A NNALES DE L ’I. H. P., SECTION B
J EAN P ICARD
Formules de dualité sur l’espace de Poisson
Annales de l’I. H. P., section B, tome 32, n
o4 (1996), p. 509-548
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Formules de dualité
surl’espace de Poisson
Jean PICARD
Laboratoire de
Mathématiques
AppliquéesURA 1501 du CNRS Université Blaise Pascal 63177 Aubière Cedex, France.
Vol. 32, n° 4, 1996, p. 509-548 Probabilités et Statistiques
RÉSUMÉ. - La formule
d’intégration
parparties
del’espace
de Wienerest
transportée
surl’espace
dePoisson,
où elle est considérée comme uneconséquence
d’une formule d’isométrie. Diversesapplications
sont ensuiteabordées :
changements
deprobabilité
obtenus enajoutant
ou retranchant des masses à la mesure dePoisson ;
étude d’une notion de mesure de Gibbs et lien avec les mesures réversibles pour l’évolution d’unsystème
departicules
eninteraction ; plus généralement,
étude des mesures invariantes pour cesystème.
Mots clés : Espace de Poisson; intégration par parties ; intégrales stochastiques anticipantes ; changements de probabilité ; systèmes de particules en interaction ; mesures de Gibbs ; mesures invariantes.
ABSTRACT. - The
integration by parts
formula on the Wiener space is transferred to the Poisson space, where it is considered as a consequence of anisometry
formula. Someapplications
are then dealt with:changes
ofmeasure obtained
by adding
orsubstracting
masses to the Poisson measure;study
of a notion of Gibbs measure, and relation with the reversible measuresfor the evolution of an
interacting particle system;
moregenerally, study
of the invariant measures for this
system.
A.M.S. Classification : 60 G 57, 60 J 75, 60 H 07.
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiques - 0246-0203
Vol. 32/96/04/$ 4.00/@ Gauthier-Villars
0.
INTRODUCTION
La formule
d’intégration
parparties
surl’espace
deWiener, qui
est àla base du calcul de
Malliavin, exprime
la dualité entre unopérateur
degradient (la
dérivée deMalliavin)
et unopérateur
dedivergence (l’intégrale
de
Skorokhod);
cette formule repose sur lapropriété
dereprésentation chaotique
du processus deWiener; plus précisément, l’espace
H desvariables aléatoires de carré
intégrable
surl’espace
de Wienerpeut
sedécomposer
en une somme hilbertienne dechaos,
et lesopérateurs
degradient
et dedivergence opèrent
defaçon simple
sur les chaos(voir
parexemple
lechapitre
XXI de[4]).
Onpeut
en fait construire un espace de Hilbertabstrait, l’espace
deFock, isomorphe
àH,
surlequel
onpeut
définir desopérateurs
d’annihilation et de créationadjoints
l’un de l’autre etqui correspondent respectivement
auxopérateurs
degradient
et dedivergence
sur H. Une
conséquence
de cette remarque est que la formuled’intégration
par
parties, qui peut
donc s’écrire surl’espace
deFock, peut
êtretransportée
à tout processus
ayant
lapropriété
dereprésentation chaotique; l’exemple
leplus simple
est le processus dePoisson,
pourlequel
le calculstochastique
non
adapté
est construit dans[5].
Pour que la formule obtenue partransport
ait unintérêt,
il fautcependant
donner uneinterprétation
intuitive auxopérateurs
de création et d’annihilation surl’espace
des variables de ceprocessus. Or il se trouve
qu’une
telleinterprétation
existe dans le cas del’espace
de Poisson(voir [ 16], [17])
etpermet
donc d’obtenir une formuled’intégration
parparties
sur cet espace; nous désirons étudierplus
en détailcette formule et
quelques
unes de sesconséquences.
Une mesure aléatoire
À+
surR~.
de loi de Poisson d’intensité À - vérifie lapropriété
pour tout processus
prévisible positif Z; au §1,
nous allons vérifier que cette formule est aussi satisfaite par les processus Zanticipants,
pourvu queZt
nedépende
pas de laprésence
d’un saut de~+
ent;
cettepropriété permet
en fait de caractériser la loi de Poisson(voir [15])
et est à la basede tous nos autres
résultats;
enparticulier,
au§2,
nous en déduirons uneformule de dualité dont la formule
d’intégration
parparties
surl’espace
deFock est un cas
particulier;
uneapplication
de ce résultat sera d’obtenir uneexpression
pour lapropriété
dereprésentation prévisible
du processus de Poisson standard.Signalons également
que dans[9]
une formule de dualitéassez voisine de la notre est étudiée.
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiques
La
principale
différence avec le cas del’espace
de Wiener est quel’opérateur
d’annihilation n’estplus
unedérivation;
ceciexplique
que lesauteurs désirant
appliquer
le calcul de Malliavin aux processus avec sautsse soient
plutôt
tournés vers d’autresopérateurs
obtenus endéplaçant
infinitésimalement les
points chargés
par la mesure de Poisson(voir [ 1 ], [3],
ou encore[21 ], [22] qui
utilise unedécomposition chaotique
d’untype différent).
Nousappliquerons
néanmoins notre formule de dualité à l’étudedes mesures absolument continues par
rapport
à la loi de Poisson. Unemesure
ponctuelle peut
être vue comme unsystème
aléatoire departicules (en appelant
ainsi lespoints chargés
par lamesure);
nous pouvons alorsajouter
ou retrancher desparticules
à cesystème;
au§3,
nous étudirons leschangements
deprobabilités
résultant de cestransformations,
cequi peut
être vu comme unanalogue
duproblème
de Girsanovanticipant.
Au§4,
nous introduirons une notion de mesure de Gibbs sur
l’espace
de Poissonéquivalente
à celle de[15].
Au§5,
nous considérerons dessystèmes
departicules
en évolution dutype
de ceux étudiés dans[11]; plus précisément,
les
particules
serontimmobiles,
l’évolution se manifestant par la naissanceet la mort de
particules;
dans le cas où le nombre departicules
estfini,
nous étudirons l’existence et l’unicité de mesures invariantes pour une
telle
évolution,
etexpliciterons
le lien entre la réversibilité de la mesureinvariante et les mesures de Gibbs du
§4; enfin,
au§6,
nous calculerons la mesure invariante dans un casparticulier
au moyen d’un calcul sur les chaos.À chaque étape,
nousindiquerons
lespropriétés analogues
valablessur
l’espace
de Wiener.1. UNE FORMULE
D’ISOMÉTRIE
Nous commençons par introduire les notations et
hypothèses
valablesdans tout l’article. Soit
(T, T)
un espace lusinien(c’est-à-dire isomorphe
àune
partie
borélienne d’un espacecompact métrisable)
muni d’une mesurea-finie diffuse non nulle
À -;
alorsl’espace
mesuré(T, T, ~-)
estisomorphe
à l’intervalle fini ou infini
[0, À - (T)]
muni de sa tribu borélienne et de lamesure de
Lebesgue.
Soit Ql’espace
des mesures sur T à valeursentières,
telles que 1 pour tout t et
cJ(A)
oo dèsque À - ( A)
oo ; onconsidère alors la mesure aléatoire sur T définie sur 03A9 par
la tribu .~’ sur n
engendrée
par lesapplications ~+ (A),
Ae T,
et la
probabilité
P sur(0, F)
souslaquelle À+
est une mesure deVol.
Poisson d’intensité À
(nous
ne désirons pascompléter
lestribus);
sipar
isomorphisme
on se ramène au cas où T est un intervalle réel et À’ est la mesure deLebesgue,
le processus~+ ( ~0, t~ )
devient alors un processus de Poisson standard. On note À =~+ -
A" la mesure de Poissoncompensée.
Un
point chargé
parÀ+
seraappelé
uneparticule.
Sur(T
x0, T
g)F)
on considère les mesures
Si A E
T,
on noteFA
la tribu de Hengendrée
par les variables aléatoiresÀ+ (B ) ,
Sur T x H on considère la sous-tribu I deT 0 F engendrée
par les
parties A x U, A E T et U E FA c.
Pour tout t dansT,
on introduitles transformations mesurables
Et
eteg
de H dans lui-même définies parainsi que
l’opérateur Dt agissant
sur les variables aléatoires réelles parLes transformations
Et agissent
enajoutant
ou retranchant uneparticule
ent. Si B est une
partie
mesurable deT,
on définit de mêmeNous
appellerons
processus défini sur 0 et indexé par T touteapplication
mesurable sur T x
Q;
nous dironsqu’un
processus réel est àsupport
borné s’il est nul hors d’unepartie
de À’ mesure finie.Remarque. -
On aDtF
=(F
oF) J-l-
presquepartout,
donc D estl’opérateur
de translation de[16];
celaimplique
que si on se limite aux variables F EL~(P)
telles queDtF
EL2 (~c- ),
Dapparaît
comme
l’opérateur
d’annihilation surL~(P)
vu commel’espace
de Fockde
L2 (T, ~- ) . Cependant,
nous désirons étudierDtF
sous lamesure ~c ~,
et cela
exige plus
que la structured’espace
de Fock.Nous sommes maintenant en mesure d’établir la formule
qui
est à labase de tous nos résultats.
THÉORÈME 1. - Les mesures
+
et coïncident surI;
enparticulier,
siZt
est un processus I mesurable etintégrable,
on aDe
plus
Z est I mesurable si et seulement siDt Zt
= 0.Annales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiques
Démonstration. - Il suffit de vérifier
l’égalité
de~+ et J-l-
sur lesystème
de
générateurs
A xU,
Ae T,
U E0Ac , qui
est stable par intersection finie. Orcar
À+ (A)
et U sontindépendants.
En cequi
concerne la dernièrepartie
del’énoncé,
il est clair que si Z est la fonction indicatrice d’un ensemble A x Uavec U E alors
Dt Zt
=0;
par le théorème de la classe monotone,on en déduit que tout processus I mesurable vérifie cette
propriété;
il noussuffit donc de vérifier la
réciproque.
Pourcela,
onpeut
se ramener au casoù T est un intervalle de
R+ ;
on considère alors la double suite >0, n > 1,
departies
mesurables de T définies parA~ _ ~1~ /n, (k -f-1 ) /n)
n T .Alors
car t ne
peut
pas êtrepoint
d’accumulation departicules;
cela montre queZt
oeg
est Imesurable;
or siDt Zt
=0,
on aZt
=Zt
o DCOROLLAIRE 1. - Soit
Zt
un processuspositif
ouintégrable.
AlorsDémonstration. - Il suffit
d’appliquer
le théorème 1 au processus I mesurableZt
oEt
enremarquant
que~~
necharge
pas lapartie
oùZt
oEt,
cequi implique
queD
Remarque. -
Cette formule caractérise la loi de Poisson : voir[15]
et les référencesqui
y sont citées.COROLLAIRE 2. - Pour tout processus
Zt,
posonsPour tout p >
1, l’application
Z H Z’ est une isométrie involutive deLP (T
xSZ,
T® .r ’, ~ ~c ~ ),
le sous-espace des éléments invariants étant constitué des processus Zmesurables;
pour p =2,
c’est lasymétrie orthogonale
parVol. 32, n° 4-1996.
rapport à
L2(T
x~c ~ ).
Deplus, l’application (Zt)
H(DtZt)
estcontinue de
LP(T
xSZ, 0,
dans lui-même.Démonstration. - On a
en
appliquant
le corollaire 1. Lapropriété
desymétrie orthogonale
dans lecas p = 2 s’en déduit
aisément; quant
à la continuité de Z -D Z,
ellepeut
se montrer soit
directement,
soit enremarquant que |DtZt| = |Z’t-Zt|
. DComme
~c+
etJ-l-
sontétrangères, l’espace Lp ( ~ ~c ~ ) peut
être vu comme lasomme de ses deux sous-espaces la
décomposition
d’un processus Z étantL’application
Z ~ Z’ induit alors deux isométries inverses l’une de l’autreentre les deux espaces LP
(~c~ ) . Remarquons
que cespropriétés
d’ isométrie n’ont pasd’équivalent
surl’espace
deWiener;
enparticulier, l’opérateur (Zt)
t--~(DtZt)
nepeut
pas être défini pour toutZ;
onpeut
le considérercomme la trace de
(DtZs),
mais ils’agit
alors d’unopérateur
detype
différent du notre. Nous allons maintenant voir comment le théorème 1se
généralise
au cas de processus àplusieurs paramètres
et en déduire uncalcul de variance.
COROLLAIRE 3. - Soit
Zr,
T =(tl ,
...,tk )
ETk
un processus mesurablepositif
à kparamètres qui
s’annule dès que deuxparamètres
sontégaux.
On suppose que pour toute suite cx~ à valeurs
dans ~ ~, - ~
et toutT =
(t1,...,tk),
Alors
l’expression
ne
dépend
pas de la suite cx~.Démonstration. - Il suffit de vérifier que
l’expression
estinchangée quand
on modifie un des par
exemple
a~. Soit Y le processusAnnales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiques
Comme Z s’annule dès que deux
paramètres
sontégaux, l’intégrale
neporte
que sur lesinstants tj ~ t,
et comme deplus
on a
Yt
o~t
=Yt
o le théorème 1permet
alors de conclure. D COROLLAIRE 4. - SoitZt
un processus I mesurable borné à support borné. AlorsRemarque. - Quand
nous aurons vu que pour les processus Imesurables, l’intégration
parrapport
à ~correspond
àl’opérateur
decréation,
cette formule avec + = - est alors une formule valable surl’espace
de Fock(proposition
3.1 de[18]).
Démonstration. - Le corollaire 3 montre que le membre de droite ne
dépend
pas des indices ±choisis,
donc montrons la formule parexemple
avec les indices +. On écrit
et on
décompose
le carré. On aVol. 32, n° 4-1996.
en
appliquant
le corollaire3,
et enprocédant
de la mêmefaçon,
Le résultat s’obtient en combinant ces
équations.
D2. FORMULES
D’INTÉGRATION
PAR PARTIESNous allons maintenant montrer que
l’opérateur Dt
vérifie une formuled’intégration
parparties;
nous étudirons ensuite les liens avec d’autrespropriétés
dedualité,
enparticulier
la dualité entre création et annihilationsur
l’espace
de Fock associé àL2(T, a- );
cela nous conduira à donner uneinterprétation
del’opérateur
de création semblable à celle de[17].
Dans le cas du processus de Poissonstandard,
nous en déduirons une formuleexplicite
pour lareprésentation prévisible
des variablesintégrables.
THÉORÈME 2. - Soient
Zl
etZt
deux processus; on suppose queZl DtZ2t
et
Zt DtZ1t sont | ( intégrables;
alorsDémonstration. - On
décompose
lapremière intégrale
parrapport
à ~et on utilise le corollaire 1 pour tout ramener à des
intégrales
parrapport
à~-;
on ad’où
Cette
expression
estsymétrique
en(Zl, Z2)
donc est aussiégale
audeuxième terme de
(1).
DAnnales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiques
COROLLAIRE 5. - Soit F une variable bornée et
Zt
un processusintégrable.
AlorsPlus
généralement,
cetteégalité
estsatisfaite
dès queZtDtF
etF(Zt
o~~ )
sont
respectivement et ~c ~ intégrables.
Démonstration. - On
applique
le théorème 2 avecZt
= F etD
Considérons maintenant
l’espace
S des processus I mesurablesZt qui
sont bornes et à
support borné;
dans ce caspour tout F borné
et j Ztd~(t)
estl’unique
variable vérifiant cettepropriété.
Posons _
la variance de
1 intégrale
parrapport
à ~ étant donnée par le corollaire4;
soit S la
partie
deL2 (T
xSZ, Z, ~- )
constituée des processusZt
telsqu’il
existe une suite zn E S
qui
converge vers Z dansL2(J-l-)
etqui
estde
Cauchy pour ]].]].
La formuled’intégration
parparties (2) permet
demontrer que
l’opérateur
se
prolonge
de manièreunique
en unopérateur
fermé6o
de S dans-Z~(P),
la valeur
bo(Z)
étant définie commel’unique
variable vérifiantpour tout F borné à
support borné;
enparticulier, bo(Z)
coïncide avecl’intégrale
deStieltjes ZtdÀ(t) lorsque
Z EL1 ( -)
n S. Le corollaire 4permet
de montrer que le domaine S contient les processus l mesurablesZt
tels queEn
effet,
Zpeut
êtreapproché
en moyennequadratique
paroù
An
est une suite departies
mesurables de T de mesures finiesqui
croitvers
T; alors,
sousl’hypothèse (3),
tend vers 0 par convergence dominée
lorsque
oo, donc Z‘‘~ estde
Cauchy pour ] ] . ] ]
.Sortons du cadre des processus l mesurables et écrivons la formule du corollaire 5 dans le cas =L == -; le membre de
gauche
est leproduit
scalaire dans
L2 (T
x0, ,u- )
du processusZt
et du processusDtF;
commeD est
l’opérateur d’annihilation, l’intégrale
du membre de droite fournit doncl’opérateur
de création8,
c’est-à-direl’analogue
del’intégrale
deSkorokhod;
son domaine est constitué des processus Z tels que E Set il est défini par
On vérifie alors facilement
que 8
coïncide avec ladescription qui
en estdonnée dans
[17].
Deplus,
une condition suffisanted’appartenance
audomaine de 8 est à nouveau donnée par
(3).
Exemple. -
Considérons le cas du processus de Poissonstandard,
c’est- à-dire T =R+
et À - est la mesure deLebesgue;
soit0t
la filtration SiZt
est un processusprévisible, DsZtDtZs
est nul(voir
le début de la démonstration du corollaire 6ci-dessous)
donc si Z est deplus
de carréintégrable,
il est dans le domaine de 8 et il est facile de vérifier queb ( Z )
coïncide avec
l’intégrale
de Ito de Z parrapport
à À.Remarque
1. - Le corollaire 5permet également
d’obtenir la formule de dualité de[9],
à savoirCette formule conduit à un
opérateur qui
dans le casprévisible
coïncideavec
l’intégrale
de Ito parrapport
àÀ+ (au
lieu de À pour8).
Remarque
2. - Soit Z un processus de carréintégrable;
s’il estprévisible
ou si
D s Zt
est de carré~- ~ ~- ~ ~ intégrable,
alors il est dans le domaineAnnales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiques
de 8. Dans le cas de
l’espace
deWiener,
ces deux conditions sontégalement
suffisantes
([18]),
mais nous ne pouvons pas les regrouper en une seule condition dutype (3).
La
propriété
dereprésentation prévisible
pour le processus de Poisson standard est bien connue; le résultatsuivant, qui
donne une formeexplicite
à cette
représentation pourrait
s’obtenir par des méthodesplus élémentaires,
mais nous le
présentons
ici car c’est uneapplication simple
de la formuled’intégration
parparties.
Enfait,
une démonstration directepourrait
conduireà une autre démonstration du corollaire 5 dans le cas ± = 2014.
COROLLAIRE 6. - Soit 03A9
l’espace
de Poisson standard muni dela filtration 0t
= pour cv E H et pour 0 s t oo, soitwt
la restriction de la mesure cv à[s, t[.
Soit F une variable aléatoireintégrable
et soitoù par convention
Zt(cv)
est nullorsque l’expression
n’est pasintégrable.
Alors Z est
prévisible, s ) ~ est
presquesûrement fini
pour toutt,
etRemarque. -
Surl’espace
deWiener,
la formule dereprésentation prévisible
est bien connue pour les variables F de carréintégrable
telles que DF est de carréintégrable ([ 19]);
cette formule admetquelques
extensions(affaiblissement
des conditionsd’intégrabilité [12], généralisation
auxdistributions
[27]),
mais onignore
la forme de lareprésentation
pour des variablesintégrables générales.
Dans le casqui
nous occupe, si F estborné,
onpeut
vérifier que le processusZt
est laprojection prévisible
duprocessus
DtF.
Une autreexpression
pourZt peut
être obtenue en faisant des variations infinitésimales sur les instants de saut([22], [7]),
mais cetteexpression exige
unerégularité
sur F.Démonstration. - Nous commençons par vérifier
qu’un processus Yt
estprévisible
si et seulement si =Yt (cv° ) ;
pour montrer que la conditionest
nécessaire,
on la vérifie pour les processusqui engendrent
la tribuprévisible,
et on conclut par un théorème de classe monotone; pour montrerqu’elle
estsuffisante,
on remarque que pour tout A ET,
le processus estadapté
et continu àgauche
doncprévisible;
on en déduit que
l’application (t, w) H
est mesurable deR+
x 0muni de la tribu
prévisible
dans le même ensemble muni de la tribu T @.F;
le processus est alorsprévisible
commecomposé
de cetteapplication
et de Y. Enparticulier,
le processusZt
estprévisible.
Montronsmaintenant que
pour presque tout
(t,
soit~
un processusprévisible positif
ounul;
alorsdonc
où on a utilisé dans la dernière
ligne
le corollaire 1 et la I mesurabilité de Y. Enprenant
pour Y les indicatrices des intervalles[0, ~n~,
avecon a
donc Z est presque
partout
fini. Deplus,
estprévisible
donc Imesurable;
on en déduit quecar 1 z 1 Z, donc ; Zs ~ ~ d~ ( s) ~ ]
est presque sûrement fini. D’autrepart,
on sait
qu’il
existe un processusprévisible Ut
tel quefô IUslldÀ(s)1 ]
estpresque sûrement
fini,
etAnnales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiques
Soit
Yt
un processusprévisible
borné dont lesupport
est contenu dans~0, ~n
A~n~, où ~n
a été défini par(5),
etAlors,
enprocédant
comme en(4),
où
Mt
est lamartingale
uniformémentintégrable E[F|Ft]
etNt
estla
martingale
bornée leproduit MtNt
est alors unesemimartingale spéciale, le
crochetprévisible
étant
borné;
lamartingale
localeMt Nt - ~ M, N)t
est donc uniformémentintégrable,
doncCe résultat est valable pour tout n et tout Y
prévisible
borné àsupport
dans[0, (n
A(~], donc,
comme Z et U sontprévisibles,
on en déduitqu’ils
coïncident
J-l-
presquepartout;
comme ils sont Imesurables,
ils coïncident aussi presquepartout,
donc le corollaire se déduit de(6).
DOn remarque que si
Mt désigne
lamartingale E[F|Ft],
alorsZt
=DtMt,
donc
En
fait,
cettepropriété
caractérise lesmartingales
localesparmi
les processuscàdlàg adaptés
à variation localementintégrable.
Cette remarquepermet
de décrire toutes lesmartingales locales;
soitFo
une constante, et pour n >1,
soitFn ( t 1, ... , tn )
une fonction borélienne définiesur {t 1
...tn ~
ettelle que pour presque tout
(ti , ... , tn ) ,
la fonction t ~Fn ( t 1, ... ,
est localement
intégrable;
alors siço
= 0 et~n, n
>1, désignent
lestemps
de saut du processus de
Poisson,
le processusMt
défini sur~~n, par
est une
martingale locale,
et toutes lesmartingales
locales sont obtenuesainsi.
Cependant
un tel résultat est difficile à utiliser pour décrire lesmartingales
localesconvergeant
vers une variableF; lorsque
F estintégrable,
le corollaire 6 fournitparmi
celles-ci lamartingale
uniformémentintégrable.
Vol. 32, n°
3. TRANSFORMATIONS DU
SYSTÈME
DEPARTICULES
Nous allons maintenant étudier diverses transformations du
système
departicules À+
afin de calculer leschangements
de loiqui
en résultent. Dans le cas del’espace
deWiener,
on considère une transformation non linéaire du processus de Wienerqui
consistegénéralement
àajouter
auxtrajectoires
du processus une variable à valeurs dans
l’espace
deCameron-Martin;
sous certaineshypothèses
derégularité,
on essaie alorsd’exprimer
la loi duprocessus
transformé;
cette étude estplus simple lorsque
la transformationest inversible
(voir [28]
pour des cas noninversibles)
etpeut
se ramener au calcul d’un déterminant([18]);
on sait maintenant étudier un certain nombre de cas, parexemple [2], [8].
Dans le cas del’espace
dePoisson,
nous allons
déplacer
desparticules,
enajouter
et enretrancher;
notonsque ce
type
de transformation est assez vite non inversible(par exemple
si on enlève le
premier
saut d’un processus de Poissonstandard);
si on considère le processus de Wiener comme une limite de processus de Poissonlorsque
le nombre departicules
tend versl’infini,
celasignifie
que des transformations non inversibles au niveaumicroscopique (c’est-à-dire
surl’espace
dePoisson), peuvent
devenir inversibles au niveaumacroscopique (c’est-à-dire
surl’espace
deWiener).
Deplus,
les transformations que nousconsidérerons seront en
général
aléatoires. Nous commençons par étudier lecas
simple
où on ne modifie lesystème
departicules qu’en
unpoint;
pourcela,
étudions la transformationqui
pour unpoint t ajoute
uneparticule
ent s’il
n’y en
avait pasdéjà
une, et lasupprime
dans le cas contraire.PROPOSITION 1. - Soit ~
l’application
de T x SZ dans lui-mêmequi
à(t, w) fait correspondre (t,
si = 0 et(t,
sinon. SoitZt
un processus
positif
ou nul.L’image par 4l
de la mesure de densité Z parrapport à +| | est
absolument continue parrapport à | |
de densité Z’(processus défini
au corollaire2).
Démonstration. - Soit
Yt
un processuspositif
ounul;
alorsa
Annales ’ l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiques
Si sur le
système
initial de loiP,
on choisit unpoint t
avec uneloi et si on modifie l’état du
système
en cepoint t,
alorsla
proposition
1implique
que lesystème
transformé a pour densité]
parrapport
à P.Exemple
1. - Considérons uneparticule (,
c’ est-à-dire une variable aléatoire à valeurs dans T etqui
est presque sûrementchargée
par~+;
en
appliquant
laproposition
1 àZt
= obtient une formule dedécomposition qui précise
la loijointe de (
et dusystème
résiduel~~ W
obtenu à
partir
de cv ensupprimant
laparticule (;
enremarquant
queZt
estnul
~c+
presquepartout,
on en déduit que la loi de((, ~~ .)
est absolumentcontinue par
rapport
àJ-l-
de densitéZt
oEt,
c’est-à-direr
En
particulier
la loi dusystème résiduel ~-03B603C9
est absolument continue parrapport
de densitéÀ - {t; (0 ct
=t~, et (
a pour densitéP[(
oct
=t]
par
rapport
à ~- . Onpeut
aussi écrirece
qui
fournit la mesure de PalmDans cet
exemple,
nous avonsappliqué
laproposition
1 pour un processusZt
neprenant
que les valeurs 0 ou 1. Pourinterpréter
le résultatcorrespondant
à des processusZt plus généraux,
il nous faut considérer des variablesaléatoires ( floues,
c’est-à-dire définies sur un espace deprobabilité élargi;
le passage de 03C9 à ou n’est alorsplus
déterminépar le
système 03C9 seul,
mais est donné par uneprobabilité
de transition. SoitZt
une suite de processuspositifs
ou nuls dontl’intégrale
parrapport à ~ ~ ~ ]
est inférieure ou
égale
à1,
et considérons lesopérateurs
défini pour les variables F bornées. Si nous
décomposons À,
nous pouvons écrireVol. 32,n° 4-1996.
Ainsi
-An
est legénérateur
d’une chaîne de Markovinhomogène ( an )
à valeurs dans H décrite
ainsi;
sachant~n ,
on choisit unpoint t
avecdensité
Zt (~n )
parrapport
à~n
+~-;
si aucunpoint
n’est choisi onprend
~ +1 = ~n ;
sinon on poseLa
proposition
1permet
de décrire l’évolution de la loi de~n .
COROLLAIRE 7. -
Supposons
que~ô
est de densitéLo
parrapport
à~;
alors la densité
Ln
de~n
est donnée par laformule
de récurrenceDémonstration. - Soit
(Q, 0, P)
un espace deprobabilité
surlequel
ondéfinit
Àj.
On adonc la restriction de la loi
de ~ +1
à~~ +1
=~n ~
a pour densitéConsidérons maintenant la restriction à
~~ +1 ~ ~n ~; soit (
lepoint
deT où la
particule
estajoutée
ouenlevée;
alors la loi de(~, ~n )
est dedensité par
rapport à ~c (,
doncd’après
laproposition 1,
la loi de(~, ~ +1)
est de densité donc enprojetant
sur0,
la loi de restreinte est de densitéOn en déduit
Ln+1
= + ~Exemple
2. - Si h est une fonction mesurablepositive
et~- intégrable
sur
T,
onpeut prendre
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiques
Il
s’agit
d’unéchantillonnage
desparticules
avecpondération
donnée par h et danslequel
on retire lesparticules
tirées au fur et à mesure. Dans cecas, la densité de
an
satisfait la relation de récurrencece
qui permet
de retrouver le résultat du corollaire 4.3 de[20].
Exemple
3. - Considérons un processus de Poisson sur un intervalleborné,
soit T =[0, 1],
À-est unmultiple
de la mesure deLebesgue,
et0t
= prenonsLo
=1, soit,
=1 /N
> 0 et supposons quepour un processus
adapté positif
ou nulborné Yt
telque Yt
1+
presque partout, et
Alors en
appliquant
le corollaire7,
la densitéLn
est donnée parLorsque,
tend vers0,
la densitéLN
converge en moyenne versl’exponentielle stochastique de - soit
Quant
à la chaine de Markov~~ ,
elle converge vers le processus de Markov~t
décritainsi; ~t
est un processus de saut pur dont la condition initialeô
est de loiP;
entre deuxparticules
dusystème
initial onajoute
à l’ instant t une
particule
en t avec intensité et uneparticule présente
en t sur lesystème
initial est retirée à l’ instant t avecprobabilité
Yt ( ~t ) . Alors À)
est de densitéL,
cequi correspond
au résultatclassique
de
changement
d’intensité si on remarque quet~ )
est un processusponctuel
d’intensité 1 -DtYt .
Lagénéralisation
de cette transformation au casoù Yt
n’estplus adapté correspond
auproblème
de Girsanovanticipant
Vol.
de
[8],
et sembledélicate;
nous l’aborderons ci-dessous(exemple 7)
parune autre méthode.
Décrivons maintenant la transformation de 0 dans
laquelle
nousajoutons
et
supprimons
simultanémentplusieurs particules.
Pour k >1,
considéronsTk
et soitAk
la réunion deshyperplans diagonaux,
c’est-à-dire l’ensemble desk-uplets
dont deuxcomposantes
au moins sontégales;
on poseSk(T)
=Tk B Ak, So(T) = ~~ ~,
et soitS(T )
la réuniondisjointe
desS k (T),
c’est-à-dire l’ensemble des suites finies d’éléments distincts de T.D’autre
part
soitPk(T)
l’ensemble desparties
à k éléments de T et soitP(T)
la réunion desPk(T),
c’est-à-dire l’ensemble desparties
finies deT ;
il existe uneprojection
naturelle ~r~ deSk (T)
surPk(T).
Si m est unemesure sur
T,
onpeut
considérer la mesureproduit
surT ~,
où par convention est la masse de Dirac en0;
onpeut
alors considérer la restriction de àSk (T)
et obtenir ainsi une mesure surS(T )
que nous noterons encore m, soitpour T =
(ti, ... , tk).
On en déduit une mesure surP (T ),
que nousnoterons encore m, et
qui
est définie surchaque Pk (T)
parEn
appliquant
ceprocédé
à~~~,
on obtient une mesure aléatoire~~~ 1
surP(T),
et on considère surP(T)
03A9 la mesureCette mesure est définie par
ou, si on met un ordre total sur
T,
parCette mesure nous servira de mesure de référence
comme ~c ~
dans laproposition
1. Les transformations de Q que nous allons étudier sont lesapplications ~(A),
A EP (T ),
de 03A9 dans lui-mêmequi
modifient l’état despoints
deA,
c’est-à-direAnnales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiques
pour A =
~tl, ... , t~~
et oùa(t, w)
est + sic~(~t~)
= 1 et est -sinon;
par
convention ~ ( ~ )
est l’ identité.PROPOSITION 2. - Soit
ZA,
A EP(T)
un processuspositif
ou nul indexépar les
parties finies
deT;
on considère alors le processusZÂ défini
parZÂ
=ZA
o~(A).
D’autre part, soit ~l’application
deP(T)
x SZ danslui-même
définie
par, i B , i l
Alors
l’image par 03A6
de la mesure de densité Z parrapport
à v est absolument continue par rapport à v de densité Z’.Démonstration. - Il nous faut montrer que pour tout
G ( A, w )
mesurablepositif,
on aIl suffit de considérer des fonctions G à
support
dans unPk(T)
x S2. Sia~ est une suite à valeurs dans
{-, +}
et pour T =(ti , ... , tk)
ES k (T) ,
nous utiliserons les notations
Alors
d’où
en utilisant le corollaire 3 pour passer de la deuxième à la troisième
ligne
et où on
rappelle
que ~r est laprojection
deS(T)
surP(T).
DComme dans la
proposition 1,
si on choisit un ensemble A avec loiZAldÀ(A)1 ]
alors lesystème
transformé a pour densitéRemarque. -
Dans la transformation~(A),
on modifiesimultanément
l’état de tous lespoints
deA;
il est souventplus
commode d’introduire unordre entre ces
points;
on considère alors un processusZr
indexé parS (T )
et on pose
Zr
=Zr
o~(~r(T));
dans ce cas, si onprend
alors
ZÂ
est obtenu àpartir
deZT
par le mêmeprocédé (voir exemple
5ci-dessous).
Exemple
4. - Soient~l ~ (2
deuxparticules qu’on
veutsupprimer;
la loidu
système
résiduelaprès
la transformation~{~1,~21
est obtenue enprenant
pour
ZA
la fonction indicatrice de l’événement~A = ~ ~l , ~2 ~ ~;
alorsdonc le
système
résiduel est de densitéExemple
5. -Soit (
uneparticule qu’on déplace
en unpoint
t choisiavec loi
f((, t) dÀ - ( t ).
Dans ce cas,ZA
est nul sauf si A est de cardinal2,
et alors
ZA
est obtenu par(7)
àpartir
depour T =
( s, t) .
On en déduit quedonc le
système
transformé a pour densitéExemple
6. - Nous désirons maintenantdéplacer
uneparticule (
en unpoint (’
= t choisi avec loiK((, dt)
pour un noyauK(s, dt)
que nousAnnales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiques