SEMAINE 3
R ´EDUCTION DES ENDOMORPHISMES (PREMI `ERE PARTIE) EXERCICE 1 :
Soit IK un corps infini, soitE un IK-espace vectoriel de dimension finie.
1.Montrer queE n’est pas la r´eunion d’une famille finie de sous-espaces vectoriels stricts.
2.Soituun endomorphisme deE. Pour tout vecteurxdeE, soitIx={P ∈IK[X]|P(u)(x) = 0}
(id´eal annulateur de uen x). Montrer que Ix est un id´eal de IK[X] ; on notera µx le g´en´erateur normalis´e de cet id´eal.
3.Soitµle polynˆome minimal deu. Montrer qu’il existe un vecteurxdeE tel queµ=µx. 4.Un endomorphismeudeE est ditcycliques’il existe un vecteur xdeE tel que l’ensemble
Ex={P(u)(x) ; P ∈IK[X]}
soit ´egal `a E. Montrer que uest cyclique si et seulement si son polynˆome minimal est ´egal (au signe pr`es) `a son polynˆome caract´eristique (not´eχ).
5.On suppose IK = IR ou C. Montrer que l’ensemble des endomorphismes cycliques est un ouvert dense deL(E).
On pourra, pour tout x de E, consid´erer l’application δx : L(E) → IK d´efinie par δx(u) = detB x, u(x), . . . , un−1(x)
, o`u B est une quelconque base de E, et n = dimE.
Source :
• Jacques CHEVALLET, Alg`ebre MP/PSI, ´Editions Vuibert, ISBN 2-7117-2092-6
• Patrice TAUVEL, Exercices de math´ematiques pour l’agr´egation, Alg`ebre 2, ´Editions Mas- son, ISBN 2-225-84441-0
- - - - 1.Par r´ecurrence surn= dimE.
• Pourn= 0 oun= 1, c’est ´evident.
• Soit n ≥2, supposons la propri´et´e d´emontr´ee pour tout IK-espace vectoriel de dimension n−1.
SoitE un IK-espace vectoriel de dimensionn, supposons E=F1 ∪ F2 ∪ . . . ∪ Fp o`u les Fi sont des sous-espaces vectoriels stricts deE. SiH est un hyperplan deE, on a alors
H = (H ∩ F1) ∪ (H ∩ F2) ∪ . . . ∪ (H ∩ Fp).
D’apr`es l’hypoth`ese de r´ecurrence, on a H ∩ Fi = H pour un certain indice i ∈ [[1, p]], c’est-`a-dire H⊂Fi, soit encoreH =Fi puisqueFi est un sous-espace strict deE.
Tout hyperplan de E est donc l’un des Fi (c’est absurde, il y a dans E une infinit´e d’hyperplans distincts).
2.V´erifications imm´ediates, laiss´ees `a l’´eventuel lecteur. On aIx6={0}carµ∈Ix. 3.Notons Dl’ensemble des diviseurs stricts normalis´es de µdans IK[X] :
D={P ∈IK[X] ; P normalis´e, P |µ , P 6=µ}.
L’ensembleDest fini. S’il n’existait pas de vecteur xdeE tel queµ=µx, alors toutxde E appartiendrait `a un sous-espace KerP(u) avecP ∈ D, on aurait donc
E= [
P∈D
KerP(u)
etEserait une union finie de sous-espaces stricts (on a bien KerP(u)6=Epour toutP ∈ D en raison de la minimalit´e deµ), ce qui est absurde.
3’.Montrons avec des arguments plus classiques l’existence d’un vecteurxtel queµx=µ, mˆeme siIK est un corps fini:
•sixetysont deux vecteurs quelconques, on a P(u)(x+y) =P(u)(x) +P(u)(y) pour tout polyn”meP, d’o`uIx ∩ Iy⊂Ix+y, soitµx+y|µx∨µy, ce qui entraˆıneµx+y |µxµy.
• si les vecteurs xet y sont tels que µx∧µy = 1, alors µx+y =µxµy : en effet, on sait d´ej`a queµx+y|µxµy ; par ailleurs,x= (x+y) + (−y), donc µx|µx+yµy. Par le th´eor`eme de Gauss, on tireµx|µx+y. Par sym´etrie, µy|µx+y. Doncµxµy=µx∧µy |µx+y.
• Soit µ =
p
Y
k=1
Pkrk la d´ecomposition de µ en produit de facteurs irr´eductibles dans K[X].
D’apr`es le lemme des noyaux, on aE=
p
M
k=1
Nk avec Nk= KerPkrk(u). Pour touti∈[[1, p]], posonsQi=Piri−1 Y
j6=i
Pjrj
, on a ainsiµ=PiQi.
DansNi = KerPiri(u), il existe au moins un ´el´ement xi tel queµxi =Piri : en effet, sinon, on auraitPiri−1(u)(x) = 0 pour toutx∈Ni, doncNi = KerPiri−1(u) et le polynˆomeQi
annulerait alorsu, ce qui contredirait la minimalit´e deµ.
LesPiri´etant deux `a deux premiers entre eux, le vecteurx=
p
X
i=1
xiv´erifieµx=
p
Y
i=1
Piri=µ.
4. Soitu∈ L(E) quelconque, soitx∈E non nul. L’ensemble Ex={P(u)(x) ; P ∈IK[X]} est un sous-espace vectoriel de E (´evident, on l’appelle sous-espaceu-monog`ene engendr´e par le vecteur x). La dimension deEx est le degr´e du polynˆomeµx: dimEx= degµx.
En effet, soit r le plus petit entier naturel non nul pour lequel la famille de vecteurs x, u(x), . . . , ur(x)
est li´ee. Alors, la famille x, u(x), . . . , ur−1(x)
est libre, donc l’id´eal an- nulateurIxne contient aucun polynˆome de degr´e inf´erieur ou ´egal `ar−1 (sauf le polynˆome nul), mais ur(x) est combinaison lin´eaire des vecteursx, u(x), . . ., ur−1(x) donc il existe un polynˆome normalis´eP de degr´ertel queP(u)(x) = 0 et ce polynˆome est alorsµx, donc degµx=r.
Par ailleurs, ur(x) ∈ Vect x, u(x), . . . , ur−1(x)
et, par une r´ecurrence imm´ediate, on a uk(x)∈Vect x, u(x), . . . , ur−1(x)
pour toutk∈IN, doncEx= Vect x, u(x), . . . , ur−1(x) et cet espace est de dimensionrpuisque la famille (x, u(x), . . . , ur−1(x)
est libre.
• Si uest cyclique, alors il existextel queEx=E, donc tel que degµx =n. Comme µx|µ et µ|χavec degχ=n, on a donc (−1)nχ=µ=µx.
• Si χ = (−1)nµ, on utilise l’existence d’un vecteur x tel que µx = µ ; pour un telx, on a dimEx= degµx=n, doncEx=E etuest cyclique.
5.Soit Ω l’ensemble des endomorphismes cycliques deE. SoitBune base quelconque deE. Alors u∈Ω ⇐⇒ ∃x∈E detB x, u(x), . . . , un−1(x)
6= 0.
Pour toutx∈E, l’applicationδx:L(E)→IK d´efinie parδx(u) = detB x, u(x), . . . , un−1(x) est polynomiale (c’est un polynˆome en les coefficients de la matriceMB(u)), donc continue, donc Ω = [
x∈E
δx−1(IK∗) est un ouvert de L(E).
Remarquons que l’applicationδx est n(n−1)
2 -homog`ene (multilin´earit´e du d´eterminant) :
∀u∈ L(E) ∀t∈K δx(tu) =t
n(n−1)
2 ·δx(u).
Donnons-nous un endomorphisme cycliquev0 fix deE (celui tel que MB(v0) = diag(1, . . . , n) par exemple : un endomorphisme diagonalisable est cyclique si et seulement si ses valeurs propres sont deux `a deux distinctes), soit doncxun vecteur tel queδx(v0)6= 0. Soitu∈ L(E) quelconque, montrons que l’on peut approcher u par des endomorphismes cycliques. Par continuit´e, on aδx(v0+tu)6= 0 pour|t|petit. Mais on a δx(u+tv0) =t
n(n−1) 2 ·δx
v0+1
tu
pour toutt∈IK∗. L’application IK→IK,t7→δx(u+tv0), est polynomiale non identiquement nulle, soitRl’ensemble (fini, ´eventuellement vide) de ses racines ; si 06∈R, cela signifie que u∈ Ω et, si 0∈ R, il existe un r´eel α >0 tel que 0 soit le seul ´el´ement deR de module strictement inf´erieur `a αet alors tous les endomorphismesu+tv0, avec 0 <|t|< α, sont cycliques.
EXERCICE 2 :
Pour toute matrice A∈ Mn(IK),
- on noteγA l’endomorphisme deMn(IK) d´efini parγA(M) = [A, M] =AM−M A; - on noteτAla forme lin´eaire surMn(IK) d´efinie parτA(M) = tr(AM).
1.Montrer que l’applicationτ:A7→τAd´efinit un isomorphisme deMn(IK) sur son dual.
2.On suppose Anilpotente. Comparer les sous-espaces KerγA et KerτA.
3.Montrer queAest nilpotente si et seulement si il existeB∈ Mn(IK) telle queA=BA−AB.
4.On suppose IK = IR ou C. Montrer qu’une matriceA∈ Mn(IK) est nilpotente si et seulement si les matricesAet 2Asont semblables.
Source : Merci `a Jacques CHEVALLET.
- - - - 1. La lin´earit´e deτ :Mn(K)→ Mn(K)∗
est imm´ediate. On v´erifie que τA(Eij) =aji (avec des notations ´evidentes) doncτA = 0 si et seulement siA= 0. L’application lin´eaireτ est donc injective, c’est donc un isomorphisme puisque les espaces de d´epart et d’arriv´ee sont de mˆeme dimension.
2. Si A est nilpotente et si M est une matrice commutant avec A (c’est-`a-dire M ∈ KerγA), alors AM est nilpotente (puisque (AM)k =AkMk pour tout k ∈IN), donc tr(AM) = 0.
On a ainsi prouv´e l’inclusion
KerγA⊂KerτA.
3.•SiAest nilpotente, l’inclusion KerγA⊂KerτA d´emontr´ee ci-dessus permet de factoriser : il existe une forme lin´eaireλsurMn(IK) telle queτA=λ◦γA(cf. th´eor`eme de factorisation, semaine2, exercice1,questiona.). D’apr`es la question1., on peut ´ecrireλ=τB, o`uB est une certaine matrice deMn(IK), doncτA=τB◦γA. Mais siM est une matrice quelconque deMn(IK), on a
(τB◦γA)(M) = tr B(AM−M A)
= tr(BAM)−tr(BM A) = tr(BAM)−tr(ABM)
= tr [B, A]M
=τ[B,A](M),
doncτB◦γA=τ[B,A]. On a ainsi prouv´e l’existence d’une matrice B telle queτA=τ[B,A]. Par l’isomorphisme “canonique” entreMn(IK) et son dual, on d´eduit
A= [B, A] =BA−AB .
• Si BA−AB =A, alors (BA−AB)A+A(BA−AB) = 2A2, soit BA2−A2B = 2A2 puis, par r´ecurrence, on a BAk−AkB =kAk pour tout entier naturelk. Si la matriceA n’´etait pas nilpotente, alors l’endomorphismeγB:M 7→BM−M B deMn(IK) admettrait une infinit´e de valeurs propres (tous les entiers naturels), ce qui est impossible. La matrice Aest donc nilpotente.
4. •SupposonsA nilpotente. Il existe une matriceB telle que A=BA−AB, ce que l’on peut
´
ecrire A(I+B) = BA. Par une r´ecurrence imm´ediate, on en tire A(I+B)k = BkA pour tout entier naturel k puis, plus g´en´eralement, A·P(I+B) = P(B)·A pour tout polynˆomeP ∈IK[X]. Soitλ∈IK ; en consid´erant la suite de polynˆomes (PN) d´efinie par PN(X) =
N
X
k=0
λkXk
k! et en passant `a la limite (justifications imm´ediates), on obtient la relation
A eλ(I+B)=eλBA , soit encore eλA=eλBA e−λB ;
les matrices A et eλA sont donc semblables, il suffit alors de prendreλ= ln 2.
•SiAet 2Asont semblables, alors 2kAest semblable `aApour toutk∈IN. Siλest une valeur propre (complexe) de A, alors 2kλ est aussi valeur propre de A pour toutn, cela impose λ= 0 (sinonAadmettrait une infinit´e de valeurs propres). Le polynˆome caract´eristique de Aest donc (−X)n, doncAest nilpotente d’apr`es Cayley-Hamilton.
EXERCICE 3 :
SoitEun C-espace vectoriel de dimension finien, soientuetvdeux endomorphismes deE tels queuv−vu=u.
1.Montrer queukv−vuk=k uk pour toutk∈IN.
2.En d´eduire queuest nilpotent.
3.Montrer queuetv sont cotrigonalisables (il existe une base de trigonalisation commune).
4.Montrer que le r´esultat de la question3. reste vrai si on suppose seulement que uv−vu∈Vect(u, v).
- - - - 1.C’est une r´ecurrence imm´ediate.
En notant [u, v] = uv−vu, on peut remarquer que [uv, w] = [u, w]v+u[v, w]. Si, au rang k≥1, on a [uk, v] =k uk, alors
[uk+1, v] = [uuk, v] = [u, v]uk+u[uk, v] =uk+1+k uk+1= (k+ 1)uk+1.
2.Notonsγvl’endomorphisme deL(E) d´efini par γv(w) = [w, v] =wv−vwpour toutw∈ L(E).
On aγv(uk) =k ukpour toutk∈IN donc, siun’´etait pas nilpotent, l’endomorphismeγvde L(E) aurait une infinit´e de valeurs propres (tous les entiers naturels), ce qui est impossible carL(E) est de dimension finie.
3. Montrons d’abord que u et v admettent un vecteur propre commun : le sous-espace Keru (non r´eduit `a{0}caruest nilpotent) est stable parv(v´erification imm´ediate). Le corps de base ´etant C, l’endomorphisme de Keruinduit par v admet au moins un vecteur propre, et le tour est jou´e.
Raisonnons maintenant par r´ecurrence surn= dimE :
• pourn= 1, c’est ´evident ;
• soit n≥2, supposons l’assertion vraie au rang n−1, soit E de dimension n, soient uet v deux endomorphismes deE tels que [u, v] =u. Soite1 un vecteur propre commun `a uetv (on vient d’en prouver l’existence) :u(e1) = 0 (n´ecessairement!) etv(e1) =λe1.
SoitH un hyperplan suppl´ementaire de la droiteD= Ce1 dansE, notonsple projecteur surH parall`element `aD ; dans une baseB= (e1, e2,· · ·, en) deE o`u B0= (e2,· · ·, en) est une base de H, on a U =MB(u) =
0 L 0 U0
et V =MB(v) =
λ L0 0 V0
avecU0 etV0 carr´ees d’ordre n−1 (repr´esentant dans B0 les endomorphismesu0 et v0 deH induits par p◦uet p◦v respectivement).
DeU V−V U =U, un calcul par blocs donneU0V0−V0U0 =U0, soit [u0, v0] =u0. On applique alors l’hypoth`ese de r´ecurrence aux endomorphismes u0 et v0 de H : il existe une base C0= (ε2,· · ·, εn) deH dans laquelleu0 etv0 sont repr´esent´es par des matrices triangulaires sup´erieuresT1etT2. Dans la baseC= (e1, ε2,· · ·, εn) deE, les endomorphismesuetvsont repr´esent´es par des matrices de la forme
0 X 0 T1
et
λ Y 0 T2
qui sont encore triangulaires
sup´erieures (XetY sont des matrices-lignes `an−1 coefficients). La r´ecurrence est achev´ee.
4.Supposons maintenant [u, v] =αu+βv.
• Si α 6= 0, en tˆatonnant un peu, on se ram`ene `a ce qui a ´et´e ´etudi´e : posons w = 1 αv, on v´erifie [u, w] =u+βw ; on pose ensuite t =u+βw et on a [t, w] = w, donct et w sont trigonalisables dans une mˆeme base, donc aussiu=t−βwetv=αw.
• Siβ6= 0, on conclut itou en ´echangeant les rˆoles deuetv.
• Si (α, β) = (0,0), alorsuet v commutent, donc ont un vecteur propre commun (tout sous- espace propre de u est stable par v) et on conclut par r´ecurrence sur la dimension de E comme dans la question3.ci-dessus.
EXERCICE 4 : D´ecomposition de Jordan 1.SoitE un IK-espace vectoriel de dimension finien.
Soitν un endomorphisme nilpotent deE, d’indice de nilpotenceravec 0< r < n: νr−16= 0 et νr= 0.
Soit a un vecteur de E tel que νr−1(a) 6= 0, soit H un hyperplan de E ne contenant pas νr−1(a).
Montrer que E=F⊕G, avec
F = Vect a, ν(a),· · ·, νr−1(a)
et G=
r−1
\
k=0
(νk)−1(H).
2. Soitf un endomorphisme d’un C-espace vectorielE de dimension finie. Un sous-espace vec- toriel F de E, stable par f, est dit ind´ecomposable s’il n’existe pas de d´ecomposition F =F1⊕F2 avecF1 etF2stables parf,F16={0},F26={0}.
Soit F un sous-espace stable ind´ecomposable de dimensionn, soit g l’endomorphisme deF induit par f. Montrer qu’il existe une baseC de F dans laquelle la matrice deg est de la forme
MC(g) =Jn(λ) =
λ 1 0 . . . 0 0 λ 1 . .. ... ... . .. . .. . .. 0 ... . .. . .. 1 0 . . . 0 λ
, avec λ∈C.
Source : Denis MONASSE, Math´ematiques MP, Cours complet avec CD-ROM, ´Editions Vuibert, ISBN 2-7117-8811-3
1.La famille F= a, ν(a),· · ·, νr−1(a)
est libre (question classique), donc dimF =r.
Soit ϕune forme lin´eaire surE, de noyau H, alorsG=
r−1
\
k=0
Ker(ϕ◦νk). Chaque ϕ◦νk est une forme lin´eaire surE, non nulle car (ϕ◦νk) νr−1−k(a)
=ϕ νr−1(a)
6= 0 ´etant donn´e que νr−1(a) 6∈ H. Le sous-espace G est une intersection de r hyperplans, il est donc de codimension au plus ´egale `a r, c’est-`a-dire dimG≥n−r.
Montrons F ∩ G={0} : si x∈F ∩ G, alors x=λ0a+λ1ν(a) +· · ·+λr−1νr−1(a), mais (ϕ◦νr−1)(x) = 0 ce qui donneλ0ϕ νr−1(a)
= 0 d’o`uλ0= 0.
On applique ensuite ϕ◦νr−2 qui donneλ1 = 0, et ainsi de suite (c’est la mˆeme id´ee que pour montrer que la familleF est libre), doncx= 0.
Enfin, dim(F+G) = dim(F⊕G) = dimF+ dimG≥n, doncF⊕G=E.
Remarquons que F et G sont deux sous-espaces stables par ν et qu’ils ne sont pas r´eduits `a {0}, cela servira par la suite.
2. Soitµ le polynˆome minimal deg. Il est irr´eductible : en effet, si on avaitµ=µ1µ2 avecµ1
et µ2 non constants et premiers entre eux, alors le th´eor`eme de d´ecomposition des noyaux donnerait F =F1⊕F2 avecF1= Kerµ1(g) etF2= Kerµ2(g) (sous-espaces stables par g et non r´eduits `a {0} en raison de la minimalit´e deµ), ce qui contredit l’ind´ecomposabilit´e de F (ce qui a ´et´e fait jusqu’`a pr´esent est valable sur un corps quelconque ; maintenant, pla¸cons-nous sur C).
On a donc µ(X) = (X−λ)r, avecλ∈C etr∈IN∗.
Donc l’endomorphisme (de F) : ν = g−λidF est nilpotent d’indice r. Si on avait r < n, d’apr`es la question 1., on pourrait d´ecomposerF en F =F0⊕F00 avecF0 et F00 stables parν (donc parg=ν+λidF) et non r´eduits `a {0}, ce qui est absurde.
On a donc r =n (ν est un endomorphisme de F nilpotent d’indice maximal) et en choisis- sant un vecteur a de F tel que νn−1(a) 6= 0, la matrice de g = ν+λidF dans la base C= νn−1(a), νn−2(a),· · ·, ν(a), a
deF est celle propos´e par l’´enonc´e.
Achevons la d´ecomposition de Jordan : si f est un endomorphisme quelconque d’un C-espace vectoriel E de dimension finie, il existe une d´ecomposition de E en somme directe de sous-espaces stables ind´ecomposables (faire une r´ecurrence forte sur la dimension de E) : E=
p
M
i=1
Ei avecdimEi =ni (1≤i≤p). En concat´enant les bases construites dans chaque Ei comme `a la question pr´ec´edente, on obtient une baseBdeE dans laquelle la matrice de f est diagonale par blocs, chaque bloc ´etant un “bloc de Jordan” :
MB(f) = diag Jn1(λ1),· · ·, Jnp(λp) . EXERCICE 5 :
SoitEun C-espace vectoriel de dimension finien. Soientuet vdeux endomorphismes deE tels que [u, v] = uv−vu commute avec u et v. Montrer queu et v sont cotrigonalisables (on pourra prouver que l’endomorphismew= [u, v]est nilpotent).
Source : Cyril GRUNSPAN et Emmanuel LANZMANN, L’oral de math´ematiques aux concours, Alg`ebre, ´Editions Vuibert, ISBN 2-7117-8824-5
Notons que l’hypoth`ese peut s’´ecrire
[u, v], u
=
[u, v], v
= 0 (ce qui nous fait une belle jambe...).
On commence par prouver que uet v ont un vecteur propre commun, ce qui permet d’amorcer une r´ecurrence.
Soitλune valeur propre dew= [u, v] (il en existe au moins une car le corps de base estC), soit F =Eλ(w) le sous-espace propre associ´e. AlorsF est stable paruet par v, notonsu0,v0, w0 les endomorphismes deF induits. On a [u0, v0] =w0=λidF, donc
0 = tr(u0v0−v0u0) =λ dim(F),
d’o`u λ = 0. Il en r´esulte que w est nilpotent puisque sa seule valeur propre est 0 (son polynˆome caract´eristique est donc (−X)n et on applique Cayley-Hamilton).
Avec les notations ci-dessus, on a donc [u0, v0] = 0, ce qui signifie queu0 et v0 commutent, donc admettent un vecteur propre commun (si G⊂F est un sous-espace propre de u0, alors il est stable parv0et l’endomorphisme deGinduit parv0admet au moins un vecteur propre), doncuet v ont un vecteur propre commune1.
Maintenant, on r´ecurre :
• sin= dimE= 1, c’est ´evident ;
• soit n ≥ 2 fix´e, si la propri´et´e est vraie pour dimE < n, soit E de dimension n, soit e1
un vecteur propre commun `a u et v, soit H un hyperplan suppl´ementaire de la droite D= Ce1, soitB= (e1, e2,· · ·, en) une base adapt´ee `a la d´ecompositionE =D⊕H ; on a MB(u) =
α · · ·
0 A
et MB(v) =
β · · ·
0 B
, o`uA etB sont les matrices dans (e2,· · ·, en) des endomorphismes u et v de H induits par p◦ u et p◦ v (p ´etant le projecteur sur H parall`element `a D). De
[u, v], u
=
[u, v], v
= 0 , on d´eduit, par des produits par blocs, que
[A, B], A
=
[A, B], B
= 0 ou
[u, v], u
=
[u, v], v
= 0, ce qui permet de
“cotrigonaliser”uetv, dans une base (ε2,· · ·, εn) deH ; dans la base (e1, ε2,· · ·, εn) deE, les matrices deuet de vsont triangulaires.
EXERCICE 6 :
SoitA∈ Mn(IK) une matrice, soit ˜A= tComAla transpos´ee de la matrice des cofacteurs.
1.Montrer que tout vecteur propre de Aest vecteur propre de ˜A.
2.On suppose Adiagonalisable. Exprimer les valeurs propres de ˜Aen fonction de celles deA.
- - - - 1.Rappelons la relation AA˜= ˜AA= (detA)In.
• SoitX un vecteur propre deApour une valeur propre Anon nulle. On aAX=λX, d’o`u AAX˜ = ˜AλX =λAX˜ = (detA)·X
et ˜AX= detA
λ X, doncX est vecteur propre de ˜Apour la valeur propreµ= detA λ .
•SiX est vecteur propre deApour la valeur propre 0 (AX= 0), alorsAn’est pas inversible, donc rgA < n;
. si rgA≤n−2, alors ˜A= 0 (tous les mineurs d’ordre n−1 de la matrice A sont nuls), donc ˜AX= 0 ;
.si rgA=n−1, alors KerAest de dimension un, et deAX= 0, on tireAAX˜ = ˜AAX= 0, donc ˜AX∈KerA et ˜AX est colin´eaire `aX, ce qu’il fallait d´emontrer.
2.Soit (X1,· · ·, Xn) une base (de IKn) constitu´ee de vecteurs propres deA, associ´es aux valeurs propresλ1,· · ·, λn. On sait (question1.) queX1,· · ·,Xn sont des vecteurs propres de ˜A.
• SiAest inversible (lesλi tous non nuls), alors ˜AXi=µiXi avec µi= detA
λi
=Y
j6=i
λj .
•Si rgA≤n−2, alors au moins deux desλisont nuls et d’autre part ˜A= 0, donc Sp( ˜A) ={0}.
• Si rgA = n−1, un seul des λi (disons λn) est nul et, pour tout i ∈ [[1, n−1]], on a AX˜ i = detA
λi
Xi = 0 (cf. question 1.), donc 0 est valeur propre de ˜A de multiplicit´e au moins n−1 (et mˆeme exactement n−1 car ˜A est diagonalisable et ˜A 6= 0). La n-i`eme valeur propre de ˜Aest alors ´egale `a sa trace, que nous allons calculer :
si on note Aij le mineur d’indice (i, j) dans la matrice A, on a tr( ˜A) =
n
X
i=1
Aii, mais cette somme est aussi l’oppos´e du coefficient de X dans le d´eveloppement du polynˆome caract´eristique de A ; en effet, en notant Cj le j-i`eme vecteur-colonne de la matrice A et ej = t( 0 · · · 0 1 0 · · · 0 ) lej-i`eme vecteur de la base canoniqueB0 de IKn, on a
χA(X) =
a11−X a12 . . . a1n
a21 a22−X . . . a2n
... ... . .. ... an1 an2 . . . ann−X
= detB0(C1−Xe1, C2−Xe2,· · ·, Cn−Xen)
et un d´eveloppement par multilin´earit´e montre que le coefficient deX est
−
n
X
j=1
detB0(C1,· · ·, Cj−1, ej, Cj+1,· · ·, Cn) =−
n
X
j=1
Ajj .
Mais le coefficient deX dansχA(X) est aussi−σn−1=−
n
X
i=1
Y
j6=i
λj
=−
n−1
Y
i=1
λi puisque
λn= 0. Lan-i`eme valeur propre de ˜Aest doncµn=
n−1
Y
i=1
λi.
Conclusion.Si A est diagonalisable, de valeurs propresλ1,· · ·,λn (non n´ecessairement dis- tinctes), alors ˜A est diagonalisable (dans la mˆeme base) avec pour valeurs propres les µ1,· · ·, µn, o`u ∀i∈[[1, n]] µi=Y
j6=i
λj.