CAHIER DE L’ÉLÈVE Niveau avancé
REPRÉSENTER LE BIG NOUS :
APPROCHE COLLABORATIVE INTERCULTURELLE EN CLASSE DE FRANÇAIS LANGUE SECONDE
Marianne Campeau-Devlin
Maria Popica
©2020, Éditeur John Abbott College Tous droits réservés
Révision linguistique : Johanne Campeau
Conception graphique et mise en page : Andreea Zbarcea
Dépôt légal — Bibliothèque et Archives Nationales du Québec, 2020 Dépôt légal — Bibliothèque et Archives Canada, 2020
ISBN : 978-0-9782759-6-9 (PDF)
AVANT-PROPOS 5
REMERCIEMENTS 10
STRATÉGIES DE LECTURE 11
TEXTES
Une regrettable méprise de Matthieu Ricard
J’ai tué Schéhérazade de Joumana Haddad Les voies étranglées de Steve Gagnon
Kuei, je te salue de D. E. Béchard et N. Kanapé Fontaine
15
39 54 72 CERCLE DE LECTURE
De quelle origine êtes-vous ? de Speranta Dumitru Les identités meurtrières de Amin Maalouf
Une excellente confusion de Erri De Luca
90 91 115 129
REPRÉSENTER LE BIG NOUS : Projet de recherche créative 142
RÉDACTION FINALE 162
BIBLIOGRAPHIE 168
ANNEXES
Annexe 1 – Ressources complémentaires Annexe 2 – The Flow Questionnaire
170 173
TABLE DES MATIÈRES
« Je » : une fiction dont nous pouvons tout au plus être les coauteurs.
Imre Kertész
Ce cahier d’activités a été conçu dans le cadre du projet Approche collaborative interculturelle en classe de français langue seconde, subventionné par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, grâce au programme Entente Canada- Québec relative à l’enseignement dans la langue de la minorité et à l’enseignement des langues secondes en 2019-2020.
Il s’agit d’un projet de coenseignement et de coapprentissage qui avait pour objectif de jumeler un groupe de niveau intermédiaire en français langue seconde (apprenant.e.s anglophones-Level 2) à un groupe avancé (composé en majorité d’apprenant.e.s francophones-Level 4) d’une institution collégiale anglophone, dans le but de les amener à réfléchir, individuellement et en équipes, à la question complexe de l’identité et aux enjeux liés au vivre-ensemble.
Description du dispositif pédagogique mis en œuvre
Les deux cours ont été donnés en même temps par deux enseignantes qui ont collaboré autant à la conception des activités qu’à leur pilotage.
Dans un premier temps, les enseignantes ont exploité les mêmes textes (adaptés à chaque niveau) séparément dans les deux cours afin d’offrir aux apprenant.e.s des deux groupes le même cadre conceptuel pour aborder les questions de l’identité, de la diversité et de la communication interculturelle.
Les enseignantes ont ensuite créé des équipes multiniveaux (composées de deux apprenant.e.s anglophones du niveau deux et deux apprenant.e.s francophones du niveau quatre, mais du même champ d’études).
AVANT- PROPOS
AVANT PROPOS
Progressivement, à compter du 3e cours, des activités de jumelage (activités brise-glace1, jeux théâtraux2, jeu Fast-Friends3, assister ensemble à une conférence, cercle de lecture) ont été intégrées à la seconde moitié de chaque cours de trois heures.
Ces activités ont débouché sur la réalisation d’une tâche complexe (projet de recherche créative) où les équipes ont été appelées à créer un objet qui reflète leur propre représentation de l’identité collective.4
S’étalant sur une période de 15 semaines, le cours au complet est conçu de manière à intégrer la collaboration interculturelle des apprenant.e.s multiniveaux au curriculum.
1 L’ouvrage suivant est recommandé pour les activités de brise-glace : Stringer, Donna M et Cassiday, P. (2009). 52 Activities for Improving Cross-Cultural Communication. Boston and London: Intercultural Press. Récupéré du site:
https://www.mobt3ath.com/uplode/book/book-56008.pdf
2 Le guide suivant est recommandé pour les jeux théâtraux : ÉRIT-ÉLODIL. (2013). Manuel de formation. Atelier d’expression créative. Montréal : Théâtre Pluralité-ÉLODIL. Récupéré du site :
https://www.elodil.umontreal.ca/fileadmin/documents/Guides/tpe/12-complet.pdf
3 Le protocole du jeu Fast Friends, conçu par des experts en psychologie sociale de l’Université Berkley, peut être consulté via le lien suivant : https://www.ocf.berkeley.edu/~adp/rasclab_v1/ffp.html
4 À la session de l’hiver 2020, à cause de la pandémie, le projet de recherche créative a été réalisé à distance grâce aux plateformes de collaboration en ligne.
AVANT PROPOS
Voici le calendrier sommaire du cours planifié pour la session de l’hiver 2020.
Calendrier des activités de la session H-2020 Groupes 602-201-AB/05 ET 602-203-AB/06
Représenter le Big Nous
Enseignantes : Marianne Campeau-Devlin Maria Popica
Semaine Titre de l’activité Formule de travail
Semaine 1 Prise de contact Présentation du plan de cours
Comment faire la lecture d’un texte Anticipation du texte 1
Pas de jumelage
DEVOIRS Lecture du texte 1 + questionnaire Semaine 2 Questionnaire prétest en ligne (15 min)
Travail sur le texte 1 Anticipation du texte 2
Formation des équipes de jumelage
Pas de jumelage
DEVOIRS Lecture du texte 2 + une partie des questions Semaine 3 Travail sur le texte 2
Chercher des arguments dans un texte Anticipation du texte 3
Pas de jumelage
1re rencontre de jumelage (activités brise-glace) Jumelage DEVOIRS Lecture texte du 3 + rédaction d’une lettre (à remettre à
la semaine 5)
AVANT PROPOS
Semaine 4 Travail sur le texte 3
Principes de base de la citation
L’argumentation (suite) et éléments du texte expressif Anticipation du texte 4
Pas de jumelage
2e rencontre de jumelage (ateliers théâtraux) Jumelage DEVOIRS Lecture du texte 4 + questionnaire
Semaine 5 Travail sur le texte 4 Pas de jumelage
Fast Friends Jumelage
DEVOIRS Production écrite formative + préparation au contrôle Semaine 6 Présenter le projet/Remue-méninge
Revenir sur les stratégies de lecture
Pas de jumelage
Contrôle sur les quatre premiers textes DEVOIRS Lecture des trois textes (5, 6, 7)
Semaine 7 Rétroaction sur la production écrite formative Pas de jumelage 3e rencontre de jumelage
Cercle de lecture (textes 5, 6, 7)
Jumelage
Semaine 8 Présenter le projet/Remue-méninge
Conférence Jumelage
Semaine 9 Travail sur le projet de recherche Jumelage Semaine 10 Travail sur le projet de recherche Jumelage Semaine 11 Production écrite sommative Pas de jumelage Semaine 12 Travail sur le projet de recherche Jumelage Semaine 13 Questionnaire posttest en ligne (15 min)
Travail sur le projet de recherche
Jumelage
Semaine 14 Présentation des projets en équipes Jumelage Semaine 15 Présentation des projets en équipes Jumelage
Le présent cahier d’activités s’adresse aux étudiant.e.s francophones qui suivent le cours 4SFS (Level 4-cours de niveau avancé/C1 ou C2, selon le CECRL). Un cahier similaire a été conçu pour leurs jumeaux et jumelles anglophones du cours 4SFQ (Level 2-cours de niveau intermédiaire/B1, selon le CECRL).
Un cahier de l’enseignant.e incluant le solutionnaire des activités est prévu pour chaque niveau.
Les activités proposées dans ce cahier visent l’éveil et la sensibilisation à la diversité et à la communication interculturelle et débouchent sur la représentation collaborative d’une identité collective.
Les sept textes choisis abordent un large éventail d’aspects liés à l’identité et à la diversité, traités de perspectives variées. Le contenu de ces textes est censé nourrir la réflexion des apprenant.e.s dans le but de favoriser le développement de leur esprit critique et l’ouverture à l’Autre.
Les activités d’exploitation de textes sont regroupées en plusieurs sections identifiées par des pictogrammes.
• ANTICIPATION
• EXPLORATION DU TEXTE
o Vocabulaire o Grammaire
o Compréhension et interprétation
• COMPRÉHENSION ORALE
• PRODUCTION ET INTERACTION ORALE
• PRODUCTION ET INTERACTION ÉCRITE
• RESSOURCES AUDIO-VIDÉO COMPLÉMENTAIRES
Note : Les activités proposées ici ont été conçues spécialement pour le projet de jumelage interculturel de l’année 2019-2020. Elles sont donc sujettes à adaptation selon chaque contexte de classe, avec ou sans jumelage. Plusieurs types d’activités sont ainsi proposés pour chaque texte. Il reviendra à chaque professeur.e de choisir celles qui conviendront le mieux aux objectifs de ses cours et à la dynamique de ses groupes.
AVANT PROPOS
AVANT PROPOS
Les autrices tiennent à remercier tout d’abord le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur qui a rendu possible la réalisation de ce projet, grâce au programme Entente Canada-Québec relative à l'enseignement dans la langue de la minorité et à l'enseignement des langues secondes.
Nous remercions également la direction générale, la direction des études, la direction adjointe, le bureau de la recherche et le département de français du cégep John-Abbott pour leur soutien constant.
Notre gratitude est grande envers les étudiant.e.s ayant participé au projet et envers tou.te.s nos étudiant.e.s en général. Ce sont eux et elles qui donnent du sens à notre parcours professionnel.
Une reconnaissance toute spéciale à nos familles pour leur patience, leur amour et leur appui inconditionnel.
REMERCIEMENTS
Une partie importante de votre travail dans ce cours consistera à lire des textes de difficulté variable et à répondre à des questionnaires qui vous guideront dans votre lecture et vos réflexions. La lecture active de ces textes est censée vous doter d’un bagage de concepts
sociologiques nécessaires à la communication interculturelle et nourrir vos réflexions au sujet de la question de l’identité individuelle et collective. Cela vous permettra de prendre activement part aux discussions – en binôme, en équipe ou en grand groupe – lors de l’exécution de tâches.
Par ailleurs, le contenu de ces lectures constituera la base conceptuelle du projet de recherche créative et de la tâche d’écriture finale.
Voici quelques stratégies qui pourraient vous aider tout au long de ce travail de lecture.
LE TEXTE ET LE CONTEXTE
Tout d’abord, c’est important de situer le texte dans son contexte pour pouvoir mieux le comprendre.
Posez-vous les questions suivantes :
o À quel public le texte s’adresse-t-il ? o De quel type de texte s’agit-il ?
o Quelles sont les particularités de ce type de texte ? À quoi dois-je m’attendre ? o Pourquoi l’auteur ou l’autrice a-t-il ou a-t-elle écrit ce texte ?
Les textes que vous allez lire sont pour la plupart des extraits d’essais et présentent donc un point de vue sur une question particulière. Les autrices et auteurs espèrent apporter un changement dans la façon dont les lecteurs et lectrices perçoivent les choses.
STRATÉGIES DE LECTURE
Une autre technique qui pourrait vous aider à bien comprendre le texte serait de réfléchir aux trois points suivants5 :
1. L’autrice ou l’auteur pensent qu’avant de lire leur essai, j’avais cette opinion : … (compléter)
2. L’autrice ou l’auteur souhaitait que, une fois ma lecture complétée, je sois convaincue de / que … (compléter)
3. L’auteur ou l’autrice a réussi / n’a pas réussi à me faire changer d’avis. Pourquoi ? Comment ?
L’ANNOTATION
Soyez actifs lorsque vous lisez. L’annotation est primordiale lors d’une lecture approfondie.
Même les chercheurs/chercheuses et les lecteurs/lectrices les plus expérimenté.e.s annotent leurs textes.
Pour ce faire, armez-vous de marqueurs et de crayons. Adoptez un code de repérage qui vous convient.
Par exemple : vous pouvez surligner les mots incompris, les mots-clés, les passages qui vous semblent résumer l’idée essentielle d’un paragraphe [mettre entre crochets un passage entier que vous n’arrivez pas à comprendre] et encadrer les mots qui assurent la transition entre deux idées.
Mais toutes ces belles couleurs et formes ne serviront pas à grand-chose si vous ne prenez pas de notes dans la marge. Ces notes devraient vous permettre d’avoir une excellente idée du contenu du texte et de sa structure si vous le retrouviez plusieurs années plus tard. Voici ce que vous pouvez noter dans la marge :
o une reformulation dans vos propres mots de l’idée principale d’un paragraphe o une explication des mots incompris
o des interrogations qui vous viennent lors de la lecture
o des indications de votre désaccord ou de votre approbation des idées exprimées dans le texte
o des indications concernant la fonction de certains passages : illustration, exemple, explication, transition, etc.
Voir en annexe l’exemple d’un texte annoté.
5 Stratégie tirée de John C. Bean, Engaging Ideas, The Professor’s guide to Integrative Writing, Critical Thinking and Active Learning in the Classroom, Jossey-Bass, 2011, chapitre 9 “Helping Students Read Difficult Texts”, p. 174 (traduction libre).
STRATÉGIES DE LECTURE
VOCABULAIRE
Lorsqu'on lit un texte dans une langue seconde, le vocabulaire est un des premiers obstacles à la compréhension de l'écrit. Mais, même si le texte est écrit dans votre langue maternelle, le vocabulaire peut poser problème : c'est le cas si l'autrice ou l'auteur traite d'un sujet avec lequel vous êtes moins familier ou si elle ou il emploie un lexique spécialisé. Avoir un dictionnaire à proximité lorsque vous faites vos lectures est donc essentiel. Voici quelques conseils :
o Ne cherchez pas tous les mots que vous ne comprenez pas. Certains mots sont plus essentiels que d’autres à la compréhension globale.
o Lorsque vous cherchez un mot dans le dictionnaire, il se peut qu’il ait plusieurs sens.
Assurez-vous de trouver le sens qui convient dans le contexte de la phrase.
o Écrivez une courte définition ou un synonyme ou une traduction dans la marge.
PASSAGES INCOMPRIS
Il est possible que le problème ne soit pas lié au vocabulaire, mais plutôt à la compréhension d’une idée. Un passage entier peut vous sembler incompréhensible. Que faire dans ce cas-là ?
o Relisez le passage précédent. L’idée développée dans ce passage difficile est peut-être la suite logique de ce qui précède.
o Lisez le passage suivant. Parfois, la suite peut vous éclairer.
o Si vous avez fait cela, et si votre recherche de vocabulaire est complétée, mais que le passage présente encore des difficultés, c’est le moment de faire appel à vos personnes- ressources : votre professeur.e ou une monitrice / un moniteur du centre d’aide en français de votre établissement.
STRUCTURE DU TEXTE
Vous pouvez avoir une bonne compréhension du vocabulaire et des détails du texte, mais terminer votre lecture en ayant l’impression de ne pas avoir compris le texte dans son ensemble. Dans ce cas, faire le plan du texte serait une bonne façon d’avoir une perspective d’ensemble et une compréhension globale du propos de l’auteur ou de l’autrice.
o Donnez des titres à chaque paragraphe. Un titre est, en soi, un mini résumé. En lisant les titres les uns à la suite des autres, vous aurez une idée de la progression des idées de l’autrice ou de l’auteur.
STRATÉGIES DE LECTURE
o Sur une feuille à part, faites le schéma du texte sous forme de points ou même, si vous êtes plus visuel(le), sous forme de graphique. Cela vous permettra de comprendre la
« direction » de la pensée de l’auteur ou de l’autrice.
Annexe : Exemple de texte annoté
Comparaison confusion mentale = un voile qui empêche de voir la réalité Un aspect important de cette confusion : l’attachement à l’ego ego = représentation de l’identité personnelle (moi conceptuel) je inné / moi conceptuel
ego = centre de l’être
On change tout le temps, pourtant, on considère le « moi » comme permanent, singulier, autonome.
Le « moi » est vulnérable.
Pour le protéger : attirance pour ce qui conforte le moi / aversion pour ce qui le menace
La cristallisation de l’ego
(I) Le bouddhisme définit la confusion mentale comme le voile qui empêche de percevoir clairement la réalité et obscurcit la compréhension de la nature véritable des choses. C’est aussi, sur le plan pratique, l’incapacité à discerner les
comportements qui permettent de trouver le bonheur et d’éviter la souffrance. Parmi les nombreuses facettes de la confusion, la plus radicalement perturbatrice est celle consistant à s’attacher à la notion d’une identité personnelle, l’ego. Le bouddhisme distingue un « je » inné, instinctif – lorsqu’on pense, par exemple, « je me réveille » ou « j’ai froid » - et un « moi »
conceptuel, formé par la force de l’habitude, auquel on attribue diverses qualités et que tout un chacun se représente comme le noyau de son être, indépendant et durable.
(II) À chaque instant, de la naissance à la mort, le corps subit d’incessantes transformations et [l’esprit est le théâtre d’innombrables
expériences émotionnelles et conceptuelles].
Pourtant, obstinément, on attribue au moi des qualités de permanence, de singularité et d’autonomie. Comme on sent par ailleurs que ce moi est des plus vulnérables, qu’il faut le protéger et le satisfaire, entrent bien vite en jeu l’aversion et l’attirance : aversion pour tout ce qui
menacerait le moi, attirance pour tout ce qui lui plaît, le conforte, le rend confiant ou le met à l’aise. De ces deux émotions fondamentales, attraction et répulsion, découle une foule d’émotions diverses.
Mais peut-on jamais être sûr de « la véritable nature des choses »?
facette = aspect
à EXEMPLE
tout un chacun = tout le monde
?? théâtre = lieu ? espace ?
par ailleurs = furthermore
à CONSÉQUENCE
découler = résulter
STRATÉGIES DE LECTURE
TEXTE 1 : UNE REGRETTABLE MÉPRISE
OBJECTIFS D’APPRENTISSAGE
OBJECTIFS DE COMMUNICATION
o Développer sa capacité de discuter en français sur un sujet complexe et abstrait.
o S’approprier et exploiter un nouveau vocabulaire lié au thème de l’identité.
OBJECTIF LINGUISTIQUE
o Enrichir un lexique lié à l’identité.
OBJECTIFS SOCIOCULTURELS
o Prendre conscience d’un point de vue non occidental sur la question du « moi ».
o Développer son esprit critique en débattant de la pertinence de ce point de vue.
o Prendre conscience d’autres points de vue sur la question lors de la discussion en classe et développer son ouverture d’esprit.
ANTICIPATION
DÉFINIR LE « MOI »
Si l’on veut parler de l’identité, on ne peut passer à côté de ce qui constitue, dans la pensée occidentale, le noyau ce cette identité : le moi.
Qu’est-ce que le « moi » ? Comment le définir ?
En petites équipes, tentez de répondre à ces questions. Prenez en notes les idées qui résultent de cette discussion.
Discussion en équipe Discussion en plénière
INTRODUCTION AU TEXTE
Le texte que vous allez lire en devoir est un extrait du livre Plaidoyer pour le bonheur, de Matthieu Ricard. On propose d’étudier, à travers ce texte, la perspective bouddhiste de la question du « moi ». L’intérêt de cette perspective ? Elle remet en question la
conception occidentale du moi : une entité solide, permanente et qu’il faut cultiver pour atteindre le bonheur.
TEXTE 1
QU’EST-CE QUE LE BOUDDHISME ?
Que savez-vous du bouddhisme ?Notez quelques repères : o
o o
Pour aller un peu plus loin, voici une explication tirée et adaptée de l’Encyclopédie Canadienne :
À l'âge de 29 ans, Siddhârta renonce à sa vie princière pour chercher l'éveil. Après six ans de vie ascétique, il abandonne cette démarche et, suivant la voie du milieu (c’est-à- dire la modération en toute chose), il devient le Bouddha (du sanskrit bodhi, « éveillé » ou « illuminé »). Il reconnait alors l’interdépendance de tous les phénomènes, principe selon lequel tout est transitoire, tout finit par devenir insatisfaisant, rien n'a de nature permanente en soi et, enfin, lorsque l'attachement aux projections mentales calculées et artificielles est éteint, la paix est conquise – c’est l’atteinte du nirvana. Ainsi, devenir un bouddha ne constitue pas une divinisation.
Source : https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/bouddhisme
QUI EST L’AUTEUR ?
Matthieu Ricard est né en France en 1946. Après avoir fait son doctorat en génétique cellulaire, il s’installe au Népal et devient moine. Il voyage partout dans le monde pour donner des conférences, il a écrit de nombreux livres qui ont fait découvrir le bouddhisme et la méditation à bien des Occidentaux; il est l’interprète français du Dalaï-Lama.
TEXTE 1
TEXTE
UNE REGRETTABLE MÉPRISE Les voiles de l’ego
En premier lieu, nous concevons le moi et nous y attachons.
Puis, nous concevons le « mien », et nous attachons au monde matériel.
Comme l’eau captive de la roue du moulin, nous tournons en rond, impuissants.
Je rends hommage à la compassion qui embrasse tous les êtres.
Chandrakirti6
Regardant vers l’extérieur, nous solidifions le monde en projetant sur lui des attributs qui ne lui sont nullement inhérents. Regardant vers l’intérieur, nous figeons le courant de la conscience en imaginant un moi qui trônerait entre un passé qui n’existe plus et un futur qui n’existe pas encore. Nous tenons pour acquis le fait de percevoir les choses telles qu’elles sont et mettons rarement cette opinion en doute. Spontanément, nous assignons aux choses et aux êtres des qualités intrinsèques et pensons « ceci est beau, cela est laid ». Nous divisons le monde entier en « désirable » et « indésirable », prêtons une permanence à ce qui est éphémère et percevons comme des entités autonomes ce qui est en réalité un réseau infini de relations sans cesse changeantes.
Si une chose était vraiment belle et plaisante, si ces qualités lui appartenaient en propre, il serait alors justifié de la considérer comme désirable en tout temps et en tout lieu. Mais existe-t-il une chose au monde qui soit universellement et unanimement reconnue comme belle ? Comme le dit un verset du Canon bouddhiste : « Pour
l’amoureux, une jolie femme est un objet de désir; pour l’ermite, un sujet de distraction;
et pour le loup, un bon repas. » De même, si un objet était intrinsèquement répugnant, tout le monde aurait de bonnes raisons de s’en écarter. Mais il en va tout autrement dès lors que nous ne faisons qu’attribuer ces qualités aux choses et aux personnes. Il n’y a
6 Chandrakirti, Madhyamakalankara, Entrée sur la Voie médiane. Chandrakirti (VIe VIIIe siècle) est l’un des plus célèbres commentateurs indiens des paroles de Bouddha (Ve siècle avant l’ère chrétienne) et du grand philosophe Nagarjuna (IIe siècle après l’ère chrétienne).
TEXTE 1TEXTE 1
pas, dans un bel objet, de qualité inhérente qui soit bénéfique à l’esprit, et rien qui puisse lui nuire dans un objet laid.
De même, un être que nous percevons aujourd’hui comme un ennemi est certainement l’objet d’une grande affection pour d’autres personnes, et nous tisserons peut-être un jour avec ce même ennemi des liens d’amitié. En réagissant comme si les caractéristiques étaient indissociables de l’objet auquel nous les attachons, nous nous écartons de la réalité et nous sommes entrainés dans un mécanisme d’attraction et de répulsion constamment entretenu par nos projections mentales. Nos concepts figent les choses en entités artificielles et nous perdons notre liberté intérieure, comme l’eau perd sa fluidité lorsqu’elle se transforme en glace.
La cristallisation de l’ego
Le bouddhisme définit la confusion mentale comme le voile qui empêche de percevoir clairement la réalité et obscurcit la compréhension de la nature véritable des choses. C’est aussi, sur le plan pratique, l’incapacité à discerner les comportements qui permettent de trouver le bonheur et d’éviter la souffrance. Parmi les nombreuses facettes de la confusion, la plus radicalement perturbatrice est celle consistant à s’attacher à la notion d’une identité personnelle, l’ego. Le bouddhisme distingue un
« je » inné, instinctif – lorsqu’on pense, par exemple, « je me réveille » ou « j’ai froid » - et un « moi » conceptuel, formé par la force de l’habitude, auquel on attribue diverses qualités et que tout un chacun se représente comme le noyau de son être, indépendant et durable.
À chaque instant, de la naissance à la mort, le corps subit d’incessantes
transformations et l’esprit est le théâtre d’innombrables expériences émotionnelles et conceptuelles. Pourtant, obstinément, on attribue au moi des qualités de permanence, de singularité et d’autonomie. Comme on sent par ailleurs que ce moi est des plus vulnérables, qu’il faut le protéger et le satisfaire, entrent bien vite en jeu l’aversion et l’attirance : aversion pour tout ce qui menacerait le moi, attirance pour tout ce qui lui plaît, le conforte, le rend confiant ou le met à l’aise. De ces deux émotions
fondamentales, attraction et répulsion, découle une foule d’émotions diverses.
L’ego, écrit le philosophe Han de Wit, « c’est aussi une réaction affective à notre champ d’expérience, un mouvement mental de recul, basé sur la peur7 ». Par crainte du monde et des autres, par peur de souffrir, par angoisse de vivre et de mourir, on
7 Han F. de Wit, Le lotus et la rose, traduction du hollandais par C. Francken, Huy, Kunchap, 2002.
TEXTE 1
s’imagine qu’en se retranchant à l’intérieur d’une bulle, celle de l’ego, on sera protégé.
On crée l’illusion d’être séparé du monde, espérant ainsi s’éloigner de la souffrance.
Ce faisant, nous nous trouvons aussi en porte à faux avec la réalité. Nous sommes en effet fondamentalement interdépendants avec les êtres et avec notre environnement. Notre expérience n’est autre que le contenu de notre flux mental, du continuum de conscience, et il ne s’impose pas d’envisager le moi comme une entité distincte au sein de ce flux. Imaginez une onde qui se propage, influence son
environnement et est influencée par celui-ci sans pour autant véhiculer une quelconque entité. Mais nous sommes tellement habitués à apposer à ce flux mental l’étiquette d’un moi, que nous nous identifions à ce dernier et craignons sa disparition. Il s’ensuit un profond attachement au moi puis à la notion de « mien » – mon corps, mon nom, mon esprit, mes possessions, mes amis, etc. – qui entraîne soit un désir de possession, soit un sentiment de répulsion à l’égard de l’autre. C’est ainsi que les notions de soi et d’autrui se cristallisent dans notre esprit. Le sentiment erroné d’une dualité irréductible devient alors inévitable, formant la base de toutes les autres afflictions mentales, qu’il s’agisse du désir aliénant, de la haine, de la jalousie, de l’orgueil ou de l’égoïsme. Dès lors, nous percevons le monde dans un miroir déformant de nos illusions. On se trouve alors en constant désaccord avec la nature véritable des choses, ce qui nous mène inévitablement à la souffrance.
On observe cette cristallisation du « moi » et du « mien » dans nombre de situations de la vie courante. Vous faites tranquillement la sieste dans une barque au milieu d’un lac. Une autre embarcation vient heurter la vôtre et vous réveille en sursaut.
Pensant qu’un batelier maladroit ou malicieux vous a percuté, vous vous dressez
furibond, prêt à l’insulter… pour constater que l’embarcation en question est vide. Vous pouffez de rire devant votre méprise et vous vous rendormez paisiblement. La seule différence entre ces deux réactions est que, dans le premier cas, vous pensiez que vous étiez la cible de la malveillance de quelqu’un, tandis que, dans le deuxième cas, vous vous rendez compte que votre moi n’était pas visé.
De même, si quelqu’un vous donne un coup de poing, vous pouvez en être longtemps contrarié. Mais observez la douleur physique : elle s’estompe rapidement jusqu’à devenir imperceptible. La seule chose qui continue à vous faire mal, c’est la meurtrissure de l’ego. Si nous concevions le moi comme un simple concept, et non pas comme une entité autonome que nous devons protéger et satisfaire à tout prix, nous ne serions pas affectés de la sorte.
Autre exemple souvent donné par le Dalaï-Lama pour illustrer l’attachement au sentiment du « mien ». Vous contemplez un magnifique vase de porcelaine dans une vitrine. Un vendeur maladroit le fait tomber. Vous soupirez : « Quel dommage, un si joli vase ! » et continuez tranquillement votre chemin. En revanche, si vous venez d’acheter ce vase, que vous l’avez fièrement placé sur votre cheminée et qu’il tombe en se brisant
TEXTE 1
en mille morceaux, vous vous exclamez avec horreur : « Mon vase est cassé ! » et vous en êtes profondément affecté. L’unique différence est l’étiquette de « mien » que vous avez attachée au vase.
Une étude de psychologie8 l’a également attesté : on fait cadeau à des étudiants de divers objets ayant chacun une valeur marchande de cinq dollars – une chope de bière ou un stylo par exemple – puis l’on organise une vente aux enchères durant laquelle les étudiants ont la possibilité d’acheter les cadeaux des autres. Il s’avère que les étudiants ne veulent pas débourser plus de quatre dollars, en moyenne, pour acheter le cadeau reçu par quelqu’un d’autre (ils sous-évaluent ainsi sa valeur
marchande). En revanche, ils répugnent à céder à moins de sept dollars le cadeau qu’ils viennent de recevoir ! Cela révèle de façon presque caricaturale la valeur ajoutée par le sentiment de possession.
Ce sentiment erroné d’un moi réel et indépendant fonde bien sûr
l’égocentrisme, sous l’influence duquel notre sort prend une plus grande valeur que celui de l’autre. Si votre patron incendie un collègue que vous détestez, passe un savon à un autre qui vous est indifférent, puis vous fait des reproches acerbes, vous serez satisfait ou hilare dans le premier cas, indifférent dans le deuxième, et profondément blessé dans le troisième. En réalité, au nom de qui le bien-être de l’une de ces trois personnes prévaudrait-il sur celui d’un autre ? L’égocentrisme qui fait de soi le centre du monde relève d’un point de vue entièrement relatif. Notre erreur est de figer notre propre point de vue et d’espérer, ou pire, d’exiger que « notre » monde prévale sur celui d’autrui.
Que faire de l’ego ?
À la différence du bouddhisme, très peu de méthodes psychologiques traitent du problème de réduire le sentiment d’importance du moi, réduction qui, pour le sage, va jusqu’à l’éradication de l’ego. C’est certes là une idée neuve, voire subversive en Occident, lequel tient le moi pour l’élément fondateur de la personnalité. Éradiquer totalement l’ego ? Mais alors, je n’existe plus ? Comment peut-on concevoir un individu sans moi, sans ego ? Une telle conception n’est-elle pas psychiquement dangereuse ? Ne risque-t-on pas de sombrer dans une forme de schizophrénie ? L’absence d’ego ou un ego faible ne sont-ils pas des signes cliniques témoignant d’une pathologie plus ou moins sévère ? Ne faut-il pas disposer d’une personnalité construite avant de pouvoir renoncer à l’ego ? Telle est la réaction défensive de tout l’Occident face à ces notions peu familières. L’idée qu’il est nécessaire d’avoir un moi robuste tient au fait que les
8 L. Van Boven et alt., “Egocentric empathy gaps between owners and buyers: Misperception of the endowment effect”, Journal of Personality and Social Psychology, 2000, 79 : 66-76.
TEXTE 1TEXTE 1
personnes souffrant de troubles psychiques sont censées avoir un moi fragmenté, fragile et déficient.
La psychologie de la petite enfance décrit comment un bébé apprend à connaitre le monde, à se situer peu à peu par rapport à sa mère, à son père et à ceux qui
l’entourent; comment il comprend, vers l’âge d’un an, que lui et sa mère sont deux êtres distincts, que le monde n’est pas simplement une extension de lui-même et qu’il peut être la cause d’une série d’événements. Cette prise de conscience est appelée
« naissance psychologique ». Nous concevons ensuite l’individu comme une personnalité, idéalement stable, affirmée, elle-même fondée sur la croyance en l’existence d’un moi. L’éducation parentale, puis plus tard scolaire, vient étayer cette notion qui parcourt toute notre littérature et notre histoire. En un sens, on peut dire que la croyance en un moi établi est l’un des traits dominants de notre civilisation. Ne parle-t-on pas de forger des personnalités fortes, résistantes, adaptées, combatives ?
C’est là confondre ego et confiance en soi. L’ego ne peut procurer qu’une confiance factice, construite sur des attributs précaires – pouvoir, succès, beauté et force physique, brio intellectuel, opinion d’autrui – et sur tout ce que nous croyons constituer notre « identité », à nos yeux et à ceux d’autrui. Lorsque les choses changent et que le décalage avec la réalité devient trop grand, l’ego s’irrite, se crispe et vacille. La confiance en soi s’effondre, il ne reste plus que frustration et souffrance.
Pour le bouddhisme, une confiance en soi digne de ce nom est tout autre. C’est une qualité naturelle de l’absence d’ego ! Dissiper l’illusion de l’ego, c’est s’affranchir d’une vulnérabilité fondamentale. En effet, le sentiment de sécurité que procure une telle illusion est éminemment fragile. La confiance authentique nait de la
reconnaissance de la nature véritable des choses et d’une prise de conscience de notre qualité fondamentale, ce que le bouddhisme appelle, nous l’avons vu, la « nature de Bouddha », présente en chaque être. Elle apporte une force paisible que ne menacent plus les circonstances extérieures ni les peurs intérieures, une liberté au-delà de la fascination et la crainte.
Une autre idée répandue est qu’en l’absence d’un « moi » vigoureux on ne ressentirait guère d’émotions et que la vie deviendrait terriblement monotone. On manquerait de créativité, d’esprit d’aventure, bref de personnalité. Regardons autour de nous ceux qui manifestent un « ego » bien développé, voire hypertrophié. Nous n’avons que l’embarras du choix. Les empereurs du « je suis le plus fort, le plus célèbre, le plus influent, le plus riche, le plus puissant » ne manquent pas. Qui sont ceux en revanche qui ont réduit au minimum l’importance de l’ego pour s’ouvrir aux autres ? Socrate, Diogène, le Bouddha, Jésus, les Pères du désert, Gandhi, Mère Teresa, le Dalaï- Lama, Nelson Mandela… et tant d’autres qui œuvrent dans l’anonymat.
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L’expérience montre que ceux qui ont su s’affranchir quelque peu du diktat de l’ego pensent et agissent avec une spontanéité et une liberté qui contrastent
heureusement avec la constante paranoïa qu’engendrent les caprices d’un moi
triomphant. Écoutons Paul Ekman, l’un des plus éminents spécialistes de la science des émotions, qui étudie notamment ceux qu’il considère comme des « personnes douées de qualités humaines exceptionnelles ». Parmi les traits remarquables qu’il a notés chez celles-ci figurent « une impression de bonté, une qualité d’être que les autres
perçoivent et apprécient et, à la différence de nombreux charlatans charismatiques, une parfaite adéquation entre leur vie privée et leur vie publique9 ». Mais surtout, note Ekman, « une absence d’ego : ces personnes inspirent les autres par le peu de cas qu’elles font de leur statut, de leur renommée, bref de leur moi. Elles ne se soucient pas le moins du monde de savoir si leur position ou leur importance sont reconnues ». Une telle absence d’égocentrisme, ajoute-t-il « est tout bonnement confondante d’un point de vue psychologique ». Ekman souligne également que « les gens aspirent
instinctivement à être en leur compagnie et que, même s’ils ne savent pas toujours expliquer pourquoi, ils trouvent leur présence enrichissante ». De telles qualités présentent un contraste frappant avec les travers des champions de l’ego dont la présence est pour le moins attristante quand elle ne donne pas la nausée. Entre le théâtre grandiloquent, parfois l’enfer violent de l’ego roi et la chaleureuse simplicité du sans-ego, le choix ne semble pas trop difficile.
Pourtant, tout le monde est loin d’être d’accord sur ce point, Pascal Bruckner par exemple : « À l’encontre de ce que nous serinent maintes religions orientales, il faut réhabiliter l’ego, l’amour de soi, la vanité, le narcissisme, toutes choses excellentes quand elles travaillent à renforcer notre puissance10. » Voilà qui ressemble plus à la définition d’un dictateur que de Gandhi ou Martin Luther King. C’est en effet la tentation totalitaire : donner un maximum de pouvoir à l’ego en pensant qu’il va tout régler et refaire le monde à son image. Le résultat n’est-il pas Hitler, Staline, Mao et Big Brother ? Des mégalomanes qui ne supportent pas que la moindre parcelle du monde ne soit pas telle qu’ils la désirent.
Car la confusion est grande entre puissance et force d’âme. La puissance est un outil qui peut tuer ou guérir, la force d’âme, ce qui permet de traverser les tempêtes de l’existence avec un courage et une sérénité indomptables. Or cette force intérieure ne nait précisément que d’une vraie liberté vis-à-vis de la tyrannie de l’ego. L’idée qu’un puissant ego est nécessaire pour réussir dans la vie vient sans doute d’une confusion entre l’attachement au moi, à notre image, et la force d’âme, la détermination
9 Paul Ekman, communication personnelle. Voir aussi Dalaï-lama et Daniel Goleman, Émotions destructrices, Paris, Laffont, 2003.
10 Pascal Bruckner, L’Euphorie perpétuelle, op. cit.
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indispensable à la réalisation de nos aspirations profondes. De fait, moins on est influencé par le sentiment de l’importance de soi, plus il est facile d’acquérir une force intérieure durable. La raison en est simple : le sentiment de l’importance de soi
constitue une cible exposée à toute sorte de projectiles mentaux – jalousie, peur, avidité, répulsion – qui ne cesse de le déstabiliser.
L’imposture de l’ego
Dans notre expérience de tous les jours, le moi nous semble réel et solide.
Certes, il n’est pas tangible comme un objet, néanmoins nous éprouvons ce moi dans sa vulnérabilité qui nous affecte à chaque instant : un simple sourire lui fait
immédiatement plaisir et un froncement de sourcil le contrarie. À tout moment, il est
« là », prêt à être blessé ou gratifié. Loin de le percevoir comme multiple et insaisissable, on en fait un bastion unitaire, central et permanent. Mais examinons ce qui est supposé contribuer à notre identité. Notre corps ? Un assemblage d’os et de chair. Notre
conscience ? Une succession de pensées fugaces. Notre histoire ? La mémoire de ce qui n’est plus. Notre nom ? Nous lui attachons toute sorte de concepts – celui de notre filiation, de notre réputation et de notre statut social – mais, en fin de compte, il n’est rien de plus qu’un assemblage de lettres. Lorsqu’on voit écrit JEAN, notre esprit sursaute, pensant « c’est moi ! », mais il suffit de séparer les lettres J-E-A-N pour que nous ne nous sentions plus du tout concerné. L’idée que nous nous faisons de « notre » nom n’est qu’une fabrication mentale, et l’attachement à notre lignée familiale et à notre « réputation » ne fait que restreindre notre liberté intérieure. Le sentiment profond d’un moi qui est au cœur : c’est bien cela qu’il nous faut examiner honnêtement.
Lorsqu’on explore le corps, la parole et l’esprit, on s’aperçoit que ce moi n’est qu’un mot, une étiquette, une convention, une désignation. Le problème, c’est que cette étiquette se prend pour quelque chose, et non des moindres. Pour démasquer l’imposture du moi, il faut pousser l’enquête jusqu’au bout. Quelqu’un qui soupçonne la présence d’un voleur dans sa maison doit inspecter chaque pièce, chaque recoin,
chaque cachette possible, jusqu’à être sûr qu’il n’y a vraiment personne. Alors
seulement peut-il avoir l’esprit en paix. Il s’agit ici d’une recherche introspective qui vise à découvrir ce qui se cache derrière la chimère d’un moi qui définirait notre être.
Une analyse rigoureuse nous forcera de conclure que le moi ne réside en aucune partie du corps. Il n’est pas dans le cœur, la poitrine ou la tête. Il n’est pas non plus diffus, comme une substance qui imprègnerait le corps entier. Nous pensons volontiers que le moi est associé à la conscience. Mais cette conscience est, elle aussi, un flux insaisissable : le passé est mort, le futur n’est pas encore né et le présent ne dure pas.
Comment un moi pourrait-il exister suspendu comme une fleur dans le ciel, entre quelque chose qui n’existe plus et quelque chose qui n’existe pas encore ? Il ne peut être décelé ni dans le corps, ni dans l’esprit (ou la conscience, laquelle n’est pour le
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bouddhisme qu’un autre mot pour « esprit »), ni, en tant qu’entité distincte, dans une combinaison des deux, ni en dehors d’eux. Aucune analyse sérieuse, aucune expérience contemplative directe ne permet de justifier le sentiment si puissant de posséder un moi. Le moi ne peut être trouvé dans ce à quoi il est associé. Quelqu’un peut penser qu’il est grand, jeune intelligent, mais ni la taille ni la jeunesse ni l’intelligence ne sont le moi. Le bouddhisme conclut donc que le moi n’est qu’un nom par lequel on désigne un continuum, comme on nomme un fleuve Gange ou Mississippi. Un tel continuum existe, certes, mais de façon purement conventionnelle et fictive. Il est totalement dénué d’existence réelle.
La déconstruction du moi
Pour y voir plus clair, reprenons cette analyse un peu plus en détail11. La notion d’identité personnelle comporte trois aspects : le « je », la « personne » et le « moi12 ».
Ces trois aspects ne sont pas fondamentalement différents, mais reflètent différentes manières de s’attacher à la perception que nous avons d’une identité personnelle.
Le « je » vit dans le présent; c’est lui qui pense « j’ai faim » ou « j’existe ». C’est le lieu de la conscience, des pensées, du jugement et de la volonté. Il est l’expérience de notre état actuel.
La notion de « personne » est plus large, c’est un continuum dynamique, étendu dans le temps, intégrant divers aspects de notre existence aux plans corporel, mental et social. Ses frontières sont plus floues : la personne peut se référer au corps (« être bien fait de sa personne »), à des sentiments intimes (« un sentiment très personnel »), au caractère (« une brave personne »), aux relations sociales (« séparer sa vie personnelle de sa vie professionnelle ») ou à l’être humain en général (« le respect de la
personne13 »). Sa continuité dans le temps nous permet de relier les représentations de nous-même qui appartiennent au passé et les projections concernant le futur. La notion de personne est valide et saine si on la considère comme un simple concept désignant l’ensemble des relations entre la conscience, le corps et l’environnement. Elle est inappropriée et malsaine dès qu’on la considère comme une entité autonome.
11 On pourra également se référer à des développements plus approfondis dont nous nous sommes inspirés, ceux notamment de David Galin pour la philosophie, d’Allan Wallace pour le bouddhisme, et d’Antonio Damasio pour la science du cerveau. D. Galin, « The Concept of Self, Person, and I, in Western Psychology and in Buddhism”, in B. Allan Wallace (ed.), Buddhism & Science, Breaking New Ground, New York, Columbia University Press, 2003, B. Allan Wallace, Science et Bouddhisme, Paris, Calmann-Levy, 1998. Antonio Damasio, The Feeling of What Happens, Body and Emotions in the Making of
Consciousness, San Diego, Harcourt, 1999.
12 En tibétain, le « je », la « personne » et le « moi » correspondent aux termes nga, gang zag et bdag.
13 David Galin, op. cit.
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Reste le « moi ». Nous venons de voir que nous estimons qu’il est le noyau même de notre être. Nous le concevons comme un tout indivisible et permanent qui nous caractériserait de l’enfance à la mort. Le moi n’est pas seulement l’addition de
« mes » membres, « mes » organes, « ma » peau, « mon » nom, « ma conscience », mais leur propriétaire exclusif. Nous parlons de « mon » bras et non pas d’une
« extension longiforme du moi ». Si l’on nous coupe le bras, le moi a simplement perdu un bras, mais il reste intact. Un homme-tronc se sent diminué dans son intégrité physique, mais pense clairement qu’il a conservé son moi. Si l’on coupe le corps en rondelles, à quel moment le moi commence-t-il à disparaître ? Nous percevons un moi tant que nous gardons la faculté de penser. On en revient alors à la fameuse formule de Descartes qui sous-tend toute la notion du moi dans la pensée occidentale : « je pense, donc je suis. » Mais le fait de penser ne prouve strictement rien quant à l’existence du moi. Car ce « je » n’est rien d’autre que le contenu actuel de notre flux mental, lequel change à chaque instant. Comme l’explique le philosophe bouddhiste Han de Wit, la phrase « je pense, donc je suis » ne prouve pas l’existence d’un moi en tant que
penseur : « Nous partons de l’idée que l’expérience implique un ‘moi’ qui expérimente […] Mais l’idée ‘j’expérimente quelque chose’ ne prouve pas qu’il existe une personne qui expérimente14. » Il ne suffit pas en effet de percevoir quelque chose, ou d’en avoir l’idée, pour que cette chose existe. On perçoit fort bien un mirage et une illusion, tous deux dénués de réalité. Han de Wit conclut : « L’ego est le résultat d’une activité mentale qui crée et ‘maintient en vie’ une entité imaginaire dans notre esprit15. »
L’idée que le moi pourrait n’être qu’un concept va à l’encontre de l’intuition de la plupart des penseurs occidentaux. Descartes, à nouveau, est formel : « Lorsque je considère mon esprit, c’est-à-dire moi-même en tant que je suis seulement une chose qui pense, je n’y puis distinguer aucunes parties, mais je me conçois comme une chose seule, et entière16. » Le neurologiste Charles Scott Sherrington renchérit : « le ‘moi’ est une entité, par un nom auquel il répond17. » Indiscutablement, nous avons la perception instinctive d’un moi unitaire, mais, lorsque nous tentons de la préciser, il nous est bien difficile de mettre le doigt dessus.
14 Han F. de Wit, Le lotus et la rose, op. cit.
15 Ibid.
16 R. Descartes, Méditations touchant la première philosophie, VI, in Ch. Adam et P. Tannery, Œuvres de Descartes, Paris, Vrin, 1982, Volume IX.
17 C.S. Sherrington, The Integrative Action of the Nervous System, Cambridge University Press, 1906/1947, cite dans D.Galin, op. cit.
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À la recherche du « moi » perdu
Où se trouve donc le « moi » ? Il ne peut être uniquement dans mon corps, car quand je dis « je suis fier », c’est ma conscience qui est fière, pas mon corps. Se trouve- t-il alors uniquement dans la conscience ? C’est loin d’être évident. Quand je dis :
« Quelqu’un m’a poussé », est-ce ma conscience qui a été poussée ? Certes non. Le moi ne saurait certes pas se trouver en dehors du corps et de la conscience. S’il constituait une entité autonome séparée de l’un comme de l’autre, il ne pourrait être leur essence.
Est-il simplement la somme de leurs parties, leur structure et leur continuité ? La notion de moi est-elle simplement associée à l’ensemble du corps et de la conscience ? On s’aperçoit que l’on commence à quitter la notion d’un moi conçu comme un propriétaire ou une essence, pour passer à une notion plus abstraite, celle d’un concept. La seule issue à ce dilemme aboutit à considérer le moi comme une désignation mentale ou verbale attachée à un processus dynamique, à un ensemble de relations changeantes qui intègrent perceptions de l’environnement, sensations, images mentales, émotions et concepts. Le moi n’est qu’une idée.
Elle survient lorsque nous amalgamons le « je », l’expérience du moment présent, avec la « personne », la continuité de notre existence. Comme l’explique le neuropsychiatre David Galin18, nous avons en effet une tendance innée à simplifier les ensembles complexes pour en faire des « entités » et à induire que ces entités sont durables. Il est plus facile de fonctionner dans le monde en tenant pour acquis que la majeure partie de notre environnement ne change pas de minute en minute et en traitant la plupart des choses comme si elles étaient à peu près constantes. Je perdrais toute conception de ce qu’est « mon corps » si je le percevais comme un tourbillon d’atomes qui ne reste jamais identique à lui-même ne serait-ce qu’un millionième de seconde. Mais j’oublie trop vite que la perception ordinaire de mon corps et de
l’ensemble des phénomènes n’est qu’une approximation et qu’en réalité tout change à chaque instant.
C’est ainsi que l’on réifie le moi et le monde. Le moi n’est pas inexistant – on en fait constamment l’expérience –, il existe en tant qu’illusion. C’est en ce sens que le bouddhisme dit que le moi est « vide d’existence autonome et permanente ». C’est en ce sens que le Bouddha disait que le moi, ainsi que tous les phénomènes qui nous apparaissent dotés d’une apparence autonome sont semblables à un mirage. Vu de loin, le mirage d’un lac paraît réel, mais lorsqu’on s’en approche, on serait bien en peine de trouver de l’eau. Les choses ne sont ni telles qu’elles nous semblent exister ni
18 David Galin, op. cit.
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totalement inexistantes : à la manière d’une illusion, elles apparaissent sans avoir de réalité ultime. Ainsi que l’enseignait Bouddha :
Comme l’étoile filante, le mirage, la flamme, L’illusion magique, la goutte de rosée, la bulle sur l’eau,
Comme le rêve, l’éclair ou le nuage : Considère ainsi toute chose19.
Les fragiles visages de l’identité
La notion de « personne » inclut l’image que nous avons de nous-même. L’idée de notre identité, de notre statut dans la vie, est profondément ancrée dans notre esprit et influence constamment nos rapports avec les autres. Quand une discussion tourne à l’aigre, ce n’est pas tant le sujet de la discussion qui nous importune que la remise en cause de notre identité. Le moindre mot qui menace l’image que nous avons de nous- même nous est insupportable, alors que le qualificatif appliqué à quelqu’un d’autre dans des circonstances différentes nous trouble peu. Si l’on a une forte image de soi, on essaiera constamment de s’assurer qu’elle est reconnue et acceptée. Rien n’est plus pénible que de la voir mise en doute.
Mais que vaut cette identité ? Il est intéressant de se rappeler que
« personnalité » vient de persona qui signifie « masque » en latin. Le masque « à travers » (per) lequel l’acteur fait « retentir » (sonat) son rôle20. Alors que l’acteur sait qu’il porte un masque, nous oublions souvent de distinguer entre le rôle que nous jouons dans la société et notre nature profonde.
Il nous arrive de faire l’expérience de rencontres dans des pays lointains, dans des conditions plus ou moins difficiles : un trekking, une traversée en mer. Seul compte durant ces quelques jours d’aventure partagée ce que sont à ce moment précis nos compagnons de voyage, avec pour unique bagage les qualités et les défauts qu’ils manifestent au cours des péripéties vécues ensemble. Peu importe alors « qui » ils sont, le métier qu’ils exercent, l’importance de leur fortune ou le rang qu’ils occupent dans la société. Lorsque ces compagnons se retrouvent par la suite, la spontanéité a souvent disparu parce que chacun a rajusté son « masque », endossé son rôle et son statut social de père de famille, de peintre en bâtiment ou de chef d’entreprise. Le charme est
rompu. Évanouie, la spontanéité. Cette profusion d’étiquettes fausse les rapports
19 Bouddha Shakyamouni, Rajsamadhi Sutra.
20 Les acteurs se servaient de la bouche du masque comme d’un mégaphone, pour faire porter leur voix.
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humains, parce que, au lieu de vivre le plus sincèrement possible les événements de la vie, nous nous comportons avec affectation pour préserver notre image.
D’ordinaire, nous craignons d’aborder le monde sans références, et nous
sommes pris de vertige quand doivent tomber les masques et les épithètes : si je ne suis plus musicien, écrivain, fonctionnaire, cultivé, beau ou fort, qui suis-je ? Pourtant, ne porter aucune étiquette est la meilleure garantie de liberté et la manière la plus souple, légère et joyeuse de traverser ce monde. Ne pas être victime de l’imposture de l’ego ne nous empêche nullement, bien au contraire, de nourrir une puissante détermination à atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés et de jouir à chaque instant de la richesse de nos relations avec le monde et les êtres.
Au travers du mur invisible
Comment utiliser cette analyse qui va à l’encontre des conceptions et
présupposés des Occidentaux ? Jusqu’à maintenant, j’ai fonctionné tant bien que mal avec cette idée, même vague, d’un moi central. Dans quelle mesure une prise de conscience du caractère illusoire de l’ego risque-t-elle de changer mes rapports avec mes proches et le monde qui m’entoure ? Ce revirement ne risque-t-il pas de me déstabiliser ? À cela on peut répondre qu’il ne peut en résulter que des bienfaits. En effet, lorsque l’ego prédomine, l’esprit est comme un oiseau qui se heurte constamment à un mur de verre, celui de la croyance en l’ego, rétrécissant notre univers et
l’enfermant dans ses étroites limites. Décontenancé, étourdi par ce mur, il ne sait
comment le traverser. Mais ce mur est invisible, car il n’a pas d’existence véritable. C’est une fabrication de l’esprit. Cependant, il reste mur tant qu’il fragmente notre monde intérieur et contient le flot de notre altruisme et de notre joie de vivre. Si nous n’avions pas fabriqué le verre de l’ego, ce mur n’aurait pu être érigé et n’aurait aucune raison d’être. L’attachement à l’ego est fondamentalement lié aux souffrances que nous ressentons et à celles que nous infligeons aux autres. Abandonner cette fixation sur notre image intime, ne plus accorder autant d’importance à l’ego revient à gagner une immense liberté intérieure. Cela permet d’aborder tout être et toute situation avec naturel, bienveillance, force d’âme et sérénité. N’espérant pas gagner et ne craignant pas de perdre, on est libre de donner et de recevoir. Plus le moindre motif n’incite à penser, parler et agir de façon affectée, égoïste et inappropriée.
En s’accrochant à l’univers confiné de l’ego, on a tendance à être uniquement préoccupé par soi. La moindre contrariété nous perturbe et nous décourage. Nous sommes obsédés par nos succès, nos échecs, nos espoirs et nos inquiétudes; le bonheur a alors toutes les chances de nous échapper. Le monde étroit du moi est comme un verre d’eau dans lequel on jette une poignée de sel : l’eau devient imbuvable. Si, en revanche, on brise les barrières du moi, et que l’esprit devient semblable à un vaste lac, la même poignée de sel ne changera rien à sa saveur.
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Lorsque le moi cesse d’être considéré comme la chose la plus importante au monde, on se sent plus facilement concerné par les autres. La vue de leurs souffrances ne fait que redoubler notre courage et notre détermination à œuvrer pour leur bien.
Si l’ego constituait vraiment notre essence profonde, on comprendrait notre inquiétude à l’idée de s’en débarrasser. Mais s’il n’est qu’une illusion, alors s’en
affranchir ne revient pas à extirper le cœur de notre être, simplement à ouvrir les yeux.
Il vaut donc la peine de consacrer certains moments de l’existence à laisser l’esprit reposer dans le calme intérieur afin de lui permettre de mieux comprendre, par l’analyse et l’expérience directe, la place qu’occupe l’ego dans notre vie. Tant que le sentiment de l’importance de soi tient les rênes de notre être, nous ne connaitrons jamais de paix durable. La cause même de la douleur repose intacte au plus profond de nous et nous prive de la plus essentielle des libertés.
(Matthieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur, chapitre 7 « Une regrettable méprise », NiL éditions, Paris, 2003, p. 97-116.)
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EXPLORATION DU TEXTE
« LES VOILES DE L’EGO »
1. Que veut dire l’auteur lorsqu’il dit que nous projetons sur le monde des attributs qui ne lui sont pas inhérents ? Que signifie cet adjectif ? (Ne copiez pas la
définition du dictionnaire, utilisez vos propres mots)
2. À la même page, trouvez un synonyme d’inhérent : 3. Pourquoi, selon l’auteur, est-ce une erreur de croire à l’inhérence des qualités
que nous attribuons aux choses ?
« LA CRISTALLISATION DE L’EGO »
1. Quelles différences les bouddhistes font-ils entre le « je » et le « moi » ?
2. Trouvez, dans le 2e paragraphe, un synonyme d’attraction et un synonyme de répulsion
3. Quel est le rôle du « moi » dans ces deux émotions ? COMPRÉHENSION ET INTERPRÉTATION
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4. Quelles sont les deux composantes de la « dualité irréductible » dont il est question au paragraphe 4 ?
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5. Pour les bouddhistes, cette dualité est une illusion. Expliquez pourquoi.
« QUE FAIRE DE L’EGO ? »
1. Dans cette partie, Matthieu Ricard oppose la perspective bouddhiste de l’ego à une autre perspective. Laquelle ?
2. En quoi ces deux perspectives sont-elles différentes ?
3. En quoi l’ego est-il porteur de souffrance pour l’humain, d’après les bouddhistes ?
4. Qu’est-ce que Matthieu Ricard oppose à la « confiance factice » que nous apporte l’ego ? Donnez-en une définition en vous appuyant sur le texte.
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« L’IMPOSTURE DE L’EGO »
1. Qu’est-ce qui fait qu’on a l’impression d’avoir un « moi » ? (Qu’est-ce qui provoque cette impression ?)
2. Relevez un synonyme d’illusion
3. Que cherche à prouver Ricard dans ce chapitre ?
4. Quel est son argument ?
« LA DÉCONSTRUCTION DE L’EGO »
1. Quels sont les deux concepts du « soi » qui sont acceptables selon Matthieu Ricard ?
et
2. L’auteur est-il d’accord avec la proposition de Descartes : « Je pense, donc je suis. » ? Pourquoi ?
« À LA RECHERCHE DU « MOI » PERDU »
1. Dans ce chapitre, Matthieu Ricard donne une définition du « moi ». Recopiez-la entièrement.
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2. Pour quelle raison l’être humain s’attache-t-il à ce concept ?
3. Que signifie le mot « réifier » ?
« LES FRAGILES VISAGES DE L’IDENTITÉ »
1. Pour illustrer notre attachement au « moi », Ricard donne l’exemple d’une confrontation : « Quand une discussion tourne à l’aigre, ce n’est pas tant le sujet de la discussion qui nous importune que la remise en question de notre identité. » Tâchez de retrouver dans vos souvenirs un moment où cela vous est arrivé et expliquez brièvement quel était le sujet de la discussion, ce qui vous a heurté, et ce qui a provoqué la réaction de votre « moi ».
2. Expliquez le titre du chapitre.
« AU TRAVERS DU MUR INVISIBLE »
Pourquoi est-il souhaitable, selon les bouddhistes, de réaliser que notre « moi » n’est qu’une illusion ? Quels sont les bienfaits d’une telle prise de conscience ? Nommez-en trois.
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PRODUCTION ET INTERACTION ORALE
Les activités suivantes se feront en dyade.
Résumez les réponses de votre équipe en quelques lignes pour chaque question. Lorsque les questions font référence à une expérience plus personnelle, entendez-vous sur la réponse la plus révélatrice ou résumez un point en commun dans chaque réponse.
o D’abord, faites un remue-méninge. Qu’avez-vous retenu de votre lecture ? Y a-t- il des passages qui ont eu une résonnance particulière chez vous ?
o Comment résumeriez-vous la conception bouddhiste du « moi » ? En quoi celle- ci s’oppose-t-elle à sa conception occidentale ?
o À laquelle de ces deux visions adhérez-vous ? Laquelle a le plus de sens pour vous ?
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