 = −1 3X1 −5X2 −18X3 −25X4 +43X5 = −3 X1 −2X2 −7X3 −9X4 +15X5 = 2p+1
X1 −2X2 −7X3 −9X4 +15X5 = 2p+1
−2X1 +6X2 +20X3 +19X4 −28X5 = −1 3X1 −5X2 −18X3 −25X4 +43X5 = −3 2X1 −X2 −5X3 −10X4 +20X5 = 0
S1
X1 −2X2 −7X3 −9X4 +15X5 = 2p+1 +2X2 +6X3 +X4 +2X5 = 4p+1 X2 +3X3 +2X4 −2X5 = −6p−6 3X2 +9X3 +8X4 −10X5 = −4p−2
Passage `a S2
X1 −2X2 −7X3 −9X4 +15X5 = 2p+1 +2X2 +6X3 +X4 +2X5 = 4p+1 X2 +3X3 +2X4 −2X5 = −6p−6 3X2 +9X3 +8X4 −10X5 = −4p−2
X1 −2X2 −7X3 −9X4 +15X5 = 2p+1 X2 +3X3 +2X4 −2X5 = −6p−6 +2X2 +6X3 +X4 +2X5 = 4p+1 3X2 +9X3 +8X4 −10X5 = −4p−2
S2
X1 −X3 −5X4 +11X5 = −10p−11 X2 +3X3 +2X4 −2X5 = −6p−6
−3X4 +6X5 = 16p+13 +2X4 −4X5 = 14p+16
Le pivot deX3est nul,X3est une inconnue non principale,S3=S2. Passage `a S4
X1 −X3 −5X4 +11X5 = −10p−11 X2 +3X3 +2X4 −2X5 = −6p−6
−3X4 +6X5 = 16p+13 +2X4 −4X5 = 14p+16
X1 −X3 −5X4 +11X5 = −10p−11 X2 +3X3 +2X4 −2X5 = −6p−6
−3X4 +6X5 = 16p+13 +X4 −2X5 = 7p+8
X1 −X3 −5X4 +11X5 = −10p−11 X2 +3X3 +2X4 −2X5 = −6p−6
+X4 −2X5 = 7p+8
−3X4 +6X5 = 16p+13
S4
X1 −X3 +X5 = 25p+29
X2 +3X3 +2X5 = −20p−22
+X4 −2X5 = 7p+8 0 = 37p+37
Le pivot deX5est nul,X5est une inconnue non principale,S5=S4.
S5
X1 −X3 +X5 = 25p+29
X2 +3X3 +2X5 = −20p−22
+X4 −2X5 = 7p+8 0 = 37p+37
Finalement le syst`eme poss`ede trois inconnues principalesX1,X2,X4, deux inconnues non princi- palesX3,X5, et il reste une ´equation d´eplac¸able.
4 Discussion
1. La construction des syst`emes auxiliaires s’arrˆete parce qu’on a´epuis´e toutes les inconnues ou toutes les ´equations.
!S’il reste des ´equationsd´eplac¸ablesdans le syst`eme terminal, elles sont n´ecessairement de la forme 0=b. Alors :
• ou bien il existe au moins une´equation d´eplac¸abledu syst`eme terminal de la forme 0 = b, avec b!0et le syst`eme ne peut pas avoir de solution ; on dit qu’il estimpossible.
• ou bientoutes les ´equation d´eplac¸abledu syst`eme terminal sontde la forme0=0.
! On supprime les ´equations de la forme0 = 0 et on se retrouve avec un syst`eme dans lequel chaque inconnue principale apparaˆıt dans une et une seule ´equation, avec le coefficient 1.
2. Exemple
S5
X1 −X3 +X5 = 25p+29
X2 +3X3 +2X5 = −20p−22
+X4 −2X5 = 7p+8 0 = 37p+37
• Sip!−1 le syst`eme n’a pas de solution.
• Sip=−1 on remplace le syst`eme par :
S"5
X1 −X3 +X5 = 4
X2 +3X3 +2X5 = −2
+X4 −2X5 = 1
3. Quandtoutes les inconnues sont principales, les ´equations du syst`eme terminal sont toutes de la formeXi =biavecbiconnu, et le syst`eme est r´esolu :S0poss`ede une et une seule solution.
4. Quand il y a desinconnues non principales, on les fait passer dans les membres de droite.
X1 = 4 +X3 −X5
X2 = −2 −3X3 −2X5
X4 = 1 +2X5
`A chaque fois qu’on donne une valeur arbitraire aux inconnues non principales, on obtient une va- leur des inconnues principales : le syst`eme estind´etermin´e, mais on vient de trouver unedescription de l’ensemble des solutions.
5. Le syst`eme terminal d´epend du choix des pivots et de l’ordre dans lequel les inconnues sont examin´ees. Si l’on change les pivots ou l’ordre des inconnues, on obtient un autre syst`eme terminal, avec d’autres inconnues principales, mais lenombre d’inconnues principales reste le mˆeme.
On appelle ce nombre lerangdu syst`eme.
La conduite de la m´ethode ne tient aucun compte des seconds membres, seuls les premiers membres des ´equations interviennent. Pour cette raison on dit que le rang est un invariant at- tach´e aux coefficients du syst`eme.