Universit´e Claude Bernard–Lyon I CAPES de Math´ematiques : Oral Ann´ee 2005–2006
Le¸con 30 : groupes du parall´ elogramme, du rectangle, etc.
Difficult´es de la le¸con
• D’abord, donner une d´efinition op´erationnelle d’un parall´elogramme, d’un rectangle, etc. : ensemble de 4 points, ensemble de 4 segments, r´eunion de 4 segments (i.e. un seul en- semble de points), ou enveloppe convexe des sommets ? Quelle que soit la d´efinition, il faut savoir qu’une isom´etrie pr´eserve les sommets, le centre de gravit´e, les cˆot´es et les diagonales.
• D’autre part, il faut une d´emarche pour d´eterminer le groupe des isom´etries.
– Pour rechercher les isom´etries positives, on cherche des contraintes.
– On n’oublie pas de v´erifier que les isom´etries candidates conviennent.
– Le lemme 2◦(a) est bien utile pour limiter les ´etudes de cas.
0◦ Pr´erequis
On fixe un plan affine euclidien. On suppose connaˆıtre :
• quelques notions de base sur les groupes,
• quelques notions de base sur les plans affines euclidiens,
• en particulier, ses isom´etries (classification des isom´etries ayant un point fixe).
1◦ Parall´elogrammes
(a) Strat´egie recommand´ee
Il faut donner une d´efinition des parall´elogrammes et s’y tenir : si on d´efinit un parall´elogramme comme un ensemble form´e de quatre segments (voir la le¸con “polygones r´eguliers”), il faut alors d´emontrer qu’une isom´etrie qui conserve le parall´elogramme conserve l’ensemble de ses sommets.
Dans cette le¸con-ci, je conseille de d´efinir un parall´elogramme comme un ensemble non ordonn´e de quatre points. Concr`etement, je conseille de dire les choses suivantes :
1. On d´efinit un parall´elogramme par [d´efinition ci-dessous].
2. On peut alors d´efinir les diagonales comme les segments qui contiennent le centre de gravit´e, et les cˆot´es.
3. Une isom´etrie f conserve un parall´elogramme P si f (P) = P. Les isom´etries qui conser- vent P forment un groupe.
4. Comme une isom´etrie est affine, si f (P) = P, alors f fixe le centre de gravit´e de P. Par la mˆeme propri´et´e, elle envoie une diagonale sur une diagonale, et, par compl´ement, un cˆot´e sur un cˆot´e.
Les d´etails, fort pesants, suivent. Savoir r´epondre `a une question du jury l`a-dessus...
(b) Parall´elogrammes
D´efinition On appelle parall´elogramme non plat une partie P du plan form´ee de quatre points, telle qu’il existe une bijection
φ : {1, 2, 3, 4} −→ P
i 7−→ Ai
satisfaisant : A−→1A2=A−→4A3 et A−→1A2,A−→1A3 non colin´eaires.
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Attention ! Avec des polygones moins r´eguliers que les parall´elogrammes, cette d´efinition n’est pas op´erationnelle. Voir la “fl`eche”, le quadrilat`ere non convexe de G. Chevalier.
Convention Si P est un parall´elogramme non aplati et si φ est comme dans la d´efinition, i.e. P = {A3, A4, A2, A1} et A−→1A2=A−→4A3, on notera P = A1A2A3A4.
Remarque Si P est un parall´elogramme non aplati, il y a 8 applications φ comme dans la d´efinition. Si on repr´esente φ par la suite ordonn´ee (A1, A2, A3, A4), ou plus simplement, 1234, les autres sont 2341, 3412, 4123, 4321, 3214, 2143, 1432.
Il y a donc 8 fa¸cons de noter un parall´elogramme {A3, A4, A2, A1} selon la convention.
(c) Cˆot´es et diagonales
Lemme Si P est un parall´elogramme non aplati, le centre de gravit´e de P est le milieu d’exactement deux segments ayant pour extrˆemit´es des ´el´ements de P.
D´efinition On appelle segment port´e par une partie, tout segment dont les extrˆemit´es appar- tiennent `a la partie. Parmi les segments port´es par un parall´elogramme, les deux segments du lemme sont appel´es diagonales, les autres sont appel´es cˆot´es.
D´emonstration. Soit φ comme dans la d´efinition. L’´egalit´e A−→1A2=A−→4A3= −A−→3A4 permet de montrer que les milieux O de [A1A3] et O0 de [A2A4] co¨ıncident.1 Par associativit´e du barycentre, le point O = O0 est le centre de gravit´e de P.
Pour montrer la deuxi`eme partie, il suffit de v´erifier que les 4 segments port´es par P autres que [A1A3] et [A2A4] ne contiennent pas O. Ici, on utilise le fait que P n’est pas aplati.
(d) Conservation d’un parall´elogramme - propri´et´es de base
D´efinition Pour P une partie du plan, on dit qu’une application f conserve P si f (P) ⊂ P . Lemme L’ensemble des isom´etries qui conservent une partie P est un sous-groupe du groupe des isom´etries. Si f est une isom´etrie qui conserve P et P est fini, on a : f (P) = P.
D´emonstration. Test du sous-groupe, injectivit´e des isom´etries, bijectivit´e d’une injection d’un ensemble fini dans lui-mˆeme.
Proposition Soit P un parall´elogramme non aplati et f une application affine bijective qui conserve P. Alors f fixe le centre de gravit´e de P, envoie une diagonale de P sur une diagonale et un cˆot´e sur un cˆot´e.
D´emonstration. Par hypoth`ese, f induit une bijection sur l’ensemble fini P. Puisque f est affine, elle pr´eserve le barycentre. En particulier, O est fix´e par f et l’image d’un segment port´e par P est port´e par P. Le milieu de l’image d’une diagonale est l’image du milieu, donc c’est O, donc l’image d’une diagonale est une diagonale. Par suite, l’image d’un cˆot´e est un cˆot´e.
(e) Parall´elogrammes particuliers
D´efinition Un parall´elogramme non aplati est un rectangle (resp. un losange) si ses cˆot´es cons´ecutifs (ayant un point commun) sont perpendiculaires (resp. isom´etriques). C’est un carr´e si c’est un rectangle et un losange.
Proposition Un parall´elogramme non aplati est
(i) un rectangle si et seulement si ses diagonales sont isom´etriques.
(ii) un losange si et seulement si ses diagonales sont perpendiculaires.
1 −→
A1A4=A−→1A2+A−→2A3+A−→3A4=A−→2A3, puis,A−→1O=12 A−→1A3= 12 A−→1A4+21 A−→4A3=12 A−→1A4+12 A−→1A2=
−→
A1O0.
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D´emonstration. (i) Un triangle est rectangle SSI il est inscrit dans un demi-cercle.
(ii) La m´ediatrice d’un segment est d’une part l’ensemble des points ´equidistants des extrˆemit´es du segment, d’autre part la droite perpendiculaire au segment qui contient son milieu.
Remarque Il y a une dualit´e entre “le” rectangle et “le” losange, qu’on utilisera plus tard :
segments rectangle losange
cˆot´es perpendiculaires isom´etriques diagonales isom´etriques perpendiculaires 2◦ Deux lemmes triviaux mais utiles (le premier plus que l’autre)
(a) Isom´etries directes et indirectes
Lemme Soit G un sous-groupe du groupe des isom´etries du plan, G+ le sous-groupe de G form´e des isom´etries de d´eterminant 1. Si G \ G+ contient un ´el´ement s, les applications f 7→ s ◦ f et f 7→ s−1◦ f sont des bijections r´eciproques entre G+ et G \ G+.
Utilisation : si on connaˆıt G+ et card(G+) ´el´ements de G \ G+, on connaˆıt donc G entier.
(b) Cas de figures semblables
Lemme Soit P et P0 deux parties finies du plan, et h une similitude qui envoie bijectivement P sur P0. Alors l’application
f 7→ hf h−1
est un isomorphisme du groupe des isom´etries de P sur celui de P0. 3◦ Groupe des isom´etries d’un parall´elogramme
(a) Soit P = ABCD un parall´elogramme non aplati qui n’est ni un losange, ni un rectangle.
Une isom´etrie qui conserve P fixe le centre de gravit´e O de P. C’est donc une rotation de centre O ou une r´eflexion d’axe contenant O.
(b) Une isom´etrie qui fixe O envoie A sur A0 ∈ {A, B, C, D} tel que OA = OA0. Or, puisque P n’est pas un rectangle, OA 6= OB et OA 6= OD. Donc A0 est A ou C.
(c) Comme une rotation est d´etermin´ee par son centre et l’image d’un point, une rotation qui conserve P est l’identit´e ou la sym´etrie de centre O.
Inversement, comme les diagonales de P se coupent en O, la sym´etrie de centre O conserve P.
(d) Supposons qu’il existe une r´eflexion qui conserve P. Si A est fixe, l’axe de la r´eflexion est (OA) = (AC), donc C est fixe. Par compl´ement, B et D sont permut´es. Comme B et D ne sont pas sur (AC), c’est que (BD) est perpendiculaire `a l’axe de la r´eflexion, donc que P est un losange. Contradiction.
(e) Ainsi, le groupe d’un parall´elogramme qui n’est ni rectangle ni un losange contient l’identit´e et la sym´etrie centr´ee au centre de gravit´e. Il est isomorphe `a Z/2Z.
4◦ Groupe des isom´etries d’un losange et d’un rectangle
(a) Soit L = ABCD un losange qui n’est pas un rectangle. Les arguments de (a), (b) et (c) ci-dessus s’appliquent encore, donc le groupe des rotations qui conservent L le groupe form´e par l’identit´e et la sym´etrie sO de centre O.
(b) La caract´erisation de la m´ediatrice permet de v´erifier que les deux r´eflexions s1et s2d’axes les diagonales conservent le losange.
(c) Par le lemme utile 2◦(a), le groupe des isom´etries qui conservent L est de cardinal 4.
(d) On constate que les trois ´el´ements non triviaux de ce groupe sont d’ordre 2, ce qui permet d’affirmer qu’il est isomorphe `a Z/2Z×Z/2Z. On peut aussi donner un isomorphisme explicite : s1 7→ (1, 0), s2 7→ (0, 1), sO 7→ (1, 1).
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(e) Soit `a pr´esent R = IJKL un rectangle qui n’est pas un losange. On pourrait s’en tirer avec des arguments analogues `a ceux qui pr´ec`edent, mais on va proc´eder diff´eremment.
Soit A, B, C, D les milieux de [IJ], [JK], [KL], [LI]. Avec 1◦(e), on v´erifie que ABCD est
un losange. Par conservation du milieu, si une isom´etrie conserve R, elle conserve ABCD. I J
K L
A B C
D
A pr´esent, soit I0, J0, K0, L0 les milieux de [AB], [BC], [CD], [DA]. Comme ci-dessus, si une isom´etrie conserve ABCD, elle conserve I0J0K0L0.
(f ) Or, on v´erifie sans peine que l’homoth´etie h de centre O, centre de gravit´e de R, et de rapport 1/2, envoie R sur R0 = I0J0K0L0. Comme h commute `a toute isom´etrie du plan qui fixe O, l’isomorphisme de 2◦(b) est l’identit´e : les groupes de R et de R0 co¨ıncident. Les inclusions de (e) montrent que c’est aussi celui de L.
Au bilan, le groupe des isom´etries de R est le groupe d’ordre 4 engendr´e par les r´eflexions d’axes les m´ediatrices des cˆot´es, qui sont les diagonales de L.
(g) Je ne sais pas expliquer a priori que tous les rectangles ont le mˆeme groupe de sym´etrie.
5◦ Groupe des isom´etries d’un carr´e
(a) Soit C = ABCD un carr´e, O son centre de gravit´e. Une isom´etrie directe qui conserve C est une rotation de centre O. Elle est parfaitement d´etermin´ee par l’image d’un point, par exemple A, laquelle peut prendre 4 valeurs possibles. Il y a donc au plus 4 rotations qui conservent C.
Or, les rotations d’angles 0, ±π/2 et π conservent C, car les diagonales de C sont orthogonales et de mˆeme longueur. Par suite, il y a exactement 4 rotations qui conservent C.
(b) Les 4 r´eflexions d’axes les diagonales et les m´ediatrices des cˆot´es conservent C, car C est un losange et un rectangle. Par le lemme utile de 2◦(a), on a fait le tour de ces choses.
(c) Le groupe des isom´etries qui conservent C est donc d’ordre 8. On l’appelle groupe di´edral.
On montre qu’il est engendr´e par une rotation r d’angle ±π/2 et une r´eflexion s. On v´erifie qu’il n’est pas commutatif : srs−1 = r−1. Il contient un sous-groupe distingu´e, isomorphe `a Z/4Z (les rotations) et le quotient est isomorphe `a Z/2Z.
(d) Le lemme 2◦(b) donne une bonne raison a priori pour laquelle tous les carr´es ont le mˆeme groupe d’isom´etries, car tous les carr´es sont semblables.
6◦ Compl´ements
(a) On peut savoir qu’il y a un seul autre groupe non ab´elien de cardinal 8, qu’on d´ecrit par : Q = {±1, ±i, ±j, ±k}, o`u le produit est d´etermin´e par : 1 est neutre, (−1) commute `a tout le monde ((−1)i = i(−1) = −i, etc.), i2= j2 = k2 = −1, ij = −ji = k.
Le groupe du carr´e et le groupe Q ne sont pas isomorphes, car le groupe du carr´e contient 2
´el´ements d’ordre 4 (r et r3), alors que Q en contient 6 (±i, ±j et ±k).
(b) Montrons a priori que le groupe de n’importe quel rectangle s’injecte dans celui du carr´e.
Fixons une affinit´e a de rapport convenable qui transforme notre rectangle ABCD en un carr´e A0B0C0D0. Consid´erons alors l’application f 7→ af a−1 d´efinie sur l’ensemble des applications affines du plan. Si f conserve le rectangle, alors af a−1 pr´eserve les sommets du carr´e, comme dans le lemme 2◦(b).
Or, toute application affine bijective qui pr´eserve le carr´e est une isom´etrie, ce que l’on peut v´erifier par exemple en consid´erant l’image du rep`ere (O0,O−→0A0,O−→0B0) (o`u, bien sˆur, O0 est le centre du carr´e A0B0C0D0). L’application f 7→ af a−1 induit donc une injection des applications affines qui pr´eservent un rectangle dans le groupe des isom´etries du carr´e.
(c) L’int´erˆet du point (b), c’est de fournir un traitement de la le¸con en sens inverse : du carr´e vers les parall´elogrammes plus g´en´eraux.
En effet, connaissant le groupe du carr´e, il est facile de tester, pour g isom´etrie du carr´e, si a−1ga est une isom´etrie du rectangle. Plus g´en´eralement, cette m´ethode marche pour n’importe quel parall´elogramme.
(d) Noter que le groupe du carr´e d´ecrit aussi les fa¸cons de num´eroter les parall´elogrammes (voir 1◦(b)). Pouvez-vous l’expliquer `a l’aide de (b) ?
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