• Aucun résultat trouvé

Les paramètres du modèle de Diffusion : significations psychologiques et sensibilité à

Dans le document De l'embarras à l'attention portée à soi (Page 114-118)

Chapitre 3 : Les effets de l’expérience de l’embarras sur l’activité cognitive

I. Comment l’embarras pourrait-il affecter l’activité cognitive?

3. Notre proposition pour étudier les effets de l’embarras sur l’activité cognitive : Utilisation du

3.1. Le Modèle de Diffusion et ses composantes

3.1.2. Les paramètres du modèle de Diffusion : significations psychologiques et sensibilité à

Le modèle initialement proposé par Ratcliff est relativement complexe et comporte un nombre important de paramètres. Nous proposons ici de présenter la composante non décisionnelle Ter ainsi que trois paramètres décisionnels (a, z, v), représentés sur la Figure 11.

Temps de Réaction Stimulus Ter a 0 z Ter Réponse v Temps de décision

Figure 11 : Modélisation de la prise de décision en tâche de chronométrie mentale binaire, selon le Modèle de Diffusion (issu de Dioux, 2014, avec l’aimable autorisation de l’auteur)

3.1.2.1. Le temps encodage-réponse Ter

Le paramètre Ter (pour « Temps Encodage-Réponse ») comprend à la fois le temps mis pour encoder le stimulus et le délai d’exécution motrice de la réponse (voir Figure 11), autrement dit l’ensemble des composantes non décisionnelles (Schmitz & Voss, 2012, p. 226).

De nombreux travaux ont montré que ce paramètre était affecté par certaines caractéristiques stables des participants. Par exemple, Ratcliff et ses collaborateurs ont observé qu’il augmentait avec l’âge des participants en tâche de décision lexicale (Ratcliff, Thapar, & McKoon, 2007, Expériences 5 et 6), de discrimination de lettres (Thapar, Ratcliff,

113

& McKoon, 2003 ; Ratcliff et al., 2007, Expérience 2), de détection de signal (Ratcliff, Thapar, & McKoon, 2001, 2007, Expérience 1) ou de discrimination de brillance (Ratcliff et al., Expérience 3). Ce paramètre serait également sensible à certaines caractéristiques de la situation expérimentale : a) en décision lexicale, la présence d’un « stimulus accessoire »30 (Jepma, Wagenmakers, Band, & Nieuwenhuis, 2009), l’entraînement (Dutilh, Krypotos, & Wagenmakers, 2011 ; voir aussi Dutilh et al., 2009, pour un résultat identique obtenu uniquement quand la consigne met l’emphase sur la justesse et non sur la rapidité des réponses), la répétition d’un même stimulus au cours de plusieurs essais (Dutilh et al., 2011), ou encore l’amorçage associatif (Voss, Rothermund, Gast, & Wentura, 2013, Expérience 3a) ;

b) en tâche d’évaluation, l’amorçage affectif (Voss et al., 2013) ; c) en tâche de reconnaissance, la justesse de la réponse à l’essai précédent (le Ter est plus court suite à une erreur ; White, Ratcliff, Vasey, & McKoon, 2010b31).

3.1.2.2. La pente d’accumulation d’évidence v

Le paramètre v correspond à la pente d’accumulation d’évidence et « quantifie l’efficacité avec laquelle l’information relative à la réponse est accumulée » (Schmitz & Voss, 2012, p. 226, traduction personnelle). Plus il est élevé, plus l’accumulation d’évidence se fait de façon aisée et rapide. En tâche de décision lexicale, il correspond à la vitesse à laquelle le participant active les représentations lexicales et constitue « une mesure directe du

traitement lexical » (White, Ratcliff, Vasey, & McKoon, 2010a, p. 669, traduction

personnelle). Ce paramètre dépend à la fois par la qualité du système perceptif du participant

30 i.e. “when a salient but task-irrelevant accessory stimulus presented in another perceptual modality

accompanies the imperative stimulus, compared to when the imperative stimulus is presented alone” (Jepma et

al., 2009, p. 84). 31

114

et de celle du stimulus (Jepma et al. 2009, p. 854)32. Ainsi, il peut fournir une mesure de la sensibilité perceptive dans des comparaisons inter-participants, ou une mesure de la difficulté de la tâche dans des comparaisons inter-conditions (Voss, Rothermund, & Voss, 2004, p. 1208).

En décision lexicale il est d’une part affecté par certaines caractéristiques stables du participant : il augmente avec son niveau d’intelligence fluide et ses capacités de mémoire de travail (Schmiedek, Oberauer, Wilhelm, Suess, & Wittmann, 2007) et peut aussi être influencé par son âge (Ratcliff et al., 2007, Expérience 2 ; Thapar, Ratcliff, & McKoon, 2003 ; mais voir aussi Ratcliff et al., 2007, Expériences 5 et 6,pour une absence d’effet de l’âge). D’autre part, en décision lexicale ce paramètre est également sensible à certaines caractéristiques situationnelles telles que l’entraînement(Dutilh et al., 2011), la fréquence des mots (White et al., 2010b, Expérience 1), l’orientation spatiale des stimuli (Gomez & Perea, 2014), la “wordiness”33 (Ratcliff, Gomez, & McKoon, 2004) ou l’amorçage associatif (Voss, Rothermund, Gast, & Wentura, 2013).

3.1.2.3. Le critère de décision a

Le paramètre a est le critère de réponse (ou « critère de décision »), autrement dit la quantité d’information que le participant estime nécessaire pour pouvoir répondre. En termes psychologiques, il correspond à son degré de précaution (voir par exemple Schmitz & Voss, 2012, p. 228 ; Voss et al., 2004, p. 1208) et peut être contrôlé de façon stratégique par le participant (Jepma et al., 2009, p. 854).

Là encore, en décision lexicale ce paramètre peut être influencé par a) des caractéristiques stables des participants telles que leur âge (e.g., Ratcliff, Spieler, & McKoon,

32 “determined by the quality of the information extracted from the stimulus in perceptual tasks and by the quality of the match between the test item and memory in lexical decision tasks.” (Ratcliff, Thapar, & McKoon, 2007, p. 60)

33 Ce terme difficilement traduisible désigne la tendance qu’a une suite de lettres à être ou non désignée comme un mot.

115

2000 ; Ratcliff, Thapar, & McKoon, 2006, 2010, 2011) ou leur quotient intellectuel (voir Dutilh et al., 2009, pour une revue sur différentes tâches), et b) des caractéristiques de la situation expérimentale comme la consigne (une emphase mise sur la justesse rehausse le critère de réponse comparativement à une consigne axée sur la rapidité ; e.g., White et al., 2010b, Expérience 1 ; voir aussi Voss et al., 2004, Expérience 1, pour une tâche de discrimination de couleurs), l’introduction de récompenses après une réponse correcte (Voss

et al., 2004), ou la justesse de la réponse à l’essai précédent (un critère de réponse plus élevé

expliquerait notamment le ralentissement observé suite à une erreur (« post-error slowing

effect » ; Dutilh, Vandekerckhove, Forstmann, Keuleers, Brysbaert, & Wagenmakers, 2012 ;

voir aussi White et al., 2010b, pour un résultat similaire obtenu uniquement chez des participants très anxieux).

3.1.2.4. Le biais de réponse z

Le paramètre z est le biais de réponse a priori, autrement dit la tendance que peut avoir le participant à préférer une réponse par rapport à l’autre.

En décision lexicale, il varie essentiellement avec la proportion de mots et de pseudo-mots (par exemple, une proportion plus élevée de pseudo-mots oriente le biais de réponse en faveur de la réponse « mot » ou « oui » ; White et al., 2010b, Expérience 1) ou avec la justesse de la réponse à l’essai précédent (par exemple, une erreur est souvent suivie d’une réponse « mot »

ou « oui » ; White et al., 2010b, Expérience 2).

Ainsi, de nombreux travaux ont utilisé le Modèle de Diffusion pour caractériser l’effet sur les différents paramètres de certaines variables relatives à la situation expérimentale et manipulées (entraînement, répétition des stimuli, fréquence des mots, orientation spatiale des stimuli, consigne,…) ou de certaines caractéristiques stables des participants (âge, anxiété,

116

dyslexie ; e.g., Zeguers, Snellings, Tijms, Weeda, Tamboer, Bexkens, & Huizenga, 2011). Curieusement, aucune recherche n’a à notre connaissance porté sur l’effet de caractéristiques

temporaires des participants (hormis van Ravenzwaaij, Dutilh, & Wagenmakers, 2012, pour

un effet de l’alcoolisation dans une tâche de sonde attentionnelle), telles que leur état émotionnel, sur les paramètres. Parmi les nombreuses tâches ayant été proposées (pour une revue récente, voir Voss et al., 2013), la tâche de décision lexicale a été très souvent utilisée.

Nous proposons ici de répertorier quelles composantes psychologiques impliquées dans une telle tâche seraient susceptibles d’être affectées par l’état émotionnel du participant, et de voir dans un second temps comment des variations de ces composantes pourraient se traduire dans certains paramètres du Modèle de Diffusion présentés.

3.2. Les paramètres du Modèle de Diffusion comme indicateurs des

Dans le document De l'embarras à l'attention portée à soi (Page 114-118)