A NNALES SCIENTIFIQUES
DE L ’U NIVERSITÉ DE C LERMONT -F ERRAND 2 Série Mathématiques
E. W. B ETH
Observations concernant la théorie de la définition
Annales scientifiques de l’Université de Clermont-Ferrand 2, tome 7, série Mathéma- tiques, n
o1 (1962), p. 83-87
<
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OBSERVATIONS CONCERNANT LA THÉORIE DE LA DÉFINITION
E.W. BETH Amsterdam
Hommaée à de I - INTRODUCTION
Dans son admirable
opuscule
De l’ espri tgéométrique
et de l’ art de persuader[ 1 ]
Pascal fait observerqu’on "ne
reconnaît engéométrie
que les seules définitions denom".
Ceprocédé permet
"de
substituer... la définition à laplace
dudéfini".
Et"rien n’éloigne plus promptement
etplus puissamment
lessurprises captieuses
dessophistes
que cetteméthode, qu’il
faut avoirtoujours présente,
etqui
suffit seule pour bannirtoutes
sortes de difficultés etd’équivoques".
Il convient de décrire la situation à
laquelle
Pascal fait allusion au moyen de laterminologie
de la
méthodologie contemporaine.
SoitTo
une théorie déductivequi
fait intervenir certaines notionsprimitives A, B, C, ...
et soitKo
unsystème
d’axiomes pourTo.
Soit P un termequi
n’intervient pas dansT 0 ;
pour fixer lesidées,
il convient de supposerque P
est unparamètre
deprédicat
binaire. Une formule close :(x) (v) U)] (F)
où
U (x, U )
ne contient que les variables libres xet y
et ne fait intervenir que les notionsprimi-
tives
A, B, C, ..,
deT~
seraappelée
unedéfinition
nominale du terme F.Si
(F)
estadjointe
àK.,
alorsT.
estremplacée
par une théorie Tqui
fait intervenir les notionsprimitives
A,B,
C, .., et F etqui
contient tout théorème X deTo, Cependant,
une formuleX
qui
ne fait intervenir que les notionsA, B, C, ..,
nepeut
seprésenter
dans T que si elle seprésente déjà
dansTo . Notamment,
T nepeut
être contradictoire que siT.
estdéjà contradictoire ;
parconséquence,
la non-contradiction deT. implique
la non-contradiction de T.II - DEFINISSABILITE DEMONTRABLE -
D’autre
part,
soit donnée une théorie déductive Tqui
fait intervenir les notionsprimitives A ,
B, C, ... , et F.Supposons qu’il
estpossible
d’obtenir T enpartant
d’une théorieTo qui
ne contientque les notions
A, B, C, ...
parl’adjonction
d’une définition nominale(F) appropriée.
Alors ilfaudra
qu’une
formule(F) appropriée
seprésente parmi
les théorèmes de T et queTo
se constitue exactement de tous les théorèmes de Tqui
ne contiennent que les notionsA, B,
C, .... Et si T contient comme théorème une formule(F) appropriée,
alorsl’adjonction
de(F)
à la théorieT.
constituée par tous les théorèmes de T
qui
ne contiennent que les notionsA,
B,C, ... produira
exactement la thé.orie T.
Si cette situation se
présente..’
nous dirons que la notion F estdémontrablement dé f inissable
parrapport
à T. SoitS, A, B, C,
... > un modèlequelconque
de la théorieTo, où S
est le domaine des individus du modèle tandis queA, B, C, ..,
sont lesinterprétations respectives
des notionsA , B , C, ....
Alors la définition nominale(F)
détermine defaçon univoque
uneinterprétation
Fdu terme F telle que
S, A, B, C,
... , F > sera un modèle de la théorie T.III - METHODE DE PADOA - DEFINISSABILITE IMPLICITE -
Supposons
que la théorie Tpossède
un modèleS, A, B, C,
... > pourlequel
onpeut
trouver deux
interprétations distinctes F
et_F’
du terme Ftelles que S, A, B, C
... , Fi > etS, A, _B, _C, ... ,
_F’ > constituent l’un et l’autre des modèles de la théorie T. Alors le terme F nepeut
pas être démontrablement définissable parrapport
à T.Or,
la méthode de Padoa[2]
dans la théorie de la définition consiste
précisément
à construire deux modèles de ce genre ; il en résulte que, de notrepoint
de vue,l’application
de cette méthode estjustifiée.
Inversement,
supposonsqu’un
modèlequelconque S, A, B, C,
... > deTa
neproduise ja-
mais
qu’un
seul modèleS, A, B, C,
... ,F >
deT ;
alors on dira que le terme F est citencentdéfinissable
parrapport
à T. Il va sans dire que, sous des conditions fortgénérales,
ladéfinissabilité démontrable
implique
la définissabilitéimplicite.
Quant
àl’implication inverse,
on connaît en ce momentplusieurs
conditions suffisantes poursa validité. Il convient toutefois de
préciser quelque
peu les notions. Soit K unsystème
d’axiomespour la théorie T et .soit K’ le
système
d’axiomes obtenu enremplaçant
dans K leparamètre F
par un
paramètre
FI. Soit(FF’)
la formule :1/
Si T est une théorie formalisée au moyen d’unsystème logique
d’ordresupérieur,
alors ladéfinissabilité
implicite n’implique
pas nécessairement la démontrabilité de la formule(FF’)
en par- tant de l’union des ensembles K et K’. D’autrepart,
la démontrabilité de la formule(FF’)
enpartant
de l’union des ensembles K et K’
implique
la définissabilité démontrable du terme F parrapport
à T(A.
Tarski1935).
2/
Si T est une théorie formalisée au moyen de lalogique élémentaire,
alors en vertu du théorème decomplétude (K.
Godel1930)
la définissabilitéimplicite
de F parrapport
à Timplique
la démontrabilité de la formule
(FF’)
enpartant
de l’union des ensembles K et K’. Et ensuite la démontrabilité de la formule(FF’ )
enpartant
de l’union de K et K’implique
la définissabilité démon- trablede F
parrapport
à T(E.W.
Beth1953).
La démonstrationoriginale
de ce dernier résultat fut assezpénible ;
le lemmed’interpolation
de W.Craig (1957) permet
en ce moment d’en donnerune démonstration
plus élégante.
3/
Tout récemment K. Schütte a donné une démonstration du lemmed’interpolation
pour lalogique
élémentaire intuitioniste(communication
de G. Kreisel[3]).
Parconséquent,
si T est unethéorie formalisée au moyen de ce
système logique,
la démontrabilité de la formule(FF’)
en par- tant de l’union de K et K’implique
la définissabilité démontrable du terme F parrapport
à T .L’application
de la notion de définissabilitéimplicite
enlogique
intuitioniste soulève malheureusement certaines difficultés.IV - UNE VARIANTE DE LA METHODE DE PADOA - DEFINISSABILITE FAIBLE -
Il existe une variante de la méthode de Padoa
qui
mériteégalement
d’être discutée dans leprésent
contexte[4].
Ilpeut
arriver que pour un certain modèleS, A B, Ç, ...
> de la théorieT 0
il n’existe aucuneinterprétation
F du terme ~’ telle queS, A, B,
> constitue unmodèle de la théorie T. Alors il résulte de notre discussion que le terme P n’est pas démontra- blement définissable par
rapport
à T.K.L. de Bouvère
(1959) [5]
a fait l’observation que si l’on fait unesupposition supplémentaire
on
peut
tirer une conclusionplus
forte etparticulièrement
intéressante.Si P n’est pas démontrablement définissable par
rapport
àT,
ilpeut
arriverqu’une
certaineformule
(F)
soitcompatible
avecT ;
on dira alors que F estfaiblement définissables
parrapport
à T. Soit T’ la théoriequi
résulte del’adjonction
de(F)
à T et soitTé
la théorie constituée par les théorèmes de T’qui
ne contiennent que les notionsA, B, C, ....
Il va sans direqu’on
auraT
CT.1
Etant donné que le terme P est démontrablement définissable par
rapport
àT’,
il résulte de notre discussion au par. 2qu’un
modèlequelconque S’, A’, B’, Ci, ...
> deTô produit
un mo-dèle
_A’, _B’, Ci, ..., _F’
> de T’qui
sera forcément un modèle de T.Or,
cette conclusionne contredit pas l’existence’ du modèle
S, A, B, C
... > mentionné tout àl’heure ;
ilpeut
yavoir,
eneffet,
des modèles deT, qui
ne sont pas des modèles deT~.
Cependant
nous introduisons maintenant lasupposition supplémentaire
queTo
estcomplète . Puisque T. Ç Tô
tandis queTp
estnon-contradictoire,
on a forcémentT. = T’,
1 en sorte que nous retombons sur la contradiction que nouspouvions
éviter tout à l’heure. Il en résulte :si T.
estcomplète
et siT.
a un modèlequi
neproduit
pas un modèle deT,
alors F est essentiellement nondéfinissable
parrapport
à T.F est
appelé
essentiellement non définissable parrapport
à T s’il n’est pas faiblement défi- nissable parrapport
à T. Cetteterminologie s’explique
du fait que si F n’est pas faiblement définis- sable parrapport
àT,
alors F ne sera démontrablement définissable ni parrapport
à T ni parrapport
àn’importe quelle
extension non-contradictoire T’ de T.Le
problème
des conditions suffisantes pour l’existence d’un modèle deT. qui
neproduit
pasun modèle de T reste ouvert. De Bouvère a montré par un
contre-exemple qu’il
ne suffit pas de supposerque P
est essentiellement non définissable parrapport
à T et queT.
estcomplète.
Pour
terminer, je
voudrais toutefois faire l’observation suivante : s’il existe un modèle deT. qui
neproduit
aucun modèle deT,
alors il existe une extension T’ de T parrapport auquel F
est essentiellement non définissable. En
effet,
le modèle donné détermine une extensioncomplète
Tô
deT. qui
détermine à son tour une extension T’ de Tqui
seprête
àl’application
du résultat dede Bouvère.
V - DEFINITION NON EXPLICITE -
Il convient
d’appeler définition explicite,
toute introduction d’un terme Fqui peut
être rem-placée
parl’adjonction
d’une formule(F) appropriée.
Il va sans dire que toute définitionexplicite remplit
les conditions énoncées par Pascal.Toutefois on a bien souvent recours à d’autres moyens
lorsqu’il s’agit
d’introduire de nouvelles notions.Soit,
parexemple, T.
la théorie élémentaire de l’addition pour les nombresnaturels ;
il est bien connu que cette théorie estcomplète (et décidable) [6].
Alors il estpossible
d’introduire lamultiplication
parl’adjonction
des deux formules :à
T. ;
soit T la théoriequi
résulte.Selon la
terminologie courante,
les formules( M 1 )
et(M2)
constituent unedé f inition
recursivede la
multiplication.
Cetteterminologie s’explique
du fait que la théorie Tpermet
de démontrertoute formule
numérique :
où M,
n etp
sontrespectivement
lesnotations,
dansT,
de trois nombres naturels in, n et mn .Toutefois les formules
(Ml)
et(M2)
ne constituent pas une définitionexplicite
de lamultipli- cation,
étant donnéqu’elles
nepeuvent
pas êtreremplacées
par une formule(F).
Eneffet,
il n’est pas difficile de construire un modèleN,
+ ,0,
1 > deT. qui
neproduit
aucun modèle de T .Puisque Ta
estcomplète,
nous pouvonsappliquer
le résultat de deBouvère ;
parconséquent,
lamultiplication
est essentiellement non définissable parrapport
à T.Cette discussion
montre,
mesemble-t-il,
les deuxaspects complémentaires
du recours à des définitions nonexplicites.
D’uncôté,
la définition nonexplicite
constitue pour ainsi dire unpis-aller qui s’impose lorsqu’un
terme P se montre essentiellement non définissable parrapport
à une théorieT où elle intervient. D’autre
part,
certainstypes
de définitions nonexplicites présentent parfois
des
avantages
considérables sur les définitionsexplicites. Notamment,
les définitions récursives ontl’avantage particulier
de mettre en évidence le caractère effectif de certaines notions.VI - PSEUDO-DEFINITIONS -
Supposons
que dans une certaine théorieT.
onpuisse
démontrer un théorème :et soit T la théorie
qui
résulte del’adjonction
de l’axiome :à
T~.
Alors T nepeut
contenir aucun théorème Xqui
ne soit pas contenu dansTo
etqui
ne fassepas intervenir le foncteur
f ;
enparticulier,
la non-contradiction deTo implique
la non-contradiction de T.[Si
le théorème(f ) présente
la formeparticulière :
alors cette version faible du
théorème
d’éliminationproduit
la version courante de ce théorème[711,
Il convient
d’appeler
l’axiome(f)
unepseudOr-défini tion
du foncteurf
parrapport
à la théorieT .
Sif
estpseudo-définissable
parrapport
àT, c’est-à-dire,
si T résulte de la théorieTa
cor-respondante
parl’adjonction
d’un axiome(f) approprié,
alors un modèlequelconque S, A, B, C, ...
>de
T. produira
tout au moins un modèleS, A, B _C, ... ,
Il f > de T. Parconséquent,
siT 0
aun modèle
qui
neproduit
aucun modèle deT,
alorsf
nepeut
pas êtrepseudo-définissable
par rap-port
à T. Les théoriesTa
et T que nous avons discutées au par. 5 fournissent unexemple
d’unesituation de ce genre.
Je veux faire
quelques
remarquessupplémentaires
sur le casgénéral. Supposons
quef
soitpseudo-définissable
parrapport
à T et queT.
contienne le théorème :Alors il est clair que T contiendra les théorèmes :
et :
D’autre
part,
supposons queT.
contienne le théorème :alors la formule
(2)
seracompatible
avec la théorie T.Notons,
pourterminer,
que lespseudo-définitions jouent
un rôleimportant
dans lalogique
d’ordre
supérieur. Notamment,
lesdé f ini t ions
par abstraction constituent unexemple classique
deleur
application.
Soit S une classe et soit R une relationréflexive, symétrique
et transitive définie dans S. Alors la définition par abstractionqui
serapporte
à la relation R consiste dans l’introduction des classes :Or,
l’existence de toutes ces classes estgarantie
par le théorème :qui
à son tour est fondé sur unprincipe qui
est courammentappelé
axiome deréduct
i bi Z i té ou axiomedes
Pseudo-déf int t ions.
BIBLIOGRAPHIE
[1]
Voir parexemple :
L’oeuvre dePascal,
texte établi et annoté par J.Chevalier, Bibliothèque
de la