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ARTheque - STEF - ENS Cachan | La main à l'image

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Academic year: 2021

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LA MAIN À L’IMAGE

Catherine GRAF*, Eva SARO**

*LDES, Université de Genève, **MediaLab, Université d'Helsinki

MOTSCLÉS : ÉDUCATION À L'IMAGE VISION DU MONDE AUTOPORTRAIT -CONSTRUCTION D'UNE IMAGE DE SOI

RÉSUMÉ : Que sait le poisson de l’eau dans laquelle il nage ? demandait Albert Einstein. Que savons-nous des images qui sont en nous et autour de nous ? Qui, de nous ou des publicitaires, est à la source de nos notions de beauté, voire de nos fantaisies sexuelles ? Tenter de comprendre notre rapport aux images est un chemin vers la compréhension de soi. Avec un matériel simple, nous aborderons la construction de l'image de soi, ainsi que ses implications dans les processus éducatifs.

ABSTRACT : What does the fish know about the water it swims in ? Albert Einstein asked. What do we know about the images in and around us ? Are we, or are advertisers, the creators of our ideas of beauty, of our sexual fantasies ? Attempting to grasp the world of images is a path to understanding ourselves and our cultures better. With the help of simple material, we will investigate the issue of self-image and its many implications in the educational process.

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1. INTRODUCTION

1.1 Contexte

À plusieurs occasions depuis 1999, André Giordan (LDES, Université de Genève), Jeanne Pont (Service Accueil des Publics au Musée d’Art et d’Histoire de Genève) et Eva Saro (artiste visuelle à vocation communautaire, initiatrice d'un site de lecture d'images, Watch it ! se sont entretenus à propos des multiples manières d'approcher les images, afin de favoriser une meilleure compréhension de ces messages complexes. Ils ont été rejoints par Catherine Graf, réalisatrice de films et professeur au niveau secondaire d'Éducation aux Médias depuis une dizaine d'années, qui poursuit une thèse sur le sujet.

1.2 Réflexion théorique et enjeux

La débauche de messages visuels qui nous assaillent aujourd'hui rend en effet urgente la nécessité de penser, au sein du monde de l’éducation formelle, et également informelle, une approche tout à la fois plus large et plus systématique du sujet.

Actuellement, dans le monde occidental, la multiplication des images offre une possibilité toujours plus grande d'utiliser les images comme on le veut, où on le veut - ou peut -, et sur le support que l'on choisit : magazines, vidéos, jeux vidéo, etc., ou encore Internet. En utilisant certains logiciels, on a également la possibilité d'introduire une image choisie, par exemple un visage ou un corps, à la place d'un autre.

Ces manipulations facilitées sont l'objet de préoccupations éthiques : sans vigilance, des pans entiers de la vie des hommes, mémorisés sur des supports visuels, peuvent basculer avec encore plus de rapidité que par le passé dans le néant. On a encore en mémoire les méthodes en vigueur par exemple sous Staline, où l'on faisait disparaître des livres scolaires et de l'iconographie de l’époque certains personnages pour les effacer de la mémoire des générations présentes et à venir (Jaubert, 1986). Également, on risque une prolifération de stéréotypes sans cesse recopiés, qui n'ont plus aucun lien avec la réalité à laquelle ils seraient censés se rapporter.

Mais il faut prendre en compte un autre aspect de l’affaire. Parallèlement à cette multiplication des images, c'est la forme de relation que nous avons avec elles qui s'est modifiée. Les générations que je qualifierais de "classiques" ont avec l'image une relation où ce qui prime, c'est la chose représentée, quel que soit son support (une pierre, une plaque de bois, une toile, une affiche ou encore un écran de télévision). Pour les spectateurs l’image est en quelque sorte " intouchable ". Selon la tradition occidentale, on analysera sa composition, l’intention de l’auteur, sa place dans l’ensemble du corpus de l’œuvre (Gervereau, 2000). Ces approches, indispensables à la documentation, sont celles de l’histoire de l’art et de la sémiotique. Avec l'image comme objet,

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seuls priment les contenus de l'image. La relation avec le spectateur est évacuée, il en est réduit à la passivité d’un consommateur, comme en témoignent ces duplications de fleurons de l’art occidental Impression soleil levant de Monet, La naissance de Vénus de Botticelli, répétés à l'infini sur des tasses, des tee-shirts, des dessous de verre… Des artistes comme Andy Warhol se sont fait l’écho de tels points de vue.

Les plus jeunes générations, elles, au lieu de se concentrer uniquement sur les images comme relique, ou objet, semblent plutôt focalisées sur le fait de pouvoir interagir avec les images, et cela explique certainement une partie de leur engouement pour ce qu'il est convenu d'appeler les nouvelles technologies.

Si les images prolifèrent en Occident, on aurait tort de penser que notre relation avec elles est uniquement visuelle. Le XXe siècle a vu des outils techniques de plus en plus interactifs s’inscrire en médiateurs dans notre rapport au monde. Les modifications au sein de la société qu’amènent l’usage des vidéos légères en est un exemple. Par le crayon, l’appareil photo, nous nous approprions les images du monde aussi avec les mains. Et nous mimons ce rapport aussi avec notre physionomie et notre corps. Nous ne développerons pas ici les implications psychologiques, identitaires et affectives du lien aux images.

Une autre question se pose : certains praticiens arguent qu’il est beaucoup plus difficile de prendre du recul face à des images que face à un discours. Que les enfants gorgés de télévision, voyant des images toutes faites, au contraire de leurs aînés qui pouvaient construire leur monde imaginaire en écoutant des histoires, ne gardent plus un espace personnel pour penser et ressentir. Pour pallier cela, il semble essentiel de pouvoir échanger et discuter face aux images, pour, si besoin est, entamer un processus de " désaliénation " face, par exemple, à des modèles trop présents, ou prégnants.

2. DÉROULEMENT DE L'ATELIER

2.1 But de l'atelier

Un des défis consiste à mettre en lumière des angles de questionnement qui permettent à des gens de formation très différente, souvent peu familiers des problèmes liés à l'image, de saisir certains ingrédients significatifs de la communication visuelle.

Le projet initial est une adaptation d’un projet de base déjà pratiqué avec d’autres publics sur ce thème. Nous avons choisi de nous concentrer sur les poses, en négligeant les accessoires (décor, chapeaux, gants, autres).

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2.2 Motivations des participants

Après une présentation des animatrices, ceux-ci ont exprimé leurs intérêts personnels par rapport à la problématique des images aujourd’hui : recherche d’information par rapport à une étude incluant des schémas graphiques (modélisation de jeux), souci d’enseignant ou d’étudiant des sciences à propos des représentations visualisées de concepts, préoccupations personnelles de citoyen-ne-s réalisant la différence qui existe entre quelque chose que l’on connaît par la pratique et l’image qu’en redonnent les média, curiosité culturelle ou spontanée concernant l’image qui semble être un grand vecteur de communication dans toutes sortes de domaines, tout en restant mal compris.

2.3 Déroulement

Les murs de l'atelier étaient tapissés de représentations humaines diverses : modèles de l’art classique ou contemporain, autoportraits ou portraits d’artistes, publicités en tous genres et manchettes de journaux.

Cette juxtaposition de genres passés et contemporains facilite les visions multiples pour des mises en perspective très fructueuses.

Les participants ont été invités à trouver une représentation avec laquelle ils se sentaient en affinité pour faire leur autoportrait, puis à chercher à l'imiter en se faisant conseiller par un complice, à qui il rendrait bientôt la pareille. Tout le travail a été concentré sur l’observation de la pose, l’attitude, l’expression, le détail des mains, ceux en attente servant de miroir et de critique (constructive) pour améliorer l’imitation.

2.4 L'activité de réalisation

À une exception près, la majorité des quelque dix participants a choisi un modèle du domaine de l’art (peinture, photographie). Cela arrive en général lorsque le choix est plus largement étayé dans ce domaine, comme c’était le cas ici. L’âge et les intérêts personnels du public expliquent en partie cette préférence.

Catherine Graf a assuré la partie prise de vue, invitant les participants à être très attentifs, en particulier au cadrage, partie si importante d’une imitation réussie. Ils se sont avérés être des assistants très vigilants et actifs les uns avec les autres. Les "autoportraits à la manière de" ont ensuite été vivement commentés. Chaque participant a par la suite reçu son image digitale ainsi que son modèle par courriel.

2.5 Discussion

L’exercice a rendu sensible à l'ensemble aux détails et à la complexité de ce qui, de prime abord, semblait pourtant si simple. Ce constat est venu de plusieurs participants. Également, il semble

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qu'un public adulte choisit plus librement ses modèles à travers l'épaisseur des temps, alors que la pression par rapport à un modèle médiatique est plus forte chez des personnes plus jeunes.

2.6 Réactions de participants

À propos du Buveur de bière, publicité finlandaise, 2000 :

"Ce bon vivant m'a tout de suite parlé, même si je ne suis pas du tout de sa stature ni non plus buveur de bière… C'était un peu un défi de l'imiter d'ailleurs. Mais finalement la posture, l'expression… Je peux entrer dans cet état d'esprit. Même sans double menton. Et l'absence d'accessoires m'a obligé à me concentrer sur l'essentiel".

© Publicité finlandaise pour la bière, 2000

À propos de la Danseuse de quatorze ans, sculpture d'Édouard Degas, 1880-81 :

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J’ai hésité entre plusieurs modèles, puis soudain je n'ai eu aucune hésitation à choisir cette danseuse, à cause de la tension de sa posture. C’est une image mystérieuse, plusieurs interprétations sont possibles, vu que l'on ne voit pas son visage. Il y a comme un contexte à inventer, une histoire à compléter. L’imitation que j’ai cru être moins réussie était finalement la plus proche du modèle. La tension dans la posture était plus importante que nos différences physiques, normales puisque je ne porte pas le même vêtement et que c'est une fillette".

À propos de l' Autoportrait dit à l'œil de bœuf, pastel de Maurice Quentin de La Tour, 1737 :

© Autoportrait dit à l'œil de bœuf, de Maurice Quentin de La Tour (recadré), MAH Genève

Entre plusieurs expressions de la publicité et des reproductions d’art, j’ai finalement préféré ce portrait. La posture était claire et même si je n’ai pas vraiment observé tous les détails complexes de l’image, j’ai finalement pris la bonne expression. C’est comme si la posture amenait tout le reste spontanément. Et je remarque après coup sa bouche. Je n’avais pas vraiment noté son sourire et je l’ai quand même fait."

3. CONCLUSION

Ont encore été évoquées l’importance du bagage culturel d’une personne dans le processus d’interprétation, l’impossibilité, bien souvent, de repérer les manipulations faites par ordinateur, l’influence des images (photographies ou films) aujourd’hui sur les jeunes, et sur chacun-e de nous. Une question s’est posée mais n'a pu être traitée : jusqu’où aller dans l’interrogation des valeurs véhiculées par les images ? Car on entre là dans la sphère privée et il faut penser à baliser le traitement de ces questions délicates.

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BIBLIOGRAPHIE

BERGER J., Voir le voir, Paris : Éditions Alain Moreau, 1976.

GERVEREAU L., Voir, comprendre, analyser les images, Paris : La Découverte, 2000, 3e édition. JAUBERT A., Le commissariat aux archives : les photos qui falsifient l'histoire, Paris : Éd. B. Barrault, 1986.

KRESS G., VAN LEEWEN T., Reading images, The grammar of visual design, Londres : Routledge, 1996.

Portrait, Le portrait dans les collections des musées Rhône-Alpes, Catalogue d'exposition, Paris : ADAGP, 2001.

Body-builder, Körpersignale in der Plakatwerbung, Catalogue d'exposition, Musée cantonal de Bâle campagne Liestal, 1999.

Quelques sites de lecture d'images : www.imagesmag.net

www.educnet.education.fr/arts/histoire

www.you-watch-it.de www.mlab.uiah.fi/watchit

(ces derniers avec en introduction un papillon—carte de lecture d’Olli Vilén, ancien directeur de musée d’art en Finlande)

Références

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