Revue de synthèse : tome 137, 6e série, n° 1-2, 2016, p. 1-9. DOI 10.1007/s11873-016-0299-1
PHILOSOPHIE DE LA PSYCHIATRIE PHILOSOPHY OF PSYCHIATRY
Elisabetta Basso * et Mireille DelBraccio **
A
u milieu du siècle dernier, Gaston Bachelard faisait observer que le philosophe, immergé dans son « travail solitaire » au milieu des livres, se trouve souvent dans la position d’envier les psychiatres, auxquels « la vie offre chaque jour des “cas”nouveaux » 1.
Cependant, le philosophe tel que Bachelard l’évoque à partir de sa propre posture n’interroge pas directement la psychiatrie : ce n’est ni le savoir spécifique, ni les compétences propres des psychiatres qui attirent son attention, mais bien plutôt les
« cas » auxquels ces derniers se trouvent confrontés dans leur pratique. Ce n’est donc pas dans leur teneur « clinique » que ces cas sont susceptibles de requérir le philosophe, mais bien plutôt au titre d’expériences de la vie, qui provoquent des questionnements et viennent parfois étayer certains des problèmes théoriques esquissés au cours de son travail solitaire. L’intérêt du philosophe bachelardien pour le travail des psychiatres ne semble donc pas appartenir, à proprement parler, au domaine d’une « philosophie de la psychiatrie ».
1. BachelarD, 1948, p. 76 : « Bien souvent, poursuivant dans les livres notre travail solitaire, nous avons envié les psychiatres auxquels la vie offre chaque jour des “cas” nouveaux. »
* Elisabetta Basso, née en 1976, est postdoctorante au « Centro de Filosofia » de l’Université de Lisbonne et membre associée de l’UMS-3610 CAPHÉS, CNRS-École normale supérieure, Paris. Ancienne boursière de la Fondation A. v. Humboldt, elle est aussi chercheuse associée de l’« Innovationszentrum Wissensforschung » de la Technische Universität, Berlin. Elle a publié plusieurs articles sur Michel Foucault et sur l’histoire du mouvement phénoménologique en psychiatrie. Parmi ses publications, Foucault e la Daseinsanalyse : un’indagine metodologica (Milano, Mimesis, 2007) ; l’édition italienne de Ludwig Binswanger, Il sogno (Macerata, Quodlibet, 2009) ; le volume collectif Foucault à Münsterlingen. À l’origine de l’Histoire de la folie, avec Jean-François Bert (Paris, EHESS, 2015). Adresse postale : Centro de Filosofia da Universidade de Lisboa, Alameda da Universidade, 1600-214 Lisboa ([email protected]).
** Mireille Delbraccio, née en 1950, est philosophe, ingénieur de recherche au CNRS, rattachée à l’UMS 3610-CAPHÉS à l’École normale supérieure, où elle anime le séminaire « Philosophie et sciences humaines ». Elle a travaillé sur la phénoménologie et la psychiatrie existentielle, ainsi que sur la psychanalyse. Elle a dirigé plusieurs ouvrages collectifs, dont La Sagesse pratique. Autour de l’œuvre de Paul Ricœur (avec Jeffrey Andrew Barash, Paris, CNDP, 1998) ; Du cosmopolitique (Paris, L’Harmattan, 2000) ; Histoire des savoirs (Recueil des synthèses du Programme Interdisciplinaire du CNRS, « Histoire des savoirs », avec Karine Chemla, 2007) ; Lectures contemporaines de Spinoza (avec Pierre-François Moreau, Paris, PUPS, 2012) ; Bergson professeur (avec Sylvain Matton et Alain Panero, Louvain, Peeters, 2015) ; Écriture(s) et psychanalyse : quels récits ? (avec Françoise Abel et Maryse Petit), Paris, Hermann, 2015). Adresse postale : UMS 3610-CAPHÉS, École normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris ([email protected]).
Mais au-delà de ce constat, que faut-il plus spécifiquement entendre par « philoso- phie de la psychiatrie » ? C’est l’ambition de ce numéro thématique de montrer comment un nouveau champ a pris forme sous cet intitulé. Depuis le début des années 1990, on assiste en effet à la multiplication, dans les pays anglo-saxons, d’études, de colloques et de publications relevant de ce qui nous est présenté comme un « nouveau domaine de recherche » dans le champ philosophique, et parfois même comme une nouvelle « disci- pline » : la « philosophie de la psychiatrie ». Afin de définir leur nouveau domaine de recherche, ces philosophes remontent à Karl Jaspers et à sa tentative, au début du
xxe siècle dans sa Psychopathologie générale 2 parue en 1913, de refondation philoso- phique de la psychopathologie et affirment que la « nouvelle philosophie de la psychia- trie » ne serait, en réalité, qu’une « renaissance » ou une « deuxième phase philosophique de la psychiatrie » 3. Selon eux, on pourrait établir une sorte de parallélisme historique entre le biologisme caractéristique de la psychiatrie du début du siècle dernier – souvent présentée comme la « première phase biologique de la psychiatrie » en raison de ses progrès notoires dans le domaine de la neuropathologie – et la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, où nous sommes confrontés à une psychiatrie de plus en plus à la merci des neurosciences et des modèles statistiques d’enquête sur le patho- logique. Or, tout comme Jaspers, en s’adressant à la philosophie et notamment à la phénoménologie, avait essayé de résister au naturalisme trop poussé de la recherche psychiatrique de son époque en lui opposant une psychopathologie qui pourrait enfin revendiquer ses instruments conceptuels et sa méthodologie propres, la nouvelle philo- sophie de la psychiatrie tenterait à son tour de faire usage de la philosophie pour doter la psychiatrie de « modèles et d’analyses forts afin de contribuer, en l’informant, au débat public sur le futur du soin dans le domaine de la santé mentale » 4.
Il semblerait donc qu’aujourd’hui la posture du philosophe telle que la décrivait Bachelard se soit en quelque sorte renversée : ce ne sont plus les philosophes qui
« envient » les psychiatres, mais ce sont bien plutôt ces derniers qui s’adressent désor- mais aux philosophes afin d’examiner de manière plus « claire et distincte » ces cas que la vie leur offre en vertu du pouvoir que leur profession leur confère. Le philo- sophe est donc appelé à abandonner son « travail solitaire » pour se voir finalement investi du pouvoir de « traiter » à son tour ces cas qu’il devait auparavant se limiter à observer de loin. Le contexte dans lequel cet échange entre philosophie et psychiatrie se trouve sollicité est celui d’une nouvelle discipline académique, la « philosophie de la psychiatrie », espace à l’intérieur duquel le philosophe semble être appelé également à échanger son ancien pouvoir de questionner de manière radicale les savoirs, y compris le sien, et les modalités de leur fonctionnement. Malgré l’ampleur interdisciplinaire et l’ouverture intellectuelle proclamées par la nouvelle philosophie de la psychiatrie, c’est le plus souvent par des approches philosophiques très codifiées que les nouveaux spécialistes du domaine appréhendent la psychiatrie : philosophie du langage, philoso- phie de l’esprit, philosophie de la science, philosophie des valeurs, etc. Les problèmes
2. Jaspers, 1913.
3. voir FulForD, Morris, saDler et stanghellini, 2003, chap. 1 : « Past improbable, Future possible : The Renaissance in Philosophy and Psychiatry », p. 1-41 ; raDDen, 2004, p. 4-5.
4. thornton, 2007, p. 237.
qu’ils traitent ont d’ailleurs quasiment tous une valeur paradigmatique : le problème des signifiés et de leur compréhension, des faits et de leur statut scientifique, des clas- sifications et de leur validité, de la nature de la maladie mentale, des valeurs impli- cites dans le diagnostic et, conjointement, dans la pratique de soin. On assiste donc ici au développement d’une véritable philosophie à l’usage de la psychiatrie, plutôt qu’à celui d’une philosophie émanant de la psychiatrie.
Sur la base de cette distinction, notre propos a consisté à engager une réflexion qui ne vise pas tant à apporter une contribution spécifique à ce nouveau secteur de la recherche entre philosophie et psychiatrie qu’à développer une problématisation plus large des questions, des thèmes et des intuitions originales qui émergent de la rencontre de ces deux domaines de savoir. Ce domaine ayant déjà été circonscrit par ses fonda- teurs, nous avons plutôt souhaité interroger cette exigence d’une mise en relation de la philosophie et de la psychiatrie, si prégnante aujourd’hui dans l’agenda des chercheurs de tradition analytique, et qui, à l’heure actuelle – à part quelques exceptions – ne semble pas avoir d’équivalent dans les pays de l’Europe continentale.
Comme les auteurs de l’Oxford Textbook of Philosophy and Psychiatry 5 l’ont souligné très opportunément, la philosophie ne produit pas que des argumentations, elle « provoque du changement » 6. Or, il faut également souligner que c’est justement à travers les savoirs que ce changement se produit et non pas au moyen des solutions que la philosophie pourrait offrir aux problèmes posés par les savoirs et les pratiques spécifiques, mais au sens où c’est la philosophie elle-même qui se transforme à travers la mise à l’épreuve que constitue l’examen de ces problèmes. Une philosophie, ou plutôt une une pensée de la psychiatrie à l’œuvre, qui n’instruirait pas la psychiatrie de l’extérieur mais s’interrogerait, à travers son rapport à cette discipline, avec une humi- lité épistémologique toute canguilhémienne, sur elle-même, sur les enjeux, les défis et les limites qui la caractérisent à l’heure actuelle.
Les articles rassemblés dans ce dossier répondent précisément au souhait de promou- voir à la fois une problématisation épistémologique générale de ce nouveau champ de recherche qu’est la « philosophie de la psychiatrie », une discussion sur le rôle, ou plutôt les rôles, que le philosophe y est appelé à jouer, ainsi qu’une contribution à certaines des questions qui se trouvent aujourd’hui au cœur de ce domaine d’études.
Ainsi Steeves Demazeux retrace les origines et l’évolution à la fois intellectuelle et institutionnelle du territoire de la « philosophie de la psychiatrie » en montrant l’impor- tance de la redécouverte de Jaspers aux États-Unis pour la structuration de ce nouveau champ avant que celui-ci ne se réorganise autour du « tournant analytique » des années 2000, et en assignant à la fois les lignes de force mais aussi les « rejets silencieux » – notamment celui de Foucault – et les points aveugles de la nouvelle philosophie de la psychiatrie. S’agissant de la place de Foucault dans le travail de réflexion philoso- phique sur la psychiatrie, Elisabetta Basso examine le rapport de Foucault à la psycho- logie et la psychopathologie phénoménologique à la lumière des nouvelles sources documentaires dont nous disposons aujourd’hui, notamment à travers son cours inédit à l’Université de Lille sur « Binswanger et la phénoménologie » (1953-54). En montrant
5. FulForD, thornton et grahaM, 2006.
6. Ibid., p. xxv.
comment Foucault développe une réflexion philosophique sur le problème anthropolo- gique de la psychopathologie, l’analyse de ce cours restitue à Foucault la place qui lui revient dans le domaine de la « philosophie de la psychiatrie ».
Qu’il s’agisse de la prééminence de la figure de Karl Jaspers, qui emprunte à la phénoménologie husserlienne la méthode de recherche qui sera celle de sa psycho- pathologie, ou de l’intérêt que Michel Foucault manifeste dans les années cinquante à l’égard de Ludwig Binswanger et plus largement de la psychiatrie phénoménolo- gique de l’époque, la phénoménologie est en effet au cœur du regain d’intérêt des psychiatres pour la philosophie et des philosophes pour la psychiatrie. La contribution de Sarah Troubé illustre finement cet entrecroisement en interrogeant la philosophie de la psychiatrie à partir du registre de la quotidienneté et des bouleversements de cette dimension de l’expérience dans les psychoses. Cette approche contribue au dévelop- pement d’une phénoménologie du quotidien susceptible de créer une jonction entre clinique et philosophie, ouvrant dès lors à une réflexion réciproque entre philosophie et psychiatrie sous ses aspects à la fois clinique, épistémologique et éthique, dans laquelle la phénoménologie atteste pleinement de sa valeur méthodologique.
Un des problèmes ou peut-être même le problème qui est au cœur de la philoso- phie de la psychiatrie, entre paradigmes théoriques et cliniques, est celui qui concerne les nosologies, les systèmes de classification des maladies. Emmanuel Delille et Marc Kirsch analysent la manière dont les concepts élaborés par Ian Hacking ont contribué aux débats dans le domaine de la philosophie de la psychiatrie dans le cadre de son cours au Collège de France (2000-2006). Les auteurs s’attachent notamment à la réflexion de Hacking sur la classification des troubles mentaux à partir de la probléma- tique des natural kinds, en prenant appui sur le cas d’étude privilégié que représente pour Hacking la notion de « maladie mentale transitoire » qu’ils confrontent à celle de « culture-bound syndrome » issue de la psychiatrie transculturelle canadienne. De leur côté, Luc Faucher et Simon Goyer présentent une réflexion sur le développement d’une nouvelle taxonomie des maladies, le Research Domain Criteria (RDoC), qui représente un changement de paradigme en psychiatrie, lequel n’est pas sans effet sur la psychiatrie clinique puisqu’il s’agit de reconstruire une taxonomie sur de nouvelles bases, largement biologiques et neuroscientifiques (les systèmes fonctionnels neuraux).
Les auteurs en exposent les fondements scientifiques et proposent une réflexion épisté- mologique sur le type de réductionnisme propre à ce projet en montrant qu’il s’éloigne du réductionnisme classique en n’éliminant pas nécessairement l’esprit.
En clôture du dossier, une « Chronique de la recherche » parcourt l’évolution du domaine de la philosophie de la psychiatrie tout au long de la dernière décade par une présentation critique des tendances théoriques qui le caractérisent et des questions qui lui sont posées à l’heure actuelle dans les divers pays où il s’est développé. Nous avons privilégié les questions posées par des philosophes et visant à problématiser à la fois certains des noyaux théoriques, mais surtout les enjeux philosophiques et épistémolo- giques généraux relatifs à ce domaine de recherche. De ce point de vue, la correspon- dance inédite entre Gaston Bachelard et le psychiatre suisse Roland Kuhn que nous avons choisi de publier pour accompagner ce dossier présente à la fois une valeur documentaire et programmatique. Tout comme Bachelard s’adressait au psychiatre afin d’« instruire » et peut-être « renouveler » son questionnement philosophique, nous
souhaitons à notre tour nous adresser à la psychiatrie, en tant que philosophes, à travers cet « horizon nouveau » représenté par la philosophie de la psychiatrie, et apprécier, en faisant écho aux mots que Michel Foucault adressait à Ludwig Binswanger en 1954 7, ce que cette « pensée » pourrait nous apporter.
Pour conclure, et sur une note plus personnelle, qu’on nous permette ici d’adresser nos plus vifs remerciements à la direction et au comité de rédaction de la Revue de synthèse qui nous ont permis d’esquisser un premier état des lieux du dialogue contem- porain entre philosophie et psychiatrie.
7. voir la lettre de Foucault à Binswanger du 27 avril 1954 dans Basso, 2015, p. 184 : « Je voudrais en terminant vous remercier d’abord de l’accueil si aimable que vous m’avez fait à Kreuzlingen et que je ne suis pas prêt [sic] d’oublier ; et vous remercier surtout de tout ce que votre pensée m’a apporté, de la très grande joie intellectuelle que m’ont procurée vos ouvrages ; et je voudrais que vous retrouviez au moins dans les pages que je vous adresse, le signe de cette joie et le témoignage de cette reconnaissance. »
I
n the middle of the last century, Gaston Bachelard pointed out that the philosopher, immersed in his “solitary work” among the books, often envies the psychiatrist, to whom “life offers new ‘cases’ every day”. 8However, the philosopher as Bachelard intends him in his own perspective does not directly question psychiatry: it is neither the specific knowledge nor the particular skills of psychiatrists what attracts his attention, but, rather, the “cases” with which psychiatrists deal in their practice. Thus, it is not insofar as they are “clinical” that such cases are likely to stimulate the philosopher’s attention, but rather insofar as they are life experiences which rise questions and substantiate some among the theoretical problems outlined during his solitary work. Therefore, the interest that the philosopher mentioned by Bachelard shows in the work of psychiatrists seems not to belong, strictly speaking, to the field of the “philosophy of psychiatry”.
But, in fact, what should we intend, more specifically, for “philosophy of psychi- atry”? The aim of this special issue is exactly to show how a new field has taken shape under this heading. Since the early 1990s we have indeed witnessed in Anglo-Saxon countries the multiplication of studies, seminars and publications in what is presented as a “new research domain” in the philosophical field, and sometimes even as a new
“discipline” — “philosophy of psychiatry”. In order to define their new research domain, those philosophers go back to Karl Jaspers and his attempt, at the beginning of the 20th century, in his General Psychopathology 9 of 1913, to re-found psychopa- thology on the basis of philosophy. Therefore they claim that the “new philosophy of psychiatry” should be considered, in fact, as a “renaissance” or a “second philosoph- ical phase” of psychiatry 10. According to them, one could establish a kind of historical parallelism between the biological determinism characterizing psychiatry at the begin- ning of the past century — a phase that is often presented as the “first biological phase of psychiatry” due to its significant advancement in the field of neuropathology — and the situation in which we are today, faced with a psychiatry increasingly left to the mercy of neurosciences and statistical models of investigation of the pathological. Like Jaspers — who had turned to philosophy, especially phenomenology, in order to resist the overgrown naturalism of the psychiatric research of his time and to oppose it with a psychopathology that could be able to eventually claim its conceptual tools and its own methodology — so the new philosophy of psychiatry would in turn try to make use of philosophy in order to provide psychiatry with “robust models and analysis to contribute to, and inform, public debate about the future of mental health care” 11.
Thus, at present, the philosopher’s posture described by Bachelard seems to be somehow reversed: it is no longer philosophers who “envy” psychiatrists, but it is instead the latter that now turn to philosophers in order to examine in a more “clear and distinct” way those cases that life offers them under the powers bestowed on them by their profession. Therefore, the philosopher is called to give up his “solitary work”,
8. BachelarD, 1948, p. 76 : « Bien souvent, poursuivant dans les livres notre travail solitaire, nous avons envié les psychiatres auxquels la vie offre chaque jour des “cas” nouveaux. »
9. Jaspers, 1913.
10. FulForD, Morris, saDler and stanghellini, 2003, chap. 1: “Past Improbable, Future Possible:
The Renaissance in Philosophy and Psychiatry”, p. 1-41; raDDen, 2004, p. 4-5.
11. thornton, 2007, p. 237.
insofar as it is his turn to be invested with the power of “treating” those cases he was previously confined to observe from afar. The context in which this exchange between philosophy and psychiatry is sought is that of a new academic discipline: “philosophy of psychiatry”. It is a space within which the philosopher seems to be also called to exchange his old power to question radically knowledge, including his own, and their ways of functioning.
Despite the interdisciplinary breadth and the intellectual openness claimed by the new philosophy of psychiatry, it is often through highly codified approaches that the new experts in this field consider psychiatry: the philosophy of language, the philos- ophy of mind, the philosophy of science, the philosophy of values, etc. The problems they deal with are almost all paradigmatic, like the problem of meanings and their understanding, the scientific status of psychiatric facts, classifications and their validity, the nature of mental disease, the values that are implicit in diagnosis, as well as in the care practice. Thus, we are witnessing the development of a proper philosophy to be employed by psychiatry, rather than a philosophy issued from psychiatry.
On the basis of such a distinction, our purpose is to promote a reflection, whose aim is less to make a specific contribution to this new area of research between philos- ophy and psychiatry but rather to develop a broader problematization of the questions, themes, and original intuitions that emerge from the encounter of these two fields of knowledge. Since this area has already been circumscribed by its founders, we wish to question this need to put into relation philosophy and psychiatry, which is so signifi- cant at present in the agenda of the researchers belonging to the analytic tradition, and does not seem — with few exceptions — to have an equivalent in the countries of continental Europe.
As the authors of the Oxford Textbook of Philosophy and Psychiatry 12 have pointed out very opportunely, philosophy does not limit itself to produce arguments, it “causes change” 13. Now, it must also be emphasized that it is precisely through knowledge that this change namely occurs, not via any solutions that philosophy could provide to the problems aroused by specific knowledge and practices, but in the sense that philosophy itself is transformed through the trial and testing that investigating into these problems represents in its eyes. It is a matter of a philosophy, or rather a thought of psychiatry at work, one that does not inform psychiatry from outside, but which rather — through its relation to this discipline, with a kind of epistemological humility in the style of Georges Canguilhem — questions itself about the issues, challenges and limitations that characterize it at present.
The papers in this issue respond precisely to the wish to promote at the same time a general epistemological problematization of this new research field — “philosophy of psychiatry” — and a discussion on the role, or better, the roles that the philoso- pher is expected to play, as well as a contribution to some of the questions which now lie in the heart of this field of study. Thus Steeves Demazeux traces the origins and both the intellectual and institutional development of the territory of “philosophy of psychiatry”, by emphasizing the importance that the rediscovery of Jaspers in the
12. FulForD, thornton and grahaM, 2006.
13. Ibid., p. xxv.
USA had for the organization of this new field, before the “analytic turn” followed in the 2000s. Furthermore, he traces the lines of force, but also the “silent rejec- tions” — especially Michel Foucault’s — and the blind spots of the new philosophy of psychiatry. As regards the place occupied by Foucault in the philosophical reflec- tion on psychiatry, Elisabetta Basso explores his position toward phenomenological psychology and psychopathology in light of the new documentary sources available today, in particular the unpublished course he gave at the University of Lille on
“Binswanger and phenomenology” (1953-54). By showing the way in which Foucault develops a philosophical reflection on the anthropological problem of psychopa- thology, the analysis of this course re-ascribes Foucault the place he deserves in the field of “philosophy of psychiatry”.
The renewed attention to Karl Jaspers — who borrows from Husserl’s phenome- nology a research method for his psychopathology — as well as to Foucault’s interest, during the 1950s, in the work of Ludwig Binswanger and more broadly in the phenom- enological psychiatry, attest that phenomenology is still at the heart of the interest of psychiatrists for philosophy and of philosophers for psychiatry. Sarah Troubé’s paper finely illustrates this intersection by questioning the philosophy of psychiatry starting from the perspective of the everyday life and the upheavals of this experience dimen- sion in psychotic disturbances. Such an approach contributes to the development of a phenomenology of the everyday that could combine philosophy and clinical practice, thereby opening a mutual reflection between philosophy and psychiatry — as regards the clinical, epistemological and ethical aspects — in which phenomenology fully proves its methodological value.
One of the issues or maybe even the core issue in the philosophy of psychiatry, between theoretical and clinical paradigms, concerns nosologies, namely, the diseases classification systems. Emmanuel Delille and Marc Kirsch analyze how the concepts developed by Ian Hacking in the context of his lectures at the Collège de France (2000-2006) have contributed to the debates within the field of philosophy of psychiatry. The authors focus in particular on the classification of mental disor- ders starting from the issue of the natural kinds. Their analysis relies upon Hacking’s privileged case study of the notion of “transient mental illness”, which they compare to the notion of “culture-bound syndrome” raised within the field of the Canadian transcultural psychiatry.
Luc Faucher and Simon Goyer present a reflection on the development of a new taxonomy of diseases, the Research Domain Criteria (RDoC). The RDoC represents a paradigm change in psychiatry with impact on clinical psychiatry, insofar as it is a matter of rebuilding taxonomy on new bases, largely biological and neuroscientific (the neural functional systems). The authors expounds the scientific grounds of RDoC and propose an epistemological reflection on the kind of reductionism that charac- terizes this project, by showing that it moves away from classical reductionism, even though it does not necessarily eliminate its posture.
To conclude this special issue, a “Chronicle of research” traces the evolution of the field of philosophy of psychiatry throughout the last decade by means of a critical pres- entation of the theoretical trends it features, as well as by putting forward the pending questions at present in the diverse countries where it has developed. We have mainly
focused on questions posed by philosophers, whose aim is to problematize at the same time some of the theoretical cores, but above all the general philosophical and epis- temological issues related to this field of research. From this standpoint, the unpub- lished correspondence between Gaston Bachelard and the Swiss psychiatrist Roland Kuhn which we have decided to publish in order to enrich this issue, presents both a documentary and programmatic value. Just like Bachelard turned to the psychiatrist in order to “instruct” and perhaps “renew” his own philosophical questioning, it is our wish to turn to psychiatry, as philosophers, through the “new horizon” represented by philosophy of psychiatry, and appreciate — by echoing the words that Michel Foucault addressed to Ludwig Binswanger in 1954 — what this “thought” could bring us 14.
Finally, we wish to extend our sincere thanks to the editorship and the editorial board of the Revue de synthèse, who gave us the opportunity to outline a first assess- ment of the present-day dialogue between philosophy and psychiatry.
LISTE DES RÉFÉRENCES
BachelarD (Gaston), 1948, La Terre et les rêveries du repos, Paris, José Corti.
Basso (Elisabetta), 2015, « La correspondance entre Michel Foucault et Ludwig Binswanger, 1954-1956 », dans Bert (Jean-François) et Basso (Elisabetta), dir.,Foucault à Münster- lingen. À l’origine de l’Histoire de la folie, Paris, Éditions EHESS, p. 175-195.
Bert (Jean-François) et Basso (Elisabetta), dir., 2015, Foucault à Münsterlingen. À l’origine de l’Histoire de la folie, Paris, Éditions EHESS.
FulForD (Kenneth W. M.), Morris (Katherine J.), saDler (John Z.) et stanghellini (Giovanni), éd., 2003, Nature and Narrative. An Introduction to the New Philosophy of Psychiatry, Oxford, Oxford University Press.
FulForD (K. W. M.), thornton (Tim) et grahaM (George), 2006, Oxford Textbook of Philosophy and Psychiatry, Oxford, Oxford University Press.
Jaspers (Karl), 1913, Allgemeine Psychopathologie. Ein Leitfaden für Studierende, Ärzte, und Psychologen, Berlin, Springer.
raDDen (Jennifer), éd., 2004, The Philosophy of Psychiatry. A Companion, Oxford et New york, Oxford University Press, p. 4-5.
thornton (Tim), 2007, Essential Philosophy of Psychiatry, Oxford, Oxford University Press.
14. See the letter of Foucault to Binswanger on April 27, 1954, in Basso, 2015, p. 184 : “To conclude, I would like first to thank you for the kind welcome that you gave me in Kreuzlingen, I will not forget it ; I would like to thank you, above all, for all what your thought brought me, for the great intellectual joy your works provided me with ; and I would like you to find in the pages I address you, at least the mark of this joy and the token of this gratitude (our translation).”