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Article pp.335-336 du Vol.3 n°5 (2013)

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CAS CLINIQUE /CASE REPORT

Effet Chaterjee, un trouble de repolarisation à garder en mémoire

Chatterjee phenomenon: a diagnosis to keep in mind

N. Galinou · J.-P. Tourtier · F. Lapostolle

Reçu le 30 avril 2013 ; accepté le 25 juin 2013

© SFMU et Springer-Verlag France 2013

Le diagnostic électrocardiographique de syndrome coro- naire aigu (SCA) est un défi quotidien pour les urgentistes.

La bonne connaissance des diagnostics différentiels est indispensable à une démarche diagnostique efficace. Si certains de ces diagnostics sont fréquemment rencontrés, comme les troubles de la repolarisation associés à un bloc de branche ou à une hypertrophie ventriculaire, certains le sont plus rarement et peuvent conduire à méconnaître les diagnostics alternatifs. Nous rapportons ici l’observation du diagnostic préhospitalier d’un effet Chatterjee ayant conduit à une modification radicale de la prise en charge du patient.

Fig. 1 ECG réalisés à 5 minues dintervalle. Le premier tracé, A, était électro-entraîné. Le second, B, a fait apparaître un trouble de la repolarisation associé à un effet Chatterjee

N. Galinou

Brigade de sapeurs pompiers de Paris, groupement de soutiens et de secours, centre médical de Ménilmontant,

47, rue Saint-Fargeau, F-75020, Paris J.-P. Tourtier

Service médical d’urgence de la brigade de sapeurs pompiers de Paris, 1, place Jules Renard, F-75017, Paris

F. Lapostolle (*)

Samu 93, UF recherche-enseignement-qualité -université Paris 13, Sorbonne Paris Cité, EA 3509, hôpital Avicenne, 125, rue de Stalingrad,

F-93009, Bobigny, France

e-mail : [email protected] Ann. Fr. Med. Urgence (2013) 3:335-336 DOI 10.1007/s13341-013-0344-8

Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-afmu.revuesonline.com

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Observation

Un homme de 86 ans, diabétique, hypertendu, insuffisant rénal, porteur d’un pace-maker double chambre (en raison d’un dysfonction sinusal avec une dilatation importante des cavités droites et une hypertension artérielle pulmonaire) se plaint d’une dyspnée d’apparition brutale associée à des cra- chats hémoptoïques.

Lors de sa prise en charge préhospitalière, le patient pré- sente des signes de détresse respiratoire associés à des signes d’insuffisance cardiaque droite et une hyperthermie. Il n’y a pas de signe d’insuffisance cardiaque gauche.

L’électrocardiogramme montre un rythme électro-entraîné avec un aspect de retard gauche, sans perte de discordance (Fig. 1). Un second ECG enregistré cinq minutes plus tard montre un rythme non entraîné, irrégulier, non sinusal, à complexes fins avec un hémibloc antérieur gauche et des ondes T négatives en DII, DII, aVF et de V4 à V6 (Fig. 2).

L’enregistrement ultérieur retrouve l’aspect électro-entraîné initial. Le diagnostic d’effet Chatterjee est alors retenu.

Le patient est hospitalisé. Le diagnostic de pneumopathie infectieuse est posé. La troponine Ic est négative et le BNP n’est pas augmenté. L’échographie cardiaque est identique à l’examen de référence.

Discussion

L’effet Chatterjee, aussi appelé « mémoire du cœur », est un trouble secondaire de la repolarisation que l’on observe pen- dant quelques battements à quelques heures après dispari- tion d’un bloc de branche gauche, d’une tachycardie ventri- culaire ou d’un entraînement électro-systolique [1]. Les ondes T inversées profondes, observées chez un patient avec

des facteurs de risque cardiovasculaire, dans un contexte de dyspnée, orientent vers un SCA. Ceci aurait eu des consé- quences évidentes sur la prise en charge thérapeutique et l’orientation du patient. L’identification de ce trouble par l’urgentiste est donc déterminante [2]. Dans l’observation présentée, le pacemaker est réglé sur un mode sentinelle (AAI) de façon à préserver ou maintenir au maximum le rythme cardiaque spontané. Il est vraisemblable que chez ce patient rythme électro-entraîné et aspect de Chatterjee doivent ainsi alterner. Les troubles de la repolarisation de l’effet Chatterjee consistent en la présence d’ondes T néga- tives dans le territoire antérieur et parfois inférieur. L’asso- ciation d’ondes T positive en VL et en D1 et d’une onde T en V4 plus profonde que l’onde T en D3 viennent renforcer cette hypothèse avec une sensibilité et une spécifique res- pectives de 92 % et 100 % dans l’étude de Shvilkin et [3].

L’évolution a permis de retenir l’effet Chatterjee comme l’étiologie de ces ondes T inversées. Ces troubles peuvent persister plusieurs semaines. Aucune prise en charge cardio- logique spécifique n’est requise [4].

Références

1. Chatterjee K, Harris A, Davies G, Leatham A (1969) Electrocar- diographic changes subsequent to artificial ventricular depolariza- tion. Br Heart J 31:7709

2. Taboulet P (2010) Effet Chatterjee. In: Taboulet P. LECG de A à Z. Maloine, Paris, 77-8

3. Shvilkin A, Ho KK, Rosen MR, Josephson ME (2005) T-vector direction differentiates postpacing from ischemic T-wave inversion in precordial leads. Circulation 111:96974

4. Adnet F, Lapostolle F, Petrovic T (2005) Un diagnostic à garder en mémoire... In: Adnet F, Lapostolle F, Petrovic T. ECG en urgence.

Arnette, Paris, 216-21

336 Ann. Fr. Med. Urgence (2013) 3:335-336

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