A NNALES DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE T OULOUSE
P. D UHEM
De l’aimantation par influence
Annales de la faculté des sciences de Toulouse 1resérie, tome 2 (1888), p. L1-L138
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L.I DE
L’AIMANTATION PAR INFLUENCE,
PAR M. P.
DUHEM,
Maître de Conférences à la Faculté des Sciences de Lille.
INTRODUCTION.
Les
équations
surlesquelles
repose la théorie de l’aimantation par in- fluence des corpsamorphes
ou cristallisés ont été données parPoisson;
mais la voie suivie par Poisson pour les établir
présente
des difficultés detoute sorte :
complication
deshypothèses fondamentales,
manque de ri- gueur des déductionsmathématiques, opposition
avec les faits dequelques-
unes des
conséquences expérimentales.
Les
physiciens qui, après Poisson,
se sontoccupés
de cettethéorie,
etnotamment sir iV. Thomson et G.
Iiirchhofl,
ont cherché à éliminer cesdifficultés;
mais ilsn’y
sont parvenusqu’en
admettant leséqua-
tions de
l’équilibre magnétique
comme deshypothèses primordiales,
sansles rattacher d’aucune manière à des théories
plus générales
ou à des loisdirectement accessibles à
l’expérience.
Cette absence de raisons à
l’appui
deséquations
fondamentales del’équi-
libre
magnétique
est d’autantplus regrettable
quedes
obstacles de toutesorte rendent fort difficile la vérification
expérimentale
desconséquences
peu nombreuses
qui
en ont été déduitesjusqu’ici.
Dans ces
conditions,
nous avons cru utile dereprendre
rétablissement de ceséquations
en nousappuyant
seulement sur les lois incontestéesqui règlent
les actions mutuelles des aimants et sur lesprincipes
non moinsincontestés de la
Thermodynamique.
Nous avons été ainsiconduit,
pour les corpsisotropes,
à des conditionsd’équilibre identiques
à celtes queG. Kirchhoff avait
imaginées;
dèslors,
comme leséquations
de G. Kirch-hofT n’avaient fait
l’objet
presque d’aucuneétude,
nous avons examinéquelques-unes
desconséquences
de ceséquations,
examenqui
nous a amenéa rectifier
quelques propositions
introduites enPhysique
sans démonstra-tion suffisante.
Pour les corps non
isotropes,
nous avons été conduit à des conditionsd’équilibre
d’une forme nouvelle etplus compliquée
que cellequ’on pouvait
attendre.
Notre travail n’aura assurément pas éliminé toutes les difficultés que
pré-
sente la théorie de l’aimantation par
influence ;
mais nousespérons
au moinsqu’il
aura contribué à éclaircirquelques-uns
despoints
obscurs de cettethéorie.
CHAPITRE I.
POTENTIEL THERMODYNAMIQUE D’UN SYSTEME QUI RENFERME
DES AIMANTS.
§
I. - Quelques propositions deThermodynamique.
1. La théorie nouvelle de l’aimantation par
influence,
que leprésent
Mémoire aura pour but de
développer,
repose surl’emploi
desprincipes
dela
Thermodynamique. Qu’il
nous soitpermis
derappeler
cesprincipes
sousla forme que nous aurons à
employer
dans la suite.Lorsqu’un système
subit une transformationélémentaire,
ildégage
unequantité
de chaleurdQ ;
les forces extérieuresauxquelles
il est soumis effec-tuent un travail infiniment
petit
et l’on aA étant
l’équivalent calorifique
du travail et U une fonction de l’état dusystème
àlaquelle
on donne le nomd’énergie
Si T
désigne
latempérature
absolue quepossèdent
tous lespoints
dusystème
au moment où cette modification seproduit,
on a aussiS étant une fonction de l’état du
système
àlaquelle
on donne le nom d’en-tropie,
et dN unequantité
infinimentpetite, toujours positive
et nulle seu-lement
lorsque
la transformation considérée estréversible, quantité
à la-quelle
on donne le nom detrans f ormation
noncompensée.
Ces deux
propositions
sisimples
sont la forme donnée auprincipe
del"équivalence
de la chaleur et du travail et auprincipe
de Carnot par 3i. Clausius.Gibbs en a déduit une
conséquence
presqueimmédiate,
dontla fécondité semble s’accroître
chaque jour.
Posons, lorsque
T demeure constant,et donnons à dz le nom de travail non
compensé accompli
dans une trans-formation isothermique;
nous aurons de ce travail cetteremarquable
expression
E étant
l’équivalent mécanique
de la chaleur.Supposons
maintenant que les forces extérieures admettent unpoten-
tielW,
de telle sorte que l’on aitet posons
régalitc (3)
deviendrale travail non
compensé effectué
durant unetransformation
isother-mique
est alors la variationchangée
clesigne
d’unefonction
de l’étatdu
système
03A9.Nous donnerons à cette fonction le nom de
potentiel thermodyna- mique
dusystème.
Moyennant
cesconventions,
la conditiond’après laquelle
dN doit tou-jours
êtrepositif peut
s’énoncer ainsi : :Pour
qu’un système
dont tous lespoints
sont ci la mêmetempérature
absolue soit cla
équilibre stable,
ilsuffit
quc lepotentiel thermodyna- mique
de cesystème
ait laplus petite
valeurqu’il peut prendre
à latempérature
considérée.Tels sont les
principes
surlesquels reposent
les raisonnements dont il serafait usage au cours du
présent
travail.L’étude de
l’équilibre
d’unsystème quelconque
suppose, enpremier lieu,
la détermination de la forme
du potentiel thermodynamique
de cesystème;
nous aurons
donc,
enpremier lieu,
à déterminer la forme dupotentiel
ther-modynamique
d’unsystème qui
renferme des aimants. Pour yparvenir,
nous suivrons une voie
analogue
à cellequi,
dans un autretravail,
nous apermis
d’obtenir lepotentiel thermodynamique
d’unsystème
électrisc. Cette voie suppose1 emploi
d’un lemme fondamental dont nous allonsrappeler
l’énoncé et la démonstration.
2.
Imaginons
unsystème décomposé
en un nombre limité ou illimité de corps finis ou infinimentpetits, susceptibles
d’êtredéplacés
les uns par rap-port
aux autres.Imaginons qu’à
chacun de ces corps on ait invariablement lié unsystème
d’axes de coordonnéesrectangulaires.
Pour connaître com-plètement
l’état dusystème, il
faudra connaître laposition
del’origine
dechacun de ces
systèmes
d’axes et l’orientation des axes. Engénéral,
il faut.aussi connaître un certain nombre d’autres
quantités :
forme et volume dechacun des corps, état
physique
etchimique
danslequel
il se trouve, tem-pérature qu’il possède
en ses diverspoints,
etc.Lorsque
lespremières
quan- tités varierontseules,
les autres demeurantinvariables,
nous dirons quedéplace
les uns parrapport
aux autres les divers corps dusystème
sanschanger
leur état.A un semblable
déplacement
onpeut appliquer
lespropositions
établiesen
Mécanique
rationnelle pour lesdéplacements
d’unsystème
de solides invariables.Soient
E
l’équivalent mécanique
de lachaleur;
T la
température
absolue dusystème supposée
la même en tous lespoints ;
U son
énergie interne ;
S son
entropie.
Dans un
déplacement
infinimentpetit
sanschangement d’état,
laquantité
que nous nommerons le
potentiel thermodynamique interne, éprouve
unevariation .
En même
temps,
les actionsmécaniques
internes que les divers corps dusystème
exercent les uns sur les autres effectuent un certain travail0(~
etl’on a
égalité
que l’onpeut
énoncer ainsi :Dans toute
modification qui déplace
les uns parrapport
aux autresles corps
qui.
constituent unsystème
sanschanger
leurétcct,
letravail
effectué
par les actionsmécaniques
internes du système est lavariation changée de
signe
d’unpotentiel,
et cepotentiel
nediffère
dupotentiel thermodynamique
interne quequantité qui peut
biendépendre
de l’état dcs corps, niaisqui
nedéprnd
pas de leunpo.sition.
La démonstration de cette
proposition
est extrêmementsimple.
Imposons
à chacun des corps dusystème
la liaison de demeurer dans un état invariable etappliquons
au devenu ainsiincapable d’éprouver
aucune modification autre que les
déplacements
que nous avons en vued’étudier :
z° Des forces
égales
et directementopposées
aux forces extérieuresqui agissent
surlui ;
~° Des forces
qui,
dans toutdéplacement
du de ceux que nousconsidérons,
effectuent un travail~~i égal
ou inférieur àde telle
façon
que l’onait,
pour toutdéplacement
de ce genre,Soit Y
l’énergie
interne dusystème
ainsimodifié;
soit S sonentropie;
soit b0 le travail externe effectué dans un
déplacement
du genre de celui que nous considérons par les forces extérieuresqui agissent
maintenant sur lesystème.
Dans un semblabledéplacement,
le travail noncompensé
effec-tué a pour
valeur, d’après l’égalité (3),
Mais, par hypothèse,
l’état dusystème
a été maintenu le même avant etaprès
l’addition des nouvellesforces;
on a doncD’autre
part,
les forces extérieuresqui agissent
sur lesystème après
l’ad-dition des nouvelles forces se
composent :
IoDes forces extérieures
qui agissaient auparavant
sur lesystème;
dansla modification
considérée,
elles effectuent un travail~~~ Du
premier
groupe de forcesajoutées;
dans la modification consi-dérée,
ces forces effectuent évidemment le travail -;;(;e;
3° Du second groupe de forces
ajoutées;
dans la modificationconsidérée,
ces forces
effectuent,
parhypothèse,
le travail On a doncet
l’égalité (7)
devientD’après l’inégalité (6),
cettequantité
est nulle ounégative;
dèslors, d’après
lespropositions
deThermodynamique
que nousrappelions
aucommencement de ce
paragraphe,
la modificationcorrespondante,
entraî-nant un travail non
compensé
nul ounégatif,
nepeut
seproduire ;
le sys- soumis aux actionsmécaniques qui agissent
réellement sur lui et a celles que nous y avonsadjointes,
nepeut
subir aucundéplacement qui
n’altère pas l’état de ses diverses
parties ;
les liaisonsqui
lui interdisent toutemodification autre que des
déplacements
de ce genre assurentl’équilibre
du
système.
grâce
à ces liaisons parlesquelles
chacun des corpsqui
constituent lesystème
estsupposé
maintenu dans un étatinvariable,
lespropositions
de la
Mécanique
rationnelle relatives auxsystèmes
formés de corps solidessont
applicables
ausystème précédent.
Onpeut,
enparticulier,
luiappli-
quer le
principe
des vitesses virtuelles.D’après
cequi précède,
lesystème
est enéquilibre
sous l’action dequatre
systèmes
de forces :~° Les forces
mécaniques
extérieuresqui agissaient primitivement
surlui ;
2° Les actions
mécaniques
intérieures que les divers corpsqui
le consti-tuent exercent les uns sur les autres ;
3° Des forces
égales
et directementopposées
aux forcesextérieures ; 4°
Des forces effectuant dans toutdéplacement
virtuel un travailégal
ou inférieur à E
~(U - TS).
Le
premier
et le troisièmesystème
de forces se détruisent. Onpeut
donc dire que lesystème
est enéquilibre
sous l’action du second et duquatrième
groupe de forces.
dans toute modification du
système
où ses diversesparties changent
de
position
sanschanger d’état,
les forces du second groupe effectuent un travail virtuel~1~1;
les forces duquatrième
groupe effectuent un travail vir- tuelo~ ;
; en vertu duprincipe
des vitessesvirtuelles,
lesystème
nepeut
êtreen
équilibre
sous l’action de ces deux groupes de forces si l’on n’aCela doit avoir lieu toutes les fois
que 03B4’i
vérifiel’inégalité (6).
On doitdonc avoir
Si l’on suppose maintenant
qu’à
toutdéplacement
virtuel des diversesparties
dusystème
onpuisse
fairecorrespondre
ledéplacement inverse,
onverra aisément que
l’inégalité précédente
se réduit àl’égalité (6) :
que nous nous
proposions
de démontrer.3. Ce théorème fondamental entraîne
quelques conséquences qui
en dé-rivent immédiatement et que nous pouvons
indiquer
ici.Corollaire I. 2014
L’égalité (3)
devient
en vertu de cetteégalité (6),
yce
qui peut
s’énoncer ainsi :Lorsqu’un système
subit undéplacement
sanschangement
d’état deses diverses parties, le travail non
compensé produit
dans cesystème
estégal au travail
produit
pccr lcs actionsmécaniques,
tant externesqu’in- ternes, qui agissent
sur les diversesparties
clusystème.
Corollaire II. 2014
Lorsqu’un
dont tous lespoints
sont à la mêmetempérature
subit une modificationisothermique, l’entropie
de cesystème
varie de r S et l’on donne u la
quantité
le nom de travail
compensé accompli
dans la modification considérée.Considérons un
système
défini par satempérature
absolue et par un cer-tain nombre d’autres
variables;
nous auronsSupposons qu’il s’agisse
d’unsystème primitivement
en étatd’équilibre,
lamodification infiniment
petite
considérée seraréversible;
elle mettraenjeu
une
quantité
de chaleurSQ,
et leprincipe
de Carnot-Clausius donnera{égalité (2)]
tandis que le
principe
del’équivalence
donnera[égalité ( i )~
L’égalité (8)
deviendra donc03B4e
étant le travailaccompli
par les forces extérieuresqui
sollicitent le sys- tèmelorsque
latempérature
varie de03B4T,
les autres variablesqui
définissent lesystème
conservant leur valeur.Si,
enparticulier,
ces variables sont choisies de telle sortequ’aucun
tra-vail externe ne
puisse
être effectué dans lesystème
si elles nechangent
devaleur,
on aura- o
et
égalité applicable
à tous lessystèmes pris
dans un étatM. Massieu a, le
premier, signalé l’importance
de cetteégalité.
Faisons-en une
application
au casqui
nous occupe.Supposons qu’un système; primitivement
enéquilibre,
subisse undépla-
cement infiniment
petit
de ses diversesparties.
Nous auronsMais
6 (U - TS) peut,
dans ce cas, êtreremplacé
par la variation que subit lepotentiel
des actionsmécaniques
internes dusystème.
Si ces actions mé-caniques
sontindépendantes
de latempérature,
il en sera de même de leurpotentiel,
et l’on aura, parconséquent,
ce
qui
peut encore s’écrireAinsi, lorsque
lcs actionsmécaniques
que diversesparties
d’unsystème
les unes sur lcs autres ne subissent aucunc variation
pendant
un
échauffement
dusystème qui
laisse invariable levolume,
laforme
etla
position
de sesdiverses parties,
undéplacement
sanschangement
d’état des diverses
parties
de cesystème primitivement
enéquilibre
nefait
pas varierl’entropie
dusystème;
il n’entraîne aucun travail com-pensé.
Corollaire III. - Dans une modification
isothermique quelconque,
on aDans les conditions
moyennant lesquelles
le théorèmeprécédent
esténoncé,
on ci
On a donc
ce
qui peut
s’énoncer ainsi :Dans les conditions
précédentes,
le travail exercé par les actions mé-caniques
internes estégal
à la variationchangée
designe
duproduit
del’équivalent mécanique
de la chaleur parl’énergie
interne dusystème.
Ces corollaires si
simples jouent
un rôleimportant
dans lesrapproche-
ments que l’on peut tenter de faire entre la
Mécanique
rationnelle et laThermodynamique.
Les modifications
qu’envisage
laMécanique
rationnelle consistent exclu- sivement endéplacements,
sanschangement d’état,
des diversesparties
d’un
système;
aussitôt que ledéplacement
estaccompagné
d’unchange-
ment
d’état,
laMécanique
rationnelle ne suffitplus
à l’étudier. Dès lors les deuxpremiers
corollaires énoncés ci-dessus nous montrent que les travaux étudiés enMécanique
rationnelle se rangenttoujours
dans lacatégorie
dutravail non
compensé;
que les modificationsauxquelles
elles’applique
n’en-gendrent jamais
aucun travailcompensé.
Parconséquent,
c’est l’étude du travail noncompensé qui
doit fournir enThermodynamique
desproposi-
tions
analogues
à celles dont laMécanique
fait usage ; il serait vain et illu- soire de chercher dans lesexemples
que nous fournit laMécanique
unequantité analogue
au travailcompensé.
Quant
au troisièmecorollaire,
il nous montre que l’onpeut,
tant que l’on n’étudie que desdéplacements
sanschangement d’état,
confondre leproduit
del’énergie
interne parl’équivalent mécanique
de la chaleur avecle
potentiel
des actions intérieures dusystème;
que l’onpeut, par exemple,
se servir de
l’énel’gie
interne comme d’unpotentiel
pour déterminer les étatsd’équilibre
dusystème;
mais il faut bien segarder
d’étendre cettemanière
d’opérer lorsqu’on
passe desdéplacements
sanschangement
d’étataux
changements
d’étataccompagnés
ou non dedéplacements;
en d’autrestermes,
lorsqu’on
passe du domaine de laMécanique
rationnelle au domaine propre de laThermodynamique;
c’est alors lepotentiel thermodynamique interne,
et nonl’équivalent mécanique
del’énergie interne, qui joue
lemême rôle que le
potentiel
des actionsmécaniques
internes en Thermo-dynamique.
C’est faute d’avoir fait cette remarque que l’on a été conduit à deux lois inexactesqui ont joué
ungrand
rôle enPhysique
et que les tra-vaux récents de nombreux savants, en
particulier
de M. J.-W. Gibbs et de M. H. vonHellnholtz,
sont parvenus àgrand’peine
à rectifier. Ces lois sont,en
Thermochimie,
leprincipe
du travailmaximum;
enÉlectricité,
la loi dela
proportionnalité
entre la force électromotrice d’unepile
et laquantité
dechaleur mise
en jeu
par la réaction dont cettepile
est lesiège.
4. La
proposition
que nous venons dedévelopper
met donc en évidenceles relations
qui
unissent laMécanique
à laThermodynamique.
Ces rela-tions deviendront encore
plus
nettes par la remarque suivante :Dans la démonstration du théorème
précédent,
nous avons faitappel
auprincipe
des vitesses virtuelles. Il est aisé de montrerqu inversement,
àl’aide de ce
théorème,
onpeut
déduire leprincipe
des vitesses virtuelles desprincipes
fondamentaux de laThermodynamique.
D’après
ces derniersprincipes, un système
est assurément enéquilibre
stable
si,
pour toute modificationisothermique
virtuelle de ccsystème,
letravail non
compensé,
c’est-à-dire laquantité
est nulle ou
négative.
Supposons-nous placé
dans le seul casqu’étudie
laMécanique
ration-nelle,
c’est-à-dire dans le cas où les diversesparties
dusystème
ne peuventéprouver
quedéplacements
sanschangement
d’état.D’après
le corollaireI,
la
proposition précédente
pourra s’énoncer : :L’équilibre
d’unsystème dont
les diversesparties
sontsusceptibles
dese
déplacer,
mais non d’éprouver deschangements d’état,
est assuré sile travail
effectué
dans toutdéplacement
virtuel de cesystème
par toutesles forces qui agissent
sur lui est nul ounégatif.
Supposons
que les forces extérieuresqui agissent
sur lesystème
ad-mettent un
potentiel ~~~T; l’équilibre
stable dusystème
sera assuré si lepotentiel thermodynamique
est minimum à la
température
considérée.Supposons
que les diversesparties
dusystème
nepuissent éprouver
que desdéplacements
sanschangement d’état ;
dans cesconditions, E( U - TS)
ne diffère que par une constante du
potentiel
des actionsmécaniques
in-ne diffère que par une constante du
potentiel
de toutes les forcesqui agissent
sur lesystème,
et l’on a cetteproposition :
:L’équilibre
stable d’unsystème
soumis à desforces
extérieuresqui
admettent un
potentiel
est assurélorsque
lepotentiel
total desforces,
tant intérieures qu’extérieures, est minimum.
Cette dernière
proposition
n’est autre chose que le critérium de stabilité bien connu dont on doit l’invention àLagrange
et la démonstration àLejeune-Dirichlet.
Lapremière rappelle
l’énoncé duprincipe
des vitessesvirtuelles tel que Gauss l’a formulé le
premier
d’une manièrecomplète;
mais elle
présente
avec cet énoncé unelégère
différence surlaquelle
il nousest nécessaire d’insister.
En
Mécanique rationnelle,
leprincipe
des vitesses virtuelles seprésente
comme une condition
d’équilibre
nécessaire etsuffisante. Déduit,
au con-traite,
de laThermodynamique,
ccprincipe
seprésente
comme une condi-tion
suffisante,
mais nonnécessaire,
del’équilibre.
Cette diflcrence tient à la nature même duprincipe
deCarnot,
surlequel
est fondée la Thermo-dynamique.
EnMécanique,
toutsystème
pourlequel les
conditionsd’équi-
libre déduites du
principe
des vitesses virtuelles ne sont pas vérifiées estcensé se mettre en mouvement. En
Thermody namique,
aucontraire,
onsait bien
qu’un système
ne sauraitéprouver
dechangement
d’état contraireau
principe
deCarnot-Clausius;
quesi,
parconséquent,
toute modification virtuelle dusystème
contredit à ceprincipe,
lesystème
sera forcément enéquilibre ; mais, lorsqu’un système peut éprouver
une modification virtuellecompatible
avec ceprincipe,
onignore
si réellement iléprouvera
ou noncette modification.
J’ajouterai
que leprincipe
des vitessesvirtuelles, présenté
par la Ther-modynamique
comme conditionsuffisante,
mais nonnécessaire,
del’équi-
libre est
toujours
conforme àl’expérience,
tandis quel’expérience
nousprésente chaque jour
des casd’équilibre
contraires auprincipe
des vitesses virtuelles telqu’on
l’admet enMécanique rationnelle ;
on dit alorsqu’il
y af rottement,
et leprincipe
des vitesses virtuelles suppose unsystème
soumisà des liaisons
dépourvues
de frottement._
Tout ce que nous venons de dire montre assez
l’importance
desproposi-
tions énoncées dans le
présent paragraphe;
cespropositions
ontdéjà
servide base à toutes les
applications
de laThermodynamique
que nous avons faites auxphénomènes électriques.
Avant d’en faire lepoint
dedépart
denos recherches sur le
magnétisme,
nous avons cru devoir les soumettre àun
rigoureux
examen.§
II. - Potentiel et fonctionpotentielle
magnétiques.5. Les travaux de Gilbert et de Coulomb ont conduit à
regarder chaque
élément de volume d’un aimant comme un élément
magnétique.
Soit du levolume d’un semblable
élément;
son étatmagnétique
est défini par une certainegrandeur,
essentiellementpositive,
que l’on nomme sonmoment
magnétique,
et par la direction d’une certaine demi-droite que l’on nomme son axemagnétique.
se nomme l’intensité de l’ainaan- tation en unpoint
de l’élémentdv; c’est,
engénéral,
unequantité
finie.Si,
sur l’axe
magnétique,
dans la direction de cet axe, onporte
une lon-gueur
égale
à on obtient unegrandeur géométrique
ayant pour compo-santes ~, suivant trois axes de coordonnées
rectangulaires Ox, Oy,
La connaissance de ces trois
quantités
0e1, e, que l’on nomme lescomposantes
del’aimantation,
est nécessaire et suffisante pour déterminer l’étatmagnétique
de l’élément du.Deux aimants
A, A~,
de dimensionscomparables
à ceux que Fonpeul
étudier
expérimentalement, placés
à une distancecomparable
à celles aux-quelles
les mesurespeuvent
êtreeffectuées,
exercent l’un sur l’autre des actionsmécaniques;
lesexpériences
de Coulomb et de Gauss ontprécisé
laloi de ces
actions;
cette loipeut
être énoncée de la manière suivante : Soient du un élément du corps A etd(),
un élément du corpsA, .
Sur l’axe
magnétique
de l’élément dv et à l’intérieur ou au voisi- nage immédiat de cetélément,
prenons deuxpoints
infiniment voisins ~ret
31’, séparés
par une distance dl. Aupoint plaçons
une masse fictive=
dv dl
et aupoint
31 une masse fictiveégale à 2014 pL.
Demême,
sur l’axemagnétique
de l’élément dv1, prenons deuxpoints
infiniment voi- sinsM,
t etM’1, séparés
par une distancedl, ;
; aupoint M’1, plaçons
unemasse fictive p, ==: et au
point
une masse fictive a - 1.Les deux corps A et
A,
exercent l’un sur l’autre les mêmes actions que sitoute masse fictive rn du corps A
repoussait
toute masse fictive m, ducorps
A,
avec une force Fdirigée
suivant la droitequi joint
les deux masseset
ayant
pour valeurIt étant une constante
positive
et r la distancequi sépare
les masses rnet
Il résulte de là que les actions mutuelles des deux corps A et
A,
ad-mettent un
potentiel
et que cepotentiel
a pourexpression
n étant la distance d’un
point
de l’élément (l() à unpoint
de l’élément dv1, (Il etétant,
comme nous l’avonssupposé
dans cequi précède,
deux lon-gueurs infiniment
petites comptées respectivement
sur les axesmagnétiques
des
éléments,
l’une des sommations s’étendant au volume entier du corpsA,
l’autre au volume du corps
A,.
L’expérience
n’a rienappris jusqu’ici
sur la loiqui règle
les actions dedeux aimants extrêmement
petits, rapprochés jusqu’au
contact. Rien neprouve donc a
piioii
que l’onpuisse appliquer
cette loi aux actions mu-tuelles des diverses
particules contiguës
d’un même aimant. Nous allonsvoir au contraire
qu’une
semblable extension serait absurde. Il nous suffira pour cela de transformer par un calcul d’identitél’expression
Soient x, y, z
les coordonnées d’unpoint
du volume dp et x, , y,, ~, les coordonnées d’unpoint
du volumedu, ;
nous auronsnous aurons ensuite
nous aurons enfin
De toutes ces
égalités,
il résulte que l’on aDès
lors,
si la loiprécédente
demeurait exacte, même pour lesparticules continues
d’unaimanta
les actions mutuelles des diversesparticules
d’unaimant devraient admettre pour
potentiel
laquantité
toutes les
intégrations
s’étendant au volume entier de l’aimant.Or,
nous avonsvu, dans
l’Étude historique
sur l’aimantation parinfluence
que nousavons
publiée (§ I, n° 5 ),
que les troisintégrales triples qui
servent ici decoefficients à ~~, ~ et 0 n’avaient aucun sens; il en est donc de même de
l’expression précédente,
et l’extensionproposée
de la loiexpérimentale
desactions
magnétiques
serait absurde.Mais il est aisé de transformer l’énoncé de cette loi en un autre énoncé
qui puisse
s’étendre aux actions mutuelles desparticules
d’un même ai-mant. -
D’après l’égalité (10),
si nousdésignons
par t)l’intégrale
étendue à l’aimant
A,
toutentier,
j~ étant la distance d’unpoint
de l’élé-ment
dx dy,
à unpoint ,(x,
y,z)
du corpsA,
lepotentiel
des actions mutuelles de l’aimant A sur l’aimantA,
aura pour valeur.Cette dernière
expression peut
segénéraliser
ets’appliquer
aux actionsmutuelles des
particules
d’un mêmeaimant, moyennant
l’existence de laquantité
nous avons vu
(Étude historique, § I,
n°5)
que la fonctiondans
laquelle l’intégration
s’étend à l’aimant A tout entier et danslaquelle
r
désigne
la distance d’unpoint
de l’élément dx’dy’
de l’aimant A à unpoint (x, y, z ) du
mêmeaimant,
est une fonctionfinie,
continue et uniformedes coordonnées
(x,
y,z)
etqu’elle
admet parrapport
à ces coordonnées des dérivéespartielles
dupremier
ordre. Dèslors,
rien ne nousempêche d’admettre,
commegénéralisation
des faitsd’expérience,
que les actions mutuelles des diversesparticules
d’un aimant A admettent pourpotentiel
la
quantité
Dans ce
qui
vasuivre,
nous admettrons cettehypothèse.
Désormais nous
désignerons
par lalettre ~
la somme des deux fonctions0 et ~~~, c’est-à-dire
l’intégrale
étendue à tous les aimants du
système,
r étant la distanced’un, point
del’élément dx’
dy’
dz’ à unpoint (x,
y,z)
del’espace.
Nous nommeronscette
fonction la fonction potentielle
Pourvu
que
laquantité
existe et soit finie en tout
point
des aimants que renferme lesystème,
lafonction ~
est, dans toutl’espace,
une fonctionfinie,
continue et uniformede x,
y, z admettant des dérivéespremières
parrapport
à ces variables.Si la
quantité
est en outre
continue,
ces dérivéespremières
sontcontinues,
sauf à la sur-face de
séparation
d’un aimant et d’une substance non aimantée.i et e
sont les normales vers l’intérieur ou l’extérieur à une telle
surface,
on aSi enfin la
quantité
admet,
parrapport
à x, y, z, des dérivéespartielles
dupremier ordre,
~‘~
adn1et,
parrapport
aux mêmesvariables,
des dérivéespartielles
du secondordre,
et l’on a dans toutl’espace
’
égalité qui
seréduit, lorsque
lepoint (x, y, z)
est. extérieur auxaim~ants,
àLes actions
mécaniques
internes d’unsystème
d’aimants admettent alors pourpotentiel la quantité y
définie parl’égalité
l’intégration
s’étendant à tous les aimants dusystème. ’3
est lepotentiel magnétique
dusystème.
Ce
résultat,
obtenu engénéralisant
la loiexpérimentale
de Coulomb etde
Gauss,
estl’hypothèse unique
surlaquelle
nous fonderons l’étude de 1"aimantation par influence. Au moyen de cettehypothèse
et du théorèmedéveloppé
auparagraphe précédent,
nousallons,
auparagraphe suivant,
déterminer la forme du
potentiel thermodynamique
d’unsystème
de corps aimantés.§ III. - Potentiel thermodynamique des corps isotropes aimantés.
G. Considérons un
système qui
renferme des aimants et supposons que les seules actionsmécaniques qui
s’exercent dans l’intérieur de cesystème
soient les actions
magnétiques, hypothèse qui
ne serait pas vérifiée si lesystème
renfermait soit descharges électriques
enéquilibre,
soit des cou-rants
électriques
constants ou variables.D’après
ce que nous venons dedire,
les actionsmécaniques
internes dece
système
admettent pourpotentiel
laquantité J
définie parNous nous proposons de déterminer la forme du
potentiel thermodyna- mique
interne dusystème.
Cepotentiel thermodynamique
interne est dé-fini par
l’égalité
E étant
l’équivalent mécanique
de lachaleur ;
Y
l’énergie
interne du.système ;
E son
entropie ;
T la
température
absolue commune à tous sespoints.
D’après
ce que nous avons vuau § I,
cepotentiel thermodynamique
in-terne ne diffère du
potentiel
des actionsmécaniques
intérieures ausystème
que d’une
quantité qui peut dépendre
de l’état des divers élémentsmagné- tiques,
mais non de leurposition,
en sorte que, si l’ondésigne
par J’ une semblablequantité,
on doit avoirC’est donc la
quantité ~’ qu’il s’agit
pour nous de déterminer.L’état de chacun des éléments du
système dépend :
Du volume de
l’élément ;
De la forme de la surface
qui
lelimite ;
De l’orientation de l’axe
magnétique
parrapport
à cettesurface ;’
Si la substance n’est pas
isotrope,
de l’orientation de l’axemagnétique
par
rapport
aux axes d’élasticité de lasubstance ;
De l’intensité de l’aimantation en un
point;
Enfin d’autres
paramètres
a,~,
...,qui
achèvent de déterminer l’étatphysique
etchimique
de la substance.Telles sont les variables
qui peuvent
influer sur la valeur de ~~’.Bornons-nous,
pour le moment, à considérer le cas d’une substance iso-trope :
nous étudierons dans unChapitre
ultérieur lespropriétés
des corpscristallisés ;
cherchons la variation que subit laquantité ~~‘ lorsque,
dans unélément
magnétique,
on fait varier l’intensité d’aimantation et l’orientation de l’axemagnétique
sansdéplacer
l’élément et sans faire varier ni son ;o-lume ni la forme de la surface
qui
le limite.La variation que subit la
quantité ~’
par l’effet d’une modification donnéedépend
seulement de l’état dusystème
avant etaprès
cette modification etnon de la voie suivie par le
système
pour passer de l’un de ces états à l’autre.Nous pouvons donc choisir cette voie arbitrairement.
1 ° Nous
découperons
dans lesystème
l’élémentclv,
dont l’état doit va-rier ;
nouséloignerons
à 1 infini tous les autres éléments dusystème
sanschanger
l’aimantation ou l’état d’aucun d’entre eux. Dans cettemodification, qui
constitue cequ’au §
1 nous avons nommé undéplacement
sanschange-
ment la
quantité
j’ ne subira aucune variation.2° Dans l’élément ainsi
isolé,
nous ferons subir à l’intensité d’aimantation et à l’orientation de l’axemagnétique
les variations infinimentpetites
quenous avons en vue. Dans cette
modification,
j’ variera de~, ~~’.
3° Cette modification
achevée,
nous ramènerons de l’infini tous les élé-ments du
système
à leurposition
initiale sanschanger
l’état ou l’ain1anta-. tion d’aucun d’entre eux. Dans ce nouveau
déplacement
sanschangement d’état,
J’ ne variera pas.L’ensemble de ces trois modifications devant faire varier J’ de
oj’,
on aIl nous suffit donc d’étudier la variation de
o.
~’.Il est évident que cette variation est
égale
à la variation que subirait lepotentiel thermodynamique
d’unsystème
formé par l’élément (Lvseul,
si cetélément subissait lc
changement
considéré d’axemagnétique
et d’aimanta-tion sans
changer
deposition,
de forme ou d’état.L’intensité de l’aimantation et l’orientation de l’axe
magnétique
sontconnues
lorsqu’on
connaît lescomposantes
iL, de l’aimantation sui- trois axesrectangulaires
invariablement liés à l’élément. Par consé-quent,
dans la modificationprécédente,
on a=~, B, C
étant troisquantités
quipeuvent dépendre :
I ° à5, c ;
‘~~’ Du volume de
‘i° De la forme de la surface
qui
lelimite;
~° Des coefficients 7,