MIAS24 – M3 – Résumé du cours II. — 2003-2004
Séries numériques
Je recommande vivement la lecture du livre de W. Rudin, Principes d’analyse mathématique, Edis- cience 1995, ou du polycopié de S. Delabrière, Analyse : suites, séries, intégrales, disponible sur /www.ccr.jussieu.fr/eqanalyse/Users/syg/PM1.html
1 Rappels sur les suites numériques
1.1 Convergence
Définition 1.1 Rappelons qu’une suite(un)nde réels est convergente de limite finie l si et seulement si
∀ε∈IR, ∃N ∈IN;∀n≥N,|un−l| ≤ε.
Rappelons qu’une suite(un)nde réels est convergente de limite finie+∞si et seulement si
∀A∈IR, ∃N∈IN;∀n≥N,un≥A.
On note alors lim
n→∞un=l ce qui signifie : “la limite de la suite unexiste et vaut l”
Théorème 1.2 Une suite(un)monotone est convergente (éventuellement vers±∞).
Remarque. — La notion de monotonie est importante à partir d’un certain rang. Il suffit que(un)soit monotone à partir d’un certain rang.
Preuve : Si(un)est croissante, alors unconverge vers l=Sup{un,n∈IN}.
1.1.1 Limites supérieures et inférieures Définition 1.3 On définit IR=IR∪ {−∞, +∞}.
A partir d’une suite de réels, on peut construire deux suites particulières monotones qui l’encadrent.
Soit(xn)une suite de réels. Définissions An={xp,p≥n}et un=Inf An, vn=Sup An. Théorème 1.4 Les suites unet vnsont convergentes.
Preuve : On vérifie que un≤xn≤vn, que un est croissante et vn est décroissante. Elles sont donc convergentes (éventuellement vers±∞)
Définition 1.5 On note lim
n→∞xn(limite inf) et lim
n→∞xn (limite sup) les limites des suites unet vn. Notons que l= lim
n→∞xn, signifie
∀ε>0,∀N∈IN,∃n≥N; l≥xn≥l−ε,
c’est-à-dire, en notant n=ϕ(N), il existe une suite xϕ(N) de limite l. On dit alors que l est une valeur d’adhérence de la suite(xn). La suite(xϕ(n))est une suite extraite de(xn).
La caractérisation précédente montre qu’aussi petite que soit la distance ε, il existe une infinité de (xn)à une distance inférieure àεde l
1.1.2 Suites adjacentes
Le théorème des suites adjacentes est en fait le principal argument amenant à la conclusion qu’une suite est convergente. Évidement, toute suite convergente n’est pas nécessairement monotone mais nous allons montrer qu’elle est encadrée par deux suites adjacentes.
Rappelons tout d’abord le théorème
Théorème 1.6 (Théorème des suites adjacentes) Soit(un)et(vn)deux suites vérifiant 1. Pour tout n≥n0, un≤un+1≤vn+1≤vn.
2. lim
n→∞(un−vn) =0.
Alors un et vnsont convergentes de même limite.
Preuve : La convergence est assurée par la monotonie des suites et le fait qu’elles sont encadrées par un0 et vn0. L’égalité des limites résulte du fait que un−vntend vers 0 et aussi vers leur différence.
Remarque. — Le cas où une des deux suites est constante donne le théorème sur les suites monotones et bornées.
Théorème 1.7 (Théorème des gendarmes) Soit trois suites(un),(xn),(vn)de réels. Supposons qu’à partir d’un certain rang, on a un≤xn≤vnet que lim
n→∞un= lim
n→∞vn. Alors xnest convergente de limite
nlim→∞un= lim
n→∞vn.
1.1.3 Suites de Cauchy
Soit(xn)une suite de réels convergente de limite l finie. Il est clair que un est bornée car il existe N tel que pour tout n≥N, on a|un−l| ≤1.
On déduit alors que AN⊂[l−1,l+1].
Les suites un=inf Anet vn=sup Ansont donc bornées donc convergentes car monotones.
La convergence de(xn)indique que :
∀ε,∃N;∀n≥N,An⊂[l−ε,l+ε]
c’est-à-dire, un,vn∈[l−ε,l+ε]. Par conséquent|un−vn| ≤2εet les suites unet vnsont adjacentes.
On déduit le théorème,
Théorème 1.8 (xn)est convergente si et seulement si un=Inf{xp,p≥n} et vn=Sup{xp,p≥n} sont adjacentes.
De cette propriété, on déduit le critère de Cauchy
Théorème 1.9 (xn)est convergente si et seulement si(xn)est une suite de Cauchy.
Preuve : Si (xn) est convergente, alors pour tout p,q≥n, on a un ≤xp,xq ≤vn, donc pour tout p,q≥n,|xp−xq| ≤vn−un→0. Donc(xn)vérifie le critère de Cauchy.
Si(xn)vérifie le critère de Cauchy alors(xn)est bornée, les suites(un)et(vn)sont adjacentes.
2 Séries numériques
On note∑xn la série de terme général xn. On dit que la série∑xnest convergente si et seulement si la suite des sommes partielles un=∑np=0up est convergente. On note alors la limite∑∞n=0xn. Si une série n’est pas convergente, on dit qu’elle est divergente.
Remarque. — Il y a une ambiguïté sur le terme de convergence. Certains disent que si lim
n→∞∑np=0xp= +∞, la série converge vers+∞.
Il est commode de considérer une suite comme une somme partielle, en considérant la série de terme général un+1−un.
On a d’ailleurs le résultat fort utile :
n=q∑
n=p(un+1−un) =up+1−uq.
2.1 Convergence
Le critère de Cauchy pour les suites a comme traduction
Théorème 2.1 La série∑xnest convergente si et seulement si elle vérifie le critère de Cauchy, c’est- à-dire,
∀ε>0,∃N∈IN;∀p,q≥N,
n=q
∑
n=p
xn
≤ε.
En particulier, si p=q, on a
Théorème 2.2 Si la série∑xnest convergente, alors lim
n→∞xn=0.
Cette condition n’est pas suffisante comme le montre la série ∑1
n. En effet calculons Sn=p=2n∑
p=n
1 p. On a Sn≥n× 1
2n= 1
2 et la série ne vérifie pas le critère de Cauchy.
2.1.1 Séries à termes positifs
Dans le cas particulier où la suite(xn)est positive (resp. négative) à partir d’un certain rang, alors la série∑xnest convergente (de limite finie) si et seulement si les sommes partielles sont bornées.
Théorème 2.3 Une série à termes réels positifs converge si et seulement si la suite de ses sommes partielles est bornée.
Énonçons à présent un test de comparaison.
Théorème 2.4 Si à partir d’un certain rang N, on a |an| ≤bn et si la série ∑bn est convergente, alors la série∑anest convergente.
Si à partir d’un certain rang N, on a an≥bnet si la série∑bn est divergente, alors la série∑anest divergente.
Preuve : D’après le critère de Cauchy, on a pour tout ε>0, l’existence d’un N ∈IN, tel que si m≥n≥N,
∑m
p=nbp≤ε. mais d’après l’inégalité triangulaire, on a
∑
m p=nap
≤
∑
mp=n|ap| ≤
∑
m p=nbp
≤ε.
La série ∑an vérifie le critère de Cauchy et est donc convergente. D’ailleurs la série∑|an|est égale- ment convergente.
Pour la deuxième assertion, les sommes partielles de la série ∑an sont minorées par les sommes partielles de la série∑bnqui tendent vers+∞.
Exemple. La série ∑ 1
n2 est convergente. En effet, posons bn= 1
n(n−1) = 1 n−1−1
n. On a 1 n2 ≤bn et∑nk=2bk=1−1
n ≤1. La série∑bnest convergente donc∑ 1
n2 également.
Remarque. — Si la série∑|an|est convergente, on dit que la série∑anest absolument convergente.
On déduit du théorème précédent qu’une série absolument convergente est convergente.
???
2.1.2 Exemples usuels
L’exemple le plus simple de série convergente est la série géométrique de raison x, avec|x|<1. On a d’ailleurs
∑n p=0
xp= 1−xn+1
1−x . On déduit donc que
∑
∞ p=0xp= 1 1−x,
∑
∞ p=kxp= xk 1−x,
Si|x| ≥1, alors|xn| ≥1 et le terme général de la série ne tend pas vers 0.
???
Lorsque le terme général de la série est décroissant, nous disposons d’un critère supplémentaire.
Théorème 2.5 Si(un)est une suite décroissante de réels positifs, alors la série∑anest convergente si et seulement si la série∑2na2n est convergente.
Preuve : Notons Sn=u1+···+unet Tk=u1+2u2+···+2ku2k. Pour n≤2k, on a
Sn≤
2k+1−1 p=1
∑
up=
∑
k i=02i+1−1 p=2
∑
iup
!
≤
∑
k p=02pu2p =Tk Pour n>2k, on a
Sn≥
2k p=1
∑
up=u1+
∑
k i=12i p=2
∑
i−1+1up
!
≥u1+
∑
k i=12i−1u2i= 1 2u1+1
2Tk≥ 1 2Tk On déduit que(Tk)est bornée si et seulement si(Sn)est bornée.
???
On déduit la convergence des séries de Riemann Théorème 2.6 La série∑ 1
nα converge si et seulement siα>1.
Preuve : On a 2k 1
2kα = 21−αk
. D’après le théorème précédent, cette série converge si 21−α <1, c’est-à-dire,α>1.
On déduit de la même façon la convergence des séries de Bertrand : Théorème 2.7 La série∑ 1
n(ln n)α converge si et seulement siα>1.
???
Il existe également un critère de convergence plus général (que nous n’étudions pas dans ce cours).
Théorème 2.8 (Comparaison avec une intégrale) Soit f : IR7→IR+, une fonction décroissante. La série∑f(n)est convergente si et seulement si l’intégraleRx=1+∞f(t)dt est convergente.
2.2 Critères de convergence
Théorème 2.9 (Critère de Cauchy) Soit une série ∑an, on poseα= lim
n→∞
n
p|an|. Alors 1. Siα<1, la série converge
2. Siα>1, la série diverge.
Preuve : Si α<1, il existeβ<1, tel que np
|an|<βpour n assez grand (voir la définition de lim).
On déduit alors que|an| ≤βnpour n assez grand et la convergence absolue de la série.
Si α>1, il existe α>β>1, tel que Sup{np
|an|,n≥N}>βpour N assez grand. Donc pour tout N∈IN, il existe n≥N, tel que|an| ≥βn≥1. La suite|an|n ne tend pas vers 0.
Remarque. — Pour les suites de Riemann, an = 1
nα, on a lim
n→∞
np
|an|=1 ce qui ne permet pas de conclure en utilisant le critère de Cauchy.
Théorème 2.10 (Règle de d’Alembert) Si
an+1 an
≤α ≤1 à partir d’un certain rang alors ∑an converge.
Si
an+1 an
>1 à partir d’un certain rang alors∑andiverge.
Remarque. — Remarquons que la première condition est satisfaite si lim
n→∞
an+1 an
=α <1 ou si
nlim→∞
an+1 an
=α<1
Remarque. — La condition du critère de d’Alembert est plus forte que celle du critère de Cauchy et on peut montrer que si lim
n→∞
an+1 an
=αalors lim
n→∞np
|an|=α.
2.2.1 Exemple
Pour la série de terme général u2n = 1
2n, u2n+1= 1
3n, on a|un| ≤(1/√
2)ndonc elle est convergente.
Cependant, on a lim
n→∞
an+1
an = lim
n→∞
2 3
n
=0, lim
n→∞
an+1
an = lim
n→∞
3 2
n
= +∞, lim
n→∞
np
|an|= 1
√3, lim
n→∞
np
|an|= 1
√2.
2.3 Séries de signe quelconque
Pour démontrer la convergence d’une série dont les termes sont de signe quelconques, il suffit de démontrer l’absolue convergence. Cependant il existe des cas où la série est semi-convergente, c’est- à-dire,∑anconverge et∑|an|diverge.
C’est le cas, par exemple de la série de terme général (−1)n n . Nous disposons d’une première méthode.
Théorème 2.11 (Regroupement par paquets finis) Soit la série∑an. Considérons une application ϕstrictement croissante de IN. Posons bn=∑ϕk=ϕ(n)(n+1)−1ak. Alors
1. Si∑anest convergente alors∑bnest convergente.
2. Si∑bnest convergente et lim
n→∞
∑ϕk=(n+1)ϕ(n)−1|ak|
=0, alors∑bnest convergente.
Preuve :
1. Les sommes partielles de la série∑bnsont extraites de la suite des sommes partielles de la série
∑andonc convergent.
2. Écrivons cn=∑ϕk=ϕ(n)(n+1)−1|ak|. Soit n∈N. On aϕ(m)≤n<ϕ(m+1)si bien que
∑
n k=0ak−
∑
m k=0bk
≤cm
Lorsque n tend vers∞, il en va de même pour m et∑nk=0akconverge vers∑nk=0bk.
Exemple. Considérons la suite an= (−1)n
n . Posons bn =a2n+a2n+1, soit ϕ(n) =2n. On a bn= 1
2n(2n+1) ≤ 1
n2 donc∑bn est convergente. On a aussi cn= 1
2n+ 1
2n+1 →0. Donc ∑(−1)n n est convergente. Nous calculerons sa limite ultérieurement.
???
En fait, cette série est une série alternée et converge pour une raison plus générale.
Théorème 2.12 Soit (an) une suite de nombres réels décroissante de limite nulle. Alors la série
∑(−1)nanest convergente. De plus on a pour tout n, ∑
k>n
(−1)nap
≤ |an|.
Le critère des séries alternées est lui même un cas particulier du théorème d’Abel.
Théorème 2.13 (Critère d’Abel) Soit deux séries(an)et(bn)vérifiant 1. (bn)est décroissante de limite nulle
2. les sommes partielles
∑n k=0
aksont bornées.
Alors la série∑anbnest convergente.
Preuve : Posons A−1=0 et An= ∑n
k=0
ak. Écrivons
∑
q k=pakbk=
∑
q k=p(Ak−Ak−1)bk=
∑
q k=pAk(bk−bk+1) +Aqbq+1.
On a d’une part, en majorant|Ak| ≤M, lim
n→∞Anbn+1=0 et d’autre part
∑
q k=pAk(bk−bk+1)
≤
∑
q k=p|Ak|(bk−bk+1≤M(bp−bq+1),
ce qui fait que∑anbnvérifie le critère de Cauchy.
2.4 Addition et multiplication des séries
Théorème 2.14 Si∑anet∑bnsont deux séries convergentes, alors∑(an+bn)est convergente et sa somme est la somme des deux séries.
Définition 2.15 (Série Produit) On appelle série produit ou (produit de Cauchy) des deux séries
∑anet∑bn, la série de terme général cn= ∑n
p=0
apbn−p.
Théorème 2.16 Si(an)et (bn) sont des suites de réels positifs et si∑an et∑bn sont convergentes alors la série produit converge et ∑
n≥0
cn=
∑
n≥0
an ∑
n≥0
bn
. Preuve : Remarquons que ∑n
k=0
( ∑k
p=0
apbn−p) = ∑
(i,j)∈An
aibj où An={(i,j); 0≤i,j≤n,i+j≤n}.
Jn/2
Jn
n
n
An
Posons Jn={(i,j); 0≤i,j≤n}, on a J[n2]⊂An⊂Jn. Par ailleurs
∑
(i,j)∈Jn
aibj= n
i=0∑
ai ∑n
i=0
bi
, d’où nous déduisons que
[n2]
i=0
∑
ai
[n2]
i=0
∑
bi
≤
∑
n k=0(
∑
k p=0apbn−p)≤
∑
n i=0ai
! n i=0
∑
bi
! .
Si les séries sont semi-convergentes, le résultat n’est plus le même comme le montre le produit de Cauchy de∑ (−1)n
√n+1 par elle même dont le terme général cnne tend pas vers 0.
???
Théorème 2.17 Si les deux séries sont telles que 1. ∑anest absolument convergente de limite A 2. ∑bnest convergente de limite B
alors la série produit∑cn est convergente de somme A·B.
Preuve : On effectue la différence des sommes partielles Cn−AnBn et on obtient le résultat en majorant.
3 Séries entières
Définition 3.1 On appelle série entière une série de la forme∑nanxn. Lorsqu’elle converge on note f(x)la somme de la série et par abus de langage on l’appelle également série entière.
3.1 Rayon de convergence
La principale question est de savoir pour quels x réels la série converge. Le principal résultat est l’existence du rayon de convergence R de cette série. Et nous avons
Théorème 3.2 Il existe un réel R≥0 tel que
1. Si|x|<R, la série∑nanxnconverge absolument.
2. Si|x|>R, le terme général anxnne tend pas vers 0 et la série∑nanxnest divergente.
Preuve : Notons A={x≥0,anxnest borné}. A contient 0 donc est non vide et possède une borne supérieure R.
1. Soit x tel que|x|<R. Posons r= |x|+R
2 . On a|x|<r<R. La suite anrnest bornée par M donc
|anxn| ≤M x r
n
. La série géométrique de raison x r
est convergente donc la série ∑nanxn est absolument convergente.
2. Soit x tel que|x|>R.|x| 6∈A donc|anxn|ne tend pas vers 0.
Corollaire 3.3 On déduit alors plusieurs propriétés :
1. Si∑anxn0est convergente alors anxn0tend vers 0 et R≥ |x0|.
2. Si∑anxn0est semi-convergente alors R=|x0|, sinon∑anxn0serait absolument convergente.
3.1.1 Exemples
La série∑xnest convergente si et seulement si|x|<1.
La série∑xn
n est convergente si et seulement si−1≤x<1.
La série∑xn
n2 est convergente si et seulement si|x| ≤1.
3.1.2 Propriétés de la somme
Soit∑anxnune série entière de rayon de convergence R et notons f(x) = ∑
n≥0
anxn. Théorème 3.4 Soit x0 tel que|x0|<R. Alors f est continue au point x0.
Preuve : Soit x0tel que|x0|<R. On choisit r tel que|x0|<r<R. Si|x|<r, on a f(x)−f(x0) =
∑
n≥0
an(xn−xn0) =
∑
N n=0an(xn−xn0) +
∑
∞ n=N+1an(xn−xn0).
On a
an(xn−xn0)
≤2|anrn|qui est le terme général d’une série convergente.
Soitε>0. Il existe N tel que ∑∞
n=N+1|anrn| ≤ε/4. Donc
∑∞ n=N+1
an(xn−xn0)
≤2 ∑∞
n=N+1|anrn| ≤ε/2.
La fonction x7→ ∑N
n=0
an(xn−xn0)est continue en x0. Donc il existeα>0, tel que si|x−x0|<α, on a
∑N n=0
an(xn−xn0) ≤ ε
2. En conclusion, si|x−x0|<α, on a|f(x)−f(x0)| ≤ε.
3.1.3 Calcul de rayon de convergence
Les critères de convergence pour les séries numériques fournissent des méthodes de détermination du rayon de convergence.
Proposition 3.5 Le rayon de convergence R de ∑anxnest R= 1
nlim→∞np
|an|. Preuve : Posons l= lim
n→∞
np
|an|. Si|x|l<1, alorsnp
|anxn|=|x|np
|an|et lim
n→∞np
|anxn|=|x|lim
n→∞np
|an|<1. D’après le critère de Cau- chy,∑anxnest absolument convergente. Donc R≥x. En faisant tendre x vers 1
l on déduit que R≥ 1 l. Si|x|l>1, alors lim
n→∞
n
p|anxn|>1 et∑anxnest divergente donc, de la même façon, R≤ 1 l. Proposition 3.6 (Critère de d’Alembert) Si
an+1 an
a une limite l, alors R= 1 l. Preuve : On a
an+1xn+1 anxn
=|x|
an+1 an
→n→∞ |x|l <1. D’après le critère de d’Alembert pour les séries numériques,∑anxnest convergente si|x|l<1, et R≥ 1
l, ou divergente si|x|l>l, et on conclut que R≤1
l. 3.1.4 Exemples La série∑xn
n! a pour rayon+∞car an+1 an = 1
n+1 tend vers 0.
3.2 Opérations sur les séries entières
3.2.1 Addition, multiplication, composition, inverse
Des propriétés sur l’addition et la multiplication des séries absolument convergentes, on déduit Proposition 3.7 Soit f(x) =∑anxnet g(x) =∑bnxndeux séries entières de rayon de convergence Ra et Rb. Alors
1. La série entière∑(an+bn)xnest convergente de somme f(x) +g(x)et de rayon de convergence R≥min{Ra,Rb}.
2. La série entière∑cnxnde terme général cn= ∑n
p=0
apbn−pest convergente de somme f(x)g(x)et de rayon de convergence R≥min{Ra,Rb}.
Remarque. — On peut très bien avoir R>min{Ra,Rb}, en prenant g(x) =−f(x)pour la somme et f(x) =1−x et g(x) = 1
1−x pour le produit.
???
Théorème 3.8 (Composition (Admis)) Soit f(z) =∑anzn et g(z) =∑bnzn deux séries entières de rayon de convergence Raet Rb. Supposons que |g(0)|<Ra, alors il existe une série entière de rayon de convergence non nul et de somme f(g(z)).
Théorème 3.9 Soit f(z) =∑anznune série entière de rayon de convergence R et telle que f(0)6=0.
Alors il existe une série entière∑bnznde rayon R0>0, et de somme 1/f(z).
Preuve : Tout d’abord, supposons f(0) =1. Définissons par récurrence b0=1,bn=− ∑n
p=1
apbn−p. Nous aurons donc, en posant cn= ∑n
p=0
apbn−p,
1=
∑
n≥0
cnzn=
∑
n≥0
anzn
!
·
∑
n≥0
bnzn
! . Reste à montrer que∑bnzna un rayon de convergence non nul.
Soit r>0, tel que|anrn| ≤M pour tout n. Nous avons
|bnrn| ≤
∑
n p=1aprp
bn−prn−p ≤M
n−1 p=0
∑
bprp
Par une récurrence immédiate, on a |bnrn| ≤(M+1)n, soit |bn| ≤
M+1 r
n
et donc le rayon de convergence de∑bnznest au moins r
M+1.
Dans le cas où f(0)6=1, alors le résultat s’applique à f/f(0), donc à f . 3.2.2 Dérivation, intégration
Les séries entières ont la propriété d’être dérivables à l’intérieur du domaine de convergence. On a Proposition 3.10 Soit f(x) = ∑anxn une série entière de rayon de convergence R. Alors la série dérivée∑(n+1)an+1xna le même rayon de convergence et si|x0|<R, on a
f0(x0) =
∑
∞ n=0(n+1)an+1xn. Preuve : Puisque lim
n→∞
n√
n+1=1, on déduit que lim
n→∞
n
p|(n+1)an+1|= lim
n→∞
n√an+1= lim
n→∞
n√an et le rayon de convergence de la série dérivée est R.
Si|x0|<R, prenons r=x0+R
2 . Pour x et x0, tels que|x|<r et|x0|<r, on a f(x)−f(x0)
x−x0
=
∑
n≥0
anxn−xn0 x−x0
. (1)
Mais
xn−xn0 x−x0
=
n−1
∑
k=0
xkxn0−1−k ≤n∑−1
k=0
xkxn0−1−k
≤nrn−1. La série|nanrn−1|est convergente car r<R.
Théorème 3.11 Soit∑anznune série entière de rayon de convergence R. Alors F(z) =∑ an n+1zn+1 a R pour rayon de convergence de F0(z) = f(z)pour−R<z<R.
???
De ces propriétés, on déduit qu’une série entière f(z) =∑n≥0anzn est C∞ pour −R<z<R. Plus précisément :
Théorème 3.12 La série entière f(z) =∑n≥0anznest C∞sur]−R,R[, et on a f(k)(z) =
∑
n≥0
(n+k)···(n+1)an+kzn.
Corollaire 3.13 On en déduit que f(k)(0) =k!ak, soit f(z) =
∑
n≥0
f(n)(0) n! zn. On dit que f est égale à sa série de Taylor.
3.2.3 Développement en série entière d’une fonction
Nous venons de voir que si f(z)est une série entière, alors elle est C∞et égale à sa série de Taylor. En général, une fonction C∞au voisinage de 0, n’est pas nécessairement égale à sa série de Taylor, pour deux raisons.
1. la série∑n
f(n)(0)
n! zn.peut avoir une rayon de convergence nul
2. le reste du développement de Taylor à l’origine à l’ordre n peut ne pas tendre vers 0.
Nous donnons ici une condition suffisante pour qu’une fonction f de classe C∞au voisinage de 0 soit développable en série entière, c’est-à-dire, égale à sa série de Taylor sur un voisinage de 0.
Théorème 3.14 Soit f une fonction C∞au voisinage de 0. Supposons qu’il existe M et r>0 tel que pour|x| ≤α, on ait
f(n)(x) n!
≤Mrn, alors f est développable en série entière.
Dans la cas où f est développable en série entière (ce qui est le cas lorsque f est la somme d’une série entière), on a
Théorème 3.15 (Unicité du développement en série entière) Si f admet un D.S.E. (développement en série entière), celui-ci est unique.
3.2.4 Fonctions usuelles On a
— 1
1−x =∑n≥0xn.
— 1
1+x =∑n≥0(−1)nxn, (par x7→ −x).
— xk
1−x =∑n≥kxn.
— 1
(1−x)k =∑n≥0 n+k−1 k−1
xn, par dérivations successives.
— ln(1−x) =−∑n≥0
xn
n (par intégration).
— ln(1+x) =−∑n≥0
(−1)nxn
n (par x7→ −x).
— 1
1+x2 =∑n≥0(−1)nx2n, (par x7→x2).
— Arctan(x) =∑n≥0(−1)nx2n+1
2n+1, (par intégration).
— exp(x) =∑n≥0
xn
n!, (développement de Taylor).
La fonction f : x7→(1+x)α, vérifie(1+x)f0(x) =αf(x). Donc son développement éventuel en série satisfait(n+1)an+1= (α−n)an, soit a0=1, an= α·(α−1)···(α−n−1)
n! .
3.2.5 Fraction rationnelle
Proposition 3.16 Toute fraction rationnelle n’ayant pas 0 comme pôle, admet un développement en série entière et son rayon de convergence est le plus petit module des pôles.
Preuve : Soit F(x) = A(x)
B(x) une fraction rationnelle. D’après le théorème de d’Alembert-Gauss, B à toutes ses racines dans C. Soit B(x) = (x−α1)n1···(x−αp)np.
On peut écrire
1
(x−α)n =(−1)n αn
1
(1−x/α)n =(−1)n αn
∑
k≥0
n+k−1 n−1
xk αk. qui converge si et seulement si|x|<|α|.
On en déduit que 1
B(x) admet un développement en série entière de rayon R≥min{|αi|}.
Si R>|α1|, alors la fonction z7→F(z)serait continue sur la boule de centre 0 et de rayon r= |α1|+R (même démonstration que pour le segment]−R,R[) ce qui est manifestement faux pour z=α1.2 Remarque. — Nous avons en fait utilisé un résultat à peine plus difficile à démontrer qu’une série entière est continue (comme fonction de C) sur la boule ouverte de rayon R.
4 Fonctions génératrices
À une suite (an), on associe la série f(x) =∑anxn. Si cette série a un rayon de convergence conve- nable, on peut déduire de ses propriétés, des propriétés de la suite(an).
Exemples
1. la suite ak= nk
, a pour fonction génératrice(1+x)n. 2. La suite ak= (−1)k nk
, a pour fonction génératrice(1−x)n.
3. La suite du nombre de k-arrangements avec répétition : ak(m) =Card{n1, . . .,nm,n1+n2+ +nm=k}a pour fonction génératrice 1
(1−x)m.
En effet, si m=1, ak =1. Sinon, considérons l’ensemble A(m)k ={n1, . . .,nm∈IN; n1+n2+ +nm=k}. On a clairement la partition
A(m)k =A(m0 −1)× {k}∪A(m1 −1)× {k−1}∪ ···∪A(mi −1)× {k−i}∪A(mk −1)× {0}. D’où on déduit que a(m)k = ∑k
p=0
1·a(mp −1), soit, en terme de série génératrice
n
∑
≥0a(m)k xk= 1 1−x·
∑
n≥0
a(mk −1)xk= 1 (1−x)m 4. Nous savons que 1
(1−x)m = ∑
n≥0
n+m−1 m−1
xn, soit une série de terme général n+mm−−11
qui est un polynôme de degré m−1 en n. Soit P un polynôme à coefficients réels de degré p. P s’écrit de façon unique comme P(n) =∑i=0p−1αi n−i
i
. Soit donc ∑
n≥0
P(n)zn=
p−1 i=0∑
αi
(1−x)i.
4.1 Récurrences linéaires
4.1.1 Exemple
u0=1,u1=−2,un+1=5un−6un−1.
On a alors un+2zn+2=5un+1zn+2−6unzn+2, soit en sommant
n
∑
≥2unzn=5z
∑
n≥1
unzn
!
−6z2
∑
n≥1
unzn
! .
Si F(z) = ∑
n≥1
unzn, on déduit que F(z)−1+2z=5z(F(z)−1)−6z2F(z),soit
F(z) = 1−7z
(1−2z)(1−3z) = 5
1−2z− 4 1−3z. On déduit alors que an=5·2n−4·3n.
4.1.2 Fonction génératrice De façon générale,
Théorème 4.1 (un)n∈IN vérifie une récurrence linéaire à coefficients constants si et seulement si F(z) = ∑
n≥0
unznest une fraction rationnelle.
Preuve : Soit unune suite vérifiant une récurrence linéaire d’ordre p. On a pour tout n≥0,
∑p
i=0αiun+p−i= 0. On déduit en effectuant le produit
∑
p k=0αkxk
!
k
∑
≥0ukxk
!
=
∑
n≥0
∑
n i=0αiun−i
!
xn (2)
=
p−1 n=0
∑
∑
n i=0αiun−i
!
xn+
∑
n≥0
∑
p i=0αiun+p−i
!
xn+p (3)
=
p−1 n=0
∑
(
∑
n i=0αiun−i)xn=A(x). (4)
On déduit alors que F(x) = A(x) B(x)
Remarque. — Si la récurrence linéaire n’est satisfaite qu’à partir du rang k≥p, c’est-à-dire pour tout n≥k−p,
∑p
i=0αiun+p−i=0, on obtient également une fraction rationnelle
∑
p k=0αkxk
!
k
∑
≥0ukxk
!
=
k−1 n=0
∑
(
∑
n i=0αiun−i)xn, (5)
mais le numérateur sera de degré éventuellement plus élevé.
4.1.3 Résolution
Si (un) vérifie une récurrence linéaire à coefficient constants, sans second membre, nous venons de voir que F(x) = A(x)
B(x).