Quels rôles jouent les institutions sur l’effort au travail ?
Analyse du choix travail-loisir en
présence d’institution
Introduction / motivation
Le travail est au centre des développements récents de l’analyse économique moderne
Les outils et les méthodes des économistes se sont récemment renouvelés.
L’ accès à de nombreuses données permet maintenant de faire de véritables
expériences.
On décomposera l’analyse en 2 parties:
l’évolution de l’effort global (section 1), puis
l’évolution du chômage (section 2).
Section 1 : Comment expliquer l’évolution de l’effort au travail ?
La réelle importance de l’irréel.
Mesurer l’effort de travail d’une population
On considère uniquement le travail
marchand (les erreurs de mesure sont faibles).
On ne considère pas le travail à la maison, le
bénévolat, et autres activités de ce type.
Mesuser le travail effectué par chaque personne (mesure type OCDE):
H = (Total des heures rémunérées) ∕ (Population agée 15-64)
Les faits dans les pays de l’OCDE (heures travaillées) / (Population des 15-64)
European countries
Question 1 : Pourquoi existe-t-il des différences entre ces pays?
Pourquoi se poser cette question?
Þ Ceux qui travaillent plus (ou moins) le choisissent, donc ils sont “heureux” de ce choix
Les différences entre Nations ne s’expliqueraient alors que parce que les “étrangers” sont différents.
Þ Imaginons au contraire que nous soyons semblables à l’“étranger” dans nos préférences
Travailler moins implique alors une sous-utilisation
des moyens de production et des connaissances dont on dispose.
on se contraint à être moins bien (coût social)
Quelle méthode pour expliquer ces différences?
Déterminer l’évolution historique des heures travaillées dans différents pays
se constituer une table d’expérience puisqu’ils n’ont pas connu, a-priori, les mêmes politiques.
Se donner un cadre d’analyse rigoureux permettant de chiffrer la contribution de chaque candidat à
l’explication.
le modèle de l’économiste.
Le modèle de l’économiste 1
Hypothèse 1 : uniquement deux biens procurent du plaisir, de la satisfaction de l’utilité :
1. la consommation C
2. le loisir l=T-h
Plus de consommation et/ou plus de loisir donnent plus d’utilité u(C,T-h) avec :
0
1 '
u ' 0
2
u
Préférences et courbes d’indifférence
loisir
consommation Courbes
d’indifférence
a . b
.
2 unités 1 unité
Le consommateur préfère travailler moins tout en aillant
plus de loisir : une courbe d’indifférence située « haut » signale plus de plaisir
Dotations et contrainte budgétaire Ensemble de opportunités
loisir
consommation
wT/w = T
wT/p = (w/p) T wT = p C + w (T-h)
Comme tout n’est pas possible
financièrement, quels sont les choix optimaux?
loisir
consommation
T
(w/p) T T = p C + w (T-h)
.
OptimumComment prévoir les choix du commateur-offreur de travail ?
1 2
2
1 ( ) 0 ' '
' '
si;
seulement et
si maximum) un
(ici Optimum
) ,
( Max Donc
encore Soit
) (
contraine la
sous
) ,
( Max
p u u w
dh h T
u d p
u w
h T
p h u w
p h c w
h T
w pc
wT h
T c u
Prenons un exemple
0
achat) d'
pouvoir (le
réel salaire
le avec croît
) 1 (
obtient on
Donc,
0 )
( '
et 0 1 '
1 ) ) (
, (
utilité d'
fonction la
sur Hypothèse
1 2
1
1
Þ
p d w
dh p
w h
p h w
p h w
h u
u
c h h
c u
Comment expliquer les écarts d’effort au travail ? Explication 1
r.
travaille moins
préfèrent ménages
les alors
) )
max(
alors si
car travail du
marginale té
productivi la
par (donné
ogique nt technol
dévelopeme même
un Pour travail".
"
le peu aime
on grand, est
quand revanche,
En
0 important
alors est
travail au
effort L'
s.
préférence ses
dans
peine"
"
la peu pondère on
alors petit,
est Si
p A w
py-wh Ah
y
d dh
Þ
Comment expliquer les écarts d’effort au travail? Explication 2
grand sera
travail de
effort l'
moins s
importante sont
taxes les
plus Ainsi,
0 et
0
taxes le
avec baisse
achat d'
pouvoir salaire
le par indicé
ent, développem de
niveau même
un pour que
alors voit On
par donné est
s entreprise des
profit le
cas, ce Dans
) 1
(
) 1 (
aurait on
Ainsi,
taxes autres
et impôts les
nt introduisa forme
une
sous réel
salaire le
réécrire de
possible est
Il
Þ
dtva w p d dt
w p d
A
pentr wbrut A
h wbrut y
pentr
pentr tva
wbrut t
p w
Groupe 1 :
heures travaillées < 75% heures
travaillées aux US
Groupe 2 :
75% US< heures travaillées < 85% des
heures travaillées aux US
Groupe 3 :
85% US< heures travaillées < 95% des
heures travaillées aux US
Groupe 4 :
heures travaillées > 95% des heures
travaillées aux US
Les enseignements de ces expériences
Dans les années 50-60, un européen
travaille, en moyenne, plus qu’un américain.
Mais, en Europe, l’effort baisse continûment.
En 1975, le nombre d’heures travaillées d’un européen passe en dessous du nombre
d’heures travaillées d’un américain.
Les pays de type US ont un nombre plutôt croissant d’heures travaillées.
Comment expliquer SIMPLEMENT ces différences ?
Les enseignements de la théorie
A la sortie de la guerre, les pays européens se reconstruisent: le rattrapage économique incite à travailler plus qu’aux USA.
Mais, une fois rattrapé ce retard, le nombre d’heures travaillées chute. Pourquoi?
Quelle est le facteur, commun à tous ces
pays européens, permettant d’expliquer la
chute du nombre d’heures travaillées?
L’evolution de la pression fiscale (recettes du gouvernement / PIB)
Ecart initial Ecart maximal Evolution moyenne
Un scenario
Les pays européens ont un Etat dont la taille, mesurée par la pression fiscale, est plus
grande que celui des pays de type US
Cette taille a cru
Les impôts et charges diminuent l’incitation à travailler et accroissent le coût du travail,
conduisant alors les entreprises à utiliser plus de capital.
Comment « valider » ce senario?
Lorsque les impôts et charges baissent, les heures travaillées augmentent
ATTENTION : En rouge, la courbe est inversée BAISSE des HEURES
HAUSSE des HEURES
Un autre exemple
ATTENTION : En rouge, la courbe est inversée
Heures travaillées élevées Taxes faibles
Heures travaillées faibles Taxes élevées
Ce scenario est-il robuste? Est-ce si général?
Il existe un contre-exemple: l’Espagne. Cette explication simple n’est pas si générale…
Accroissement des taxes
sur le travail et le capital
La taille du gouvernement N’a pas
Changé
La théorie est-elle proche des
données? Ohanian, Raffo et Rogerson
Comment évolue l’écart par rapport à
l’économie fictive?
Une évolution différenciée par groupe
de pays!!!
Une corrélation claire…
…surtout relativement aux USA
Test du nouveau modèle
Au-delà du nombre moyen d’heures travaillées :
décomposition heures/taux d’emploi
La statistique que l’on a étudiée « mélange » plusieurs dimension du travail:
Le nombre d’heure par personne en emploi, et le taux d’emploi
On peut décomposer.
) 64 15
( )
64 15
(
Pop h N
Pop
h
N
Le cas des USA
Le cas de la France
Bilan de la décomposition
Aux US comme en France, le nombre d’heures travaillées par chaque employé baisse.
En revanche, si cette baisse de l’effort individuel est largement compensé par la hausse du taux d’emploi aux US, il n’en va pas de même ne France, où les deux séries chutent.
Þ A salaire horaire net équivalant, le différentiel de bien-être des familles se creuse.
Þ L’incitation à travailler est plus importante, ce qui peut inciter à répartir sur le couple l’effort individuel.
Le cas des USA
Le cas de la France
Section 2 : Comment expliquer le chômage de masse ?
L’économie sans tabous.
Au delà des heures travaillées pour un individu moyen
La statistique du nombre d’heures travaillées en moyenne par personne cache des
inégalités : certains individus ne travaillent pas.
Le chômage: comment l’expliquer?
Méthode: là encore, partir des données pour
trouver des faits récurrents et des facteurs
communs permettant de les expliquer.
L’évolution de l’écart de chômage entre
l’Europe et les Etats Unis
Quels sont les candidats potentiels?
Les institutions sur les marchés du travail européen sont différentes de celles régulant les marchés des pays de type US.
De quelles institutions parle-t-on?
Þ Allocations chômage (assurance)
Þ Syndicats (Monopolisent la gestion des contrats de travail)
Þ Les jours légaux de congé (+1 semaine => -52 heures de travail sur l’année)
Þ Protections de l’emploi (“contrôle” des licenciements)
Les modèles indiquent que ces institutions expliquent, plus que les taxes, la baisse des heures travaillées
Les limites de l’approche walrasienne
Evidence empirique: les chocs de
productivité affectent plus l’emploi que les salaires
=> Le modèle de concurrence parfaite prédit l’oppossé: courbe d’offre de travail assez verticale, alors les chocs de productivité
induissent une forte variation du salaire et une faible variation de l’emploi
Les limites de la l’approche walrasienne
La concurrence parfaite ne permet pas d’expliquer les inefficacités liées au
fonctionnement du marché du travail.
Þ Les ressources sont allouées optimalement:
absence de chômage
Þ L’évidence montre que l’allocation de ressources n’est pas optimale car on observe une présence simultanée de chômeurs et d’emplois vacants.
Les limites de la l’approche walrasienne
La concurrence parfaite postule un mode de formation des salaires faisant abstraction des caractéristiques institutionnelles des divers marchés du travail.
Þ Pourtant les négociations salairales et les
politiques de gestion de la main d’oeuvre ont une influence prépondérante sur le niveau des
rémunérations
Les limites de la l’approche walrasienne
Si info imparfaite et lorsque les salaires n’égalisent pas l’offre et la demande, le
marché du travail risque fort de fonctionner de manière inefficace.
Il faut un instrument analytique ne postulant
pas l’absence d’inefficaité. Cet instrument
permettra de repérer, comprendre et définir
les moyens de remédier ces inefficacités
Le modèle d’appariement
Prise en compte des coûts de transaction:
coexistence d’emplois vacants et de chômeurs
Négociations salariales à chaque date entre employeurs et travailleurs
Fonction d’appariement: processus de
rencontre entre chercheurs d’emploi et
entreprises avec des postes vacants
La fonction d’appariement
Elle indique le nb d’embauches réalisés par unité de temps lorsqu’il y a v emplois vacants et u demandeurs d’emplois.
Sous l’hypothèse que seuls les chômeurs sont des demandeurs d’emploi (pas “on the job search”):
M(v, u) où M(v, 0)=M(0, u)=0 et elle présente des rendements d’échelle constants.
La fonction d’appariement
La tension sur le marché du travail est donné par: θ= v/u
La prob de pourvoir un emploi vacant diminue avec θ:
– M(v, u)/v=M(1, u/v)=q(1/θ)
La prob qu’un chômeur trouve un emploi augmente avec θ:
– M(v, u)/u=M(v/u, 1)=p(θ)
L’équilibre des flux et la courbe de Beveridge
On normalise à 1 la population totale:
1=u+n=chômeurs+employés
Entrées au chômage: (1-u)d
Sorties du chômage: p(θ)u
À l’équilibre les entrées au chômage doivent égaliser les sorties du chômage
) a (
on 0
équilibre l'
à puisque )
( )
1
(
p d
u d u
u p
u d
u
L’équilibre des flux et la courbe de Beveridge
Dans le plan (u, v) cette relation s’identifie à la courbe de Beveridge.
Il est possible de montrer (hypothèses faites sur M(v, u)) que cette courbe est
décroissante et convexe
vu
La courbe de Beveridge aux USA
Le comportement des entreprises
1 seul bien produit et consommé par les ménages. Il sert de numéraire
Chaque firme est assimilé à un entrepreneur individuel possédant un seul poste de travail
Travail=seul facteur de production
Productivité exogène y
À chaque instant le poste de travail peut être
occupé ou vacant
Le comportement des entreprises
Poste occupé:
Sur le marché financier un actif “poste occupé”
rapporte à chaque instant . Ce même actif placé sur le marché du travail offre un profit
instantané (y-w) auquel s’ajoute le gain moyen lié au changement d’état possible du poste de travail
Pour un poste occupé, ce gain est une perte résultant du départ de l’employé
re
)
(
v ee
y w d
r
)
( v e
d
Le comportement des entreprises
Poste vacant:
Cette relation égalise le rendement instantané de l’actif “emploi vacant” sur le marché financier avec son rendement sur le marché du travail:
coût instantané –h et gain moyen associé au changement d’état
) )(
(
e vv
h q
r
Les entreprises: demande de travail
La condition de libre entrée:
Alors:
Coût moyen d’un emploi vacant=profit espéré d’un emploi occupé
Relation décroissante monotone entre le salaire en vigueur dans l’entreprise et l’indicateur de
tension.
0
vd r
w y
q h
e
)
(
Le comportement des offreurs de travail
L’employé produit une quantité y de bien
numéraire et perçoit une salaire réel égal à w à chaque instant. Il risque de perdre son emploi avec prob d. Pas d’aversion au risque.
Et l’espérance d’utilité d’un chômeur est:
)
(
u ee
w d V V
rV
) )(
( e u
u z p V V
rV
Les négociations et la courbe WS
Lorsqu’un chômeur et un entrepreneur avec un emploi vacant se rencontrent, ils
entament des négociations sur la valeur du salaire qui s’appliquera à chaque instant.
Liaison monotone croissante entre le salaire
et la tension regnant sur le marché du travail
Les négociations et la courbe WS
L’issue des négociations s’identifie à une règle de partage du surplus dégagé par la rencontre entre l’offreur de travail et l’entrepreneur.
v e
u
e
V
V
S
Les négociations et la courbe WS
Les salaires seront donc déterminés par un
processus de négociation à la Nash qui partage le surplus entre le travailleur et l’entreprise de manière proportionnelle à leur pouvoir de
négociation :
) (
) (
) (
e u e v 1 u u
w V V w rV y rV
Max Þ
Les négociations et la courbe WS
Si γ=1, l’employé s’accapare à chaque date de l’ensemble de la production y, car il
possède tout le pouvoir de négociation
Si γ=0,le salaire est égal à rV
uet l’employé n’obtient aucune rente.
Si 0<γ<1, le salaire est une combinaison
linéaire de la valeur de la production y et du salaire de réservation rV
u, pondérés
respectivement par le poids de l’employé et
de l’employeur dans la négociation.
Les négociations et la courbe WS
En substituant rV
upar son expression:
où Γ(θ) croît avec θ.
) (
)) (
) ( ( avec
) ( )
(
r d q
q d
z r y
z
w
Les négociations et la courbe WS
Lorsque θ augmente, la prob de sortir du chômage augmente, l’employé redoute moins la perspective de chômage et donc pousse le salaire négocié à la hausse.
Courbe WS: relation croissante entre w et θ
L’équilibre du marché du travail
La courbe WS se substitue à la courbe
d’offre de travail (croissante dans l’espace (θ, w))
La condition de libre entrée nous donne la courbe de demande de travail
(decroissante dans l’espace (θ, w))
L’équilibre du marché du travail
θ w
LD
WS
θ * w*
z,y,γ
d, r y h, d, r
Allocations chômage
Si z augmente
=>utilité espéré d’un chômeur augmente
=>pouvoir effectif de l’employé dans les négociations salariales augmente
=>courbe WS se déplace vers le haut
Þ
w augmente
Þ
chômage augmente
.2 .3 .4 .5 .6
Average Benefit Replacement Rate
2 4 6 8 10
Average Unemployment
1960 1970 1980 1990 2000
Year...
Average Unemployment Average Benefit Replacement Rate
Average Benefit Replacement Rate and Unemployment in Europe
Allocation chômage
Taux de chômage
Pouvoir de négociation
Si γ augmente
=>pouvoir effectif de l’employé dans les négociations salariales augmente
=>courbe WS se déplace vers le haut
Þ
w augmente
Þ
chômage augmente
.4 .42 .44 .46 .48 .5
Average Union Density
2 4 6 8 10
Average Unemployment
1960 1970 1980 1990 2000
Year...
Average Unemployment Average Union Density
Average Union Density and Unemployment in Europe
Taux de chômage Taux de
syndicalisation
Taxes
Réécriture du modèle avec taxes
Þ
Le salaire devient une fonction croissante des taxes
Þ
Le chômage augmente lorsque les taxes
augmentent.
.2 .25 .3 .35
Average Tax Wedge
2 4 6 8 10
Average Unemployment
1960 1970 1980 1990 2000
Year...
Average Unemployment Average Tax Wedge
Average Tax Wedge and Unemployment in Europe
Taux de chômage Taux de
Taxation
La lutte contre le chômage: l’exemple d’une mauvaise solution
L’accroissement des rotations sur le marché du travail : en France, 10 000 emplois sont créés chaque jour, mais 10 000 sont détruits
Þ
Anticiper ces rotations diminuer les durées de chômage par la formation
continue (le modèle Suèdois)
Une solution facile: “interdire les
licenciements”.8 .9 1 1.1 1.2 1.3
Employment Protection Index
2 4 6 8 10
Average Unemployment
1960 1970 1980 1990 2000
Year...
Average Unemployment Employment Protection Index
Average Employment Protection and Unemployment in Europe
Taux de chômage Coûts financiers
et administratif liés aux licenciements
OECD. “Employment Protection Regulation and Labor Market Performance.”
OECD Employment Outlook 2004: 61-125.
Le marché du travail U.S. est moins régulé
FRANCE
Des protections de l’emploi plus fortes limitent les entrées mais aussi les sorties du chômage
De fortes protections de l’emploi diminuent le taux d’emploi et accroissent le taux de chômage
De fortes protections de l’emploi accroissent le chômage de long terme
De fortes protections de l’emploi accroissent le travail précaire
Les politiques qui fonctionnent et celles qui ne fonctionnent pas
Dispositif suivi en
1999 Proportion des
bénéficiaires
occupant un emploi régulier en mars 2002
Proportion des non- bénéficiaires
occupant un emploi régulier en mars 2002 Secteur privé : Stage
d’Insertion et de
Formation à l’Emploi
(SIFE)
47% 44%
Secteur privé : Contrat Initiative Emploi (CIE)
71% 48%
Secteur public : Contrat Emploi Solidarité (CES)