Cours d’Analyse
L2 Math-Meca UE5 (1er semestre, 2`eme ann´ee)
Notes r´edig´ees par : M. Nguyen Tien Zung
Professeur `a l’Universit´e Paul Sabatier.
Septembre 2007
Ces notes sont bas´ees en partie sur un manuscrit de M.
Fran¸cois de Th´elin (professeur `a l’UPS retrait´e) et sur les exercices contribu´es par plusieurs enseignants `a l’UPS et ailleurs.
i
Table des mati` eres
Chapitre 1. Int´egrales g´en´eralis´ees 1
1. Rappels sur l’int´egration 1
2. D´efinition des int´egrales g´en´eralis´ees 3
3. Etude de la convergence 5
4. Calcul des int´egrales g´en´eralis´ees 8
5. Exercices 8
Chapitre 2. S´eries num´eriques 10
1. Somme d’une s´erie 10
2. Etude de la convergence absolue d’une s´erie 12
3. Convergence simple 15
4. Op´erations sur les s´eries absolument convergentes 17
5. Exercices 19
Chapitre 3. Suites et s´eries de fonctions 21
1. Convergence simple et convergence uniforme 21
2. Propri´et´es des limites de fonctions 24
3. S´eries de fonctions 25
4. Exercices 28
Chapitre 4. S´eries enti`eres 31
1. Convergence d’une s´erie enti`ere 31
2. Etude de la fonction somme d’une s´erie enti`ere 33
3. D´eveloppement en s´erie enti`ere 34
4. La fonction exponentielle complexe 36
5. Exercices 37
Chapitre 5. S´eries de Fourier 40
1. S´eries trigonom´etriques 40
2. S´eries de Fourier 41
3. Th´eor`eme de Dirichlet 43
4. Formule de Parceval 45
5. Exercices 47
ii
CHAPITRE 1
Int´ egrales g´ en´ eralis´ ees
1. Rappels sur l’int´egration
Soitf : [a, b]→Rune fonction r´eelle born´ee sur un intervalle born´e [a, b]
(a, b∈R). On appelle subdivision de [a, b] toute famille finie (ai)0≤i≤n telle que a=a0 ≤a1 ≤. . .≤an =b. NotonsS[a, b] l’ensemble des subdivisions de l’intervalle [a, b]. Pour chaque (ai)0≤i≤n∈S[a, b], notons
(1.1) Iσ(f) =
Xn
i=1
·
(ai−ai−1). inf
x∈[ai−1,a[f(x)
¸
et
(1.2) Jσ(f) =
Xn
i=1
"
(ai−ai−1). sup
x∈[ai−1,ai[
f(x)
# .
Remarquons que si σ = (ai)0≤i≤n etδ = (bj)0≤j≤m sont deux subdivi- sions quelconques de [a, b], on a toujoursIσ(f)≤Jδ(f) (exercice : montrer pourquoi), donc
(1.3) sup
σ∈S[a,b]
Iσ(f)≤ inf
σ∈S[a,b]Jσ(f).
a1 b1 a2 a3 b2
y=f(x)
x y
Fig. 1.1. Iσ(f) etJδ(f) comme sommes des aires de rectangles
1
2 1. INT´EGRALES G´EN´ERALIS´EES
D´efinition 1.1. Si on a l’´egalit´e supσ∈S[a,b]Iσ(f) = infσ∈S[a,b]Jσ(f), alors on dit que f est int´egrable (au sens de Riemann) sur l’intervalle [a, b], et on note Rb
af(x)dx la valeur commune.
Remarque 1.2. i) G´eom´etriquement, si f est positive, Rb
af(x)dx est l’aire du domaine d´elimit´e par les droites {x =a}, {x = b}, {y = 0} et le graphe {y=f(x)}de la fonctionf sur le plan{(x, y)}.
ii) Sib > a,Ra
b f(t)dtveut dire −Rb
af(t)dt.
D´efinition 1.3. Soit f : [a, b] → R une fonction. On dit que f est continue par morceaux sur [a, b] s’il existe une subdivision (ai)0≤i≤nde [a, b]
telle quef est continue sur tous les intervalles ouverts ]ai−1, ai[,i= 1, . . . , n.
On dit que f est born´ee s’il existe un nombre N ∈ R+ tel que |f(x)| ≤ N pour tout x∈[a, b].
Th´eor`eme 1.4. Toute fonction born´ee continue par morceaux sur un intervalle born´e [a, b]est int´egrable sur [a, b].
D´efinition 1.5. SoientI un intervalle de Retf :I →Rune fonction.
On appelle primitive de f sur I toute fonctionF :I →R qui est d´erivable sur I et admetf pour fonction d´eriv´ee.
Th´eor`eme 1.6. Soit f :I →R une fonction continue sur un intervalle I deR. Alors, pour touta∈I, l’applicationt7→Rt
af(x)dxest une primitive de f sur I.
Th´eor`eme 1.7. Soient [a, b] un intervalle ferm´e born´e de R et f : [a, b] → R une fonction int´egrable. Si F : [a, b] → R est une primitive de f sur [a, b], on a :
(1.4)
Z b
a
f(x)dx=F(b)−F(a).
Th´eor`eme 1.8 (Changement de variable). Soit I et J deux intervalles de R, φ :I → J une application continˆument d´erivable strictement mono- tone (croissante ou d´ecroissante) et f : J → R une application continue.
Alors, quelque soient α, β∈I, on a : (1.5)
Z β
α
f(φ(x))φ0(x)dx= Z φ(β)
φ(α)
f(y)dy.
Preuve. f continue sur J y admet une primitive F et Rφ(β)
φ(α) f(y)dy = F(φ(β))−F(φ(α)). Or F ◦φ est continˆument d´erivable sur I, de d´eriv´ee (f◦φ)φ0, donc Rβ
α f(φ(x))φ0(x)dx=F(φ(β))−F(φ(α)), d’o`u le r´esultat.♦ Th´eor`eme 1.9 (Int´egration par parties). Soient I un intervalle de R, u :I → R et v:I → R deux fonctions continˆument d´erivables sur I. Alors quels que soient a, b∈I on a :
(1.6)
Z b
a
u(t)v0(t)dt=u(b)v(b)−u(a)v(a)− Z b
a
u0(t)v(t)dt.
Preuve.g(t) =u(t)v(t) est continˆument d´erivable, de d´eriv´ee u(t)v0(t) +
u0(t)v(t), d’o`u le r´esultat. ♦
2. D´EFINITION DES INT´EGRALES G´EN´ERALIS´EES 3
2. D´efinition des int´egrales g´en´eralis´ees Nous allons g´en´eraliser la d´efinition de Rb
af(x)dx au cas o`u f n’est pas forc´ement born´ee et a, b peuvent ˆetre±∞.
Nous supposons quefestlocalement int´egrablesur ]a, b[, c’est `a dire pour tout sous-intervalle ferm´e born´e [α, β]⊂]a, b[, f est int´egrable sur [α, β].
2.1. Le cas−∞< a < b≤+∞. Soitf localement int´egrable sur [a, b[.
On lui associe l’application F : [a, b[→Rd´efinie par :
(1.7) F(x) =
Z x
a
f(t)dt.
D´efinition 1.10. Si F(x) admet la limite J ∈ R lorsque x → b, on dit que l’int´egrale g´en´eralis´ee Rb
af(t)dt estconvergente et on lui attribue la valeurJ. Par contre, siF(x) n’admet pas de limite ou tend vers±∞lorsque x→b, on dit que l’int´egrale g´en´eralis´ee Rb
af(t)dt estdivergente.
Exemple 1.11. (i) Rx
0 cost dt = −sinx n’admet pas de limite lorsque x→ ∞, donc l’int´egrale g´en´eralis´eeR+∞
0 cost dtest divergente.
(ii) Rx
1 dt
t2 = 1−1x tends vers 1 lorsquex→+∞, doncR+∞
1 dt t2 = 1.
(iii) La fonction f(x) = √ 1
1−x2 n’est pas born´ee sur l’intervalle [0,1[. Cepen- dant, pour x∈[0,1[,Rx
0 √dt
1−t2 = arcsint
¯¯
¯x
0 = arcsinxx→1−→ π2. DoncR1
0 √dt 1−t2
converge et a pour valeurπ/2.
2.2. Le cas −∞ ≤ a < b < ∞. De fa¸con similaire, dans ce cas, on associe `a la fonction f :]a, b]→Rl’application G:]a, b]→R d´efinie par :
(1.8) G(x) =
Z b
x
f(t)dt.
Si G(x) admet la limite J ∈ R lorsque x → a, on dit que l’int´egrale g´en´eralis´ee Rb
af(t)dt est convergente et on lui attribue la valeur J. Par contre, si G(x) n’admet pas de limite ou tend vers ±∞ lorsque x → a, on dit que l’int´egrale g´en´eralis´ee Rb
af(t)dt est divergente.
En fait Rb
xf(t)dt=R−x
−b f(−t)dt; les int´egrales g´en´eralis´ees Rb
af(t)dt et R−a
−b f(−t)dt sont de mˆeme nature et ´egales en cas de convergence. C’est pourquoi on peut toujours se ramener au cas −∞< a < b≤+∞ que nous reprenons dans toute la suite.
2.3. Absolue convergence.
D´efinition 1.12. Soit f : [a, b[→ R localement int´egrable. Lorsque l’int´egrale Rb
a|f(t)|dt est convergente, on dit que Rb
af(t)dt est absolument convergente.
4 1. INT´EGRALES G´EN´ERALIS´EES
2.4. Fonctions `a valeurs complexes.
D´efinition 1.13. Soit f : [a, b[→ C localement int´egrable. On dit que l’int´egrale Rb
af(t)dt est convergente si et seulement si les deux int´egrales Rb
a<(f(t))dt etRb
a=(f(t))dt sont convergentes et alors (1.9)
Z b
a
f(t)dt= Z b
a
<(f(t))dt+i Z b
a
=(f(t))dt.
(< designe la partie r´eelle et = la partie imaginaire). On dirait aussi que Rb
af(t)dtestabsolument convergentesi et seulement siRb
a|f(t)|dtest conver- gente.
2.5. Crit`ere de Cauchy.
Th´eor`eme1.14. Soitf : [a, b[→Rune application localement int´egrable.
L’int´egrale Rb
af(t)dt est convergente si et seulement sif v´erifie la condition suivante, dite crit`ere de Cauchy : ∀ε > 0 ∃c∈ [a, b[ tel que ∀x1, x2 ∈ [c, b[
on a |Rx2
x1 f(t)d(t)| ≤ε.
Preuve. (i) Condition n´ecessaire. Supposons que Rb
af(t)dt est conver- gente, c’est a dire∃limx→bF(x) =I ∈Ro`uF(x) =Rx
a f(t)dt. Par d´efinition,
∀ε > 0 ∃c < b tel que |F(x)−I| ≤ ε/2 ∀x ∈ [c, b[, donc |Rx2
x1 f(t)d(t)| =
|F(x2)−F(x1)| ≤ |F(x1)−I|+|I−F(x2)| ≤ε/2 +ε/2 =ε∀x1, x2 ∈[c, b[.
(i) Condition suiffisante. Supposons que la condition de Cauchy est satis- faite. Choisissons une suite (xn)n∈N arbitraire de nombres dans [c, b[ telle que limn→∞xn =b. Alors la suiteF(xn) est de Cauchy, donc convergente.
Notons I = limn→∞F(xn). ∀ε > 0, ∃c ∈ [a, b[ tel que |F(x0)−F(x00)| =
|Rx0
x00f(t)dt| ≤ ε/2 ∀x0, x00 ∈ [c, b[, et ∃N ∈ N tel que |F(xn)−I| ≤ ε/2
∀n ≥ N. Prenons un n ≥ N tel que xn ∈ [c, b[, alors |F(x) −I| ≤
|F(x)−F(xn)|+|F(xn)−I| ≤ε/2 +ε/2 =ε∀x∈[c, b[. Cela veut dire que
limx→bF(x) =I. ♦
Corollaire 1.15. Soit f : [a, b[→ R localement int´egrable. Rb
af(t)dt absolumente convergente =⇒ Rb
af(t)dt convergente.
Preuve. Elle r´esulte imm´ediatement du crit`ere de Cauchy et de l’in´egalit´e : (1.10)
¯¯
¯¯ Z x2
x1
f(t)dt
¯¯
¯¯≤ Z x2
x1
|f(t)|dt.
♦
2.6. Le cas de fonctions positives.
Th´eor`eme 1.16. Soit f : [a, b[→ R+ localement int´egrable. L’int´egrale Rb
af(t)dt est convergente si et seulement si l’ensemble{Rx
a f(t)dt;x∈[a, b[}
est major´e ; dans ce cas (1.11)
Z b
a
f(t)dt= sup
x∈[a,b[
Z x
a
f(t)dt.
3. ETUDE DE LA CONVERGENCE 5
Preuve. F(x) = Rx
a f(t)dt est croissante, donc limx→bF(x) existe tou- jours ; si elle est finie l’int´egrale est convergente ; sinon elle est ´egale `a +∞.
♦
3. Etude de la convergence 3.1. Crit`ere de comparaison.
Rappel sur les notations de Landau. Soientf : [a, b[→Retg: [a, b[→R deux fonctions.
– On dit que f =O(g) au voisinage de bs’il existe c∈[a, b[ et α∈R+ tel que |f(t)| ≤α|g(t)| ∀t∈[c, b[. (Lorsqueb= +∞, cela signifie que
∀t≥c,f(t)≤α|g(t)|.
– On dit que f = o(g) au voisinage de b si ∀ε > 0 ∃c ∈ [a, b[ tel que
|f(t)| ≤ε|g(t)| ∀t∈[c, b[.
– On dit que f ∼g au voisinage de b sif −g=o(g) au voisinage deb (⇐⇒ f−g=o(f) au voisinage deb).
Th´eor`eme 1.17. Soientf et g deux applications localement int´egrables de [a, b[ dans R. On suppose qu’il existe c ∈ [a, b[ tel que : ∀t ∈[c, b[, 0 ≤ f(t)≤g(t). Alors :
(i) Rb
a g(t)dt convergente=⇒ Rb
af(t)dt convergente.
(ii) Rb
a f(t)dt divergente =⇒ Rb
ag(t)dt divergente.
Preuve.f etg´etant int´egrables sur [a, c], il suffit d’´etudier la convergence deRb
c f(t)dtet deRb
c g(t)dt. Sachant que∀x∈[c, b[, 0≤Rx
c f(t)dt≤Rx
c g(t)dt
la conclusion r´esulte du Th´eor`eme 1.16. ♦
Corollaire1.18. Soientf etgdeux applications localement int´egrables de [a, b[ dans R. On suppose qu’il existe d ∈ [a, b[ tel que f et g soient positives sur [d, b[et que f =O(g) au voisinage de b. Alors :
(i) Rb
a g(t)dt convergente=⇒ Rb
af(t)dt convergente.
(ii) Rb
a f(t)dt divergente =⇒ Rb
ag(t)dt divergente.
Preuve. Par hyposth`ese, il existec∈[d, b[ etα∈R+tels que 0≤f(t)≤ αg(t)∀t∈[d, b[, et on applique le th´eor`eme. ♦ Corollaire1.19. Soientf etgdeux applications localement int´egrables de [a, b[dans R. On suppose :
(i) ∃d∈[a, b[tel que g(t)≥0 ∀t∈[d, b[.
(ii) ∃λ6= 0 tel que f ∼λg au voisinage de b.
Alors les int´egrales Rb
af(t)dt et Rb
ag(t)dt sont de mˆeme nature.
Preuve. Les int´egrales de f et de −f ´etant de mˆeme nature, on peut supposerλ >0. Il existe alorsc∈[d, b[ tel que
∀t∈[c, b[: 1
2λg(t)≤f(t)≤ 3 2λg(t).
Le r´esultat est alors une cons´equence directe du th´eor`eme pr´ec´edent. ♦
6 1. INT´EGRALES G´EN´ERALIS´EES
3.2. Quelques fonctions de r´ef´erence.
Lemme 1.20. Pour a > 0 et α ∈ R, l’int´egrale Z +∞
a
dt
tα converge si et seulement si α >1.
Preuve. Pour x∈[a,+∞[, F(x) = Rx
a t−αdt s’´ecrit α−11 (aα−11 −xα−11 ) si α 6= 1 ; lnx−lnasiα= 1 d’o`u le r´esultat. ♦
Lemme 1.21. Pour −∞ < a < b <+∞ et α ∈R, l’int´egrale Rb
a dt (b−t)α
converge si et seulement si α <1.
Preuve. Pour x∈[a, b[, F(x) = Rx
a dt
(b−t)α s’´ecrit ln(b−a)−ln(b−x) si α = 1 ; 1−α1 ((b−a)1−α−(b−x)1−α) siα6= 1 d’o`u le r´esultat. ♦
3.3. R`egles d’absolue convergence.
Proposition 1.22. Soit f : [a,+∞[→ R une application localement int´egrable.
(i) S’il existe α∈Retc6= 0 tels que, au voisinage de+∞, f(t)∼ctα, alors l’int´egrale R+∞
a f(t)dt est absolument convergente si α >1 et divergente si α ≤1.
(ii) S’il existe α ∈ R, α > 1 tel que, au voisinage de +∞, f(t) = O(t−α), alors R+∞
a f(t)dt est absolument convergente.
(iii) S’il existe α∈R, α≤1tel que lim inft→∞tαf(t)>0, alors R+∞
a f(t)dt est divergente.
Proposition 1.23. Soit f : [a, b[→ R (−∞ < a < b < +∞) une application localement int´egrable.
(i) S’il existe α ∈ R et c6= 0 tels que, au voisinage de b, f(t) ∼c(b−t)α, alors l’int´egrale Rb
af(t)dt est absolument convergente si α <1 et divergente si α≥1.
(ii) S’il existe α∈R, α <1 tel que, au voisinage de b, f(t) =O((b−t)−α), alors Rb
af(t)dt est absolument convergente.
(iii) S’il existeα∈R, α≥1tel quelim inft→b(b−t)αf(t)>0, alorsRb
af(t)dt est divergente.
Exemple 1.24. Etude de la convergence de R+∞
π t−αcos(λt)dt, avec α, λ ∈ R, α > 1. On a |t−αcos(λt)| ≤ t−α et R+∞
π t−αdt converge. Donc R+∞
π t−αcos(λt)dt converge absolument.
Exemple 1.25. Etude de la convergence de R1
0 √dt
1−t3. Le probl`eme se pose au voisinage de 1 o`u l’on a √1
1−t3 = √ 1 1−t√
1+t+t2
t→1∼ √1
3(1−t)−1/2. L’int´egrale est donc convergente, d’apr`es la Proposition 1.23.
3.4. R`egle d’Abel. Le th´eor`eme suivant permet souvent d’´etudier la convergence des int´egrales qui ne sont pas absolument convergentes.
Th´eor`eme 1.26 (R`egle d’Abel). Soient f : [a, b[→ R+ et g : [a, b[→
C deux applications localement int´egrables (b ∈ R∪ {+∞}). On fait les
3. ETUDE DE LA CONVERGENCE 7
hypoth`eses suivantes :
(i) f est r´eelle positive, d´ecroissante, et
x→blimf(x) = 0.
(ii) ∃K∈R+ tel que
¯¯
¯¯ Z u
a
g(t)dt
¯¯
¯¯≤K ∀u∈[a, b[.
Alors l’int´egrale Rb
af(t)g(t)dt est convergente.
Preuve. Pour simplifier la preuve, nous supposons quef est continˆument d´erivable. Notant G(u) =Ru
a g(t)dt, on a|G(u)| ≤ K ∀u∈[a, b[. Comme f est d´ecroissante, f0(u)≤0 ∀u∈[a, b[. Utilisant l’int´egration par parties, on obtient
Z v
u
f(t)g(t)dt=f(v)G(v)−f(u)G(u)− Z v
u
f0(t)G(t)dt ∀a≤u < v < b, d’o`u
| Z v
u
f(t)g(t)dt| ≤f(v)|G(v)|+f(u)|G(u)|+ Z v
u
(−f0(t))|G(t)|dt
≤K[f(u) +f(v) + Z v
u
(−f0(t))dt)] = 2Kf(u)u→b−→0.
Cela veut dire que l’int´egrale g´en´eralis´ee Rb
af(t)g(t)dt v´erifie le crit`ere de
Cauchy, donc elle converge. ♦
Exemple1.27. Soitα >0. Etude de la convergence deR+∞
1 t−αcos(t)dt.
(i) Pour α >1, l’int´egraleR+∞
1 t−αdt est convergente d’apr`es le Lemme 1.20, donc R+∞
1 t−αcos(t)dt est absolument convergente par comparaison (|t−αcos(t)| ≤t−α).
(ii) Supposons d´esormais 0 < α≤ 1. Alors l’int´egrale R+∞
1 t−αcos(t)dt est convergente mais pas absolument convergente.
Pour montrer la convergence simple, on peut appliquer la r`egle d’Abel, avec f(t) =t−α etg(t) = cos(t). En effet,|Ru
1 cosdt|=|sin(u)−sin(1)| ≤2
∀u∈[1,+∞[.
Pour montrer la non-convergence absolue de R+∞
1 t−αcos(t)dt, c’est `a dire la divergence de R+∞
1 t−α|cos(t)|dt, on peut utiliser l’in´egalit´e t−α|cos(t)| ≥t−αcos2(t) = 1
2[t−α+t−αcos(2t)].
R+∞
1 t−αcos(2t)dt converge (pour les mˆeme raisons que R+∞
1 t−αcos(t)dt), maisR+∞
1 t−αdtdiverge (quand 0< α≤1), doncR+∞
1 t−αcos2(t)dtdiverge, et par comparaison R+∞
1 t−α|cos(t)|dt diverge.
Remarque 1.28. Une int´egrale g´en´eralis´ee convergente, mais pas abso- lument convergente, est dite aussi semi-convergente.
8 1. INT´EGRALES G´EN´ERALIS´EES
4. Calcul des int´egrales g´en´eralis´ees
Pour calculer une int´egrale g´en´eralis´ee ou ´etudier sa nature (absolue convergence, semi-convergence, divergence) on aura le plus souvent recours au calcul d’une primitive. On pourra aussi utiliser d’autres m´ethodes, par exemple, l’int´egration par parties ou le changement de variable. On a en particulier :
Th´eor`eme1.29. Soitφ:]α, β[→]a, b[une bijection continˆument d´erivable strictement monotone etf :]a, b[→Rune application continue. Alors l’int´egrale Rb
af(x)dx converge si et seulement si Rβ
α f(φ(t)φ0(t)dt converge et dans ce cas
(1.12)
Z β
α
f(φ(t))φ0(t)dt= Z φ(β)
φ(α)
f(x)dx.
Preuve. Utiliser la formule de changement de variable pour le cas “pro-
pre” (Th´eor`eme 1.8) et passer `a la limite. ♦
Exemple 1.30. Soit 0< α <2. Etude de la convergence de I =
Z 1
0
s−αcos(s−1)ds.
NotonsIε= Z 1
ε
s−αcos(s−1)ds, s=φ(t) = 1/t, φ0(t) =−1/t2. Iε=−
Z 1
1 ε
tαcos(t)−1 t2 dt=
Z 1
ε
1
t−(2−α)cos(t)dt.
D’apr`es les r´esultats de l’Exemple 1.27, on obtient :
– Pour 0< α <1, 2−α >1 et I est absolument convergente.
– Pour 1 ≤ α < 2, 0 < 2− α ≤ 1 et I est convergente mais pas absolument convergente.
5. Exercices Exercise 1.1. Monter la divergence de :
Z ∞
0
sinx dx, Z ∞
0
sin2x x dx,
Z 1
0
sinx x2 dx,
Z 1
0
dx 1−x1/2,
Z ∞
2
dx xlnx Exercise 1.2. Convergence absolue :
Z ∞
1
sinx x2 dx,
Z 1
0
sin(1/t)dt, Z ∞
0
2−xx4dx, Z 1
0
dx arccosx,
Z ∞
2
dx x(lnx)2 Exercise 1.3. Convergence simple (semi-convergence) :
Z ∞
0
sin(x2) dx, Z ∞
1
cosx x dx Exercise 1.4. Etudier la convergence (α∈R)
Z ∞
0
tlnt (1 +t2)αdt,
Z 1
0
dx (tanx−x)α,
Z 1
0
xα−1 lnx dx,
Z ∞
0
cos(tα)dt
5. EXERCICES 9
Exercise 1.5. Montrer la convergence et calculer Z +∞
−∞
dt t2+ 2t+ 2,
Z ∞
0
dt 1 +t4,
Z ∞
0
t2dt 1 +t4,
Z π/2
0
√tant dt Exercise 1.6. Montrer la convergence et calculer
Z ∞
2
dx x2−1,
Z ∞
0
dx
(x+ 1)(x+ 2)(x+ 3), Z 5
4
p dt
(t−4)(5−t) Exercise 1.7. Montrer la convergence et calculer
Z ∞
0
lnt 1 +t2dt,
Z 1
0
lnt
√1−tdt, Z ∞
−∞
dx
(a+x2)(b+x2) (a, b >0)
Exercise 1.8. Montrer que les int´egrales suivantes convergent et les calculer par r´eccurence :
In= Z ∞
0
tne−tdt, Jn= Z ∞
0
dt (1 +t2)n .
CHAPITRE 2
S´ eries num´ eriques
1. Somme d’une s´erie
Soit (an)n∈N une suite de nombres r´eels ou complexes. On veut donner un sens `a la s´erie, c’est `a dire lasomme infinie
(2.1)
X∞
n=0
an.
Pour cela, on regarde les sommes partielles
(2.2) An=
Xn
k=0
an.
La suite (An)n∈N est appel´ee suite associ´ee `a la s´erie P
an. De la relation an = An−An−1 on d´eduit que la s´erie P
an est d´et´ermin´ee par sa suite associ´ee.
D´efinition 2.1. Soit P
an une s´erie num´erique et notons (An) la suite associ´ee. On dit que la s´erie P
an est convergente (resp. divergente) si et seulement si la suite associ´ee (An) est convergente (resp. divergente). Dans le cas convergent la limite limn→∞Anest appel´ee somme de la s´erieP∞
n=0an. On peut ´ecrire
(2.3)
X∞
k=0
an= lim
n→∞
Xn
k=0
an.
Remarque2.2. De fa¸con similaire, on peut d´efinirP∞
n=0fn, o`ufnsont des ´el´ements d’un espace vectoriel (e.g., espaces euclidiens ou espaces de fonctions). Dans ce chapitre nous ´etudions seulement les s´eries num´eriques.
Plus tard nous regarderons des s´eries de fonctions.
Remarque2.3. Sian=<(an)+i=(an)∈Csont des nombres complexes (<et=d´esignent la partie r´eelle et la partie complexe), alors la s´erieP
an converge si et seulement si les s´eriesP
<(an) etP
=(an) convergent, et dans ce cas on a
(2.4) X
an=X
<(an) +iX
=(an) D´efinition2.4. On dit que la s´erieP
an v´erifie lecrit`ere de Cauchy si et seulement si : ∀ ε >0 ∃N ∈Ntelle que ∀ n≥N, p∈Non a
(2.5) |An+p−An|=
¯¯
¯¯
¯ Xp
k=1
an+k
¯¯
¯¯
¯≤ε.
10
1. SOMME D’UNE S´ERIE 11
Autrement dit, la s´erieP
ansatisfait le crit`ere de Cauchy si et seulement si la suite associ´ee An =Pn
k=0ak satisfait le crit`ere de Cauchy. Rappelons qu’une suite num´erique converge si est seulement si elle satisfait le crit`ere de Cauchy. Donc
Th´eor`eme 2.5. Une s´erie num´eriqueX
an est convergente si et seule- ment si elle v´erifie le crit`ere de Cauchy.
Corollaire 2.6. Une condition n´ecessaire pour que la s´erie X an converge est que
(2.6) lim
n→∞an= 0.
Attention ! La condition limn→∞an = 0 n’est pas suffisante pour la convergence de la s´erieP
an.
Exemple 2.7. Si |z| ≥ 1 alors la s´erie P∞
n=0zn diverge car son terme g´en´eral ne tend pas vers 0.
Exemple 2.8. La s´erie r´eelle harmonique P∞
n=1 1
n diverge bien que limn→∞ 1n = 0. En effet ∀ n ∈ N∗, Pn
k=1 1
n+k ≥ 2nn = 12 donc la s´erie harmonique ne v´erifie pas le crit`ere de Cauchy.
Proposition 2.9. Si les deux s´eries num´eriques P
an et P
bn sont convergentes alors la s´erie P
(an+bn) est aussi convergente et on a (2.7)
X∞
n=0
(an+bn) = X∞
n=0
an+ X∞
n=0
bn.
Si la s´erie P
an est convergente etλest un nombre alors la s´erieP
λan est aussi convergente et on a
(2.8)
X∞
n=0
λan=λ X∞
n=0
an.
Preuve. R´esulte des propri´et´es similaires pour les suites num´eriques. ♦ Attention !La s´erieP
(an+bn) peut etre convergente mˆeme siP anet Pbn sont divergentes. (Mais si l’une de ces deux diverge et l’autre converge alorsP
(an+bn) diverge ; montrer pourquoi ?). Par exemple,P
2netP (21n− 2n) divergent, maisP∞
n=0[2n+ (21n −2n)] =P∞
n=0 1
2n = 2 converge.
D´efinition 2.10. La s´erie num´erique P
an est diteabsolument conver- gente si et seulement si la s´erie P
|an|`a termes dansR+ est convergente.
Th´eor`eme 2.11. Toute s´erie num´erique P∞
n=0an absolumente conver- gente est aussi convergente et on a
(2.9) |
X∞
n=0
an| ≤ X∞
n=0
|an|.
Preuve. Soitε >0. D’apr`es le Theor`eme 2.5,∃N ∈Ntel que∀n≥N, p∈ N :Pp
k=1|an+k| ≤ε. A fortiori, ∀n≥N, p∈N:|Pp
k=1an+k| ≤ε. D’apr`es
12 2. S´ERIES NUM´ERIQUES
le crit`ere de Cauchy, la s´erie P
an converge. L’in´egalit´e entre sommes se r´eduit par passage `a la limite de :
(2.10) |
XN
n=0
an| ≤ XN
n=0
|an| ∀ N ∈N.
♦
2. Etude de la convergence absolue d’une s´erie 2.1. S´erie `a termes r´eels positifs.
Th´eor`eme 2.12. La s´erieP
an, `a termes r´eels positifs, est convergente si et seulement si la suite associ´ee (An), o`uAn=Pn
k=0ak, est major´ee. La somme de la s´erie est alors la borne sup´erieure de {An;n∈N}. La s´erie est divergente si et seulement si limn→∞An= +∞.
Preuve. R´esulte imm´ediatement du fait qua la suiteAnest croissante.♦ Corollaire 2.13. Soient P
an et P
bn deux s´eries `a termes r´eels po- sitifs. Alors la s´erie P
(an+bn) et convergente si et seulement si les deux s´eries P
an etP
bn sont convergentes, et dans ce cas on a (2.11)
X∞
n=0
(an+bn) = X∞
n=0
an+ X∞
n=0
bn.
Th´eor`eme 2.14 (Crit`eres de comparaison). Soient P
an et P
bn deux s´eries `a termes r´eels positifs v´erifiant
(2.12) 0≤an≤bn ∀ n∈N.
(i) Si la s´erie P
bn converge, alors la s´erie P
an converge et
(2.13) 0≤
X∞
n=0
an≤ X∞
n=0
bn
(ii) Si la s´erie P
an diverge, alors la s´erieP
bn diverge.
Preuve. On a pour toutn∈N: 0≤Pn
k=0ak≤Pn
k=0bk. (i) est alors un corollaire du Th´eor`eme 2.12. (ii) s’en d´eduit par contraposition. ♦ Remarque 2.15. Hormis l’in´egalit´e (2.13), le th´eor`eme pr´ec´edent reste valable sous l’hypoth`ese moins forte :
(2.14) ∃ N ∈Nt.q.∀ n≥N : 0≤an≤bn. Corollaire 2.16. Soit P
an une s´erie `a termes dans R. On d´efinit a+n = max(0, an), a−n = max(0,−an). Une condition n´ecessaire et suffisante pour que P
an soit absolument convergente est que les deux s´eriesP a+n et Pa−n soient convergentes.
Preuve. La condition n´ecessaire r´esulte du Th´eor`eme pr´ec´edent compte tenu des in´egalit´es 0≤a+n ≤ |an|et 0≤a−n ≤ |an|. La condition suffisante r´esulte de la relation |an|=a+n +a−n. ♦
2. ETUDE DE LA CONVERGENCE ABSOLUE D’UNE S´ERIE 13
Corollaire 2.17. La s´erie complexe P
an est absolument convergente si et seulement si les deux s´eries r´eelles P
<(an) et P
=(an) sont absolu- ment convergentes
Preuve.|<(an)|+|=(an)| ≤2|an| ≤2(|<(an)|+|=(an)|). ♦ Rappel : La notation an = O(bn) au voisinage de +∞ veut dire qu’il existe un nombre positif C et un nombre naturel N tel que |an| ≤ C|bn| pour tout n≥N.
Corollaire 2.18. Soient P
an et P
bn deux s´eries `a termes r´eels po- sitifs v´erifiant an=O(bn) au voisinage de +∞. Alors :
(i) Si la s´erie P
bn converge, alors la s´erie P
an converge.
(ii) Si la s´erie P
an diverge, alors la s´erieP
bn diverge.
(iii) Sibn6= 0 ∀net∃ lim
n→∞
an
bn ∈R∗+ alors les deux s´eriesP
anetP
bn sont de mˆeme nature.
Preuve. (iii) La condition limn→∞abnn >0 implique qu’il existentC1, C2 >
0 et N ∈ N tels que C1bn ≤ an ≤ C2bn ∀n ≥ N. Donc P
an convergente
=⇒ P
C1bn convergente ⇐⇒ P
bn convergente ⇐⇒ P
C2bn convergente
=⇒ P
an convergente. ♦
Attention !Si les s´eriesP
anetP
bnne sont pas `a termes positifs alors elles ne sont pas forc´ement de mˆeme nature mˆeme si ∃limn→∞abnn ∈R∗+.
Exemple 2.19. La s´erie P
bn de terme g´en´eral bn = (−1)√nn converge, mais la s´erie P
an de terme g´en´eral an = n1 + (−1)√nn diverge, bien que limn→∞ abnn = 1. (Exercice : montrer pourquoi).
2.2. Comparaison avec une s´erie g´eom´etrique.
D´efinition 2.20. Toute s´erie complexe de la formeP
an o`u a∈Cest dite s´erie g´eom´etrique.
Proposition 2.21. Soit la s´erie g´eom´etrique P∞
n=0an. Si |a| ≥1, elle diverge ; si |a|<1, elle converge et a pour somme 1
1−a.
Preuve. Si |a| ≥1, la suitean n’admet pas 0 pour limite ; la s´erieP an est donc divergente.
Supposons |a|<1. On montre facilement par r´ecurrence (2.15)
Xn
k=0
ak = 1−an+1 1−a
n→∞−→ 1 1−a
♦ Th´eor`eme 2.22 (R`egle de Cauchy). Soit P
an une s´erie num´erique.
On pose
(2.16) λ= lim sup
n→∞ |an|1/n. (i) Si λ <1, la s´erie P
an est absolument convergente.
(ii) Si λ >1, la s´erie P
an est divergente.
14 2. S´ERIES NUM´ERIQUES
Rappel. Soit (cn) une suite de nombres r´eels. Si pour tout N ∈ N, la suite (cn)n≥N n’est pas major´ee, alors lim supn→∞cn = +∞. Dans le cas contraire, lim supn→∞cn := limk→∞sup{cn, n≥k}<+∞.
Preuve. (i) Supposonsλ <1. Choisissonsµ∈Rtel queλ < µ <1. On a limn→∞supk≥n|ak|1k =λ < µ, donc il existen0∈Ntel que supk≥n|ak|1k ≤µ pour tout n≥n0. Par cons´equence, pour toutn≥n0 on a |an|1/n ≤µ, ou
|an| ≤µn. D’apr`es la Proposition 2.21 et le th´eor`eme de comparaison,P
|an| converge.
(ii) Supposons λ >1. Pour toutn∈N, il existek≥n avec |ak|>1. La suite an n’admet pas 0 pour limite ; donc la s´erie P
an diverge. ♦
Th´eor`eme2.23 (R`egle de d’Alembert). SoitP
an une s´erie num´erique v´erifiant an6= 0 pour n≥n0. On pose :
(2.17) L= lim sup
n→∞
|an+1|
|an| , l= lim inf
n→∞
|an+1|
|an| (i) Si L <1, alors la s´erie P
an est absolument convergente.
(ii) Si l >1, alors la s´erie P
an est divergente.
Preuve. (i) Supposons L <1 et prenons µ tel que L < µ < 1. Il existe N ∈ N tel que an 6= 0 et |a|an+1n|| ≤ µ pour tout n ≥ N. On en d´eduit par r´eccurence que pour tout n≥N,|an| ≤λn.|aλNN| D’apr`es la Proposition 2.21 et le th´eor`eme de comparaison, P
|an|converge.
(ii) Supposons l > 1. Il existeN ∈N tel que an6= 0 et |a|an+1n|| ≥1 pour toutn≥N., donc|an| ≥ |aN|>0∀n≥N. La suite an n’admet pas 0 pour limite, donc la s´erie P
an diverge. ♦
Remarque 2.24. Le cas lim supn→∞|an|1/n = 1 est le cas douteux la r`egle de Cauchy. En fait, il y a des exemples convergents et des exemples divergents dans ce cas. De fa¸con similaire, le cas lim supn→∞ |a|an+1|
n| ≥ 1 ≥ lim infn→∞|a|an+1n|| ne peut pas ˆetre trait´e par la r`egle de d’Alembert. Nous verrons des r`egles plus fines pour ´etudier ces cas.
2.3. Comparaison d’une s´erie et d’une int´egrale.
Th´eor`eme 2.25. Soit f : [a,+∞[→ R+ positive et d´ecroissante. Alors la s´erie P∞
n=0f(a+n) et l’int´egrale R+∞
a f(t)dt sont de mˆeme nature.
Preuve. On a,∀k∈N,f(a+k+ 1)≤Ra+k+1
a+k f(t)dt≤f(a+k), donc (2.18)
Xn
k=1
f(a+k)≤ Xn
k=0
Z a+k+1
a+k
f(t)dt= Z a+n
a
f(t)dt≤
n−1X
k=0
f(a+k).
D’apr`es le Th´eor`eme 1.16 et le Th´eor`eme 2.12 sur la convergence des int´egrales et des s´eries positives, on a, `a cause des in´egalit´es pr´ec´edentes : R+∞
a f(t)dt convergente ⇐⇒ {Ra+n
a f(t)dt, n∈N} major´e⇐⇒ {Pn
k=1f(a+k), n∈N}
major´e ⇐⇒P∞
n=0f(a+n) convergente. ♦
3. CONVERGENCE SIMPLE 15
2.4. S´eries de Riemann.
D´efinition 2.26. Toute s´erie de la forme X∞
n=1
1
nα o`u α ∈ R est donn´e est dite s´erie de Riemann.
Proposition 2.27. La s´erie de Riemann converge si et seulement si α >1.
Preuve. Siα≤0, le terme g´en´eraln−αne tend pas vers 0, doncP∞
n=1 1 nα
diverge. Pour α >0, la s´erie P∞
n=1 1
nα et l’int´egrale R+∞
1 dt
tα sont de mˆeme nature d’apr`es le Th´eor`eme 2.25. De l’autre cˆot´e, le Lemme 1.20 dit que R+∞
1 dt
tα converge si et seulement si α >1. ♦
Remarque 2.28. La s´erie de Riemann correspond au cas douteux de la r`egle de Cauchy. En effet, posant un = n1α, |un|1n = exp(−αnlnn) n→∞−→ 1.
C’est ´egalement le cas douteux de la r`egle de d’Alembert puisque uun+1
n =
(n+1n )−α n−→→∞1.
3. Convergence simple
Les s´eries num´eriques qui sont convergentes mais pas absolument conver- gentes sont appell´ees aussi semi-convergentes.
Un des outils principaux pour ´etudier la convergence des s´eries qui ne sont pas forc´ement absolument convergentes et la r`egle d’Abel ci-dessous.
3.1. R`egle d’Abel.
Lemme 2.29 (Transformation d’Abel). Soient (an) et (bn) deux suites num´eriques. On poseBn=Pn
k=0bk. On a alors pour toutn∈Netp∈N∗ : (2.19)
Xp
k=1
an+kbn+k= Xp
k=1
(an+k−an+k+1)Bn+k−an+1Bn+an+p+1Bn+p. Preuve. On a bn+k =Bn+k−Bn+k−1, donc :
Xp
k=1
an+kbn+k= Xp
k=1
an+kBn+k− Xp−1
l=0
an+l+1Bn+l (l=k−1).
Rempla¸cant l park, on obtient la formule recherch´ee. ♦ Th´eor`eme2.30 (R`egle d’Abel). Soient(an)et(bn)deux suites num´eriques qui v´erifient les trois conditions suivantes :
(i) limn→∞an= 0.
(ii) P∞
n=0|an−an+1|<+∞.
(iii) La suite (Bn) est born´ee, o`u Bn=Pn
k=0bn. Alors la s´erie P∞
n=0anbn est convergente.
Preuve. D’apr`es (iii), ∃M > 0 tel que |Bn| ≤ M ∀n ∈ N. Avec la transformation d’Abel et l’in´egalit´e triangulaire, on obtient :
¯¯
¯¯
¯ Xp
k=1
an+kbn+k
¯¯
¯¯
¯=M
" p X
k=1
|an+k−an+k+1|+|an+1|+|an+p+1|
# .