Énoncé
L'objet de ce problème est l'étude des suites dénies par une valeur initiale x
0et
∀n ∈ N , x
n+1= f
µ(x
n) où f
µ(appelée fonction logistique) est dénie par :
∀x ∈ R , f
µ(x) = µx(1 − x).
Le paramètre µ est strictement positif, on pose aussi c
µ=
µ−1µ. On dira qu'un intervalle I de R est stable lorsque :
x ∈ I ⇒ f
µ(x) ∈ I.
On demande plusieurs fois d'étudier (x
n)
n∈Nen discutant suivant x
0. Il s'agit de former une liste d'intervalles et de décrire le comportement de la suite lorsque x
0est dans chacun des intervalles listés. On devra justier ces descriptions.
Partie I
1. Quels sont les points xes de f
µ?
2. Former le tableau de variation de f
µ, préciser le maximum absolu et la valeur de la fonction en ce point.
3. Calculer f
µ0(0) et f
µ0(c
µ) . Comparer suivant la valeur de µ ces valeurs avec −1 et +1 . Que peut-on en déduire ?
4. Pour quelles valeurs de µ l'intervalle [0, 1] est-il stable ?
5. Les quatre gures 2, 3, 4, 5 présentent les graphes de f
µpour quatre valeurs de µ parmi 0.7 , 1.7 , 2.7 , 4.7 . Indiquer sur la feuille au dessous de chaque dessin le µ correspondant et placer le c
µsur l'axe des abscisses.
Partie II
Dans cette partie, lorsque µ > 2 , on notera S
µ= [
12,
µ4] et K
µ= max
Sµ|f
µ0| . 1. a. En calculant d'abors la valeur pour µ = 2 , factoriser f
µ(
µ4) −
12.
b. Factoriser f
µ0(
µ4) + 1 .
2. Cas µ ∈ ]0, 1[ . Étudier (x
n)
n∈Nen discutant suivant x
0.
4. Montrer que µ ∈
2, 1 + √ 5
entraîne S
µstable.
5. On suppose ici que µ ∈
2, 1 + √ 3
.
a. Montrer que S
µest stable et que K
µ< 1 . b. Montrer que x
0∈ S
µentraîne
∀n ∈ N , |x
n− c
µ| ≤ K
µn|x
0− c
µ|.
c. Montrer que si x
0∈
0,
12, il existe k ∈ N tel que x
k∈ S
µ. Que peut-on en déduire ?
Partie III. Vers un ensemble de Cantor
1 1
0
−1
−2
−3
−4
−5
−6
−7
−8
0.2 0.4 0.6 0.8
Fig. 1: µ = 4.73 : f
µ◦ f
µ◦ f
µ√
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de f
µpar elle même n fois. Voir gure 1 par exemple. On note aussi : Λ
n= {x ∈ R , f
µn(x) ∈ [0, 1]} Λ = \
n∈N
Λ
n.
( f
µ0désigne l'identité de R.)
1. Préciser les u ∈ [0, 1] tel que f
µ(u) = 1 . En déduire Λ
1.
2. L'intervalle [0, 1] est-il stable ? Pour quels x
0la suite (x
n)
n∈Nprend-elle toutes ses valeurs dans [0, 1] .
3. Montrer que si f
µ(u) = 1 alors |f
µ0(u)| > 1 . 4. Soit λ = inf
Λ1|f
µ0| . Montrer que λ > 1 .
5. Montrer que Λ
n+1⊂ Λ
n. Montrer que Λ
nest formé par 2
nintervalles disjoints.
6. a. Montrer que pour tout x ∈ Λ
n:
|(f
µn)
0(x)| ≥ λ
n.
b. Montrer que la longueur de chaque intervalle formant Λ
nest inférieure à 1
λ
n+1.
0
-0.5 0.5
-0.5
1 1.5 0.5
1 1.5
Fig. 2: Partie I. 5
1.5
1
0.5
-0.5
0
0.5
-0.5
1 1.5
Fig. 3: Partie I. 5
1.5
1
0.5
0 -0.5
-0.5
0.5 1 1.5
Fig. 4: Partie I. 5
0 1.5
1
0.5
-0.5 0.5 1 1.5
-0.5
Fig. 5: Partie I. 5
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Corrigé Partie I
1. Les points xes de f
µsont solutions d'une équation de degré 2 dans laquelle x se factorise. Ces points xes sont 0 et µ − 1
µ = c
µ.
2. La fonction est de degré 2, de dérivée f
µ0(x) = µ(1 − 2x) , son tableau est :
−∞
12+∞
µ 4
% &
−∞ −∞
Le graphe est une parabole, le maximum absolu est en
12et de valeur
µ4. 3. Avec l'expression de la dérivée f
µ0(0) = µ , f
µ0(c
µ) = 2 − µ .
Pour une fonction à dérivée continue, la comparaison avec 1 de la valeur absolue de la dérivée en un point xe permet d'obtenir dans certain cas des renseignements sur la stabilité de ce point.
1En particulier ici :
µ ∈]0, 1[:
( f
µ0(0) ∈]0, 1[
0 stable
( f
µ0(c
µ) ∈]1, 2[
c
µinstable µ ∈]1, 2[:
( f
µ0(0) ∈]1, 2[
0 instable
( f
µ0(c
µ) ∈]0, 1[
c
µstable µ ∈]2, 3[:
( f
µ0(0) ∈]2, 3[
0 instable
( f
µ0(c
µ) ∈] − 1, 0[
c
µstable µ > 3 :
( f
µ0(0) > 3 0 instable
( f
µ0(c
µ) < −1 c
µinstable 4. D'après les variations de f
µ, f
µ([0, 1]) =
0,
µ4car f (0) = f (1) = 0 . L'intervalle [0, 1] est stable si et seulement si µ ∈]0, 4[ .
5. Pour aecter chaque µ à sa gure, on utilise l'expression de c
µet la propriété de stabilité de [0, 1] . Voir les gures 6, 7, 8, 9.
1Voir un texte decourssur les suites dénies par récurence
0
-0.5 0.5
-0.5
1 1.5 0.5
1 1.5
cµ
Fig. 6: µ = 1.7 pour la gure 2 de l'énoncé
Partie II
1. a. Pour µ = 2 , l'expression f
µ(
µ4) −
12= 0 . Cela permet la factorisation : f
µ( µ
4 ) − 1 2 = − 1
16 (µ − 2)(µ
2− 2µ − 4) = − 1
16 (µ − 2)(µ − 1 − √
5)(µ − 1 + √ 5).
b. Le calcul est immédiat et servira en question 5.a.
f
µ0( µ
4 ) + 1 = µ − 1
2 µ
2+ 1 = − 1
2 (µ − 1 − √
3)(µ − 1 + √ 3).
2. Pour µ ∈]0, 1[ , c
µ< 0 , voir la gure 8. On forme le tableau des signes de f
µ(x) − x :
−∞ c
µ0 +∞
f
µ(x) − x − 0 + 0 −
Ce tableau et les variations de f
µpermettent de préciser le comportement de la suite.
1.5
1
0.5
-0.5
0
0.5
-0.5
1 1.5
cµ
Fig. 7: µ = 4.7 pour la gure 3 de l'énoncé
L'intervalle ] − ∞, c
µ[ est stable et la fonction est croissante dans cet intervalle. Si x
0est dans cet intervalle, x
1< x
0donc la suite est strictement décroissante (l'inégalité se propage car f
µest croissante). Comme il n'y a pas d'autre point xe dans cet intervalle la suite décroit et diverge vers −∞ .
L'intervalle ]c
µ, 0[ est stable. Si x
0est dans cet intervalle, x
0< x
1donc la suite est strictement croissante (l'inégalité se propage). La suite converge vers un point xe (la fonction est continue) qu ne peut être que 0 .
L'intervalle ]0, 1[ est stable son image est ]0,
µ4] ⊂ [0,
12] . L'intervalle [0,
12] est stable et la fonction y est croissante. Pour x
0∈]0, 1[ on a x
1∈ [0,
12] et la suite décroît ensuite vers 0 qui est le seul point xe de la zone.
L'intervalle ]0, +∞[ est instable. En particulier x
0> 1 entraîne x
1< 0 . De plus il existe un réel u
µ> 0 tel que f
µ(u
µ) = c
µ. La position par rapport à ce nombre est déterminante.
Pour x
0∈]1, u
µ[ , x
1∈]c
µ, 0[ et la suite est croissante et converge ensuite vers 0 .
1.5
1
0.5
0 -0.5
-0.5
0.5 1 1.5
cµ uµ
Fig. 8: µ = 0.7 pour la gure 4 de l'énoncé
3. Pour µ ∈]1, 2[ , c
µ> 0 voir la gure 6. Le tableau devient :
−∞ 0 c
µ+∞
f
µ(x) − x − 0 + 0 −
L'intervalle ] − ∞, 0[ est stable et la fonction y est croissante. D'après le tableau, la suite est décroissante vers −∞ car il n'existe pas de point xe dans l'intervalle.
L'intervalle ]0, c
µ] est stable et la fonction y est croissante. D'après le tableau, la suite est croissante vers c
µqui est le point xe dans l'intervalle.
L'intervalle [c
µ,
12] est stable car son image est [c
µ,
µ4] avec µ < 2 . La fonction est croissante dans [c
µ,
12] donc la suite est monotone, décroissante d'après le tableau des signes. Elle converge vers c
µ.
L'intervalle [
12, 1] est instable. Si x
0est dans cet intervalle, x
1∈ [0,
12] et les deux points précédents montrent que la suite converge vers c
µ.
L'intervalle ]1, +∞[ est instable. Si x
0est dans cet intervalle, x
1< 0 et la suite decroît ensuite vers −∞ .
√
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0 1.5
1
0.5
-0.5 0.5 1 1.5
-0.5
cµ
Fig. 9: µ = 2.7 pour la gure 5 de l'énoncé
sation de 1.a. permet de former le tableau des signes : 1 − √
5 2 1 + √
5
f
µ(
µ4) −
12+ 0 − 0 + 0 −
On en déduit que f
µ(
µ4) −
12> 0 pour µ ∈
2, 1 + √
5 . D'autre part : S
µ= [ 1
2 , µ 4 ] ⊂ [ 1
2 , 1] ⇒ f
µdécroissante et f (S
µ) =
f
µ( µ 4 ), f
µ( 1
2 )
⊂ 1
2 , µ 4
= S
µcar
12< f
µ(
µ4) et f
µ(
12) =
µ4. 5. On suppose µ ∈
2, 1 + √ 3
. a. Comme
2, 1 + √ 3
⊂
2, 1 + √ 5
, l'intervalle S
µest stable d'après 4. La dérivée f
µ0(x) = µ −2µx est décroissante et négative dans S
µ, d'où K
µ=
f
µ0(
µ4)
. D'après 1.b., f
µ0(
µ4) + 1 > 0 pour µ ∈
2, 1 + √ 3
donc f
µ0(
µ4) > −1 donc K
µ< 1 . b. L'inégalité des accroissements nis appliquée entre x
n−1et c
µentraîne
|x
n− c
µ| = |f
µ(x
n−1) − f
µ(c
µ)| ≤ K
µ|x
n−1− c
µ|.
On en déduit par récurrence l'inégalité demandée. Cette inégalité montre que la suite (x
n)
n∈Nconverrge vers c
µ.
c. Lorsque µ ∈
2, 1 + √ 3
, c
µ>
12. Si x
0∈
0,
12, il existe des p ∈ N (par exemple 0 ) tels que x
0, · · · , x
p∈ 0,
12Notons I l'ensemble de ces entiers. .
∀p ∈ I , x
0< · · · < x
pet x
p+1∈ i 0, µ
4 i .
Il est impossible que I = N car la suite serait croissante et majorée par
12ce qui entrainerait sa convergence vers un point xe dans un intervalle qui n'en contient pas. Il existe donc un p ∈ I tel que x
p+1∈ S
µ.
On est ramené à partir d'un certain rang à une suite vériant l'inégalité de la question précédente donc la suite converge vers c
µ.
Partie III
Dans cette partie, µ > 2 + √
5 > 4 . On peut se référer à la gure 6 pour un graphe de f
µ. 1. D`après les variations de f
µ, comme f
µ(
12) =
µ4> 1 , on sait que la fonction prend deux fois la valeur 1 dans [0, 1] . En résolvant l'équation du second degré associée, on obtient que Λ
1est l'union de deux intervalles disjoints
Λ
1=
"
0, 1 2 −
p µ(µ − 4) 2µ
#
∪
"
1 2 +
p µ(µ − 4) 2µ , 1
# .
2. Le raisonnement de la question précédente montre que l'intervalle [[0, 1] n'est pas stable.
La suite prend ses valeurs dans [0, 1] si et seulement si x
0∈ Λ . 3. Les racines de l'équation µ
2− 4µ − 1 = 0 sont 2 + √
5 et 2 − √
5 . On en déduit que µ > 2 + √
5 ⇒ µ
2− 4µ − 1 > 0 ⇒ p
µ(µ − 4) > 1
⇒ 1 2 −
p µ(µ − 4) 2µ < 1
2 − 1
2µ ⇒ f
µ0( 1 2 −
p µ(µ − 4)
2µ ) > f
µ0( 1 2 − 1
2µ ) = 1.
car dans l'intervalle
0,
12, la fonction f
µ0est décroissante. La situation est symétrique de l'autre coté de
12.
4. D'après les variations de f
µet de f
µ0, λ = f
µ0(u) où u vérie f
µ(u) = 1 . La question
précédente montre alors que λ > 1 .
5. Montrons que Λ
n+1⊂ Λ
n.
x ∈ Λ
n+1⇒ f
µ(f
µn(x)) ∈ [0, 1] ⇒ f
µn(x) ∈ Λ
1⊂ [0, 1] ⇒ x ∈ Λ
n.
Montrons par récurrence que Λ
nest formé de 2
nintervalles disjoints et que les images par f
µndes extrémités sont 0 et 1 .
C'est vrai pour Λ
1d'après la question 1. Supposons la propriété vériée pour Λ
net considérons Λ
n+1.
Remarquons d'abord que comme λ
n⊂ Λ
1, chaque intervalle constituant Λ
nest inclus dans
0,
12ou
12
, 1
. La restriction de f
µà chaque intervalle de Λ
nest donc strictement monotone.
Soit [a, b] un des ces intervalles, par exemple dans 0,
12(la situation est symétrique dans l'autre intervalle). On peut former les tableaux suivant :
a b
1
f
µn%
0
a b
µ 4
> 1 f
µn+1% &
0 0
On en déduit l'existence de réels c et d tels que
a < c < d < b et Λ
n+1∩ [a, b] = [a, c] ∪ [d, b].
Chaque intervalle est ainsi séparé en deux.
6. a. Montrons par récurrence l'inégalité demandée. Il s'agit simplement de dériver une fonction composée
∀x ∈ λ
n+1:
(f
µn+1)
0(x) =
f
µ0(f
µn(x))
(f
µn)
0(x)
| {z }
≥λnpar récurrence