© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit
ARTICLE ORIGINAL ORIGINAL PAPER
Incidence de Listeria spp. en milieu marin au Maroc
N. Bou-M’Handi1, A. El Marrakchi2
RÉSUMÉ
986 échantillons d’origine marine sont étudiés en vue d’évaluer l’incidence de la contamination du littoral par Listeria spp. au Maroc. Les résultats obte- nus montrent une variation selon le compartiment analysé et sont de 6 %, 4,6 % et 3,4 % respectivement pour l’eau de mer, le sédiment et le coquillage. Listeria monocytogenes et Listeria innocua sont les seules espè- ces identifiées. La colimétrie des sites conchylicoles ne permet pas d’établir une relation avec l’incidence de la contamination pour Listeria spp. et repose la question de son efficacité pour apprécier la salubrité du littoral. La conta- mination est plus élevée en hiver et les sites proches des embouchures sont les plus menacés par la contamination.
Mots clés
listeria, incidence, littoral, Maroc.
SUMMARY
A total of 986 samples of marine origin (seawater, sediment and shellfish) are studied in order to evaluate the incidence of contamination of the littoral by Listeria spp. in Morocco. The results of this study show a variation according to the nature of the samples and are 6%, 4,6% and 3,4% for the seawater, the sediment and the shellfish, respectively. Listeria monocy- togenes and L. innocua are the only species identified. The evaluation of the faecal contamination of the conchylaceous sites does not allow to establish a relationship between the incidence of contamination by Listeria spp. and raises the question of its efficiency to assess the salubrity of the littoral. The level of contamination is relatively high in wintertime and the sites located near the river months are the most threatened by the contamination.
Key words
listeria, incidence, coast, Morocco.
1. Centre régional de l’Institut national de recherche halieutique à Agadir, Aghsdis, Anza Nouveau port, Agadir-Maroc.
2. Département d’hygiène et industrie des denrées alimentaires d’origine animale. Institut agronomique et vétérinaire Hassan II. BP. 2602. Rabat-Instituts, Maroc.
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1 – INTRODUCTION
Bien qu’isolée et reconnue pathogène depuis 1929, Listeria monocytogenes n’a été confirmée en tant qu’agent d’infection humaine d’origine alimentaire qu’à partir de 1981 suite à l’éclosion de foyers épidémiques ayant impliqué la salade de choux (SCHELECH et al., 1983), les produits laitiers : lait pasteurisé (FLEMING et al., 1985), fromage type mexicain (LINNAN et al.,1988), Vacherin Mont d’or (BILLE, 1989), fromage à pâte molle (GOULET et al., 1995), lait choco- laté (DALTON et al.,1997), les produits carnés : pâté (MC LAUCHLIN et al., 1991), langue de porc en gelée (GOULET et al., 1993), rillettes (GOULET et al., 1998) et enfin les produits de la pêche (ROCOURT et al., 2000 ; ELIOT et KVENBERG, 2000).
Tous ces produits présentent la caractéristique commune d’être des aliments prêt-à-manger donc n’ayant pas subi un traitement listéricide avant consomma- tion, généralement stockés aux températures de réfrigération pendant de lon- gue période ce qui permet à Listeria monocytogenes de croître et d’atteindre la dose infectieuse. Il est très important de souligner que ces épidémies survien- nent principalement dans les pays industrialisés et sont rarement rapportées en Afrique, en Asie et en Amérique du sud (ROCOURT et al., 2000).
En raison de l’intérêt de Listeria monocytogenes en tant que pathogène émergent et afin d’évaluer son rôle éventuel en tant qu’agent de listériose d’ori- gine alimentaire au Maroc, des études ont été réalisées sur la prévalence de cette bactérie dans les produits laitiers (EL MARRAKCHI et al., 1992) et dans les produits carnés (KRIEM et al., 1998). Suivant le même objectif, la présente étude se propose d’estimer l’incidence de Listeria monocytogenes en milieu marin.
Elle est réalisée sur des sites échantillonnés dans le cadre de la surveillance de la salubrité du littoral situé entre Essaouira et Tan Tan (Région d’Agadir).
2 – MATÉRIEL ET MÉTHODES
2.1 Échantillonnage
18 sites conchylicoles situés au niveau du littoral atlantique de la région d’Agadir (centre ouest du Maroc) ont été échantillonnés à fréquence mensuelle durant une période de deux ans. Un total de 986 échantillons dont 326 de coquillages représentés par les moules (Mytilus galloprovincialis et Perna perna), 331 échantillons d’eau de mer et 329 échantillons de sédiment sont analysés au cours de cette étude. Les prélèvements des différents comparti- ments s’effectuent à marée basse. L’eau de mer est prélevée à 20 cm sous la surface à l’aide de flacons stériles, le sédiment est prélevé uniquement de la partie superficielle et mis dans des flacons stériles et les coquillages sont recueillis dans des sacs en plastique à usage unique. Les échantillons prélevés sont placés dans des glacières. Ils sont traités immédiatement après réception au laboratoire ou stockés dans un réfrigérateur. Dans ce dernier cas, les échan- tillons sont analysés dans un délai maximum de 16 heures.
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2.2 Analyses bactériologiques
2.2.1 Dénombrement des coliformes fécaux
Coquillage et sédiment. La méthode utilisée pour le dénombrement des coliformes fécaux dans les coquillages et le sédiment est celle décrite dans la norme AFNOR NF V 45-110. L’échantillon pour essai comprend environ 75 à 100 g de produit. À ce poids est ajouté un volume (ml) de diluant tryptone-sel égal à deux fois celui-ci. Ensuite la prise d’essai est homogénéisée à l’aide d’un broyeur de type « Waring blendor » pendant 40 à 60 secondes, à 1500 t/mn. On obtient ainsi une suspension – mère au 1/3. À partir de cette suspension, on ensemence d’une part,10 ml dans une première série de cinq tubes contenant chacun 5 ml de bouillon lactosé à la bile et au vert brillant triple concentration plus une cloche de Durham et d’autre part 6 ml dans 54 ml de diluant; puis à partir des dilutions décimales successives on renouvelle cette opération avec les deux autres séries. Après étuvage 48 heures à 37 °C, on conserve les tubes qui présentent un dégagement gazeux dans la cloche. Ceux-ci sont alors repi- qués en portant une anse bouclée de la culture dans un tube contenant 10 ml de bouillon lactosé à la bile et au vert brillant simple concentration et dans un tube d’eau tryptonée que l’on place au bain marie à 44 °C pendant 24 heures.
Après incubation à 44 °C, on admet qu’il y a présence de coliformes fécaux lorsque l’on observe simultanément une production de gaz et une formation d’indole à partir du tryptophane.
Eau de mer. La méthode utilisée pour le dénombrement des coliformes fécaux dans l’eau de mer est la méthode OMS/PNUE, N° 22 (ANONYME, 1985).
Pour chaque échantillon, on prépare des séries de dilutions décimales dépen- dant du degré de pollution de l’eau. Les tubes à essais sont disposés par séries de cinq. On introduit dans chaque tube environ 10 ml de bouillon lactosé à la bile et au vert brillant simple concentration avant ensemencement au moyen de 1 ml d’échantillon, ou 10 ml de ce même bouillon double concentration avant ensemencement avec 10 ml d’échantillon. On place une cloche de Durham dans chaque tube à essais. Les conditions d’incubation et les tests de confir- mation des coliformes fécaux sont identiques à ceux de la méthode utilisée dans le cas des coquillages et le sédiment.
2.2.2 Recherche et identification des Listeria
L’analyse est réalisée selon la norme AFNOR NF V 08 055 pour la recherche de Listeria monocytogenes dans les aliments. 25 g de chair et de liquide inter- valvaire ou de sédiment et 25 ml d’eau de mer sont introduits séparément dans des flacons de 500 ml contenant 225 ml de bouillon Fraser-demi. Les prises d’essai de coquillage et de sédiment sont ensuite homogénéisées à l’aide d’un broyeur de type « Waring blendor » pendant 40 à 60 secondes, à 1500 t/mn.
Cette étape d’enrichissement primaire est réalisée durant 24 heures à 30 °C, elle est suivie de l’étape d’enrichissement secondaire en milieu Fraser (0,1 ml de la préculture est prélevé et ajouté à 10 ml du milieu Fraser) pendant 24 heu- res à 37 °C. L’isolement est pratiqué sur gélose Palcam et gélose Oxford incubées 24 à 48 heures à 37 °C. Les colonies suspectes (maximum cinq colo- nies) présentant les caractères morphologiques typiques sont purifiées sur milieu Columbia puis repiquées sur le même milieu en attendant leur identifica-
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tion. L’identification est effectuée en deux étapes. Une confirmation de l’appar- tenance au genre Listeria en se basant sur les tests suivant : Coloration de Gram, recherche de la catalase, observation de la mobilité à 25 °C, mise en évi- dence de l’uréase et de la production de l’indole, hydrolyse de l’esculine et réaction aux RM/VP. Après confirmation de l’appartenance au genre Listeria, l’espèce est déterminée à l’aide de l’identification biochimique par galerie Api Listeria et le test hémolyse sur gélose au sang de mouton.
Sérotypie de L. monocytogenes. La détermination des sérovars de L. monocytogenes est conduite à l’aide d’antisérums monofactoriels de lapin dirigés contre les antigènes somatiques de ce germe en utilisant la méthode décrite par SEELIGER et HÖHNE (1979).
3 – RÉSULTATS
Sur 986 échantillons analysés dont 331 d’eau de mer, 326 de coquillages et 329 de sédiments prélevés à partir de sites échantillonnés dans le cadre de la surveillance de la salubrité de la partie littorale comprise entre Essaouira et Tan Tan, 46 sont positifs pour Listeria spp soit 4,7 %. Listeria monocytogenes et Listeria innocua sont les deux espèces identifiées dans les proportions relatives de 2,5 et 2,7 % (tableau 1). L’association des deux espèces a été observée sur 6 échantillons et la présence de Listeria monocytogenes seule est notée dans 19 échantillons.
Tableau 1 Incidence de Listeria spp
Table 1 Incidence of Listeria spp
En se référant au compartiment analysé, il apparaît que l’eau est la plus contaminée par Listeria spp. (6 %), viennent ensuite le sédiment (4,6 %) puis le coquillage (3,4 %). Le même ordre de répartition est noté pour les deux espè- ces identifiées. Ainsi, leur isolement est plus fréquent dans l’eau de mer que dans les sédiments tandis que dans les coquillages l’incidence de la contami- nation par les deux espèces est moins élevée (tableau 1).
Les sites échantillonnés dans cette étude font l’objet d’une surveillance régulière en vue de déterminer leur degré de salubrité notamment en fonction
Compartiment Échantillon Nombre
Listeria spp.
Nombre (%)
Listeria monocytogenes Nombre (%)
Listeria innocua Nombre (%)
Eau de mer 331 20 (6,0) 12 (3,6) 12 (3,6)
Sédiment 329 15 (4,6) 7 (2,1) 9 (2,7)
Coquillage 326 11 (3,4) 6 (1,8) 6 (1,8)
Total 986 46 (4,7) 25 (2,5) 27 (2,7)
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de la colimétrie des coquillages qui permet d’établir 4 classes : A (colimétrie
< 300), B (300-6000), C (6000-60 000) et D (> 60 000) selon la circulaire inter- ministérielle n° 1246 (ANONYME, 2001) qui s’inspire de la Directive européenne 91/492/CEE fixant les règles sanitaires régissant la production et la mise sur le marché de mollusques bivalves vivants (ANONYME, 1991). Les coquillages pro- venant des sites A peuvent être exploités directement pour leur commerciali- sation sans aucun traitement préalable. L’analyse des résultats relatifs aux 18 sites échantillonnés (tableau 2) révèle que 10 sites sur 14 classés A sont exempts de Listeria spp. Les 4 autres sites en l’occurrence Tamri, Tifnit, Sidi R’bat et Aglou sont contaminés. Il est très important de noter que pour les deux premiers sites contaminés l’incidence est élevée, elle est respectivement de 17,5 % et 13,7 % pour Listeria spp. et 8,8 % et 7,8 % pour Listeria mono- cytogenes. L’incidence de contamination des deux derniers sites est impor- tante, avec des proportions respectives de 3,9 % et 4,3 % pour la seule espèce identifiée Listeria innocua.
Tableau 2
Distribution des Listeria spp. en fonction du site et de la colimétrie
Table 2
Distribution of Listeria spp. according to the sampling site and the level of faecal contamination
Site Compartiment analysé (nombre d’échantillon)
Colimétrie pour 100 g ou 100 ml
(nombre d’échantillon)
Listeria spp.
Nombre (%)
Listeria monocytogenes
Nombre (%)
Listeria innocua Nombre (%)
Immessouane plage Eau de mer 15) ≤ 6 (15) 0 0 0
Coquillage (12) < 300 (12) 0 0 0
Sédiment (14) ≤ 47 (14) 0 0 0
Immessouane port Eau de mer (15) ≤ 7 (15) 0 0 0
Coquillage (13) < 300 (13) 0 0 0
Sédiment (14) ≤ 83 (14) 0 0 0
Tamri Eau de mer (19) ≤ 14 (19) 4 (21,1) 3 (15,8) 2 (10,5) Coquillage (19) < 300 (18) 4 (22,2) 2 (11,1) 2 (11,1)
300-6000 (1) 0 0 0
Sédiment (19) ≤ 127 (19) 2 (10,5) 0 2 (10,5)
Cap Ghir Eau de mer (21) ≤ 4 (21) 0 0 0
Coquillage (21) < 300 (21) 0 0 0
Sédiment (21) ≤ 56 (21) 0 0 0
Taghazout Eau de mer (20) ≤ 17 (20) 0 0 0
Coquillage (20) < 300 (20) 0 0 0
Sédiment (20) ≤ 130 (20) 0 0 0
Anza ville Eau de mer (20) 16 000-90 000 (20) 5 (25) 3 (15) 3 (15) Coquillage (20) 300-6000 (7) 2 (28,6) 1 (14,3) 1 (14,3)
6000-60 000 (11) 0 0 0
> 60 000 (2) 1 (50) 1 (50) 0
Sédiment (20) 780-9 657 (20) 5 (25) 3 (15) 2 (10)
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Dans une tentative de déceler une éventuelle corrélation entre la colimétrie et l’incidence de la contamination par Listeria spp., nous avons choisi deux groupes de sites. Le premier groupe est composé de Anza ville, Anza port et Oued Souss qui sont classés D (interdiction d’exploitation des coquillages pro-
Anza port Eau de mer (11) 2400-30 000 (11) 2 (18,2) 2 (18,2) 0 Coquillage (11) 300-6000 (11) 1 (9,1) 1 (9,1) 0
Sédiment (11) 420-2086 (11) 1 (9,1) 1 (9,1) 0
Oued Souss Eau de mer (6) 800-1400 (6) 1 (16,7) 1 (16,7) 0
Coquillage (6) 300-6000 (1) 0 0 0
6000-60 000 (2) 0 0 0
> 60 000 (3) 0 0 0
Sédiment (6) 1327-5507 (6) 1 (16,7) 1 (16,66) 0 Tifnit Eau de mer (17) ≤ 14 (17) 3 (17,6) 2 (11,8) 3 (17,6)
Coquillage (17) < 300 (17) 2 (11,8) 1 (5,9) 2 (11,8) Sédiment (17) ≤ 101 (17) 2 (11,8) 1 (5,9) 2 (11,8)
Douira Eau de mer (18) ≤ 6 (18) 0 0 0
Coquillage (18) < 300 (18) 0 0 0
Sédiment (18) ≤ 41 (18) 0 0 0
Sidi R’bat Eau de mer ( 17) ≤ 7 (17) 2 (11,8) 0 2 (11,8)
Coquillage (17) < 300 (17) 0 0 0
Sédiment (17) ≤ 27 (17) 0 0 0
Issoh Eau de mer (23) ≤ 7 (23) 0 0 0
Coquillage (23) < 300 (23) 0 0 0
Sédiment (23) ≤ 27 (23) 0 0 0
Aglou Eau de mer (23) ≤ 12 (23) 1 (4,3) 0 1 (4,3)
Coquillage (23) < 300 (23) 0 0 0
Sédiment (23) ≤ 41 (23) 2 (8,7) 0 2 (8,7)
Mirleft Eau de mer (24) ≤ 14 (24) 0 0 0
Coquillage (24) < 300 (24) 0 0 0
Sédiment (24) ≤ 37 (24) 0 0 0
Sidi Ifni ville Eau de mer (21) 300-1600 (21) 2 (9,5) 1 (4,8) 1 (4,8)
Coquillage (21) < 300 (18) 1 (5,6) 0 1 (5,6)
300-6000 (2) 0 0 0
6000-60 000 (1) 0 0 0
Sédiment (21) ≤ 64 (21) 2 (9,5) 1 (4,8) 1 (4,8)
Sidi Ifni port Eau de mer (21) ≤ 7(21) 0 0 0
Coquillage (21) < 300 (21) 0 0 0
Sédiment (21) ≤ 41 (21) 0 0 0
Tan Tan Sidi Aliwa Eau de mer (20) ≤ 7(20) 0 0 0
Coquillage (20) < 300 (20) 0 0 0
Sédiment (20) ≤ 24 (20) 0 0 0
Tan Tan port Eau de mer (20) ≤ 12(20) 0 0 0
Coquillage (20) < 300 (20) 0 0 0
Sédiment (20) ≤ 37 (20) 0 0 0
Site Compartiment analysé (nombre d’échantillon)
Colimétrie pour 100 g ou 100 ml
(nombre d’échantillon)
Listeria spp.
Nombre (%)
Listeria monocytogenes
Nombre (%)
Listeria innocua Nombre (%)
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venant de ces zones), et le second est formé de Tamri, Tifnit, Sidi R’bat et Aglou qui sont classés en A mais ayant manifesté une contamination par Liste- ria spp. L’analyse des eaux de mer des sites composant ce dernier groupe per- met aussi de les considérer comme zones approuvées pour l’exploitation conchylicole selon les recommandations de l’OMS/PNUE (100 % des échan- tillons < 100 coliformes fécaux/100 ml) (MARTINEZ-HANZANARES et al., 1992).
L’examen des résultats relatifs à la colimétrie et à la contamination par Listeria (tableau 2) montre clairement l’absence de corrélation entre les deux groupes bactériens. Cette observation est confirmée lorsqu’on se réfère aux résultats de l’autre groupe formé de sites classés en D comme Sidi Ifni ville et Oued Souss où la colimétrie dépasse le seuil de 60 000 coliformes fécaux par 100 g et où la contamination par Listeria spp. est totalement absente (tableau 2).
Des nombres comparables d’échantillons (243-250) ont été étudiés pendant chacune des quatre saisons au cours de deux années (2000-2001) sauf pour l’hiver qui a été analysé pendant trois saisons. L’incidence de la contamination par Listeria spp. de la zone littorale étudiée semble être fonction de la saison du moment que le taux le plus élevé est enregistré en hiver où 7,8 % des échan- tillons contiennent des Listeria comparativement au printemps, à l’été et à l’automne où des taux respectifs de 3,2 %, 3,3 % et 4,4 % sont notés (tableau 3). Il est curieux de constater que quel que soit le compartiment ana- lysé, au printemps, la contamination est exclusivement due à Listeria monocy- togenes, ailleurs elle est mixte avec une prédominance de Listeria innocua en hiver et en été et de Listeria monocytogenes en automne (tableau 3).
Tableau 3
Distribution de Listeria spp. en fonction de la saison
Table 3
Distribution of Listeria spp. according to the season
Saison Compartiment (Nombre)
Listeria spp.
Nombre (%)
Listeria monocytogenes Nombre (%)
Listeria innocua Nombre (%)
Hiver
Eau (81) 10 (12,3) 4 (4,9) 9 (11,1)
Coquillage (81) 5 (6,2) 2 (2,5) 3 (3,7)
Sédiment (81) 4 (4,9) 0 4 (4,9)
Total (243) 19 (7,8) 6 (2,5) 16 (6,6)
Printemps
Eau (84) 4 (4,8) 4 (4,8) 0
Coquillage (83) 1 (1,2) 1 (1,2) 0
Sédiment (83) 3 (3,6) 3 (3,6) 0
Total (250) 8 (3,2) 8 (3,2) 0
Été
Eau (82) 3 (3,7) 1 (1,2) 3 (3,7)
Coquillage (80) 2 (2,5) 1 (1,3) 2 (2,5)
Sédiment (81) 3 (3,7) 0 3 (3,7)
Total (243) 8 (3,3) 2 (0,8) 8 (3,3)
Automne
Eau (84) 3 (3,6) 3 (3,6) 0
Coquillage (82) 3 (3,7) 2 (2,4) 1 (1,2)
Sédiment (84) 5 (5,6) 4 (4,8) 2 (2,4)
Total (250) 11 (4,4) 9 (3,6) 3 (1,2)
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La sérotypie des isolats de Listeria monocytogenes montre que le sérovar 1/2 b est prédominant et représente 91 % des souches isolées. Le deuxième sérovar identifié est le 1/2 a ; il représente 9 % des isolats (tableau 4).
Tableau 4
Sérotypie des souches de Listeria monocytogenes
Table 4
Serotyping of the Listeria monocytogens strains
4 – DISCUSSIONS
En considérant le compartiment coquillage (moule), l’incidence de Listeria spp. de 3,4 % peut être considérée comme suffisamment basse, comparée aux résultats de MONFORT et al. (1998) qui ont utilisé la même technique d’isolement (méthode AFNOR-V08 055) et qui ont signalé des proportions de 55 %, nette- ment plus élevées que les données bibliographiques précédemment rappor- tées. Cependant, les données relatives à l’eau de mer traduisent une fréquence d’isolement relativement plus élevée (6 %) que celle constaté par MOTES (1991) et qui est de 5 %. Cette différence peut être attribuable aux techniques d’inocu- lation et d’isolement des Listeria qui sont différentes.
Pour un même site contaminé par Listeria monocytogenes, la fréquence d’isolement de ce pathogène est plus élevée dans l’eau de mer (3,6 %) que dans le coquillage (1,8 %). C’est un résultat surprenant dans la mesure où les mollusques bivalves filtrent une grande quantité d’eau et sont capables de concentrer les pathogènes (HUSS,1994). De même COLBURN et al. (1990) font la même observation à propos de la fréquence élevée de contamination de l’eau par rapport aux sédiments pour un même site analysé. Ils attribuent cette diffé- rence à plusieurs facteurs dont notamment le niveau de contamination de l’échantillon par la flore indigène qui entraverait le recouvrement des Listeria fai- blement compétitifs. À cela, il faut ajouter que la présence de Listeria dans les eaux marines traduit toujours une contamination récente du moment qu’elle s’accompagne rapidement par une réduction du nombre due à l’effet de dilu- tion par le phénomène des marées (COLBURN et al.,1990) et la relative sensibilité des Listeria en milieu marin comparée à celle des bactéries entériques telles les
Compartiment (Nombre) Sérovar Nombre (%)
Eau de mer (13) 1/2 b : 11 (84,6)
1/2 a : 2 (15,4)
Coquillage (10) 1/2 b : 9 (90)
1/2 a : 1 (10)
Sédiment (10) 1/2 b : 10 (100)
Total (33) 1/2 b : 30 (91)
1/2 a : 3 (9)
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salmonelles ou E. coli (MONFORT et al., 2000). Il est donc permis de conclure que la contamination subséquente des coquillages sera différée. Ces données montrent que dans le cas du milieu marin, l’échantillonnage de l’eau constitue un révélateur plus fiable pour évaluer la contamination de l’environnement par Listeria monocytogenes.
La présence de Listeria monocytogenes dans le milieu marin, loin de sour- ces de pollution fécale, pose la question de considérer ce pathogène comme étant natif de cet environnement. Dans le cas du présent travail, nous avons tenté d’identifier, pour les sites où les résultats de la colimétrie des coquillages sont favorables (< 300 coliformes fécaux par 100 g) et où la présence de Liste- ria est décelée, la source de contamination probable. L’analyse détaillée des résultats relatifs au site Tamri montre que dans 9 cas sur 10, Listeria spp., est isolé les mois de novembre, décembre et février, période qui correspond à la plus forte pluviométrie (données non publiées). La même remarque peut être formulée pour le site Sidi R’bat (2 cas de contamination par Listeria innocua en décembre et février). Ces deux sites présentent la particularité commune d’être proches de deux embouchures d’oueds à faible débit et qui sont généralement taris en été mais qui peuvent être en crue l’hiver lors de précipitations abondan- tes et qui, par conséquent, contamineraient la partie côtière proche de leurs rejets.
Pour les sites de Aglou et de Tifnit, une fréquence de contamination élevée est notée en été qui correspond, particulièrement pour le deuxième site, à une activité estivale due à la fréquentation par les baigneurs et à l’augmentation de l’activité de pêche et du commerce des produits de la mer.
La colimétrie des coquillages est souvent appliquée par la plupart des pays pour estimer la salubrité des zones conchylicoles et évaluer le danger sanitaire dû à la présence éventuelle de microbes pathogènes. Son efficacité a été prou- vée mais sous des conditions particulières et sur certaines bactéries pathogè- nes (MARTINEZ-HANZANARES et al., 1992). L’absence de corrélation entre le dénombrement des coliformes fécaux et la présence de Listeria spp. dans cha- cun des compartiments analysés remet en cause l’efficacité de la colimétrie en tant que paramètre biologique permettant d’évaluer le danger potentiel dû à Listeria monocytogenes dans les zones conchylicoles. La présence de Listeria monocytogenes dans les eaux marines côtières est souvent considérée comme le résultat d’un apport d’origine terrestre (BEN EMBAREK, 1994 ; COLBURN et al.,1990 ; MOTES, 1991 ; MONFORT et al., 1998) et les zones côtières les plus exposées sont celles qui sont situées près des estuaires ou des effluents urbains ou industriels. De ce fait, il est recommandé, dans le cadre de la sur- veillance de la salubrité du milieu marin, de procéder régulièrement à la détec- tion de Listeria monocytogenes, particulièrement pour les sites conchylicoles classés A mais exposés au risque d’une contamination par Listeria en raison de l’existence d’une source potentielle de pollution.
La variation saisonnière de l’incidence de contamination avec une période critique en hiver a été également évoquée par d’autres auteurs (MOTES, 1991 ; MONFORT et al.,1998) qui l’attribuent à une contamination plus élevée du littoral pendant l’hiver et/ou à une meilleure survie et multiplication de Listeria aux bas- ses températures.
La sérotypie des isolats de Listeria monocytogenes montre une prédomi- nance nette du sérovar 1/2 b. Selon ROCOURT et JACQUET (1993), ce dernier est
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fréquemment isolé à partir des aliments et de l’environnement et a été rarement à l’origine d’épidémies majeures de listériose.
5 – CONCLUSION
La contamination des sites, échantillonnés dans le cadre de la surveillance de la salubrité du littoral, par Listeria spp. révèle une incidence de 6 %, 4,6 % et 3,4 % respectivement pour l’eau de mer, le sédiment et le coquillage. Les résul- tats comme ceux relatifs aux produits laitiers et carnés montrent que le Maroc qui a basé son économie sur la promotion du secteur halieutique par l’exporta- tion des produits de la pêche, est concerné par les problèmes posés par Liste- ria monocytogenes.
REMERCIEMENTS
Cette recherche a bénéficié de l’aide financière de l’appui logistique français dans le cadre des projets PRAD N° 98/20 et N° 02/08.
Nous adressons nos vifs remerciements au Dr ROCOURT J. et au Dr MARTIN P., du Centre national de référence des Listeria de l’Institut Pasteur de Paris pour nous avoir permis de confirmer l’identité des souches de Listeria et de réaliser la sérotypie.
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