FONCTIONS COMPLEXES, ´ EQUATIONS
DIFF´ ERENTIELLES, SUITES R´ ECURRENTES LIN´ EAIRES
2.1. Fonctions d´erivables `a valeurs complexes
On rappelle que tout nombre complexez∈Cs’´ecrit de fa¸con uniquez=a+ib, avec a, b∈R.
On dit que a est lapartie r´eelle de z, not´eeRe(z), et que b est la partie imaginaire de z, not´ee Im(z). On a donc z=Re(z) +iIm(z).Attention ! La partie Im(z) ´egaleb, et nonib.
SoientI ⊂Run intervalle ouvert non vide etf une applicationI →C. Pour toutt∈I, on peut
´ecriref(t) = a(t) +ib(t), o`u a(t) =Re(f(t)) et b(t) =Im(f(t)). Ceci d´efinit deux applications a, b :I → R. On ´ecrira a = Re(f) et b = Im(f) et l’on dira que a (resp.b) est la partie r´eelle (resp. imaginaire) def.
D´efinition 2.1 (Fonctions d´erivables I →C). — Soitt0 ∈I.
(1) On dit quef estd´erivableent0siaetble sont. Dans ce cas, on posef0(t0) =a0(t0)+ib0(t0).
(2) On dit quef est d´erivable sur I si elle l’est en tout point deI.
(3) Remarquons que sif est d´erivable surI et si 0 =f0(t) =a0(t) +ib0(t) pour toutt∈I, alors a(resp.b) est la fonction constante de valeura0=a(t0) (resp.b0 =b(t0)), donc f est la fonction constante de valeur complexea0+ib0.
On a de plus les propri´et´es suivantes, qui se d´eduisent facilement des propri´et´es analogues, d´ej`a vues, pour les fonctions r´eelles d´erivables.
Proposition 2.2. — Soient f, g:I →C deux fonctions d´erivables et soit γ ∈C.
(i) La fonction γf +g est d´erivable, de d´eriv´ee γf0+g0.
(ii) L’ensembleD(I,C)des fonctions d´erivablesI →Cest un sev duC-espace vectorielF(I,C) de toutes les fonctions I →C, et l’application D:D(I,C)→F(I,C), f 7→f0 est lin´eaire.
(iii) La fonction f g est d´erivable, de d´eriv´ee f0g+f g0.
D´emonstration. — Il r´esulte aussitˆot des d´efinitions que siα∈R, la fonctionαf+gest d´erivable, de d´eriv´ee αf0+g0. Pour la suite de la d´emonstration, ´ecrivons f = a+ib, avec a= Re(f) et b=Im(f).
Alors, on a (if)0 = (−b+ia)0=−b0+ia0 =i(a0+ib0) =if0 . En ´ecrivant γ = α+iβ, avec α, β ∈R, on obtient donc que
(γf)0 = (αf+βif)0 =αf0+β(if)0 =αf0+βif0 =γf0. Ceci prouve (i), et le point (ii) n’est qu’une reformulation de (i).
Prouvons (iii). Sir est une fonction d´erivableI →R, alors rf =ra+irb d’o`u
(rf)0 = (ra)0+i(rb)0 =r0a+ra0+i(r0b+rb0) =r0(a+ib) +r(a0+ib0) =r0f+rf0. En ´ecrivant g=r+is, avec r=Re(f) et s=Im(f), on obtient alors, en utilisant le point (i) :
(gf)0 = (rf+isf)0=r0f+rf0+i(s0f+sf0) = (r0+is0)f+ (r+is)f0 =g0f+gf0. La proposition est d´emontr´ee.
12 CHAPITRE 2. FONCTIONS `A VALEURS COMPLEXES, ´EQUATIONS DIFF´ERENTIELLES LIN´EAIRES
D´efinition 2.3 (Primitives d’une fonction f :I →C). — Soitf(t) =a(t) +ib(t) une appli- cation I → C. Une application F :I → C est une primitive de f sur I si elle est d´erivable de d´eriv´ee f. Si on ´ecritF(t) =A(t) +iB(t), ceci ´equivaut `a dire queA (resp.B) est une primitive de a (resp.b) sur I. Si G est une autre primitive de f sur I alors, d’apr`es le point (3) de 2.1, il existec∈Ctel queG=c+F.
2.2. Primitivation par parties et primitives de eaxeibxP(x)
Soient I ⊂ R un intervalle ouvert non vide, x0 ∈ I et h : I → R une application continue.
Vous avez vu en Terminale (et nous verrons dans ce cours) que la fonctionH(x) =Rx
x0h(t)dt est une primitive deh surI, et que toute primitive deh surI est de la formeH+c, pour un r´eelc.
Pour cette raison, on d´esignera parR
h une primitive quelconque de h sur I et le proc´ed´e d´ecrit ci-dessous est appel´e «Int´egration par parties» (IPP en abr´eg´e) au lieu de «Primitivation par parties».
Soit donn´e un produith=f g de fonctions continues surI, et supposons qu’on connaisse d´ej`a une primitiveF def surI. La formule (F g)0 =F0g+F g0 =f g+F g0donne alorsf g= (F g)0−F g0 donc si on connaˆıt une primitiveR
F g0 de F g0 surI, alorsH =F g−R
F g0 sera une primitive de f g surI. Illustrons ceci par l’exemple suivant.
(I)Cherchons une primitive de eaxP(x), o`u a∈R∗ et P(x)∈R[x] est un polynˆome de degr´e d≥1. Soientf(x) =eax,g(x) =P(x) etk= 1/a. Alors une primitive def estF(x) =keaxdonc on a :
(1)
Z
eaxP(x) =keaxP(x)− Z
F(x)P0(x) =keax−k Z
eaxP0(x)
donc le calcul d’une primitive de eaxP(x) est ramen´e `a celui d’une primitive de eaxP0(x), o`u maintenant P0 est un polynˆome de degr´ed−1. On peut r´ep´eter l’op´eration : on aR
eaxP0(x) = keaxP0(x)−kR
eaxP00(x) et donc (2)
Z
eaxP(x) =keaxP(x)−k2eaxP0(x) +k2 Z
eaxP00(x).
En r´ep´etant dfois ce processus, on obtient que Z
eaxP(x) =keax
³
P(x)−kP0(x) +k2P00(x)− · · ·+ (−k)d−1P(d−1)(x)
´
+ (−k)d Z
eaxP(d)(x), et comme P(d)(x) est une constante (puisque deg(P) =d), alors une primitive de eaxP(d)(x) est keaxP(d)(x). L’´egalit´e pr´ec´edente d´emontre donc la premi`ere partie de la proposition suivante : Proposition 2.4. — Soit a∈R∗ et soit P ∈R[x] de degr´ed≥1.
(i) Les primitives surR deh(x) =eaxP(x) sont les fonctionsH(x) =c+eaxQ(x), o`uc est un r´eel arbitraire et Q(x) est le polynˆome k¡
P(x)−kP0(x) +· · ·+kdP(d)(x)¢
, qui est ´egalement de degr´e d.
(ii) Comme (eaxQ(x) +c)0 =eax(aQ(x) +Q0(x)), Qest d´etermin´e par l’´egalit´e aQ+Q0 =P, donc si P(x) =a0+a1x+· · ·+adxd, on cherche Q sous la formeQ(x) =b0+b1x+· · ·+bdxd, o`u les bi ∈Rsont des coefficients inconnus que l’on d´etermine en ´ecrivant que Q0(x) +aQ(x) = (b1 +ab0) + (2b2 +ab1)x+· · ·+ (dbd+abd−1)xd−1+abdxd = a0 +a1x+· · ·+adxd. Donc, en posantk= 1/a, on obtient : bd=kad, puisbd−1=k(ad−1−dbd) =kad−1−k2dad, etc.
(II) Cherchons maintenant une primitive de eaxcos(bx), o`u a, b∈R∗. On pourrait faire deux IPP successives : en posant f(x) = eax et g(x) = cos(bx), une primitive de f est (1/a)f et l’on a g0 =−bsin(bx), d’o`u R
eaxcos(bx) = (1/a)eaxcos(bx) + (b/a)R
eaxsin(bx), puis en posant v(x) = sin(bx) on a v0(x) = bcos(bx) d’o`u R
eaxsin(bx) = (1/a)eaxsin(bx)−(b/a)R
eaxcos(bx), et l’on obtient l’´egalit´e
Z
eaxcos(bx) = 1
aeaxcos(bx) + b
a2eaxsin(bx)− b2 a2
Z
eaxcos(bx),
d’o`u a2a+b2 2
R eaxcos(bx) = 1aeaxcos(bx) +ab2eaxsin(bx). Donc les primitives sur Rde eaxcos(bx), o`u a, b∈R∗, sont les fonctions : eax
a2+b2
¡acos(bx) +bsin(bx)¢ +c.
Montrons que l’on peut obtenir ceci de fa¸con plus rapide en utilisant les nombres complexes.
Rappelons que pour tout y ∈ R on pose : eiy= cos(y) +isin(y) . Il r´esulte des formules trigo- nom´etriques :
cos(y+y0) = cos(y0) cos(y)−sin(y0) sin(y) sin(y+y0) = sin(y0) cos(y) + cos(y0) sin(y) que l’on a : eiyeiy0 =ei(y+y0) pour touty, y0 ∈R. Puis, on pose ex+iy=exeiy pour toutx, y∈R, o`u ex d´esigne l’exponentielle r´eelle usuelle. Il r´esulte de ce qui pr´ec`ede que pour toutz=x+iy etz0 =x0+iy0, avecx, x0, y, y0 ∈R, on a ez+z0 =ezez0 . De plus, on a l’importante proposition suivante (le point (ii) sera utilis´e au parag. 2.3.2):
Proposition 2.5. — Soient a, b ∈R. Posons z =a+ib et consid´erons la fonction h :R→ C,
(Q)
t7→h(t) =ezt=eateibt=eat¡cos(bt) +isin(bt)¢ .
(1) h est d´erivable, et h0(t) = (a+ib)h(t) =zh(t) pour tout t∈R.
(2) Les fonctions complexesf :R→C solutions de l’´equation diff´erentielle f0(t) =zf(t) sont les fonctions f(t) =Cezt, o`u C ∈C.
D´emonstration. — (i) D’apr`es la d´efinition 2.1, la fonction g(t) = eibt = cos(bt) +isin(bt) est d´erivable, de d´eriv´ee−bsin(bt) +ibcos(bt) =ibg(t). Par cons´equent, la fonctionh(t) =eatg(t) est d´erivable, de d´eriv´ee aeatg(t) +eatibg(t) = (a+ib)h(t) =zh(t).
Prouvons (ii). Les fonctions Cezt sont solutions, d’apr`es (i). R´eciproquement, soit f une so- lution. Alors la fonction complexe k(t) = f(t)e−zt est d´erivable, de d´eriv´eek0(t) = zf(t)e−zt− f(t)ze−zt = 0, donc k(t) et une constante C ∈ C, et donc f(t) = Cezt. La proposition est d´emontr´ee.
Revenons au calcul d’une primitive de eatcos(bt). Si b = 0, on trouve imm´ediatement une primitive de eat, donc le cas «int´eressant» est lorsque b 6= 0. Dans ce cas, une primitive de h = eateibt est la fonction complexe H(t) = 1
a+ibeateibt. Ses parties r´eelle et imaginaire sont donn´ees par :
H(t) = a−ib a2+b2eat¡
cos(bt) +isin(bt)¢
= eat a2+b2
h¡acos(bt) +bsin(bt)¢ +i¡
−bcos(bt) +asin(bt)¢i . Alors la partie r´eelle (resp. imaginaire) deHest une primitive de la partie r´eelleeatcos(bt) (resp. la partie imaginaire eatsin(bt)) de h(t) = eateibt. On a donc obtenu le point (i) de la proposition suivante :
Proposition 2.6. — Soient a∈R et b∈R∗.
(i) Les primitives sur Rde la fonction complexe eat¡
cos(bt) +isin(bt)¢
sont les fonctions com- plexes c+ a−ib
a2+b2eateibt, o`u c∈ C. En prenant les parties r´eelles et imaginaires, ceci donne les primitives deeatcos(bt) et de eatsin(bt).
(ii) Plus g´en´eralement, soit P(t) = a0 +a1t+· · ·+adtd ∈ R[t] un polynˆome de degr´e d≥ 1.
Les primitives surRde la fonction complexe h(t) =eatP(t)¡
cos(bt) +isin(bt)¢
sont les fonctions complexesc+eateibtQ(t), o`u c∈CetQ(t) =b0+b1t+· · ·+bdtd∈C[t]est le polynˆome d´etermin´e par l’´egalit´e (a+ib)Q+Q0 =P, c.-`a-d., en posant k= 1
a+ib = a−ib
a2+b2, on a : bd=kad, puis bd−1 = k(ad−1 −dbd) = kad−1 −k2dad, etc. En prenant les parties r´eelles et imaginaires, ceci donne les primitives de eatP(t) cos(bt) et de eatP(t) sin(bt).
14 CHAPITRE 2. FONCTIONS `A VALEURS COMPLEXES, ´EQUATIONS DIFF´ERENTIELLES LIN´EAIRES
D´emonstration de (ii). — SiQ(t) est un polynˆome complexe, la fonctioneateibtQ(t) a pour d´eriv´ee eateibt¡
(a+ib)Q(t) +Q0(t)¢
donc c’est une primitive deh(t) si et seulement siQv´erifie l’´equation (a+ib)Q+Q0 = P. Comme z0 = a+ib 6= 0 ceci entraˆıne que Q est de mˆeme degr´e que P;
´ecrivant alorsQ(t) =b0+b1t+· · ·+bdtd, on voit que lesbi sont uniquement d´etermin´es par les ai : notant k = 1/z0, on a bd = kad, puis bd−1 = k(ad−1 −dbd) = kad−1−k2dad, etc. Enfin, comme deux primitives de h surRne diff`erent que par une constantec∈C, on obtient bien que toutes les primitives deh surR sont de la formec+eateibtQ(t).
2.3. ´Equations diff´erentielles lin´eaires `a coefficients constants
2.3.1. ´Equations diff´erentielles lin´eaires du 1er ordre `a coefficients constants. — Soit λ∈R. Rappelons les r´esultats vus en 1M001 sur l’´equation diff´erentielle
(†) x0(t)−λx(t) =g(t),
o`ug(t) est une fonction continue sur un intervalle ouvertI. Ceci ´equivaut `ae−λt(x0(t)−λx(t)) = e−λtg(t) et l’on reconnaˆıt dans le membre de gauche la d´eriv´ee de e−λtx(t). D’autre part, la fonction h(t) =e−λtg(t) ´etant continue sur I, la th´eorie de l’int´egration (qu’on verra plus tard) nous assure qu’elle admet des primitives sur I. Si l’on fixe t0 ∈ I, l’une d’elles est H(t) = Rt
t0g(u)du, et toute autre primitive est de la formec+H, avecc∈R. (Et doncH estlaprimitive de h qui s’annule ent0.)
Donc, les solutions de (†) sont les fonctions x(t) =eλt(H(t) +c) = eλtH(t) +ceλt. Une telle solution est enti`erement d´etermin´ee par la donn´ee de sa valeur initiale x0 = x(t0) car on a c=e−λt0x0 (compte tenu deH(t0) = 0). Le slogan `a retenir est donc :«chaque solutionxde (†) est d´etermin´ee par sa valeur initialex(t0), qui peut ˆetre choisie arbitrairement».
Si g(t) = eµtP(t), o`u µ ∈ R et P ∈ R[t] est un polynˆome de degr´e d ≥ 0, il s’agit donc de trouver les primitives de h(t) = e(µ−λ)tP(t). Il y a deux cas. Si µ = λ, alors h(t) = P(t) et les primitives sont des polynˆomes de degr´ed+ 1 : on peut les ´ecrire sous la formeH =Q+c, o`u Q est l’unique polynˆome tel que Q0 =P etQ(0) = 0 (si P =Pd
i=0aiti alorsQ(t) =Pd
i=0ai ti+1 i+ 1).
Sia=µ−λ6= 0, on a vu dans la Prop. 2.4 que les primitives surRde eatP(t) sont les fonctions H(t) = c+eatQ(t), o`u c est un r´eel arbitraire et Q(t) ∈ R[t] est le polynˆome d´etermin´e par l’´egalit´e aQ+Q0 = P. On peut englober le cas o`u g(t) ´egale eµtP(t) cos(bt) ou eµtP(t) sin(bt), pour un r´eelb6= 0, en consid´erant ceci comme la partie r´eelle ou imaginaire deeµteibtP(t). Posant a=µ−λon sait, d’apr`es la Prop. 2.6, que les primitives surRde la fonctioneateibtP(t) sont les fonctions H(t) =c+eateibtQ(t), o`uc∈C etQ(t)∈C[t] est le polynˆome d´etermin´e par l’´egalit´e (a+ib)Q+Q0 =P. Dans tous les cas, la solution g´en´erale de (†) est de la forme x(t) =eλtH(t) et l’on a donc d´emontr´e la proposition suivante :
Proposition 2.7. — Soient λ∈R, z∈ C et g(t) = eztP(t), o`u P ∈R[t] est un polynˆome 6= 0.
(Q)
La solution g´en´erale de l’´equation diff´erentiellex0(t)−λx(t) =Re(g(t))ou Im(g(t))est la partie r´eelle ou imaginaire des fonctions suivantes, o`u c∈Cest une constante :
eztQ(t) +ceλt si z=λ, o`uQ∈R[t]est d´etermin´e par Q0=P et Q(0) = 0. On a deg(Q) = deg(P) + 1.
eztQ(t) +ceλt si z6=λ, o`uQ∈C[t]est d´etermin´e par (z−λ)Q+Q0 =P. On a deg(Q) = deg(P) et l’on aQ∈R[t] siz∈R.
2.3.2. ´Equations diff´erentielles lin´eaires du 2`eme ordre `a coefficients constants. — Soient a, b∈R. Soit E l’ensemble des solutions de l’´equation diff´erentielle lin´eaire homog`ene :
(∗) x00(t) +ax0(t) +bx(t) = 0.
La fonction nulle est solution, et si x1, x2 ∈E etα ∈R, on voit que αx1+x2 est aussi solution, car (αx1+x2)0 =αx01+x02 et (αx1+x2)00 =αx001+x002. Donc E est un sous-espace vectoriel du R-espace vectoriel D2(R,R) des applications deux fois d´erivablesR→R.
On associe `a (∗) le polynˆome P = X2 +aX +b. Soient λ, µ ses deux racines dans C (pas n´ecessairement distinctes). Comme (X−λ)(X−µ) = X2−(λ+µ)X+λµ =X2−sX+p, o`u s (resp.p) d´esigne la somme (resp. produit) des racines, on obtient les formules (`a connaˆıtre !) :
a=−s=−(λ+µ) et b=p=λµ .
Bien qu’on s’int´eresse a priori aux solutions r´eelles de (†), il sera utile, comme dans les para- graphes pr´ec´edents, de chercher les solutions complexesz(t) = x1(t) +ix2(t), o`u x1, x2 sont des fonctions r´eelles. Commez00+az0+bz= (x001+ax01+bx1) +i(x002+ax02+bx2), on voit qu’une telle fonctionzest une solution complexe de (†) si et seulement six1 etx2 en sont des solutions r´eelles.
Notons EC l’ensemble des solutions complexes, on voit comme plus haut que c’est un C-espace vectoriel.
Lemme 2.8. — Les fonctions f(t) =eλt et eµt sont solutions de (†).
D´emonstration. — f00(t) +af0(t) +bf(t) = (λ2+aλ+b)eλt = 0 puisque λest racine de P. Et idem bien sˆur poureµt.
Th´eor`eme 2.9. — E est un R-espace vectoriel de dimension 2, etEC est un C-espace vectoriel
(Q)
de dimension 2. Plus pr´ecis´ement :(i) Si λ, µ∈ R, alors une base(f, g) de E est donn´ee par f(t) =eλt, g(t) =eµt si µ 6=λ, et f(t) = eλt, g(t) = teλt si µ = λ. Ces fonctions forment aussi une base de EC comme C-espace vectoriel, i.e. toute fonction h∈EC s’´ecrit de fa¸con uniqueh=vf+u g, avec u, v∈C.
(ii) Si λ=γ+iω avec γ, ω∈Ret ω 6= 0, alors µ=γ−iω. Une base (f, g) de EC est donn´ee par f(t) = eλt = eγteiωt et g(t) = eµt = eγte−iωt, une autre base (h, k) de EC est form´ee des fonctions r´eellesh(t) =eγtcos(ωt) etk(t) =eγtsin(ωt). Ces fonctions forment aussi une base du R-espace vectorielE, i.e. toute fonctionp∈E s’´ecrit de fa¸con uniquep=uh+vk, avec u, v∈R.
Le point-cl´e de la d´emonstration est le lemme suivant.
Lemme 2.10. — Soit z(t) une solution complexe de (∗). ´Ecrivons z(t) =eλtϕ(t). Alors : (1) ϕ00+ (λ−µ)ϕ0 = 0, et donc ϕ0(t) =Ce(µ−λ)t pour un certain C ∈C.
(2) Si µ=λ, on a donc ϕ(t) =ut+v, avec u, v∈C, d’o`u z(t) =uteλt+veλt. (3) Si µ6=λ, on a donc ϕ(t) =ue(µ−λ)t+v, avecu, v∈C, d’o`u z(t) =ueµt+veλt. D´emonstration. — On a z0(t) =eλt¡
λϕ(t) +ϕ0(t)¢
etz00(t) =eλt¡
λ2ϕ(t) + 2λϕ0(t) +ϕ00(t)¢ , d’o`u 0 =z00(t) +az0(t) +bz(t) =eλt
h
P(λ)ϕ(t) + (2λ+a)ϕ0(t) +ϕ00(t) i
=eλt h
ϕ00(t) + (λ−µ)ϕ0(t) i
, o`u la derni`ere ´egalit´e d´ecoule de P(λ) = 0 et a=−λ−µ. On a donc ϕ00(t) + (λ−µ)ϕ0(t) = 0.
D’apr`es le point (ii) de la Prop. 2.5, on a donc ϕ0(t) = Ce(µ−λ)t pour un certain C ∈ C. Ceci prouve (1).
Si µ = λ, alors d’une part λ∈ R et d’autre part, posant u= C on a ϕ0(t) = u d’o`u ϕ(t) = ut+v, avecu, v∈C. Doncz(t) =uteλt+veλt, et de plus cette ´ecriture est unique car les fonctionsf(t) =eλtet g(t) =teλt sont lin´eairement ind´ependantes. Ceci montre que (f, g) forme une base du C-espace vectoriel EC. De plus, si la solution z est `a valeurs r´eelles alors les ´egalit´esz(0) =v et z(1) = (u+v)eλ donnent quev=z(0) etu=z(1)e−λ−v sont r´eels. Ceci montre que les fonctions r´eellesf etg forment une base duR-espace vectoriel E. Ceci prouve (2), ainsi qu’une partie du point (i) du th´eor`eme.
Supposons d´esormais queα=µ−λsoit6= 0. Alorsϕ0(t) =Ce(µ−λ)tentraˆıne queϕ(t) =ue(µ−λ)t+v, o`uu=C/αetv∈Cest arbitraire. Doncz(t) =eλtϕ(t) ´egaleueµt+veλt, ce qui prouve (3). De plus cette
´ecriture est unique car les fonctionsf(t) =eλtet g(t) =eµtsont lin´eairement ind´ependantes. Ceci montre que (f, g) forme uneC-base deEC, qui est donc de dimension 2.
Siλ, µ∈R, alors les fonctionsf, gsont r´eelles, et siz=vf+u gest `a valeurs r´eelles, alors on d´eduit des
´egalit´es :z(0) =v+u,z(1) =veλ+ueµ queu(eµ−eλ) =z(1)−z(0)eλet v(eλ−eµ) =z(1)−z(0)eµ, ce qui entraˆıne que les coefficientsu, v sont r´eels. Ceci montre que dans ce cas (f, g) est une base duR-espace vectorielE. Ceci ach`eve la preuve du point (i) du th´eor`eme.
16 CHAPITRE 2. FONCTIONS `A VALEURS COMPLEXES, ´EQUATIONS DIFF´ERENTIELLES LIN´EAIRES
Enfin, siλ=γ+iωavecγ, ω∈Retω6= 0, alors les fonctions r´eellesh(t) =eγtcos(ωt) etk=eγtsin(ωt) engendrent aussiEC, puisquef =h+ik et g=h−ik. Comme dimCEC= 2, on en d´eduit que (h, k) est une base de EC. Enfin, si z =uh+vk est `a valeurs r´eelles, alors pour t = 0 on obtient z(0) = udonc u∈R, et pour t0 =π/2ω on obtient z(t0) =veγt0 doncv =z(t0)e−γt0 ∈R. Ceci montre que (h, k) est aussi une base duR-espace vectorielE. Ceci prouve le point (ii) du th´eor`eme.
Maintenant, soient I ⊂ R un intervalle ouvert et g : I → R une application continue. Soit D2(I,R) leR-espace vectoriel des fonctions deux fois d´erivablesI →Ret d´efinissons de mˆeme leC- espace vectorielD2(I,C). SoitE (resp.EC) l’ensemble des fonctionsx∈D2(I,R) (resp.D2(I,C)) qui sont solutions de l’´equation diff´erentielle avec second membre :
(∗∗) x00(t) +ax0(t) +bx(t) =g(t).
Comme pr´ec´edemment, pour trouver des solutions r´eelles, il sera utile de chercher des solutions complexes z(t) =x1(t) +ix2(t), o`ux1, x2 sont des fonctionsI →R. Comme g est r´eelle, on voit qu’une telle fonctionzest solution de (∗∗) si et seulement six1 etx2 en sont des solutions r´eelles.
Ceci montre que pour trouver une solution r´eelle, il suffit de trouver une solution complexe et de prendre sa partie r´eelle. De plus, on va voir dans le th´eor`eme ci-dessous que si on connaˆıt une solution de (∗∗), alors on les connaˆıt toutes. Avant d’´enoncer le th´eor`eme, introduisons les d´efinitions suivantes.
D´efinition 2.11. — Soient V, W deux K-espaces vectoriels et φ : V → W une application lin´eaire. On note Im(φ) l’ensemble des images φ(x), lorsque x parcourt V. C’est un sev de W. En effet, 0W =φ(0V) ∈Im(φ) et si t∈K et y, y0 ∈Im(φ), il existe x, x0 ∈V tels que φ(x) =y etφ(x0) =y0; commeφ est lin´eaire on aφ(tx+x0) =tφ(x) +φ(x0) =ty+y0, ce qui montre que ty+y0 ∈Im(φ).
D´efinition 2.12 (Sous-espaces affines d’un espace vectoriel)
Soient V un K-espace vectoriel et E un sev deV. Soit E un sous-ensemble de V. On dit que E est unsous-espace affine de V de direction E s’il v´erifie les trois conditions suivantes :
(1) E est non vide.
(2) Pour toutx0, x1 ∈E, on ax1−x0∈E.
(3) R´eciproquement, pour toutx0 ∈E etf ∈E, l’´el´ementx1=x0+f appartient `a E. Par exemple, soit φ:V → W une application lin´eaire et soit w∈Im(φ). Alors l’ensemble E des ant´ec´edents de w par φ, i.e. l’ensemble des v ∈ V tels que φ(v) = w, est un sous-espace affine de V de direction E = Ker(φ). En effet, par hypoth`ese E est non vide. Soient x, x0 ∈ E. Alors φ(x) =w=φ(x0) donc 0 =φ(x0)−φ(x) =φ(x0−x), doncx0−x∈Ker(φ) =E; r´eciproquement, sif ∈E alorsφ(x+f) =φ(x) +φ(f) =φ(x) =w, doncx+f ∈E.
Exemple 2.13. — Consid´erons l’application lin´eaireφ:R2 →R, (x, y)7→y−x. L’ensemble des ant´ec´edents parφ de 1∈Rest l’ensemble :
{(x, y)∈R2|y−x= 1}={(x, x+ 1)|x∈R}={(0,1) +x(1,1)|x∈R}
i.e. c’est la droite affineD «passant par le point A= (0,1) et de vecteur directeur−→u = (1,1)».
Proposition 2.14. — Admettons pour un instant queE est non vide (voir le th´eor`eme suivant).
Alors :
(i) E est un sous-espace affine de D2(I,R) de direction E.
(ii) EC est un sous-espace affine de D2(I,C) de direction EC.
D´emonstration. — Soit F(I,R) le R-espace vectoriel de toutes les applications I → R. Alors l’application φ:D2(I,R)→F(I,R),x7→x00+ax0+bx est lin´eaire. De plus, Ker(φ) ´egale E, le R-espace vectoriel des solutions r´eelles de (∗). Donc, sig∈Im(φ) i.e. si (∗∗) poss`ede au moins une solution x0, alors d’apr`es ce qu’on a dit en 2.12,E ={x0+f |f ∈E} est un sous-espace affine de D2(I,R) de direction E. La d´emonstration est identique quand on remplace RparC.
Th´eor`eme 2.15. — L’´equation diff´erentielle(∗∗)admet au moins une solution complexez, donc aussi une solution r´eelle x=Re(z).
D´emonstration. — On cherche z(t) sous la forme z(t) = eλtϕ(t). Alors, comme dans le point (1) du lemme 2.10, on obtient que la fonction complexe f(t) =ϕ0(t) v´erifie l’´equation diff´erentielle du 1er ordre f0(t) + (λ−µ)f(t) =g(t). Posantα=λ−µ, ceci ´equivaut `a :
(‡) eαt¡
f0(t) +αf(t)¢
=eαtg(t).
Les parties r´eelle et imaginaire de h(t) = eαtg(t) sont continues, donc admettent des primitives sur I (d’apr`es la th´eorie de l’int´egration !) donch(t) admet des primitives surI. Or, on reconnaˆıt dans le membre de gauche de (‡) la d´eriv´ee deeαtf(t). On d´eduit donc de (‡) queeαtf(t) =H(t), o`uHest une primitive de hsurI. Doncϕ0(t) =f(t) =e−αtH(t). `A nouveau, les parties r´eelle et imaginaire def(t) sont continues, donc admettent des primitives surI doncf(t) admet des primitives sur I. Il en r´esulte que ϕ(t) =F(t), o`uF est une primitive de f surI, et donc z(t) =eλtF(t) est une solution de (∗∗).
Le th´eor`eme pr´ec´edent n’a pas ´et´e ´enonc´e en cours, mais on a d´emontr´e en cours le th´eor`eme ci-dessous, qui traite le cas o`ug(t) =keαtcos(βt), aveck, α, β∈R, un cas qui se pr´esente souvent dans les ´equations diff´erentielles ´etudi´ees en physique.
Th´eor`eme 2.16. — Soienta, b, α, β, k∈Ret ν=α+iβ. On consid`ere l’´equation diff´erentielle
(Q)
r´eelle(∗∗) et sa variante complexe (∗∗∗) ci-dessous :(∗∗) x00(t) +ax0(t) +bx(t) =keαtcos(βt) =kRe(eνt) (∗∗∗) x00(t) +ax0(t) +bx(t) =k eνt
et l’´equation homog`ene associ´ee(∗)x00+ax0+bx= 0. Soientλ, µles racines dansCdu polynˆome P =X2+aX+b. Notons que P0 = 2X+a et P00 = 2.
(i) Une solution «particuli`ere» complexe de (∗∗∗) est la fonction z0(t) donn´ee par :
z0(t) =
k
P(ν)eνt si P(ν)6= 0, k
P0(ν)teνt si ν est racine simple deP i.e. si P(ν) = 06=P0(ν), k
2t2eνt si ν=λ=µ est racine double de P.
(ii) La fonctionx0(t) =Re(z(t))est donc une solution «particuli`ere» r´eelle de (∗∗).
(iii) Les solutions r´eelles de (∗∗)sont toutes les fonctions x0(t) +f(t) o`u f(t) est une solution r´eelle de l’´equation homog`ene (∗).(1)
D´emonstration. — Cherchons une solution de (∗∗∗) sous la formez(t) =eνtϕ(t), avec ϕ «aussi simple que possible». Notons φ(z) = z00+az0+bz. Le point-cl´e est que, reprenant le calcul de φ(z) fait dans la d´emonstration du lemme 2.10, on obtient que
φ(z) =eνt h
P(ν)ϕ(t) + (2ν+a)ϕ0(t) +ϕ00(t) i
=eνt h
P(ν)ϕ(t) +P0(ν)ϕ0(t) +ϕ00(t) i
. Donc φ(z) = keνt si et seulement siP(ν)ϕ(t) + (2ν+a)ϕ0(t) +ϕ00(t) = k. SiP(ν)6= 0, on peut prendre pour ϕune constanteC, alorsϕ0 = 0 =ϕ00 et l’on obtient P(ν)C =k d’o`u C=k/P(ν).
Si P(ν) = 0 6= P0(ν), on peut prendre ϕ(t) = Ct, alors ϕ0 = C et ϕ00 = 0 et l’on obtient P0(ν)C =k d’o`u C =k/P0(ν). Enfin, siP(ν) = 0 = P0(ν), on peut prendre ϕ(t) =Ct2 et l’on obtient ϕ00(t) = 2C = k, d’o`u C = k/2. Ceci prouve (i). Le point (ii) en d´ecoule aussitˆot en prenant les parties r´eelles. Enfin, (iii) a ´et´e d´emontr´e dans la proposition 2.14, en tenant compte de la d´efinition 2.12.
(1)Donc l’ensemble E des solutions r´eelles de (∗∗) est un sous-espace affine deD2(X,R) de direction leR-espace vectorielE des solutions r´eelles de l’´equation homog`ene (∗).
18 CHAPITRE 2. FONCTIONS `A VALEURS COMPLEXES, ´EQUATIONS DIFF´ERENTIELLES LIN´EAIRES
Remarque 2.17. — La d´emonstration du th´eor`eme 2.16 s’applique dans le cas plus g´en´eral o`u le second membre de (∗∗∗) est de la forme R(t)eνt, pour un polynˆome non nul R(t) ∈ R[t]. En effet, on cherche une solution de (∗∗∗) de la formez(t) =eνtQ(t) avec Q(t)∈C[t] un polynˆome complexe. Le mˆeme calcul montre que z(t) est solution si et seulement si l’on a :
(?) P(ν)Q(t) +P0(ν)Q0(t) +Q00(t) =R(t)
et ceci d´etermine de fa¸con unique un polynˆome Q(t) ∈ C[t] qui est de degr´e d = deg(R) si P(ν) 6= 0, et de degr´e d+ 1 (resp.d+ 2) si ν est racine simple (resp. double) de P. Si on ´ecrit Q=b0+b1t+· · ·+bntn(o`un=d, d+ 1 oud+ 2) alors lesbisont d´etermin´es de proche en proche par l’´egalit´e (?). Par exemple, siP(ν)6= 0 alors en posantk= 1/P(ν) on a :bd=kad, puisbd−1= k(ad−1−P0(ν)dbd) =kad−1−k2P0(ν)dad, puisbd−2 =k£
ad−2−P0(ν)(d−1)bd−1−d(d−1)bd¤
=· · · D´efinition 2.18 (D´eterminants 2×2). — Soient K un corps eta, b, c, d, u, v ∈K. On consi-
(Q)
d`ere le syst`eme lin´eaire (avec second membre) : (ax1+bx2=u cx1+dx2 =v
o`u x1, x2 sont des inconnues dansK. La matrice du syst`eme estA= µa b
c d
¶
et sond´eterminant estD=ad−bc∈K. SiD6= 0, alors le syst`eme admet une solution (x1, x2)unique. En effet, si l’on noteL1 (resp.L2) la 1`ere (resp. 2`eme) ligne, alors en faisantdL1−bL2 on obtientDx1 =du−bv, d’o`ux1= (du−bv)/D, et de mˆeme en faisant aL2−cL1 on obtient x2 = (av−cu)/D.
Proposition 2.19 (Conditions initiales). — Soit K=Rou Cet soienta, b∈Retg:I →K une fonction continue. Revenons `a l’´equation diff´erentielle (∗∗) x00(t) +ax0(t) +bx(t) = g(t) et fixons t0∈I. Chaque solutionx (r´eelle ou complexe) de(∗∗) est d´etermin´ee par ses«conditions initiales» x0 =x(t0) et v0 =x0(t0), qui peuvent ˆetre choisies arbitrairement dans K.
D´emonstration. — Faisons la d´emonstration lorsque K =C, le cas K =R ´etant analogue. Soit u(t) une solution fix´ee de (∗∗) et soit (f, g) une base de l’espace vectoriel EK des solutions de l’´equation homog`ene x00+ax0 +bx = 0. Alors, les solutions de (∗∗) sont les fonctions x(t) = u(t) +c1f(t) +c2g(t), avecc1, c2 ∈K. ´Etant donn´ex0, v0 ∈K, on se demande si on peut trouver c1, c2 tels que x(t0) =u0 etx0(t0) =v0. Ceci ´equivaut au syst`eme :
(
f(t0)c1+g(t0)c2 =x0−u(t0) f0(t0)c1+g0(t0)c2 =v0−u0(t0)
dont le d´eterminant est D(t0) =f(t0)g0(t0)−f0(t0)g(t0). Si f(t) =eλt etg(t) =eµt avec µ6=λ, resp. sig(t) =teλt, alors la matrice du syst`eme est
µeλt0 eµt0 λeλt0 µeµt0
¶ resp.
µeλt0 t0eλt0 λeλt0 eλt0(λt0+ 1)
¶
etD(t0) ´egale (µ−λ)eλt0eµt0, resp.e2λt0, qui est bien6= 0. Donc, pour tout choix de«conditions initiales»(x0, v0), il existe une unique solutionx de (∗∗) telle quex(t0) =x0 etx0(t0) =v0.
2.4. Suites r´ecurrentes lin´eaires d’ordre 2
Terminons ce chapitre avec les suites r´ecurrentes lin´eaires, dont l’´etude est analogue `a celle des
´equations diff´erentielles lin´eaires. Soit K un corps. Pour tout α ∈ K, on note gα = (αn)n∈N la suite g´eom´etrique de raisonα et de terme initial α0 = 1.
Lemme 2.20. — Soit p ∈ N∗ et soient a1, . . . , ap ∈ K deux `a deux distincts. Alors les suites g´eom´etriques u1 =ga1, . . . , up =gap sont lin´eairement ind´ependantes.
D´emonstration. — Soit S le K-espace vectoriel de toutes les suites (un)n∈N d’´el´ements de Ket soitT :S →S l’application qui envoie toute suite u= (u0, u1, u2, . . .) sur la suite T(u) d´efinie par T(u)n= un+1, c.-`a-d. T(u) = (u1, u2, u3, . . .). On voit facilement que T est une application lin´eaire, donc un endomorphisme deS. De plus, pour toute suite g´eom´etriquegα= (1, α, α2, . . .),