M´ ethode de d´ etermination des P A host
Nous pr´ esentons la m´ ethode employ´ ee afin de d´ eterminer les orientations de galaxies hˆ otes de quasars pour l’´ echantillon que nous avons compil´ e ` a par- tir d’images pr´ esentes dans les archives HST et pour lesquelles ce travail n’a pas encore ´ et´ e effectu´ e ou publi´ e. Au total nous avons d´ etermin´ e P A host pour 70 objets pour lesquels des mesures de polarisation lin´ eaire sont disponibles dans la litt´ erature.
La m´ ethode utilis´ ee en vue de mod´ eliser la galaxie hˆ ote de chaque objet d´ etaill´ e dans notre article fait appel ` a la m´ ethode de d´ econvolution MCS (Ma- gain, Courbin & Sohy [1998]). En effet, mˆ eme si dans certains cas l’orientation de la galaxie hˆ ote est ´ evidente ` a la seule observation des images obtenues par le HST, il s’av` ere que dans bon nombre de cas il est relativement difficile de distinguer la galaxie hˆ ote se situant sous la source centrale ponctuelle, dont la lumi` ere est ´ etal´ ee par le profil instrumental (PSF). L’utilisation de m´ ethodes num´ eriques sophistiqu´ ees permet d’effectuer une s´ eparation propre entre la contribution de la source centrale et celle de la galaxie hˆ ote et, en g´ en´ eral, de r´ ev´ eler le faible ´ eclat de cette derni` ere.
Nous esquissons premi` erement les principes de base de la m´ ethode MCS ainsi que de son extension ` a la mod´ elisation de galaxies hˆ otes de quasars.
Nous ne rentrerons pas sp´ ecialement dans les d´ etails pratiques de la m´ ethode (construction de la PSF, r´ eduction des images, ...) mais insisterons unique- ment sur la mani` ere de d´ eterminer le P A host en partant d’images brutes pr´ esentes dans l’archive HST.
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38 CHAPITRE 3. ORIENTATION DE GALAXIE H ˆ OTES
3.1 La m´ ethode MCS : Pr´ esentation g´ en´ erale
Lorsque la lumi` ere d’une ´ etoile traverse un t´ elescope spatial, celle-ci est diffract´ ee et alt´ er´ ee par ses passages sur les diff´ erentes pi` eces optiques 1 . Ainsi, une ´ etoile, qui poss` ede en g´ en´ eral un aspect ponctuel vu son ´ eloignement (diam` etre angulaire << 0.001”), apparaˆıtra dans le plan focal du t´ elescope, non pas comme un point, mais comme une tache, plus ou moins structur´ ee et ´ etendue. La r´ esolution du t´ elescope est donc moindre que dans le cas d’un t´ elescope de diam` etre infini et parfait dans lequel l’image de cette ´ etoile serait ponctuelle.
On peut toutefois am´ eliorer la r´ esolution des observations r´ ealis´ ees en uti- lisant des traitements num´ eriques adapt´ es, comme les m´ ethodes de d´ econvo- lution d’images. En effet, toute image d( − → x ) observ´ ee ` a l’aide d’un instrument de PSF 2 totale t( − → x ) peut s’exprimer de la fa¸con suivante :
d( − → x ) = t( − → x ) ? f ( − → x ) + n( − → x ) (3.1) o` u − → x est un vecteur permettant de rep´ erer chaque point de l’image, f ( − → x ) est la distribution originale de lumi` ere, n( − → x ) l’in´ evitable bruit affectant les donn´ ees et ? symbolise le produit de convolution. Le but de la d´ econvolution est de retrouver l’image de r´ esolution infinie f ( − → x ) connaissant t( − → x ) et d( − → x ).
Afin de d´ eterminer une solution f ( − → x ) au probl` eme pos´ e ci-dessus, nous utilisons la m´ ethode MCS (Magain, Courbin & Sohy [1998]). Cette m´ ethode permet de s’affranchir d’un certain nombre de probl` emes inh´ erents ` a d’autres algorithmes de d´ econvolution en partant du fait qu’il n’est pas r´ ealiste d’ob- tenir une image f( − → x ) de r´ esolution infinie apr` es d´ econvolution sans violer le th´ eor` eme d’´ echantillonnage de Shannon. En effet, les images habituelle- ment observ´ ees sont ´ echantillonn´ ees par des capteurs CCD en des inter- valles de surface d´ efinies ∆x × ∆x (ce sont les pixels du capteur CCD).
Le th´ eor` eme de Shannon nous dit ainsi qu’il n’est pas permis d’obtenir dans l’image d´ econvolu´ ee des fr´ equences spatiales plus grandes que la fr´ equence critique de Nyquist = (2∆x) −1 .
Ainsi, en pratique, l’image d’une source ponctuelle dans l’image d´ econvo- lu´ ee ne pourra poss´ eder une largeur ` a mi-hauteur (FWHM) inf´ erieure ` a 2 pixels afin d’ˆ etre en accord avec le th´ eor` eme de Shannon. Dans la m´ ethode MCS, la r´ esolution de l’image d´ econvolu´ ee est fix´ ee par l’utilisateur en vue de respecter cette contrainte. Ainsi nous choisissons que la FWHM de la source ponctuelle d´ econvolu´ ee r( − → x ) soit de deux pixels.
1
Nous ne consid´ ererons pas le cas de l’alt´ eration du signal par le passage dans l’at- mosph` ere terrestre (seeing), pour la simple raison que les images que nous avons mod´ elis´ ees ont ´ et´ e observ´ ees ` a l’aide du HST, qui est un t´ elescope spatial.
2
PSF pour “Point Spread Function” : image d’une source ponctuelle sur le d´ etecteur.
Fig. 3.1 – Cette figure illustre la puissance des techniques de d´ econvolution per- mettant d’am´ eliorer la r´ esolution des images astronomiques. L’image de gauche pr´ esente l’observation d’un amas compact d’´ etoiles situ´ e dans le petit nuage de Magellan obtenue ` a l’aide du t´ elescope de 2.2m de diam` etre de La Silla dont la FWHM est de 1.1 secondes d’arc. L’image de droite pr´ esente le r´ esultat de la d´ econvolution r´ ealis´ ee ` a l’aide de l’algorithme MCS, o` u la r´ esolution de l’image d´ econvolu´ ee est de 0.26 secondes d’arc, permettant ainsi de r´ esoudre individuelle- ment les ´ etoiles de l’amas. Source : Magain et al. [1998].
On ne d´ econvolue d` es lors plus l’image d( − → x ) par la PSF totale t( − → x ) mais par une fonction plus ´ etroite, s( − → x ) choisie telle que l’image d´ econvolu´ ee poss` ede une PSF r( − → x ) compatible avec le th´ eor` eme d’´ echantillonnage. On a
´ evidemment la relation :
t( − → x ) = r( − → x ) ? s( − → x ). (3.2) Un autre avantage de cette r´ esolution fix´ ee est la connaissance ` a priori de la PSF r( − → x ) de l’image d´ econvolu´ ee. Ainsi toute solution ` a l’Eq. (3.1) pourra s’´ ecrire :
f ( − → x ) = h( − → x ) +
M
X
k=1
a k r( − → x − − → c k ) (3.3) pour une image contenant M sources ponctuelles centr´ ees en − → c k et d’intensit´ e a k et o` u h( − → x ) repr´ esente les objets non ponctuels de l’image (par exemple une galaxie hˆ ote). La m´ ethode revient ainsi ` a ajuster par l’interm´ ediaire d’une fonction de m´ erite s( − → x ) ? f( − → x ) aux donn´ ees d( − → x ) en jouant sur les param` etres − → c k et a k des sources.
Le fond h( − → x ), doit ´ egalement se soumettre ` a la mˆ eme contrainte que
l’image d´ econvolu´ ee f( − → x ), en ceci qu’il ne peut contenir de d´ etails plus fins
40 CHAPITRE 3. ORIENTATION DE GALAXIE H ˆ OTES que la r´ esolution impos´ ee. Un terme de lissage est introduit dans la m´ ethode MCS afin d’´ eliminer les variations dans le fond h( − → x ) plus petites que celles autoris´ ees par r( − → x ). Ainsi, dans le cas discr´ etis´ e d’une image carr´ ee de N ∗ N pixels, la solution recherch´ ee f( − → x ) est celle qui minimise la fonction S :
S =
N
X
i=1
1 σ i 2 [
N
X
j=1
s ij (h j +
M
X
k=1
a k r(x j − − → c k )) − di] 2 + λ
N
X
i=1
[h i −
N
X
j=1
r ij h j ] 2 (3.4) o` u la valeur du param` etre λ est choisie de mani` ere ` a avoir un accord statis- tique entre le mod` ele et les donn´ ees.
3.2 Construction des PSFs pour des observa- tions HST
Nous d´ ecrivons ici la proc´ edure g´ en´ erale permettant de produire la PSF s( − → x ) n´ ecessaire ` a la d´ econvolution (cf. Letawe [2006]) et illustr´ ee dans la Fig. 3.2. Afin de d´ eterminer la PSF s( − → x ) on se base sur l’Eq. (3.2), t( − → x )
´ etant l’image observ´ ee d’une ´ etoile dans les mˆ emes conditions que l’observa- tion du quasar (instrument, capteur, filtre, etc.), et r( − → x ) ´ etant typiquement repr´ esent´ ee par une gaussienne bidimensionnelle de FWHM choisie ´ egale ` a deux pixels, en vue de respecter le th´ eor` eme d’´ echantillonnage.
Dans le cas d’observations r´ ealis´ ees ` a l’aide du HST, le logiciel T inyT im (Krist & Hook [2001]) permet de mod´ eliser les trajets des rayons lumineux
`
a l’int´ erieur des diff´ erents instruments ` a bord du t´ elescope, nous fournissant une estimation analytique de la PSF, que l’on appellera T iny. Ce n’est pas cette T iny qui va nous servir de base ` a la construction de la PSF finale, mais l’image T inyDec, qui, convolu´ ee par la gaussienne de r´ esolution fix´ ee r( − → x ) s’approche au mieux de la T iny (c-` a-d T iny = T inyDec ? r). Dans le but d’effectuer ce premier ajustement, on utilise un algorithme de minimisation (cf. Eq. (3.7)) dont la mission est de mod´ eliser les r´ esidus K ( − → x ) :
K = T iny − T inyDec ? r. (3.5)
Cette T inyDec purement analytique va finalement ˆ etre ajust´ ee ` a l’´ etoile
ponctuelle observ´ ee t( − → x ), pr´ esentant une s´ erie de d´ etails plus fins, non mod´ e-
lis´ es par T inyT im, dus ` a des imperfections dans le syst` eme optique du
t´ elescope. Ces d´ etails fins sont g´ en´ eralement d’autant plus importants que
l’on se rapproche du centre de l’image. On proc` ede ainsi ` a une construction
par ´ etape, en ajoutant successivement du fond sur des sections de plus en
plus petites d’images centr´ ees sur la PSF tout en diminuant le lissage ap-
pliqu´ e. Cette proc´ edure permet de mod´ eliser les d´ etails proches du centre de
la PSF tout en ´ evitant de mod´ eliser le bruit de fond se situant loin du centre.
Pour la premi` ere ´ etape, les r´ esidus ` a mod´ eliser sont donc :
K 1 = t − T inyDec ∗ r (3.6) o` u les r´ esidus sont mod´ elis´ es par l’image F 1 (que l’on appelle aussi “fond ajout´ e”) qui permet de s’approcher de l’image t( − → x ). Ce fond ajout´ e est d´ etermin´ e par la minimisation de la relation suivante :
S = X 1
σ 2 [F ? r − K ] 2 + λ X [F − F ? r] 2 . (3.7) Ainsi la PSF s( − → x ) construite par cette m´ ethode est la somme de la T inyDec et du fond ajout´ e F 1 . On recommence ensuite le processus d´ ecrit ci-dessus successivement en imposant des valeurs du param` etre de lissage λ d´ ecroissantes sur des sections de l’image initiale de plus en plus petites. On obtient alors une relation it´ erative quant aux r´ esidus ` a mod´ eliser :
K i = t − (F 1 + ... + F i−1 + T inyDec ∗ r) (3.8) et la PSF finale associ´ ee s( − → x ) qui sera utilis´ ee lors de la mod´ elisation des images de quasars. Notons que cette ´ etape de cr´ eation de la PSF demande relativement beaucoup de temps, vu le processus it´ eratif utilis´ e (tout d´ epend des capacit´ es de l’ordinateur utilis´ e, de la taille des images et de l’exp´ erience acquise dans ce domaine par l’utilisateur).
3.3 L’ajustement d’un mod` ele de galaxie
Depuis sa publication en 1998, la m´ ethode MCS a connu (et connait toujours, c.f. Magain et al. [2007]) plusieurs raffinements, dont la possibilit´ e de d´ eterminer les param` etres morphologiques des galaxies hˆ otes de quasars par l’ajustement d’un profil analytique de galaxie sur les images observ´ ees.
Dans cette version de MCS, la solution f ( − → x ) (Eq. (3.3)) au probl` eme peut se r´ e´ ecrire comme suit :
f ( − → x ) = h( − → x ) +
M
X
k=1
a k r( − → x − − → c k ) + I( − → x ) (3.9) o` u I( − → x ) repr´ esente le profil analytique de la galaxie ` a ajuster. On utilise typiquement un profil dit de S´ ersic (S´ ersic [1968]) pour repr´ esenter les ga- laxies :
I(x, y) = I 0 e −(Ax
2+By
2+Cxy)
α(3.10)
42 CHAPITRE 3. ORIENTATION DE GALAXIE H ˆ OTES
Fig. 3.2 – Illustration du cheminement suivi afin d’obtenir la PSF utilis´ ee lors du processus de mod´ elisation des images de quasars obtenues ` a l’aide du HST. L’image A repr´ esente l’´ etoile observ´ ee t( − → x ) ` a l’aide du t´ elescope spatial dans une configura- tion instrumentale d´ efinie, identique ` a celle utilis´ ee lors de l’observation du quasar
`
a mod´ eliser. L’image B pr´ esente T inyDec : la PSF synth´ etique d´ econvolu´ ee par
r( − → x ), une gaussienne de FWHM = 2 pixels. L’image C pr´ esente les r´ esidus obte-
nus lors de l’ajustement de la T inyDec ` a l’´ etoile observ´ ee. On peut percevoir les
r´ egions (de formes carr´ ees) de plus en plus petites et centr´ ees sur l’´ etoile, utilis´ ees
lors de l’ajustement it´ eratif d´ ecrit dans le texte. Le but est d’obtenir les r´ esidus
les plus faibles possibles (valeur moyenne = 1) et pr´ esentant le moins de structure
appartenant ` a la PSF. L’image D pr´ esente finalement la PSF s( − → x ) obtenues apr` es
sept it´ erations. On constate l’apparition de d´ etails fins absents dans l’image B, dus
au fait que le logiciel T inyT im ne tient pas compte d’une s´ erie de d´ efauts pr´ esents
dans les instruments du HST.
o` u I 0 est l’intensit´ e centrale et α d´ ecrit la forme du profil. Le profil est dit de de V aucouleurs si α = 1/8 et d´ ecrit la distribution de lumi` ere des galaxies elliptiques. Lorsque α = 1/2, le profil est dit exponentiel et repr´ esente alors la distribution de lumi` ere du disque des galaxies spirales.
Un astucieux changement de coordonn´ ees permet de relier les param` etres A, B et C ajust´ es ` a des param` etres morphologiques plus parlant du point de vue physique, comme l’orientation du grand axe du mod` ele. On peut ainsi trouver les relations suivantes :
θ = 1
2 atan C
B − A , b/a = (A + B) cos(2θ) + A − B
(A + B) cos(2θ) − A + B (3.11) o` u θ repr´ esente l’orientation du grand axe du mod` ele analytique, et b/a le rapport entre le petit axe b et le grand axe a du mod` ele ajust´ e (dans la suite, nous appellerons ce param` etre l’ellipticit´ e du mod` ele).
3.4 La mod´ elisation des quasars en pratique
Le processus de mod´ elisation que nous avons employ´ e se d´ eroule en deux
´ etapes distinctes plutˆ ot qu’en une seule ´ etape o` u l’on tente d’ajuster ` a la fois les param` etres de la source centrale et de la galaxie hˆ ote (7 param` etres au total). Ce processus it´ eratif s’est av´ er´ e n´ ecessaire suite ` a divers probl` emes rencontr´ es lors des premiers tests de mod´ elisation, o` u l’on observait que le programme d’ajustement de profil avait tendance ` a creuser les r´ egions autour de la source, et o` u, selon les param` etres initiaux entr´ es par l’utilisateur, cette routine tentait de mod´ eliser une partie de la galaxie hˆ ote par la PSF centrale.
Cette m´ ethode particuli` ere (Y. Letawe, 2006, communication personnelle) consiste dans un premier temps ` a ajuster les param` etres (position et inten- sit´ e) de la source centrale manuellement afin de laisser apparaˆıtre la galaxie sous-jacente. La difficult´ e dans cette ´ etape revient ` a ´ evaluer correctement la contribution de la source ponctuelle centrale dans l’´ eclat total du qua- sar. Dans le cas d’images o` u les spikes 3 sont bien visibles, nous avons utilis´ e ceux-ci comme barom` etre de notre soustraction. Ainsi lorsque apr` es la sous- traction de la source centrale, les spikes disparaissaient en grande partie 4 , la soustraction ´ etait consid´ er´ ee comme correctement r´ ealis´ ee. Dans le cas des
3
Terme anglais utilis´ e pour d´ esigner la figure de diffraction provoqu´ ee par l’araign´ ee soutenant le miroir secondaire d’un telescope.
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