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ARTheque - STEF - ENS Cachan | À la rencontre de l'évidence

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Academic year: 2021

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Texte intégral

(1)

A LA RENCONTRE DE L'EVIDENCE

Françoise VATRE

Université de GENEVE

Mots-clé

SIMILI TUDES

SEXUALITE

DIFFERENCES

IDENTITE

COMPLEf1ENTARITE

Résumé

Elément d'un cours d'Education sexuelle:

construc-tion des organes génitaux

à

partir de leur phase

indifférenciée au cours de l'embryogénèse.

(2)

1. INTIlOl)UCTION

L'élément de cours d'Education sexuelle, objet de ma communication il Chamonix, est une tentative personnelle de rp.pondre aux questions fon-damentales que 18 enfants se posent dans la vie quotidienne, et nous posent, dans les classes de 4ème et de 6pme primaires il Genève:

" Pourquoi y a-t-il une différence entre les filles et les garçons ?

"

-

"

Il Y a des enfants qui ont des seins ou des poils

qui poussent avant les autres. Je trouve qu'à 10 ans c'est trop tôt, et c'est ce qui m'arrive. " - " J'aimerais que vous fassiez un dessin quand ils font un bébé. "

" Comment peut-on savoir que nous allons faire un enfant ? "

L'idée pédagogique de suivre très schématiquement l'embryogénèse m'est venue ['n y découvrant la phase indifférenciée. Quoique passagère, cette uldifférenciation m'apparaît utile à une explication simpli fiée de ces simil itudes ini tiales qui demeurent en grande proporti on dans les différences des appareils génitaux achevés. Partis de la m~me " pAte ", les sexes ont été ( ou se sont) modelés en vue d'une harmonieuse complé-mentarité.

Le fameux complexe de castration, autant perturbateur pour le petit garçon que pour la petite fLUe, et qui pOlJrrait encore flotter dans les esprits il la ans, voire il 12, m'a aussi motivée à utiliser cette piste explicative: " tout existe dès le départ, on n'a rien ajouté, ni rien enlE'vé, ni il l'un, ni 11 l'autre: "

BIen sûr, remplacer une théorie par une autre, une représentation nouvelle, ne se fait pas en un jour, ni chez l'enfant, ni chez l'adulte d'ailleurs. Il faudra une patiente sédimentation, faite de répétitions au fil des ans, vpnant de sources variées, jusqu'à ce que l'enfant se sente assez sécure pour troquer sa théorie personnelle devenue insatis-faisante ( mais qui lui avait permis de calmer pour un temps l'angois-sant- questionnement sur son origine, et sur tant d'autres pourquois ) pour une vérité nouvelle.

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II. LES STHATEGIES

Les outils pratiques seront simples, bien 'lue nous vivions à l'heure

d'lInr~ccrtainp. sophistication, et il me f:llIclrn lin tnblearl noir, fJranc1 si possible, des craies blanches et de couleur.

La parole, pour animer la transmission des connaissances ( les leurs les miennes ) et du temps.

Le dessin sera important, je soignerai son esthétique, ses proportions.

1. La localisation et la spatialité

Je commence par dessiner les lignes du dos et de l'abdomen de deux corps en coupe sagittale, se faisant face à distance. J'indique tout ce qu'il Y a de commun aux deux sexes : la colonne vertébrale, le nombril •••

Je fais l' hypothèse, très di fficile à véri fIer pour le moment, que le cadrage osseux, en insistant sur le coccyx et le pubis, points de repères connus, va,permettre une meilleure localisation de la région dont on va parler, réduire la distance abstraite entre le dessin et les enfants, et aider à la mentalisation des connaissances selon les théories d'apprentis-sage qui suggèrent l'efficacité du ressenti corporel pour ce processus.

2. ~arallèleet l'alternance

Je veille à l'équilibre du discours concernant les deux corps, au fur et à mesure de la construction des sexes. En haut du tableau, entre les deux, le schéma du sexe embryonnaire, me sert de source de référence, et avec les craies de couleur, par exemple : ces cellules sensibles qui deviendront ici les cellules du gland, et là celles du clitoris; les gona-des, qui descendues dans les bourses s'appeleront ici testicules, et là restées dans la chaleur abdominale, les ovaires, etc.

3. L'animation des sénarios de vie

Au fur et à mesure des explications et thèmes évoqués par les ques-tions des enfants, l'animation est assurée par la simultanéité des gestes ( traits, effacement, nouveaux détails ) qui me fait privilégier le tableau et la craie parmi tout autre moyen.

L'ordre des séquences de cette animation sera donc nuancée d'une classe à l'autre. riais invariablement nous" parlerons avec le dessin" de l'érection, des règles, de la relation sexuelle, de la fécondation,

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de la grossesse, de la naissance, des jumeaux ... et aussi de la contra-ception.Et de bien d'autres thèmes encore:

Ill.

L'EVALUATION (

guelques éléments)

Qui, depuis plusieurs années où j'expérimente ce mode de faire, me donne suffisamment d'indices positifs de la part des enfants et des en~

seignants pour avoir envie de perfectionner cett.e approche .•

Je constate en effet un intérêt chez les enfants traduit par leur plaisir évident, leur attention, leur participation active.

Je les sens aussi amusés, soulagps, et souvent ils me disent qu'ils ont appris quelque chose, s'ils n'en disent pas plus, cet acquis restera dans leur jardin secret. C'est une des principales raisons du peu d'éva-luation possible pour ce cours, sans compter l'effet pour chacun

n

plus long terme.

2. Evaluation écrite:

Faite a~rœ des classes de 6ème primaire genevoises sur ce cours en générnl. 20% des commentaires relatifs à la méthode du cours d'Education sexuelle portaient sur les dessins faits par l'intervenant. Sur les 6 classes, soit 102 élèves, sur un total de 50 classes ( 900 élèves) qui avaient eu ce mode d'explication

lB

sur 102 Il filles et 7 garçons) ont mentionné les dessins à la question : " Qu'as-tu aimé le plus? "

Commentaires:

" La dame parlait en même temps 'lu'elle dessinait"

" On croyait mieux, on comprenait mieux, c'était intéressant de voir dans notre corps et dans le corps de l'autre. Il Il Il Y avait des détails étonnants, chouettes, importants,

fantastiques, des phénomènes extraordinaires Il

5 sur 102 2 filles et 3 garçons ) ont mentionné les dessins à la question: " Qu'as-tu aimé le moins? "

Commentaires :

(5)

" Elle parlait trop, j'en avais marre d'écouter ces termes. "

" Le dessin étaIt exagéré."

17 sur 102 ( 6 filles et Il garçons ) ont mentionné les dessins à la question: "Qu'as-tu appris? "

Commentaires :

" Les noms véritables"

" Comment ça se passe les relations sexuelles, la procré-ation, le déplacement de l'ovule"

" La localisation du pubis "

" La formation du pfinis ("zab" dans le texte original: )et du vagin, l'érection, l'éjaculation, le gland."

" Les di fférences entre les Filles et les garçons

3. Evaluation graphique

Totalement facultatif, comme l'ensemble de ce questionnaire d'ailleurs, un dessin de la part des enfants fut suggéré en ces termes :"un dessin qui te rappelle le cours "

L1uelques chiffres: sur l'ensemble des 50 classes, le total des enfants qui ont dessiné est de 43,7~et sur les 6 classes qui nous intéres-sent ici : le total est de 32,3 %.

Par contre : les garçons ont plus dessiné que la moyenne générale et les tilles moins. Plus de la moitié des dessins des garçons reprodui-sent tout ou partie du" modèle" vu au cours: sagittal, l'homme à g. la femme à dr.,l'érection en un discret pointillé, les gonades chez les deux sexes. J'ai erEore envie d'investiguer sur cette induction.

3 garçons ont ajouté de l'humour sous formf' de dialogues anthropomor-phiques entre spermatozoïdes faisant leur marathon, et 2 filles apportè-rent des notes de rêve et de tendresse.

lU. CONCLUSION

Les tabous disparaissent, grâce, entre autres, aux média; d'autres tabous apparaissent, grâce, entre autres, aux mêmes média: Les interdic-tions et les idéalisainterdic-tions sont remplacées par de nouvelles normes de performance, par exemple.

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V. INFOKMATIONS GENERALES

J'utilise cette cinquième page pour un bref survol du développement de l'Education sexuelle, à tout hasard.

Quand un pays décide de s'intéresser à un tel programme pour sa jeune génération, il y a toujours un ou plusieurs facteurs déclanchant liés à la survie, d'une manière ou d'une autre. Besoins macro-sociaux tels que démographiques, épidémiologiques, économiques, idéologiques qui émergent dans les préoccupations de natalité, de grossesses précoces, de maladies sexuellement transmissibles, de divorcialité, de violence, OU par exemple encore, de réhabilitation du corps relationnel.

Des contenus très divers peuvent donc exister sous le même titre~ Souvent aussi, le degré scolaire choisi pour le cours suit la courbe de l'apparition du ménarche.

La situation en Suisse.

Petit rappel aux lecteurs étrangers : la Suisse compte 26 cantons, chacun ayant son propre système éducatif, et 4 langues nationales, soit: l'allemand, le français, l'italien et le romanche.

Le nombre des cantons dispensant l'éducation sexuelle dans les écoles ne cesse de croitre. Vaud et Genève sont parmi les pionniers.

A Genève, le Service de Santé de la Jeunesse, créé il y a cent ans, dépend actuellement du Département de l'Instruction Publique. Ce Service a commencé un programme d'éducation sexuelle dans les années 20, au niveau secondaire supérieur, en 65, au secondaire inférieur, en 75 au primaire. Depuis 83, les parents des classes élémentaires sont invités à des soirées d'échange sur le thème et certains secteur~ spécialisés pour des enfants

souffrant d'un handicap vue, ouie \ également.

Ce qui sous-tend le contenu de notre programme est une volonté de prévention à large spectre. Dédramatisante, non-normative, non-banalisante, non-sacralisante, scientifiquement exacte et respectueuse des valeurs in-dividuelles.

Bien avant le début de notre siècle, de nombreux psycho-pédagogues nourrirent l'espoir - avéré vain - de pouvoir prévenir toutes les névroses grâce à l'éducation sexuelle. L'unanimité demeure qu'elle est un soutien indispensable au développement global de l'individu: structuration psy-chique, épanouissement de son intelligence et une amélioration de sa qualité de vie.

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