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Collection dirigée par Jean-Marie CARPENTIER

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Academic year: 2022

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Collection dirigée par Jean-Marie CARPENTIER

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LES MALFAISANTS

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DÉJÀ PARUS dans cette collection :

A PARAÎTRE :

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FRED NORO

LES MALFAISANTS

Collection « Polar 50 »

6, rue Garancière — Paris VI

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Édition originale parue dans la collection Spécial-Police sous le numéro 639.

La loi du 11 mars 1957 n'autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l'Article 41, d'une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, toute représentation ou reproduction inté- grale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (alinéa 1 de l'Article 40).

Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les Articles 425 et suivants du Code pénal.

© 1968, « Éditions Fleuve Noir », Paris.

Reproduction et traduction, même partielles, inter- dites. Tous droits réservés pour tous pays, y compris

l'U.R.S.S. et les pays scandinaves.

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PARIS

CHAPITRE PREMIER

Il était un peu plus de huit heures du soir.

Mais ç'aurait tout aussi bien pu être le milieu de la nuit. La rue s'étirait, étroite et déserte, dans une semi-obscurité brumeuse qui mettait des halos jaunâtres autour des réverbères.

Tob se tenait dans le trou d'ombre formé par un léger décrochement du mur entre deux immeubles. Des immeubles bourgeois en grosse pierre de taille, massifs, lourds et laids, comme on les aimait à la fin du siècle dernier.

Un bref coup de vent remonta la rue. Tob enfonça davantage ses mains dans les poches de son imperméable. Il commençait à avoir froid. De l'avenue du Roule arrivait le ronflement étouffé de la circulation.

Tob s'adossa au mur et sortit son paquet de Gitanes. Il allait en tirer une cigarette lorsque la Cadillac tourna l'angle de la rue, dans un léger chuintement de pneus sur l'asphalte humide.

Lentement, Tob remit le paquet dans sa poche. La voiture s'immobilisa à une dizaine de mètres de lui. Le chauffeur descendit et alla ouvrir la portière arrière.

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Dans sa poche, Tob referma très fort la main sur la crosse du Colt .45.

Dino fut le premier à sortir de la voiture.

Grand, large, le corps cependant un rien plus lourd qu'autrefois. Les inconvénients de la prospérité, sans doute. Trop de bons repas, et pas assez d'exercice.

La blonde descendit à son tour de la Cadillac.

Elle portait un vison pastel. Du col émergeait son petit visage triangulaire étonnant de beauté, que Tob connaissait bien maintenant.

La première fois, cette pureté de traits l'avait d'autant plus frappé que c'était Lia qu'il s'atten- dait à découvrir au bras de Dino.

Il suivit des yeux le couple qui marchait vers la porte cochère. La tête de Dino tourna. Il regarda vers le haut, puis vers le bas de la rue.

Une poussée de satisfaction dilata la poitrine de Tob. Il ne s'était pas trompé. La veille, Dino l'avait vu. Ou plutôt cru le voir. Ça s'était passé si vite que Dino ne devait pas, qu'il ne pouvait pas en être sûr. Seulement, l'inquiétude commençait malgré tout à le grignoter. Et c'était très bien ainsi. Tob voulait que Dino sache pourquoi il mourrait. Et aussi qu'il voie venir la mort. Sans quoi, où aurait été la satisfaction ?

Pendant quatre ans, Tob avait rêvé, caressé, chouchouté la mort de Dino. Il y avait pensé le jour et la nuit. Au réfectoire de la prison, à l'atelier, pendant la promenade quotidienne, toujours, tout le temps. Sans espoir, parce qu'il était condamné à perpétuité. Mais ça l'aidait à vivre, d'imaginer mille manières différentes,

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lentes et atroces, de faire crever Dino. Ça l'apaisait.

Et puis il y avait eu le miracle...

Le couple était entré dans l'immeuble, et le chauffeur avait repris place au volant. La voi- ture démarra avec un doux ronronnement de moteur.

Tob leva les yeux vers les fenêtres de l'appar- tement de Dino.

Avec une légère secousse, l'ascenseur commença à s'élever. Dino regardait attentive- ment Céline. Il la redécouvrait, jolie à couper le souffle, avec ses grands yeux noisette tendres et naïfs. « Curieux comme certaines circonstances redonnent du prix aux choses... », songea-t-il.

Lorsqu'il la prit dans ses bras, elle eut un imperceptible mouvement de surprise, puis se laissa aller.

L'ascenseur s'arrêta dans une brève vibra- tion. Ils se séparèrent. Céline fixait Dino avec curiosité. « Evidemment... », se dit-il. Ça fai- sait des mois qu'il ne l'avait plus embrassée ainsi, sauf dans leur chambre. Elle devait se poser des questions. Il lui sourit.

— On devrait s'embrasser plus souvent dans les ascenseurs.

Elle ne fut pas dupe. Depuis la veille, elle le sentait bizarre. Quelque chose se passait... Elle répondit néanmoins sur le même ton :

— Les psychanalystes ne se sont peut-être

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pas assez intéressés au symbolisme érotique des ascenseurs.

Ce fut seulement en traversant le palier qu'elle demanda :

— Quelque chose ne va pas ? Il essaya de plaisanter :

— C'est ce que tu conclus lorsque je t'em- brasse en dehors des heures normales ?

Elle n'insista pas. Elle savait que ce serait inutile. Dino ne se confiait que quand il le voulait bien.

Il ouvrit la porte de l'appartement avec ses clés. L'instant suivant, Jean surgissait du cou- loir menant à l'office.

Jean était le valet de chambre-maître d'hôtel.

Il était petit, mince, fluet et effacé. Cet être falot se trouvait marié à une femme éléphant jaugeant près du quintal, cuisinière d'élite, qui régnait avec une égale tendresse sur les four- neaux de la maison et sur son pâle époux. La nurse, anglaise comme il se devait, complétait le personnel.

Jean prit le manteau de Céline, puis celui de Dino.

— Personne n'a téléphoné ? demanda Dino.

— Personne, Monsieur, répondit Jean.

— Je vais voir Christine, dit Céline.

Dino approuva d'un hochement de tête et marcha vers le salon. Il se sentait anxieux, et ça l'énervait. Tout ça pourquoi ? Pour qui?...

Pour Tobie Tartas ! Tobie Tartas !...

Il entra dans le salon et se dirigea vers le petit bar roulant.

Dans la journée, il avait téléphoné à un journal de Rio. Là, un rédacteur lui avait

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aimablement raconté toute l'histoire de la libé- ration de Tobie Tartas. Donc, l'homme qu'il avait entr'aperçu la veille au soir, en rentrant, pouvait bien être Tob. C'était même très certai- nement lui. Inutile de se raconter des histoires de ressemblance. Tob était là, à le guetter...

Il se versa un William Lawson's. Une petite boule douloureuse s'était formée dans sa gorge.

Il avala une grande rasade de scotch, puis dents serrées tenta de réagir. D'abord, que pouvait Tob? Légalement, évidemment rien.

Quant au reste... Tout dépendait de son état d'esprit.

Que voulait-il ? De l'argent?... Il aurait essayé d'entrer en contact. Peut-être allait-il encore le faire. Sinon... Sinon ça ne pouvait signifier qu'une seule chose... Dans la gorge de Dino, la boule grossit dans une sorte de spasme.

Non, c'était idiot, Tob avait toujours eu horreur de la violence et du sang... Mais quatre ans de prison peuvent transformer un homme.

Les yeux de Dino coururent autour de la pièce, glissant sur le mobilier Louis XVI, les murs gris, les tableaux, la tapisserie au-dessus de la console. Luxe, calme et beauté. En être enfin arrivé là, et...

Son regard s'arrêta sur la fenêtre. Il reposa son verre et se mit en mouvement. Dans sa gorge, la boule persistait.

« Je ne vais quand même pas avoir peur... », se dit-il. Il en avait vu d'autres... et de sévères.

Peut-être que la sécurité bourgeoise, l'argent, le confort, l'avaient ramolli. Il haussa les épaules, agacé. Mais la boule était toujours là.

Il atteignit la fenêtre et écarta le rideau. En

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bas, la rue s'allongeait, déserte et blafarde, coupée de trous d'ombre entre les réverbères.

Cette absence de vie était à la fois rassurante, et un rien angoissante.

Où pouvait être Tob en ce moment ? Que faisait-il ? A quoi pensait-il ?

De l'autre côté de la rue, quelque chose bougea. Dino se pencha en avant. Son front heurta la vitre.

Une silhouette d'homme venait d'apparaître, sortant il ne savait d'où. Une silhouette longue et mince, vêtue d'un imperméable informe. Elle remontait lentement la rue. Dans un instant, elle allait passer juste sous le réverbère face à la fenêtre. Mais Dino n'avait pas besoin de la lumière. Il savait déjà que c'était Tob.

Sa main se crispa sur le rideau. L'homme arriva sous le réverbère, s'arrêta et leva la tête.

C'était bien Tob. Aucun doute possible. Les traits un peu plus creusés, mais avec le même visage anguleux au front très haut, sur lequel retombait la même mèche de cheveux qu'autre- fois.

Des pensées décousues traversaient le crâne de Dino. Quel âge avait Tob maintenant ? Vingt-neuf, trente ans ?

L'autre regardait toujours vers lui. Dino ne voyait pas réellement ses yeux, mangés par l'ombre des arcades sourcilières. Il les devinait cependant. Gris, glauques, fixes.

Une brusque onde de colère le traversa. Il n'allait pas se laisser effrayer aussi bêtement...

Il tendit la main pour ouvrir la fenêtre. Au même moment, Tob se remit en marche.

Dino voulut tourner la crémone, elle résista

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un instant, puis céda, Dino tira à lui, et la fenêtre s'ouvrit. Il se pencha sur la barre d'appui. Mais trop tard. En bas, la silhouette venait de tourner l'angle de la rue.

L'air frais fit frissonner Dino. Dans son dos, il y eut un bruit. Il se retourna. Céline venait d'entrer, tenant Christine dans ses bras.

Christine, c'était à trois ans une petite chose blonde et rose, dotée de deux immenses yeux bleus habités par un perpétuel émerveillement. Parfois, Dino se demandait comment il avait pu contribuer à créer cette merveille de fragile beauté. Bien sûr, il y avait eu la participation sans doute essentielle de Céline. Quand même...

Dans le regard de Céline, il y avait une surprise inquiète. — Tu as chaud ? demanda-t-elle.

— Non, je regardais quelque chose...

Il referma lentement la fenêtre. En bas, la

rue était parfaitement déserte. Dans sa gorge,

la boule avait pris une consistance spongieuse.

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CHAPITRE II

Tob passa le seuil et s'arrêta. La salle du restaurant était assez grande, et donnait dans le classique décor pseudo-rustique : poutres du plafond apparentes, grosse cheminée dans le fond et plats accrochés aux murs, le tout baignant dans le bruissement confus des conver- sations et le cliquetis des couverts. La clientèle était cossue, et les prix devaient être élevés.

Un maître d'hôtel surgit près de Tob. Son regard glissa sur l'imperméable douteux et chiffonné.

— Je regrette, monsieur, émit-il du bout des lèvres, toutes les tables sont prises ou retenues.

— C'est sans importance, rétorqua Tob. Je viens voir Charlie Cassal.

Surpris, l'autre jaugea une nouvelle fois Tob de l'œil, puis, un rien moins distant mais néanmoins prudent, il avança :

— Je ne sais pas si M. Cassai est là. C'est de la part ?... — De...

Tob s'arrêta en apercevant Charlie, sanglé dans un impeccable et sévère costume sombre,

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qui venait de passer la porte battante menant apparemment aux cuisines. Charlie aussi l'avait vu. L'étonnement l'im- mobilisa une seconde, puis aussitôt il se remit en mouvement à grands pas précipités vers Tob.

Il faillit percuter un garçon qui passait avec un plateau surchargé de vaisselle. Au dernier instant, le serveur évita la collision d'un artisti- que effacement du buste.

Tob n'avait pas bougé. Les mains dans les poches de son imperméable, il se laissait enva- hir par le flot de souvenirs que faisait lever en lui le visage rond de Charlie, planté de son sacré petit bout de nez ridicule : le bistrot de la rue des Solitaires, les pokers, les filles, les copains...

Charlie s'arrêta devant lui, l'attrapa par les épaules et souffla :

— Bon sang, c'est bien toi !

Il en chevrotait légèrement d'émotion.

Le maître d'hôtel eut un dernier coup d'oeil, lourd de réprobation, pour l'imperméable de Tob, et s'éloigna. Un rire de femme arriva d'une table proche.

— Tu n'as pas changé, dit Tob.

— Toi, par contre..., fit Charlie.

Il lui lâcha les épaules et le prit par le bras.

— Viens.

Tob se laissa guider le long de la desserte à hors-d'œuvre jusqu'à une petite table logée à l'écart des autres, dans un renfoncement.

— Enlève ton imper, dit Charlie.

Tob se débarrassa du trench-coat, dévoilant son costume gris, informe et lustré. Il déposa l'imperméable sur une chaise et s'assit.

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Charlie s'installa face à lui, l'air heureux et ému. Ça lui donnait quelque chose de fébrile dans les gestes.

— Sacré nom d'un chien ! fit-il, si je m'atten- dais... On m'avait dit que tu t'étais chopé la perpétuité au Brésil.

— Ça s'est arrangé.

— Comment ça ?

Tob fixa distraitement la salle par-dessus l'épaule de Charlie, et expliqua :

— Le mec qui avait fait le coup avait de la réligion. Au moment de claquer, le prêtre lui a refusé l'absolution s'il ne racontait pas la vérité aux flics. Alors, il a parlé.

— Tu n'étais vraiment pas coupable?...

s'effara Charlie.

Tob cessa de regarder le ballet des garçons entre les tables pour revenir sur Charlie, et répondit d'un ton neutre :

— Non, je n'étais vraiment pas coupable.

Un temps, puis :

— Qui t'a parlé de ma condamnation ?

— Dino.

Tob s'y attendait, mais ça lui fit quand même un petit choc au creux de la poitrine.

C'était Charlie qui lui avait présenté Dino...

Il y avait presque six ans maintenant. Un jour à marquer d'une pierre noire.

— Dino avait l'air très secoué par ce qui t'était arrivé, dit encore Charlie.

Un sourire plissa la bouche de Tob. Un sourire froid, vaguement inquiétant, qui ne montait pas jusqu'aux yeux.

— J'ai dit quelque chose d'amusant? émit Charlie.

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— C'est à cause de Dino que j'ai été condamné, expliqua doucement Tob. — Hein ? sursauta l'autre.

Toujours aussi doucement, Tob compléta :

— Et par la même occasion, il m'a également refait de deux cent cinquante briques. Il se laissa aller contre le dossier de sa chaise et conclut :

— On peut aussi manger, chez toi ? Charlie mit un instant à pouvoir s'extraire :

— Oui... bien sûr. Excuse-moi...

Il leva la main, et le maître d'hôtel arriva au petit trot.

La mise au point du menu prit trois ou quatre minutes, puis le maître d'hôtel repartit, accom- pagné par le dernier ordre de Charlie :

— Faites-nous apporter deux Martini blancs.

Puis, pour Tob :

— T'aimes toujours ça ?

— Toujours. Silence. Charlie examinait attentivement Tob. Ce qui le frappait le plus, c'était la manière dont ses traits s'étaient creusés, dur- cis... Il avait du mal à retrouver le Tob d'autre- fois. Le Tob chaleureux...

— Il y a longtemps que tu es revenu ? demanda-t-il.

— Trois jours que je suis à Paris.

Charlie se passa la langue sur les lèvres, puis se décida à demander :

— Tu as revu Dino ?

— De loin seulement.

Il avait prononcé ça d'une voix contenue, entre ses dents, comme pour se retenir de

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cracher. Un petit frisson escalada le dos de Charlie. Il changea de sujet :

— Curieux, quand même, que les journaux français n'aient pas parlé de ton histoire. Une erreur judiciaire...

Avec une sorte de lassitude, Tob répliqua :

— Là-bas non plus, on n'en a pas beaucoup parlé. On a plus ou moins étouffé l'affaire. Et comme je ne tenais pas à la publicité...

Dans la salle, des gens ayant fini de dîner se levaient et partaient, d'autres arrivaient. La vie, banale et routinière.

— C'est coquet, ta taule, et ça a l'air de bien marcher, prononça Tob.

— J'ai pas à me plaindre. Au début, ça a été dur, mais maintenant ça tourne rond.

— Une sacrée différence avec le troquet de ton oncle.

— Oui... C'est un peu grâce à lui que j'ai pu ouvrir ici. Tu sais qu'il est mort?

— Oui. C'est rue des Solitaires qu'on m'a donné ton adresse.

Charlie hocha la tête.

— J'étais son héritier.

Un garçon arriva avec les deux Martini, les déposa sur la table et repartit vers ses œuvres.

— C'est un peu pour une question de pognon que je suis venu te voir, dit Tob.

Le regard de Charlie pesa sur les revers fripés du costume gris, et il demanda : — Tu as besoin de fric ?

— Oui.

— S'il ne s'agit pas de millions...

— Une centaine de mille francs, anciens bien

sûr, m'arrangerait.

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Pendant quatre ans, Tob avait rêvé, caressé, chouchouté la mort

de Dino. Il y avait pensé le jour et la nuit... Ça l'aidait à vivre, d'ima-

giner mille manières différentes, lentes et atroces, de faire crever

Dino. Ça l'apaisait.

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