G ERGONNE
Analise. Doutes et réflexions, sur la méthode proposée par M. Wronski, pour la résolution générale des équations algébriques de tous les degrés
Annales de Mathématiques pures et appliquées, tome 3 (1812-1813), p. 51-59
<http://www.numdam.org/item?id=AMPA_1812-1813__3__51_1>
© Annales de Mathématiques pures et appliquées, 1812-1813, tous droits réservés.
L’accès aux archives de la revue « Annales de Mathématiques pures et appliquées » implique l’accord avec les conditions générales d’utilisation (http://www.numdam.org/conditions). Toute utilisation commerciale ou impression systématique est constitutive d’une infraction pénale.
Toute copie ou impression de ce fichier doit contenir la présente mention de copyright.
Article numérisé dans le cadre du programme Numérisation de documents anciens mathématiques
http://www.numdam.org/
EQUATIONS.
valeur
qui
renfermera p constantes arbitraires.Mais, d’après
lapropriété
deséquations
différentielleslinéaires ,
l’on sait que si l’on a n valeurs
particulières de y,
leur sommedonne Immédiatement
l’expression générale
de cette fonction.Donc,
en réunissant la valeurprécédente
de y aux solutions fournies parles q
facteursinégaux
del’équation (Q). lesquelles
renfermentchacune une constante
arbitraire ,
nous aurons enfin pourintégrale complette
de laproposée (P)
J’ai
l’honneur,
etc.Périgueux ,
le27 juin
I8I2.ANALISE.
Doutes
etréflexions ,
surla méthode proposée par
M. WRONSKI , pour la résolution générale des équa-
tions algébriques de
tousles degrés ;
Par M. G E R G O N N E.
DEUX mémoires .
sur la résolutiongénérale
deséquations,
viennentde
paraître successivement
dans l’intervalle dequelques
mois.M. Coytier qui,
peu avant, avaitdéjà publié quelques
observationssur les
équations algébriques (*),
est l’auteur dupremier
de ces(*) Brochure in-4.o de 16 pages, chez Eberhart, rue du
Foin-St-Jacques,
n.° I2, à Paris.
52
RÉSOLUTION GÉNÉRALE
deux mémoires
(*),
dontj’aurais, très-volontiers ,
renducompte
dans ce
recueil
si l’auteur avaitexposé
ses idées d’une manièreplus précise ,
etqui prêtât
moins à l’arbitraire. M.Wronski, déjà
connu par un ouvrage
très-remarquable (**),
est l’auteur du second(***).
Ce dernier mémoire renfermeproprement
uneméthode
et cette
méthode,
dont l’auteurpromet
dedévelopper
lesprincipes
dans un ouvrage
plus étendu, s’y
trouveexposée
avec autant denetteté que de concision. M. Vronski admet en
principe que
03C12,P ,...03C1m
désignant
les m racines mmes del’unité ,
et in étant ledegré
d’uneéquation
en x,privée
de son second terme, les racinesx1, x2, x3,...xm de cette
équation peuvent toujours
être misessous cette forme
03BE1, 03BE2, 03BE3,... 03BEm-I
étant desquantités à déterminer,
que M. Wronskiappelle
lesparties
constituantes desracines,
etqu’il
suppose devoirêtre,
dans tous les cas , les racines d’une mêmeéquation
du(m-I)me degré°, qu’il appelle
la réduite, parcequ’en
effet c’est à larésolution de celle-ci que doit se réduire celle de la
proposée.
(*) Brochure in-4.o de 16 pages et deux tableaux chez le même libraire.
(**) Voyez le 2.e volume de ce recueil , page 63.
(***) Brochure in-4,o de 16 pages chez Kiostermann fils, rue du Jardiner
n.o
13, à
Pans.EQUATIONS.
Il n’est donc
question
que de former cetteréduite ,
etvoici
pour
cela ,
comment l’auteurprocède.
Il pose ; sans lesdémontrer,
m
équations, qu’il appelle fondamentales,
entre deux classes distinctes de fonctions des racines de laproposée.
Les fonctions de lapremière
cl-asse,
au nombre de mm-1, sont celles que M. Wronski adésignées
par la
caractéristique hébraïque Aleph
dans saPhilospophie
desmathémmatiques :
ce sont lesdéveloppemens
des mm-premières puis-
sances de la somme des racines de la
proposée,
dont les termesseraient
privés
de leurs coefficiensnumériques.
Les fonctions de la secondeclasse,
au nombre de mm-2seulement,
que l’auteurdésigne
par le
symbole 03A9,
et surlesquelles je
reviendrai tout àl’heure,
sonttelles
qu’en y
substituant pour XI, x2, x3,...xm leurs valeurshypothétiques p
données par les formules(A)
elles deviennent des fonctions rationnelles etsymétriques
desélémens 03BE1, 03BE2, 03BE3, ...03BEm-1 ;
et comme, d’un autre
côté,
les fonctionsAleph
sont réductibles enfonctions dés coefficiens de la
proposée ,
soitimmédiatement ,
parles
principes
connus ysoit plus commodément
à l’aide d’une loi de dérivation que M. "Wronskiindique ,
il en résulte que leséquations
fondamentales
peuvent
être amenées à neplus
renfermer que les ccefficiens de laproposée ,
combinéssymétriquement
avec les élé-mens 03BEI, 03BE2, 03BE3,.
.. 03BEm.Ces
équations,
ainsitransformées ,
se trouvant en nombresupérieur d’une
unité à celui des élémensqu’elles contiennent ;
l’auteurprescrit
den
éliminer
tous cesélémens, excepté
unquelconque, qu’il désigne simplement par 03BE,
et pour la déterminationduquel
il obtientconséquein-
ment deux
équations,
dont lesdegrés ?
ensupposant
que l’onprocède
a l’élimination de la manière la
plus simple , paraissent
devoir êtreI.2.3...(m-I)
pourl’une,
et I.2.3....(m-2)m
pour l’autre.M. vVronski affirme que les
premiers
membres de ces deuxéquations
auront un commun diviseur
qui
sera du(m-I)me degré seulement,
et
qui, égalé
àzéro,
sera la réduite cherchée.Ce
procédé
réussitcomplettement
pour le troisièmedegré;
maisje
n’ai paseu , je l’avoue ,
le courage d’eu terminerl’application
54 RÉSOLUTION GÉNÉRALE
au
quatrième
où l’on estobligé
de calculer 16 fonctions fi et64
fonctions
Aleph.
Iln’y
a mêmeguère - d’apparence
que personne songe à l’étendre aucinquième degré ,
pourlequel
les n doiventêtre au nombre de I25 et les
Aleph
au nombre de625;
et où ilfaut finalement chercher le
plus grand
commun diviseur entre deuxpolynomes,
l’un du24me
et l’autre du 301nedegrés.
Quant
aux fonctionsdésignées
par lesymbole n ;
sansexpliquer
ici en détail la loi de leur
formation,
cequi
ne sepourrait
sansdonner à cet article
plus
d’étendue que le mémoire de M. Wronski n’en alui-même, je
me bornerai à direqu’elles
sontformées y
d’unemanière
régulière,
avec les sommes depuissances
desdegrés
m ,2m,
3m;...,
mm-2 m des valeurshypothétiques
des racines de laproposée, exprimées
par les formules(A) ;
ensupposant qu’après
avoir
développé
ces sommes depulsances ,
onsupprime
dans leursdéveloppemens
tous les termes irrationnels. Cetteprécaution
est ausurplus inutile , pour
le troisièmedegré,
où les termes radicauxs’évanouissent d’eux-mêmes par les
propriétés
des racines del’unité ;
mais il n’en est
plus
ainsi pour lesdegrés plus
élevés. Si ’donc M.Wronski
n’avaitdéjà
donné des preuves de sonprofond savoir,
onserait tenté de craindre
qu’il
ne se fût laisséégarer
ici parl’analogie ,
et
qu’il
n’ait crutrop légèrement
que , les termes affectés de radicauxdisparaissant
d’eux-mêmes dans le troisièmedegré, ils devaient
également disparaître
dans lesdegrés plus
élevés.M. Wronski croit être le
premier
àn’avoir
pas fait subirde
modifications à sesméthodes,
pour lesappliquer
au4.me degré ;
mais il me semble
qu’en
cela il setrompe.
La formequ’il assigne
aux
racines ,
dans tous lesdegrés,
est, eneffet,
exactement celle que Bezout leur avaitassignées
avant lui(*) 3
avec cette seuledifférence
qu’au
lieu desquantités 03BE1, 03BE2, 03BE3
,...03BEm-I, ce sont lesquantités 03BEI, 03BE2, 03BE3,... 03BEm-I
I que Bezout cherche à déter- (*)Voyez
le volumed’algèbre
de son Cours , àl’usage
de la marine.Voyez
aussi
les Mémoires de l’académie des sciences de Paris, pour1762
et1765.
mmer. Cela
doita
lavérité ,
élever un peuplus
ledegré
des diverseséquations ;
mais en posanton rendra tous les calculs de Bezout immédiatement
applicables
auxformules de M. Wronski.
Ce
rapprochement
entre les deux méthodes semblerait nous autoriser a douter du succès de ladernière ,
même dès le4.me degré,
Ilparaît,
eneffet,
résulter de l’analise de Bezout que , dans ce casparticulier 03BE1, 03BE2, 03BE3
ne sauraientêtre,
comme l’annonce MWronski,
les racines d’une mêmeéquation
du 3.medegré ;
mais que tandis
que 03BE2
estdonné,
àpart ,
par uneéquation
du 3.me
degré
, 03BE1et 03BE,
se trouventdonnés sitnultaiiément ,
parune
équation
du 6.me. Ilpourrait
sefaire,
ausurplus
quela
méthode de M.
Wronski,
exacte seulementlorsque
m est un nom-bre prenlier,
dût être modifiée dans le cas contraire.M. Wronski
observe,
en terminant sonmémoire,
que , dans laquestion qui
vient del’occuper ,
lepoint capital
est la connaissance de la forme que les racines doivent affecter.Il
esttrès-vrai,
eneffet,
quesi,
pour tous lesdegrés ,
lesracines
devaient avoir la forme que l’auteur leurassigne ,
et si sur-tout lesquantités 03BE1,
03BE2, 03BE3,....03BEm-1
devaientêtre ,
comme il leprétend ,
les racines d’une mêmeéquation
du(m-I)me degré;
leproblème
de larésolution générale
deséquations algébriques pourrait,
par celaseul être regardé
comme
complètement
résolu. On va même voir que, dans cettehypothèse ,
onpourrait,
pourchaque degré , parvenir
a la réduite par une méthodequi ,
en mêmetemps qu’elle
seraitincomparable-
ment
plus
courte que cellequ’indique
M.Wronski,
aurait en outrel’avantage
deporter
avec elle sa démonstration.Soit,
eneffet ,
n un nombre entierquelconque ,
moindreque
m Soient
multipliées respectivement
leséquations (A)
par03C111I, 03C1II2,
03C1123,... 03C1nm.
En prenant la soznrne desproduits,
et serappelant
que56
RÉSOLUTION GÉNÉRALE
il
viendra
d’où
faisant
successivement ,
dans ce dernierrésultat, n=m-I,
m-2m-3,...2, I,
il viendraAvec ces valeurs il sera facile de
former 3
en fonction de x1, x2, x3, ...xm, les divers coefficiens de laréduite;
et, si les asser-tions de M. Wronski sont exactes, ces coefficiens
devront , après
le
développement
et les réductions résultant despropriétés
des racines m.me del’unité,
se réduire à desimples
fonctionssymétriques
dex1, x2, x3,....xm, exprimables conséquemment
par des fonctions rationnelles des coefficiens de laproposée.
Quelque
ÉQUATIONS. 57
Quelque simple
que soit cetteméthode , comparée
a celle deM.
Wronski,
elle estsusceptible
encore dequelques perfectionnemens qu’il
convient de ne pasnégliger.
Enpremier lieu ,
en affectantles seconds membres des
équations (A)
du dénominateur commun m, cequi
estpermis ,
tant que lesélémens 03BEI, 03BE2, 03BE3
,... 03BEm-I,ne sont pas encore
déterminés ,
onparvient
évidemment à délivrer les valeurs de ces élémens du coefficientqui
les affectent toutes.En second
lieu,
soitdésignée simplement
par p une racine mme de l’unitéqui
ne soit pas en mêmetemps,
racine del’unité,
d’undegré
inférieur a m , ainsiqu’il pourrait
arriversi ,
p étantpris
auhasard ,
m n’étaitTas
un nombrepremier.
On pourraremplacer
03C11, 03C12, 03C13 .... 03C1m
par 03C1, 03C12, 03C13, ...03C1m ou
il. Il n’entreradonc dans
les
calculs, qu’une
seule racine del’unité ;
et l’on n’aurabesoin
pour
opérer
lesréductions ,
que d’avoirégard
aux seuleséquations
Ainsi,
enposant ,
pour les valeurshypothétiques
desracines,
on aura
Tom. III.
S58
RESOLUTION GÉNÉRALE
DESEOUATIONS.
sur
quoi
il faut remarquerqu’en
vertu de1 équation
03C1m=I, on pourra substituer aux exposans de Psupérieurs
a m-I le reste de leurdivision par m.
Si l’on veut
appliquer
cette méthodeà, l’équation du
troisièmedegré,
sans second
terme ,
on posera
il
viendra
ainsid’où on
conclura ,
endéveloppant ,
et faisantusage
del’équation
remplaçant
les fonctionssymétriques
des racines de laproposée
par les fonctionséquivalentes
descoefficiens p et q,
ilviendra
la réduite cherchée sera donc
Maintenant donc que M. Wronski a entre les mains un moyen
-beaucoup plus
court, etpeut-être plus
direct que lesien ,
pour former ses diversesréduites,
c’est à lui de voirsi,
eneffet,
sesprincipes
se vérifient au delà du troisièmedegré.
Il nes’agit ici, j’en conviens ,
que d’un travail purementmécanique;
mais ce travailest néanmoins nécessaire pour
légitimer
à nos yeux les méthodes de M.Wronski , jusqu’à
cequ’il
nous aitclairement développé
lesprincipes
surlesquel
il les a fondées.J’apprends,
al’instant y
que le mêmegéomètre
vient depublier
le
Prospectus
d’une RÉFUTATION de la Thèorie desfonctions analitiques
de M. LAGRANGE.J’inore
ce quepeut signifier
le motréfutation,
dans lalangue
de M.Wronski, laquelle,
comme l’onsait,
n’est pas celle de tout le monde.Mais,
suivantl’acception
commune , pour
qu’un
ouvrage soitsusceptible
d’êtreréfuté,
il fautnon seulement que cet ouvrage renferme des erreurs, mais que, de
plus ,
ces erreurs y soientprédominantes
etqu’elles
enconstituent,
pour ainsi
dire,
l’essence et lefondement;
or,je
ne saclie pas que rien depareil
existe dans le livre des Fonctions.Que
M. Wronskiconsacre un ouvrage à défendre la méthode de Leibnitz contre celle de M.
Lagrange,
à luipermis,
sans doute. Il pourra même trouverbeaucoup
de gens de sonparti, aujourd’hui
sur-toutoù
l’on aimetant à
rétrograder
en toutes choses. Mais un tel ouvrage ne serapoint proprement
une réfutation du livre des Fonctions. Son illustreet modeste auteur a moins
cherché ,
eneffet ,
dans celivre ,
à faireprévaloir
ses idéesqu’à
montrersimplement qu’à
lamétaphysique
obscure ,
et souventtrompeuse ,
surlaquelle
on avait établijusqu’ici
le calcul
différentiel ,
il étaitpossible
de substituer des idées très-exactes et