SYSTEMES LINEAIRES
P. Pansu September 13, 2004
1 Motivation
On rencontre des syst`emes lin´eaires `a la fois dans la vie courante et dans des probl`emes pos´es par les sciences.
2 Objectif
Savoir r´esoudre (i.e. d´ecrire l’ensemble des solutions) `a la main un syst`eme lin´eaire de petite taille.
Savoir conduire une discussion lorsque le syst`eme d´epend d’un param`etre.
Savoir interpr´eter g´eom´etriquement les r´esultats obtenus.
3 G´ en´ eralit´ es
a. D´efinition : syst`eme lin´eaire
Une ´equation lin´eaire `aninconnues s’´ecrit
a1x1+a2x2+· · ·+anxn=b
o`u a1, . . . , an sont les coefficients de l’´equation, b est le second membre, x1, . . . , xn d´esignent les inconnues.
b. Exemple
L’´equationy= 2x−1 repr´esente une droite affine dans le plan. C’est une ´equation lin´eaire `a deux inconnues, car on peut l’´ecrire
2x1−x2=−1
o`u on a simplement chang´e les noms des inconnues : x=x1 ety=x2. c. Exemple
L’´equationx+ 2y−3z= 2 repr´esente un plan affine dans l’espace. C’est une ´equation lin´eaire
`
a trois inconnues.
d. D´efinition: syst`eme lin´eaire (suite)
Un syst`eme lin´eaire de p ´equations `a n inconnues consiste `a se donner p ´equations lin´eaires ayant les mˆemes inconnuesx1, . . . , xn. On range les coefficients desp´equations dans un tableau rectangulaire `a p lignes et n colonnes appel´e matrice du syst`eme, et les second membre en une colonne appel´eesecond membredu syst`eme. Le syst`eme de matriceAet de second membreBpeut s’´ecrire symboliquementAX=B o`uX d´esigne la colonne des inconnuesX=
x1
... xn
.
e. Exemple
Chercher l’intersection des droites affinesD d’´equationy= 2x−1 etD0 d’´equationy=−x+ 2 revient `a r´esoudre le syst`eme lin´eaire
2x−y = 1 x+y = 2 . La matrice du syst`eme est
2 −1
1 1
et le second membre 1
2
. f. Exemple
Chercher l’intersection des plans affinesPd’´equationx+2y−3z= 2 etP0d’´equation 2x−y+z= 3 revient `a r´esoudre le syst`eme lin´eaire
x+ 2y−3z = 2 x+y+z = 3 . La matrice du syst`eme est
1 2 −3
1 1 1
et le second membre 2
3
. g. D´efinition: syst`eme lin´eaire (suite et fin)
Unesolutiond’un syst`eme dep´equations `a ninconnues, c’est unn-uplet (x1, . . . , xn) de nom- bres qui satisfont simultan´ement lesp´equations du syst`eme. R´esoudrele syst`eme, c’est d´eterminer l’ensemble de toutes ses solutions, un sous-ensemble de Rn. Deux syst`emes lin´eaires sont dits
´equivalentss’ils poss`edent les mˆemes solutions.
h. Exemple Le syst`eme
2x−y = 1 x+y = 2
poss`ede une unique solution (1,1). C’est le point d’intersection des droitresD etD0. Le syst`eme x+ 2y−3z = 2
x+y+z = 3 .
poss`ede une infinit´e de solutions. En effet, l’intersection des plansP et P0 est une droite affine, qui poss`ede une infinit´e de points. On d´ecrit une droite affine de fa¸con param´etrique. Dans une droite affine, il y a exactement une direction pour se d´eplacer, un “degr´e de libert´e”. La droite est balay´ee par un point d´ependant d’un param`etreλ. Ici, les solutions sont les points de la forme
x = 4−5λ y = −1 + 4λ
z = λ
,
o`uλd´ecritR.
4 Sous-espaces vectoriels et affines
a. D´efinition : sous-espace vectoriel
Un sous-ensembleE deRn est unsous-espace vectoriels’il est stable par combinaison lin´eaire, i.e. si pour tousv,v0∈E et λ,λ0 ∈R, le vecteurλv+λ0v0 est encore dansE.
b. Exemple
Une droite passant par l’origine dans le plan ou l’espace est un sous-espace vectoriel.
c. Exemplefondamental
L’ensemble des solutions d’un syst`eme lin´eairehomog`ene, i.e. dont le second membre est nul, est un sous-espace vectoriel.
On cherche maintenant `a d´efinir le “nombre de degr´es de libert´e” dans un espace vectoriel, i.e.
le nombre de param`etres dont d´epend un ´el´ement du sous-espace. Unerepr´esentation param´etrique d’un sous-espace vectorielE deRn prend la forme suivante : v1, . . . , vd sont des vecteurs de E.
Un vecteurv est dans Esi et seulement si il existe des nombresλ1, . . . , λd uniques tels que v=λ1v1+· · ·+λdvd.
d. D´efinition: base
Une famille (v1, . . . , vd) de vecteurs d’un sous-espace vectorielEest unebasedeEsi tout vecteur vposs`ede une ´ecriture unique v=λ1v1+· · ·+λdvd comme combinaison lin´eaire dev1, . . . , vd.
e. Exemple
Consid´erons la droite D d’´equation y = 2x dans le plan R2. C’est un sous-espace vectoriel.
Soitv1 = (1,2). On remarque que tout vecteur v de D s’´ecrit de mani`ere unique v = (x, y) = (x,2x) =x(1,2) =xv1. Par cons´equent,v1 est une base deD.
Th´eor`eme 1 Tout sous-espace vectoriel E de Rn admet une base. Le nombre d’´el´ements de la base est le mˆeme pour toutes les bases.
f. D´efinition : dimension
La dimension d’un sous-espace vectoriel E de Rn est le nombre d’´el´ements d’une base de E.
Par convention, la dimension du sous-espace vectoriel {0} vaut 0. Un sous-espace vectoriel de dimension 1 s’appelle unedroite vectorielle. Un sous-espace vectoriel de dimension 2 s’appelle un plan vectoriel. Un sous-espace vectoriel de dimensionn−1 s’appelle unhyperplan vectoriel.
g. Propri´et´es de la dimension
Proposition 1 SoientE etF deux sous-espaces vectoriels deRn. Si Eest contenu dansF (not´e E⊂F), alors dimE ≤dimF, et l’´egalit´e n’a lieu que siE=F.
h. Moralit´e
D´ecrire un sous-espace vectoriel, c’est en donner une base. Etant donn´e un syst`eme lin´eaire homog`ene (S), `a la question “d´eterminer les solutions de (S)”, la r´eponse consiste `a calculer une base de l’espace des solutions.
i. Exemple
Consid´erons le syst`eme homog`ene
x+ 2y−3z = 0 x+y+z = 0 .
En ´eliminantxentre les deux ´equations, on arrive au syst`eme ´equivalent x+ 2y−3z = 0
y−4z = 0 , puis `a
x = −5z
y = 4z .
Autrement dit, toute solution du syst`eme s’´ecrit uniquement v = (x, y, z) = (−5z,4z, z) = z(−5,4,1), donc l’ensemble des solutions est le sous-espace vectoriel de basev1= (−5,4,1).
j. D´efinition : sous-espace affine
SoitE un sous-espace vectoriel de Rn, etv0 ∈Rn. Lesous-espace affine F passant parv0 et de directionE est l’ensemble des vecteurs de la formev0+v o`uv d´ecritE. Sa dimension est celle deE, par d´efinition. Les points {v}sont des sous-espaces affines de dimension 0. On peut parler dedroites, planset hyperplans affines.
k. Exemple
La droite affine d’´equation y = 2x−1 dans le plan R2 est le sous-espace affine passant par v0= (0,−1) et dont la direction est la droite vectorielle de basev1= (1,2).
Th´eor`eme 2 Soit(S)un syst`eme lin´eaire,(H)le syst`eme homog`ene associ´e (mˆeme matrice, mais second membre nul). Soitv0 une solution particuli`ere de(S). Alors l’ensembleS des solutions de (S) est le sous-espace affine passant parv0 et de direction l’ensemble E des solutions de(H).
Si(v1, . . . , vd)est une base deE, l’ensemble S admet la repr´esentation param´etrique suivante S={v0+λ1v1+· · ·+λdvd ; λ1, . . . , λd∈R}.
Preuve. Sivest solution de (S), alorsv0est solution de (S) si et seulement siv0−vest solution de (H).
l. Moralit´e
Soit (S) un syst`eme lin´eaire. A la question “d´eterminer les solutions de (S)”, la r´eponse consiste
`
a donner une solution particuli`ere et une base de l’ensemble des solutions du syst`eme homog`ene associ´e.
5 Syst` emes ´ echelonn´ es
Ce sont les syst`emes pour lesquels la dimension de l’ensemble des solutions saute aux yeux.
a. D´efinition : syst`eme triangulaire
Un syst`eme lin´eaire est triangulaire s’il a autant d’inconnues que d’´equations et si tous les coefficients de sa matrice situ´es au-dessous de la diagonale sont nuls.
b. Exemple Le syst`eme
x+ 2y−z = 4
3y−z = −1
−2z = 1
est triangulaire. Ses coefficients diagonaux 1, 3 et−2 sont non nuls. On voit `a vue d’oeil que ce syst`eme poss`ede une et une seule solution. En effet, la derni`ere ´equation d´etermine uniquementz, puis la deuxi`eme donney, et la premi`ere donnex.
Th´eor`eme 3 Soit A une matrice triangulaire `a coefficients diagonaux non nuls. Il existe une matrice triangulaire not´eeA−1telle que, pour tout second membreB, l’unique solution du syst`eme AX=B soitX =A−1B.
c. D´efinition: syst`eme ´echelonn´e
Un syst`eme lin´eaire est ´echelonn´e si sa matrice est form´ee d’une matrice triangulaire `a co- efficients diagonaux non nuls, `a laquelle on a ajout´e des colonnes (quelconques), puis des lignes identiquement nulles. La taille du sous-syst`eme triangulaire s’appelle lerangdu syst`eme.
d. Exemple Le syst`eme
x+ 2y−3z = 3
y−4z = −1
0 = 1
est ´echelonn´e, de rang 2. Il ne poss`ede pas de solution, puisque la derni`ere ´equation n’est jamais satisfaite.
Th´eor`eme 4 Soit(S) un syst`eme lin´eaire de p´equations `a n inconnues. On suppose(S)´eche- lonn´e, de rangq. Alors(S) poss`ede des solutions (on dit que (S)est compatible) si et seulement si lesp−q derni`eres composantes du second membre sont nulles. Si c’est le cas, alors l’ensemble des solutions de(S)est un sous-espace affine deRn de dimension n−q. On obtient une solution particuli`erev0en imposant que lesn−qderni`eres inconnues soient nulles et en r´esolvant le syst`eme triangulaire obtenu. On obtient une base de l’ensemble des solutions du syst`eme homog`ene associ´e (H)en ajoutant `a(H)des ´equations qui expriment que lesn−qderni`eres inconnues sont nulles sauf une qui vaut1et en r´esolvant le syst`eme triangulaire homog`ene obtenu.
Preuve. La condition de compatibilit´e est ´evidemment n´ecessaire. Supposons la satisfaite. On peut donc oublier lesp−qderni`eres ´equations, qui s’´ecrivent 0 = 0.
Ajoutons les ´equations xq+1 = 0, . . . , xn = 0. On obtient un syst`eme de n ´equations `a n inconnues, triangulaire `a coefficients diagonaux non nuls. Il poss`ede une unique solutionv0. C’est une solution particuli`ere de (S).
Consid´erons le syst`eme homog`ene (H) associ´e `a (S). Etant donn´es des nombres λq+1, . . . , λn, ajoutons les ´equations xq+1 = λq+1, . . . , xn = λn. On obtient un syst`eme de n ´equations `a n inconnues, triangulaire `a coefficients diagonaux non nuls, not´eA0X =B0. Il poss`ede une unique solutionX =A0−1B0. Pouri=q+ 1, . . . , n, soitBila colonne dont seule lai-`eme composante est non nulle est vaut 1. Le vecteurvi sugg´er´e par l’´enonc´e estvi=A0−1Bi. Soitv= (x1, . . . , xn) une solution deH. Alors
A0v= (0, . . . ,0, xq+1, . . . , xn) =xq+1Bq+1+· · ·+xnBn
donc
v=A0−1(xq+1Bq+1+· · ·+xnBn) =xq+1vq+1+· · ·+xnvn
et cette ´ecriture est unique. Par cons´equent, (vq+1, . . . , vn) est une base de l’espace des solutions de (H).
e. Exercice
Suivant la valeur du param`etre r´eel a, d´eterminer le rang, d´ecider si l’ensemble des solutions du syst`eme (Sa) ci-dessous est non vide, et lorsque que c’est le cas, donner sa dimension.
(Sa)
x+ 2y−3z = 3 (1−a)y−z = −1
az = a(a−1) f. Solution
Le syst`eme (Sa) est triangulaire. Si aest distinct de 0 et de 1, les coefficients diagonaux sont non nuls, donc le rang est 3 et le syst`eme (Sa) poss`ede une solution unique.
Sia= 0, le syst`eme (S0) est ´echelonn´e de rang 2. La derni`ere ´equation, 0 = 0, est compatible, donc (S0) poss`ede des solutions. D’apr`es le th´eor`eme 4, l’ensemble des solutions de (S0) est de dimension 1, c’est une droite affine.
Si a = 1, le syst`eme (S1) n’est pas ´echelonn´e. N´eanmoins, il suffit de changer l’ordre des inconnues et d’ajouter la deuxi`eme ligne `a la derni`ere pour obtenir un syst`eme ´echelonn´e ´equivalent
` a (S1),
x−3z+ 2y = 3
−z = −1
0 = 1
.
Ce syst`eme n’a pas de solution, car la derni`ere ligne est incompatible, donc (S1) n’a pas de solution.
6 M´ ethode du pivot de Gauss
La m´ethode employ´ee pour r´esoudre un syst`eme lin´eaire quelconque consiste `a le transformer en un syst`eme ´equivalent de plus en plus simple, jusqu’`a ce qu’il soit ´echelonn´e.
a. Op´erations ´el´ementaires Il s’agit des op´erations suivantes
1. Ajouter `a une ´equation une combinaison lin´eaire desautres´equations.
2. R´e´ecrire les ´equations en changeant l’ordre d’apparition des inconnues.
3. Permuter les ´equations.
4. Multiplier une ´equation par un nombrenon nul.
Proposition 2 Par op´eration ´el´ementaire, on transforme un syst`eme lin´eaire en un syst`eme
´equivalent. Pour tout syst`eme lin´eaire (S), il existe une suite d’op´erations ´el´ementaires qui ra- m`enent(S)`a un syst`eme ´echelonn´e.
Preuve. On construit le syst`eme ´echelonn´e ligne par ligne, i.e. apr`es la i-`eme ´etape, les i premi`eres lignes ne changeront plus.
La premi`ere ´etape consiste `a choisir une desp´equations et une desninconnues dont le coefficient dans cette ´equation, appel´epivot, est non nul (les calculs sont simplifi´es s’il vaut 1, cela guide le choix). On permute ´equations et inconnues de fa¸con `a mettre le pivot en haut `a gauche du syst`eme. Puis on ajoute aux autres ´equations un multiple de la premi`ere ´equation de fa¸con `a annuler le premier terme de chaque ´equation.
L’´etape suivante consiste `a faire le mˆeme travail dans le sous-syt`eme obtenu en ignorant la premi`ere ´equation et la premi`ere inconnue (qui n’apparaˆıt que dans la premi`ere ´equation d´esormais).
Le proc´ed´e s’arrˆete lorsqu’on ne peut plus trouver de pivot dans aucune des ´equations restantes, i.e. lorsqu’elles ont toutes un premier membre identiquement nul. Les coefficients diagonaux du syst`eme (S0) obtenu sont les pivots successifs, ils sont non nuls par construction, donc (S0) est
´echelonn´e.
L’algorithme est plus facile a saisir sur un exemple.
b. Exercice
Echelonner le syst`eme suivant
y+z = 1 x+y = 2 x+z = 3 c. Solution
On choisit comme premier pivot le coefficient deydans la premi`ere ´equation. On ´elimine donc y dans la deuxi`eme ´equation en lui retranchant la premi`ere. Il n’y a rien `a faire sur la troisi`eme.
Cela donne le syst`eme ´equivalent
y+z = 1 x−z = 1 x+z = 3
On choisit comme deuxi`eme pivot le coefficient dexdans la deuxi`eme ´equation. On ´elimine donc xdans la troisi`eme ´equation en lui retranchant la deuxi`eme. On obtient le syst`eme ´echelonn´e
y+z = 1 x−z = 1
2z = 2
,
dont le rang vaut 3.
d. Exercice
Suivant la valeur du param`etre r´eela, ´echelonner le syst`eme (Sa) suivant
(Sa)
ax+ 2y−3z = 3 (1−a)y−z = −1
az = a(a−1) .
e. Solution
Comme la matrice du syst`eme (Sa) est triangulaire, si aest distinct de 0 et de 1, le syst`eme est ´echelonn´e de rang 3.
Si a= 0, on choisit pour pivot le coefficient de y dans la troisi`eme ´equation, et on obtient le syst`eme ´echelonn´e
y−z = −1
−z = 5
0 = 0
de rang 2, compatible.
Si a= 1, on choisit pour premier pivot le coefficient de xdans la premi`ere ´equation (aucune manipulation `a faire) puis le coefficient dezdans la deuxi`eme ´equation, qu’on ajoute `a la derni`ere, ce qui conduit au syst`eme ´echelonn´e
x−3z+ 2y = −1
−z = −1
0 = −1
de rang 2, incompatible.
f. Exercice
Echelonner le syst`eme suivant, en fonction du param`etrea.
(Sa)
4ax+ (a+ 1)y+az = −1 (a+ 1)x+y+ (1−a)z = −1 . g. Solution
Il est prudent de choisir un pivot qui ne d´epend pas du param`etre. On choisit le coefficient de ydans la seconde ´equation. On ajoute `a l’autre ´equation celle-ci multipli´ee para+ 1. Le syst`eme obtenu
y+ (a+ 1)x+ (1−a)z = −1
(−a2+ 2a−1)x+ (−a2+ 3a−1)z = a .
est ´echelonn´e. En effet, sia6= 1, alors−a2+ 2a−1 n’est pas nul. Sia= 1, le coefficient dexdans la seconde ´equation est nul mais celui de zn’est pas nul. Dans les deux cas, le rang vaut 2.
7 R´ esolution d’un syst` eme lin´ eaire
a. M´ethode
On ´echelonne le syst`eme au moyen d’op´erations ´el´ementaires sur les ´equations, comme d´ecrit au paragraphe pr´ec´edent.
D’apr`es le th´eor`eme 4, lorsqu’il est non vide, l’ensemble des solutions d’un syst`eme lin´eaire
´echelonn´e est un sous-espace affine qu’on d´ecrit au moyen d’une solution particuli`erev0 et d’une base (v1, . . . , vd). Ces vecteurs s’obtiennent par r´esolution d’un syst`eme triangulaire deq´equations
`
aqinconnues, o`u qest le rang.
Voici comment on s’y prend. En divisant chaque ´equation non nulle par son pivot, on ram`ene les pivots `a 1. En continuant avec des op´erations ´el´ementaires, on peut faire disparaˆıtre tous les coefficients, sauf les pivots, ce qui donne le r´esultat cherch´e. Il vaut mieux expliquer le proc´ed´e sur des exemples.
b. Exemple
R´esolution du syst`eme
y+z = 1 x+y = 2 x+z = 3
.
On commence par ´echelonner. On obtient le syst`eme
y+z = 1 x−z = 1
2z = 2
.
On divise chaque ´equation par son pivot (ici, seule la troisi`eme ´equation est concern´ee), on trouve
y+z = 1 x−z = 1
z = 1
.
Pour faire disparaˆıtrezdes deux premi`eres ´equations, on ajoute (resp. retranche) la derni`ere ligne
`
a la deuxi`eme (resp. premi`ere). On trouve
y = 0
x = 2
z = 1
,
et le tour est jou´e.
c. Exercice
Soita un param`etre r´eel. D´eterminer l’intersection des trois plans affines P d’´equation ax+ y−3z= 3,Qd’´equation−ax−ay+ 2z=−4 etRd’´equationa2x+ay= 3a2.
d. Solution
Cela revient `a r´esoudre le syst`eme
ax+y−3z = 3
−ax−ay+ 2z = −4 a2x+ay = 3a2
.
On ´echelonne. On choisit comme pivot le coefficient de y dans la premi`ere ´equation. On obtient le syst`eme ´equivalent
y+ax−3z = 3
(−a+a2)x+ (2−3a)z = −4 + 3a
3az = −3a+ 3a2
.
Sia6= 0 eta6= 1, le syst`eme est ´echelonn´e de rang 3. On divise chaque ´equation par son pivot,
y+ax−3z = 3 x+−a+a2−3a2z = −4+3a−a+a2
z = −1 +a
.
On ´elimine les termes enz,
y+ax = 3a
x = −6−2a+3a−a+a2 2
z = −1 +a
.
On ´elimine le terme enxde la premi`ere ´equation,
y = −a+a−2+a2 x = −6−2a+3a−a+a2 2
z = −1 +a ,
ce qui ach`eve la r´esolution. L’intersection des trois plans est r´eduite au point (−6−2a+ 3a2
−a+a2 , −2 +a
−a+a2,−1 +a).
Sia= 0, la premi`ere op´eration a d´ej`a conduit au syst`eme ´echelonn´e
y−3z = 3
2z = −4
0 = 0
.
Le syst`eme est compatible, de rang 2. L’ensemble des solutions est donc une droite affine. Pour trouver une solution particuli`ere, on impose x = 0 et on r´esoud le syst`eme de 2 ´equations `a 2 inconnues restant,
y−3z = 3
2z = −4 ,
en divisant par les pivots et en ´eliminantzde la premi`ere ´equation, y = −3
z = −2 ,
D’o`u la solution v0 = (0,−3,−2). Pour obtenir une base de l’espace vectoriel des solutions du syst`eme homog`ene associ´e, on donne `a xla valeur 1, et on r´esoud
y−3z = 0
2z = 0 ,
ce qui donne le vecteurv1= (1,0,0). L’intersection des 3 plans, dans ce cas, est la droite passant parv0, de vecteur directeurv1, qu’on peut repr´esenter param´etriquement par
D={(λ,−3,−2 ) ; λ∈R}.
Sia= 1, le syst`eme obtenu
y+x−3z = 3
−z = −1
3z = 0
,
´equivalent `a
y+x−3z = 3
−z = −1
0 = −3
,
est incompatible, l’intersection des 3 plans est vide.
On constate que l’intersection des 3 plans consid´er´es est en g´en´eral un point, accidentellement, i.e. pour des valeurs particuli`eres du param`etre, vide ou une droite.
8 Rang
a. D´efinition : rang d’un syst`eme lin´eaire
Le rang d’un syst`eme lin´eaire est le rang d’un syst`eme ´echelonn´e qui lui est ´equivalent. C’est le mˆeme pour un syst`eme et pour le syst`eme homog`ene associ´e. Il ne d´epend pas du proc´ed´e d’´echelonnage. Cela resulte du corollaire suivant du th´eor`eme 4.
Corollaire 3 Pour un syst`eme lin´eaire homog`ene `a n inconnues, de rang r, la dimension de l’espace vectoriel des solutions estn−r.
b. Exemple
Consid´erons le syst`eme
(Sa)
(a+a2)x+ (−a+ 2a2)y+az+ (−1 +a−a3)t = a ax+ (−1 + 2a)y+z−a2t = 1 (−1 +a)x+ay+z+ (−1 +a2)t = 1 +a
.
Pour connaˆıtre son rang, il suffit d’´echelonner le syst`eme homog`ene associ´e. On choisit comme pivot le coefficient dez dans la deuxi`eme ´equation. On obtient le syst`eme homog`ene ´equivalent
z+ax+ (−1 + 2a)y−a2t = 0
−x+ (1−a)y+ (−1 + 2a2)t = 0 ax+ (a−1)t = 0
.
Comme il vaut mieux que les pivots ne d´ependent pas du param`etre, on choisit comme pivot le coefficient dexdans la deuxi`eme ´equation. On obtient le syst`eme homog`ene ´equivalent
z+ax+ (−1 + 2a)y−a2t = 0 x+ (−1 +a)y+ (1−2a2)t = 0 (a−a2)y+ (−1 + 2a3)t = 0
.
Si a6= 0 et a6= 1, le coefficient dey dans la troisi`eme ´equation est non nul, donc le syst`eme est
´echelonn´e de rang 3. Sia= 0 oua= 1, le coefficient de tdans la derni`ere ´equation n’est pas nul, et il suffit de changer l’ordre des termes eny ett pour revenir `a un syst`eme ´echelonn´e. Dans tous les cas, le rang vaut 3.
c. Rang et compatibilit´e
Th´eor`eme 5 Le rang d’un syst`eme lin´eaire de matrice A est ´egal `a la dimension de l’espace vectoriel
{B ; le syst`eme AX=B est compatible}.
Preuve. Il suffit de le v´erifier pour un syst`eme ´echelonn´e de rang q. Le syst`eme avec second membre B est compatible si et seulement si les p−q derni`eres composantes de B sont nulles.
Il reste exactement q param`etres libres, les q premi`eres composantes de B, donc le sous-espace vectoriel obtenu est de dimensionq.
d. D´efinition: rang d’une famille de vecteurs
Soient v1, . . . , vk des vecteurs de Rn. Le sous-espace vectoriel engendr´e par v1, . . . , vk est l’ensembleV ect(v1, . . . , vk) de toutes les combinaisons lin´eaires
λ1v1+· · ·+λkvk
obtenues lorsqueλ1, . . . , λk d´ecriventR. Sa dimension est lerangde la famille v1, . . . , vk. e. Exemple
Siv1=v2=· · ·=vk= 0, le rang vaut 0.
Sivi6= 0, et tous les autres vecteursvj sont proportionnels `avi, le rang vaut 1.
Si parmi les vi, il existe deux vecteurs vj et vk non nuls et non proportionnels, alors le rang vaut au moins 2, et vaut 2 si et seulement si tous les autres vecteurs sont dans le plan vectoriel engendr´e parvj etvk.
f. Exercice
Soitaun param`etre r´eel. Soientv1= (1,0,−1,1),v2= (0,1,1,2) etv3= (1 +a,1,0,−1) trois vecteurs deR4. Donner des ´equations pour le sous-espaceV ect(v1, v2, v3).
g. Solution
Soitv= (x0, y0, z0, t0) un vecteur quelconque deR4. Alorsv∈V ect(v1, v2, v3) si et seulement si le syst`emexv1+yv2+zv3=vest compatible. Pour faire apparaˆıtre les conditions de compatibilit´e, il suffit d’´echelonner le syst`eme
x+ (1 +a)z = x0 y+z = y0
−x+y = z0 x−2y−z = t0
.
On choisit comme pivot le coefficient dexdans la premi`ere ´equation,
x+ (1 +a)z = x0
y+z = y0
y+ (1 +a)z = x0+z0
−2y+ (−2−a)z = −x0+t0 ,
puis le coefficient dey dans la deuxi`eme ´equation,
x+ (1 +a)z = x0
y+z = y0
az = x0−y0+z0
−az = −x0+ 2y0+t0 ,
On ajoute la troisi`eme ´equation `a la derni`ere,
x+ (1 +a)z = x0
y+z = y0
az = x0−y0+z0 0 = y0+z0+t0
.
Si a 6= 0, on trouve une seule condition de compatibilit´e, y0+z0+t0 = 0, qui est l’´equation du sous-espaceV ect(v1, v2, v3).
Si a= 0, le rang est 2, le sous-espace V ect(v1, v2, v3) est de dimension 2, il est d´efini par les deux ´equationsy0+z0+t0 = 0 etx0−y0+z0 = 0.
h. Rang des colonnes
Th´eor`eme 6 Soit(S) un syst`eme lin´eaire de matrice A. Le rang de (S) est ´egal au rang de la famille de vecteurs form´ee par les colonnes de A.
Preuve. SoitX la colonne de composantesλ1, . . . , λk. Alors AX=λ1v1+· · ·+λkvk
Par cons´equent, un vecteurv est dansV ect(v1, . . . , vk) si et seulement si le syst`emeAX =v est compatible. D’apr`es le th´eor`eme 5, la dimension deV ect(v1, . . . , vk) est ´egale au rang du syst`eme.
L’´echelonnage donne une m´ethode pratique pour extraire de toute famillev1, . . . , vk une base du sous-espace vectorielV ect(v1, . . . , vk).
i. Exemple
Consid´erons les quatre vecteurs suivants deR3, d´ependant d’un param`etre r´eel a.
v1=
a+a2
a
−1 +a
, v2=
−a+ 2a2
−1 + 2a a
, v3=
a 1 1
, v4=
−1 +a−a2
−a2
−1 +a2
.
L’´echelonnage du syst`eme correspondant (effectu´e `a l’exercice b ci-dessus) donne les informations suivantes.
• Pour touta, le rang de la famillev1, . . . , v4vaut 3. Autrement dit, la famille engendre l’espace R3 tout entier.
• Poura6= 0 eta6= 1, les vecteursv3,v1et v2 constituent une base deV ect(v1, . . . , v4).
• Poura= 0 oua= 1, les vecteurs v3,v1 etv4 constituent une base deV ect(v1, . . . , v4).
En effet, sia6= 0 eta6= 1, l’´echelonnage montre que le syst`eme zv3+xv1+yv2=v
admet une solution unique pour toutv, ce qui signifie que (v3, v1, v2) est une base deR3. Sia= 0 oua= 1, c’est le syst`eme
zv3+xv1+tv4=v qui admet une solution unique pour toutv.
9 Ind´ ependance lin´ eaire
a. D´efinition : ind´ependance lin´eaire
Soientv1, . . . , vk des vecteurs deRn. On dit quev1, . . . , vk sontlin´eairement ind´ependantssi dim(V ect(v1, . . . , vk) =k,
i.e. si (v1, . . . , vk) est une base du sous-espace qu’il engendre.
Proposition 4 v1, . . . , vk sont lin´eairement ind´ependants si et seulement si la seule combinaison lin´eaireλ1v1+· · ·+λkvk qui vaut0 est celle pour laquelleλ1=· · ·=λk = 0.
Preuve. Soit v ∈ Rn. Consid´erons le syst`eme lin´eaire x1v1 +· · ·+xkvk = v. D’apr`es le th´eor`eme 6, sont rang est dim(V ect(v1, . . . , vk)). D’apr`es le corollaire 3, dim(V ect(v1, . . . , vk)) =k si et seulement si la dimension de l’espace des solutions du syst`eme homog`enex1v1+· · ·+xkvk= 0 vaut 0, i.e., si et seulement si ce syst`eme n’admet que la solution triviale.
b. Exemple
Un vecteurv1 est lin´eairement ind´ependant si et seulement si il est non nul.
Deux vecteursv1et v2sont lin´eairement ind´ependants si et seulement si ils sont non nuls etv2
n’est pas un multiple dev1. Dans ce cas, on parle aussi devecteurs non colin´eaires.
c. Exercice
Soientv1= (1, a,0),v2= (1,1, a),v3= (2,1, a). Pour quelles valeurs deaces vecteurs sont ils lin´eairement ind´ependants ?
d. Solution
Il s’agit de voir quand le rang du syst`emexv1+yv2+zv3= 0, i.e.
x+y+ 2z = 0 ax+y+z = 0 ay+az = 0
vaut 3. On l’´echelonne en choisissant comme premier pivot le coefficient de x dans la premi`ere
´equation. Il vient
x+y+ 2z = 0 (1−a)y+ (1−2a)z = 0
ay+az = 0
Sia6= 0, on choisit le coefficient dey dans la derni`ere ´equation comme pivot. On obtient
x+y+ 2z = 0
y+z = 0
−az = 0 qui est ´echelonn´e de rang 3.
Sia= 0, le syst`eme
x+y+ 2z = 0
y+z = 0
0 = 0
est ´echelonn´e de rang 2.
On conclut que les vecteursv1,v2etv3sont lin´eairement in d´ependants si et seulement sia6= 0.
10 Op´ erations sur les sous-espaces vectoriels
a. D´efinition : Somme
L’intersection de deux sous-espaces vectoriels de Rn est un sous-espace vectoriel. La r´eunion de deux sous-espaces vectoriels deRn n’est pas un sous-espace vectoriel en g´en´eral. Le plus petit sous-espace vectoriel contenant deux sous-espacesEetF s’appelle lasommedeE etF. Il estnot´e E+F et caract´eris´e par
E+F ={v+w; v∈E, w∈F}.
b. Exemple
Soientv1= (1,1,0) etv2= (1, a,0) deux vecteurs deR3d´ependant d’un param`etre r´eela. Soit D1la droite vectorielle engendr´ee parv1etD2la droite vectorielle engendr´ee parv2. Leur somme
D1+D2={λ1v1+λ2v2 ; λ1, λ2∈R}=V ect(v1, v2) est un plan vectoriel sia6= 1, et co¨ıncide avecD1 sia= 1.
Plus g´en´eralement,
Proposition 5 SoientE et F deux sous-espaces vectoriels deRn. Soitv1, . . . , vk une base de E etvk+1, . . . , vk+` une base deF. AlorsE+F =V ect(v1, . . . , vk+`). En particulier, dim(E+F)≤ dim(E) +dim(F).
c. Formule pour la dimension
Th´eor`eme 7 SoientE etF deux sous-espaces vectoriels de Rn. Alors dim(E+F) +dim(E∩F) =dim(E) +dim(F).
Preuve. Soitv1, . . . , vk une base deE etvk+1, . . . , vk+` une base deF. Alors E+F ={v∈Rn ; le syst`emex1v1+· · ·+xk+`vk+`=v est compatible}.
D’apr`es le th´eor`eme 5, dim(E+F) est ´egal au rang du syst`eme.
Si (x1, . . . , xk+`) est une solution du syst`eme homog`ene associ´e, alors le vecteur u=x1v1+· · ·+xkvk=−(xk+1vk+1+· · ·+xk+`vk+`)
est dansE∩F. Pour chaqueu∈E∩F, la solution (x1, . . . , xk+`) est unique, car elle est form´ee des composantes deudans les bases deE etF respectivement. Par cons´equent, la dimension de l’espace des solutions est dim(E∩F). D’apr`es le th´eor`eme 4,
dim(E∩F) =k+`−dim(E+F).
d. Exemple
Soient P et Q deux plans vectoriels dans l’espace R3. Si P 6= Q, alors P +Q 6= Q donc dim(P +Q)≥3. N´ecessairement, dim(P +Q) = 3. On en d´eduit que dim(P∩Q) = 1, i.e. que l’intersection deP et deQest une droite.
e. D´efinition: somme directe
Deux sous-espaces vectorielsEetFdeRnsont ditssuppl´ementaires, ou bienen somme directe, not´eRn=E⊕F, siE+F =Rn etE∩F ={0}.
Proposition 6 E et F sont suppl´ementaires si et seulement si la r´eunion d’une base de E et d’une base deF est une base deRn.
Du th´eor`eme 7, il r´esulte que Corollaire 7
Rn=E⊕F ⇔ E∩F ={0} et dimE+dimF =n.
f. Exemple
Dans le plan, deux droites vectorielles sont suppl´ementaires si et seulement si elles sont dis- tinctes.
Dans l’espace R3, une droiteD et un plan P sont suppl´ementaires si et seulement si D n’est pas contenue dansP.
11 Conclusion
Le rang d’un syst`eme lin´eaire de p ´equations `a n inconnues est inf´erieur ou ´egal `a p et `a n.
G´en´eriquement, il vaut min{n, p}. Cela signifie que les coefficients des syst`emes dont le rang est
<min{n, p}satisfont des ´equations, donc ces syst`emes sont rares. De plus, sip≤n, g´en´eriquement, le syst`eme est compatible.
On s’attend (mais ce n’est pas rigoureusement vrai), `a ce que, dans une famille de syst`emes lin´eaires d´ependant d’un param`etre r´eel a, le rang soit min{n, p} sauf pour un nombre fini de valeurs exceptionnelles dea. C’est ce qu’on a observ´e dans les exemples trait´es dans ces notes.
Si p≤n, la plupart des syst`emes lin´eaires de p´equations `a ninconnues ont un ensemble de solutions non vide et de dimensionn−p. Autrement dit, la solution g´en´erale d´epend den−p param`etres. Accidentellement (lorsque le rang est< p), la dimension de l’espace des solutions peut ˆetre plus grande, ou bien l’ensemble des solutions peut-ˆetre vide.
Autrement dit, un syst`eme lin´eaire se comporteen g´en´eralcomme le dicte l’intuition : il faut au moinsn≥pinconnues pour arriver `a satisfairep´equations ; si on dispose d’exactement n=p inconnues, on trouve une solution unique ; si on dispose den > pinconnues, il resten−pdegr´es de libert´e. Mais il y a des exceptions. La th´eorie (notion de rang) et la pratique (m´ethode du pivot de Gauss) ont pour objectif de traiter ces exceptions. Il ne faut pas prendre ces exceptions `a la l´eg`ere : l’exp´erience quotidienne des ing´enieurs est que le traitement des exceptions est indispensable et coˆuteux.
12 Application associ´ ee ` a une matrice
D´efinition 8 A une matrice A `a p lignes et n colonnes est associ´ee une application fA de Rn dansRp, d´efinie comme suit. Si X =
x1
... xn
est un vecteur de Rn,fA(X) =AX est un vecteur deRp.
Exemple. Consid´erons le syst`eme lin´eaire de deux ´equations `a trois inconnues (S) =
x+ 2y+z = 1
−x−y+ 2z = 2 . L’application lin´eaire associ´eefS :R3→R2 est d´efinie par
fS(x, y, z) = (x+ 2y+z,−x−y+ 2z).
12.1 Noyau et image
On va donner une sorte d’interpr´etation g´eom´etrique des r´esultats sur les syst`emes lin´eaires. Pour cela, on introduit deux sous-espaces vectoriels associ´es `afA.
D´efinition 9 Le noyaudefA, not´eker(fA)est le sous-espace vectoriel de Rn d´efini par ker(fA) ={X∈Rn;fA(X) = 0}.
L’image defA, not´eeima(fA), est le sous-espace vectoriel deRp d´efini par ima(fA) ={fA(X) ;X ∈Rn}.
La raison pour laquelle ker(fA) et ima(fA) sont des sous-espace vectoriels est que fA passe au travers des combinaisons lin´eaires : siu,u0 sont des vecteurs deRn etλ,µ∈R,
f(λu+µu0) =λf(u) +µf(u0).
Exemple. R´esoudre le syst`eme (S) ci-dessus revient `a d´ecider si le vecteur (1,2)∈R2 est dans l’image defS ou non. Autrement dit,
(S) est compatible ⇔(1,2)∈ima(fS).
Lorsque c’est le cas,
(S) admet une unique solution ⇔kerfS ={0}.
12.2 Rang, dimensions du noyau et de l’image
Th´eor`eme 8 SoitA une matrice p×n, soit fA:Rn →Rp l’application correspondante. Alors
• dim(ima(fA))est ´egal au rang deA ;
• dim(ker(fA)) =n−dim(ima(fA)).
Preuve. La premi`ere assertion est une traduction du th´eor`eme 5, la seconde, du corollaire 3.
13 Applications lin´ eaires, formes lin´ eaires, endomorphismes
Les consid´erations qui pr´ec`edent sont des cas particuliers de notions g´en´erales.
13.1 D´ efinition
D´efinition 10 SoientE etF deux espaces vectoriels. Une applicationf :E→F est ditelin´eaire si pour tous vecteursv,v0∈E et tous scalairesλ,µ∈R,
f(λu+µu0) =λf(u) +µf(u0).
Interpr´etation. Une application est lin´eaire si elle pr´eserve la structure d’espace vectoriel.
13.2 Exemples
Exemple. SoitE l’espace vectoriel des polynˆomes `a coefficients r´eels. La d´erivation f :E→E, f(P) =P0
et l’´evaluation en un r´eelt,
g:E→R, g(P) =P(t) sont lin´eaires. Par cons´equent, leur composition
g◦f :E→R, P 7→P0(t) est lin´eaire.
Exemple. SoitE=F=R2, soit
f :E→E, f(x, y) = (x,0) la projection sur le premier axe (dessin). Soit
g:E→E, f(x, y) = (y, x)
la sym´etrie par rapport `a la premi`ere bissectrice (dessin). Alorsf etgsont lin´eaires, de mˆeme que leur sommef +gd´efinie par
(f+g)(x, y) =f(x, y) +g(x, y) = (x+y, x).
Siα∈K est un scalaire, l’applicationαf d´efinie par (αf)(x, y) =αf(x, y) est lin´eaire.
Exemple. L’application
f :R2→R, f(x, y) = (x,1)
n’est pas lin´eaire. En effet,f n’envoie pas le vecteur nul deR2 sur le vecteur nul.
Exemple. L’application
f :R2→R, f(x, y) = (x2,0) n’est pas lin´eaire. En effet,f(−1,0) = (1,0)6=−f(1,0).
Exemple. On peut aussi consid´erer des espaces vectoriels sur C. Il n’y a rien a changer aux d´efinitions. SoitE leC-espace vectorielC. La conjugaison
f :C→C, f(z) =z
n’est pas lin´eaire. En effet,f(i) =−i6=i f(1) =i. Pourtant, pour tousz,z0∈Cet tousr´eelsλ, µ∈R,
f(λv+µv0) =λf(v) +µf(v0).
13.3 Notations
D´efinition 11 Soient E et F deux espaces vectoriels. On note L(E, F) l’ensemble des applica- tions lin´eaires de E dansF. LorsqueE =F, une application lin´eaire de E dansE s’appelle un endomorphismedeE, et onnote L(E, E) =End(E). LorsqueF =R, une application lin´eaire de E dansRs’appelle uneforme lin´eaire, et onnote L(E, K) =E∗.
Exemple. SoitEun espace vectoriel. L’application identiqueidE:E→Eest lin´eaire, c’est un endomorphisme deE.
14 Applications lin´ eaires et sous-espaces vectoriels
14.1 Noyau
D´efinition 12 SoientE,F deux espaces vectoriels. Soit f ∈L(E, F). Lenoyaudef, not´ekerf, est le sous-espace vectoriel deE d´efini par
v∈kerf ⇔f(v) = 0.
Exemple. SoitE l’espace vectoriel des polynˆomes `a coefficients r´eels et f :E→E, f(P) =P0
la d´erivation. Alors kerf est form´e des polynˆomes constants. Remarquer que le vecteur nul est dans le noyau de toutes les applications lin´eaires.
Exemple. SoitE=R2, soit
f :E→E, f(x, y) = (x,0) la projection sur le premier axe. Soit
g:E→E, f(x, y) = (y, x)
la sym´etrie par rapport `a la premi`ere bissectrice. Alors kerf est le second axe. C’est une droite vectorielle. Quant `a kerg et ker(f+g), il sont r´eduits `a {0}. Remarquer que d´eterminer le noyau d’un endomorphisme deR2revient `a r´esoudre un syst`eme lin´eaire homog`ene de deux ´equations `a deux inconnues.
D´efinition 13 On rappelle qu’une application (quelconque) entre deux ensemblesE et F est in- jectivesi pour toutv∈F, l’´equationf(u) =v admet au plus une solution dansE.
Proposition 14 SoientE,F deux espaces vectoriels sur un corpsK. Soit f ∈L(E, F). Alors f est injective si et seulement sikerf ={0}.
Preuve.
f(u) =f(u0)⇒u−u0∈kerf.
14.2 Image
D´efinition 15 SoientE,F deux espaces vectoriels. Soitf ∈L(E, F). L’imagedef, not´eeimaf, est le sous-espace vectoriel deF d´efini par
v∈imaf ⇔ ∃u∈E tel quef(u) =v.
Exemple. SoitE l’espace vectoriel des polynˆomes `a coefficients r´eels et f :E→E, f(P) =P0
la d´erivation. Alors imaf =E. En effet, tout polynˆome P=a0+a1X+· · ·+adXd est la d´eriv´ee d’un polynˆomeQ. On peut prendre
Q=a0X+1
2a1X2+· · ·+1 dadXd. Exemple. SoitE=R2, soit
f :E→E, f(x, y) = (x,0) la projection sur le premier axe. Soit
g:E→E, g(x, y) = (y, x)
la sym´etrie par rapport `a la premi`ere bissectrice. Alors imaf est le premier axe. C’est une droite vectorielle. Quant `a imaget ima(f+g), il sont ´egaux `a R2. Dans le cas def+g, montrons le par le calcul. Soit (x0, y0)∈E. Alors
(x0, y0)∈ima(f+g) ⇔ ∃x, y∈E tels que (f+g)(x, y) = (x0, y0)
⇔ ∃x, y∈E tels que (x+y, x) = (x0, y0) et il suffit de prendrex=y0 et y=x0−y0.
Remarquer que d´eterminer l’image d’un endomorphisme deR2 revient `a r´esoudre un syst`eme lin´eaire de deux ´equations `a deux inconnues avec second membre.
D´efinition 16 On rappelle qu’une application (quelconque) entre deux ensemblesE etF estsur- jectivesi pour toutv∈F, l’´equationf(u) =v admet au moins une solution dansE.
Proposition 17 SoientE,F deux espaces vectoriels. Soit f ∈L(E, F). Alorsf est surjective si et seulement siimaf =F.
14.3 Image et image r´ eciproque d’un sous-espace vectoriel
D´efinition 18 Soient E, F deux espaces vectoriels. Soit f ∈ L(E, F). Soit E0 ⊂ E un sous- espace vectoriel deE. L’image deE0 parf, not´eef(E0), est le sous-espace vectoriel de F d´efini par
v∈f(E0)⇔ ∃u∈E0 tel quef(u) =v.
Par exemple,imaf =f(E).
Soit F0 ⊂F un sous-espace vectoriel de F. L’image r´eciproque de F0 par f, not´eef−1(F0), est le sous-espace vectoriel deE d´efini par
u∈f−1F0⇔f(u)∈F0. Par exemple,kerf =f−1(0).
Exemple. SoitE=R2, soit
g:E→E, g(x, y) = (y, x)
la sym´etrie par rapport `a la premi`ere bissectrice. SoitE0la droite vectorielle d’´equationx+2y= 0.
Un dessin montreg(E0) etg−1(E0).
Exemple. SoitE=R3, soit
f :E→E, f(x, y, z) = (y, x+y, z−x).
C’est une application lin´eaire. SoitE0 le plan vectoriel d’´equationx+ 2y+z= 0.
Pour d´eterminerf−1(E0), il suffit de remarquer que
f(x, y, z)∈E0 ⇔ x0=y, y0=x+yet z0 =z−xsatisfontx0+ 2y0+z0 = 0
⇔ y+ 2(x+y) +z−x= 0
⇔ x+ 3y+z= 0 doncf−1(E0) est le plan d’´equationx+ 3y+z= 0.
Pour d´eterminer f(E0), on cherche d’abord une base de E0 (ici, les vecteurs (−2,1,0) et (−1,0,1)). On en d´eduit une repr´esentation param´etrique deE0
E0 ={(−2s−t, s, t) ;s, t∈R}.
On calcule
f(−2s−t, s, t) = (s,−s−t,2s+ 2t).
Etant donn´e (x0, y0, z0)∈E, (x0, y0, z0)∈f(E0) si et seulement si il existeset t∈Rtels que
s = x0
−s−t = y0 2s+ 2t = z0
.
Dans ce syst`eme, les inconnues sont sett. Le syst`eme est ´equivalent `a
s = x0
−t = x0+y0
0 = z0−2x0+ 2x0+ 2y0 .
On conclut quef(E0) est le plan d’´equation 2y+z= 0.
14.4 Rang
D´efinition 19 SoientE, F deux espaces vectoriels. Soit f ∈L(E, F). On appelle rang def la dimension de l’image def.
Exemple. SoitE=R2, soit
f :E→E, f(x, y) = (x,0) la projection sur le premier axe. Soit
g:E→E, g(x, y) = (y, x)
la sym´etrie par rapport `a la premi`ere bissectrice. Alors le rang def vaut 1, celui deg vaut 2.
Remarque. En g´en´eral,
• rang(f)≤dimF avec ´egalit´e si et seulement si ima(f) =F ;
• rang(f)≤dimE avec ´egalit´e si et seulement si kerf ={0} ;
• rang(f) ne vaut 0 que pour l’application identiquement nulle.
14.5 Applications lin´ eaires et bases
Th´eor`eme 9 SoientE etF des espaces vectoriels. Soit (e1,· · ·, en) une base de E et v1,· · ·, vn
des vecteurs deF. Il existe une unique application lin´eairef :E →F telle que f(e1) =v1, · · · f(en) =vn.
Interpr´etation. On peut choisir librement l’image d’une base.
Corollaire 20 SoientE etF des espaces vectoriels. Soitf ∈L(E, F). Soit(e1, . . . , en)une base deE. Alors
• f est injective si et seulement si f(e1), . . . , f(en)sont lin´eairement ind´ependants.
• f est surjective si et seulement si f(e1), . . . , f(en)engendrent F.
• f est bijective si et seulement si (f(e1), . . . , f(en))est une base deF. Interpr´etation. On voit tout sur l’image d’une base.
Exemple. SoitE=F=R2, soit
f :E→E, f(x, y) = (x+y,2x−y).
L’image de la base canonique est form´ee de deux vecteurs (1,2) et (1−,1) non colin´eaires. Il forment une base deE, doncf est bijective.
15 Th´ eor` eme noyau-image
Th´eor`eme 10 SoientEetF des espaces vectoriels, avecEde dimension finie. Soitf ∈L(E, F).
Alors
dimkerf+ dimimaf = dimE.
Interpr´etation. Si on connaˆıt le rang, on connaˆıt la dimension du noyau, et inversement. Cela g´en´eralise le theor`eme 8.
Corollaire 21 SoientE etF des espaces vectoriels de mˆeme dimension. Soitf ∈L(E, F). Alors les propri´et´es suivantes sont ´equivalentes.
• f est injective.
• f est surjective.
• f est bijective.
• kerf ={0}.
• imaf =F.
Dans ce cas, l’applicationf−1:F →E d´efinie par
f−1(v) =u⇔f(u) =v est lin´eaire.
Interpr´etation. L’unicit´e de la solution d’une ´equation garantit son existence.
16 Matrice d’une application lin´ eaire
D´efinition 22 SoientE etF deux espaces vectoriels de dimensions finiesnetp. SoientB etB0 des bases deE etF. Soitf ∈L(E, F). La matrice dont les colonnes sont les composantes dans la baseB0 des images par f des vecteurs deB s’appelle la matrice def dans les basesB et B0. Elle poss`ede plignes etncolonnes.
Lorsque F =E etB0 =B(i.e. dans le cas d’un endomorphisme de E), on parle de la matrice def dans la baseB.
Interpr´etation. Une fois choisies des bases, toute application lin´eaire est de la formefA.
Exemple. SoitEl’espace vectoriel des polynˆomes `a coefficients r´eels, degr´e≤n−1. On notef la d´erivation
f :E→E, f(P) =P0 etg l’´evaluation en un r´eel t,
g:E→R, g(P) =P(t).
On choisit pourE la baseB= (1, X, X2, . . . , Xn−1). On choisit pourRla baseB0 = (1).
On calculef(1) = 0,f(X) = 1,...,f(Xn−1) = (n−1)Xn−2. D’o`u la matrice
Mf =
0 1 0 · · · 0 ... 0 2 . .. ... ... . .. . .. 0 ... . .. n−1 0 · · · 0
.
On calculeg(1) = 1,g(X) =t,...,g(Xn−1) =tn−1 d’o`u la matrice Mg= 1 t t2 · · · tn−1
.
16.1 Ecriture matricielle d’une application lin´ eaire
Proposition 23 Soient E etF deux espaces vectoriels de dimensions finiesn et psur un corps K. Soient B et B0 des bases de E etF. Soitf ∈L(E, F), de matrice M dans les bases B etB0. Soituun vecteur deE, soit X la colonne de ses composantes dans la base B. Alors la colonneY des composantes def(u)dans la baseB0 est donn´e par le produit de matrices
Y =M X.
Interpr´etation. On peut se donner une application lin´eaire par sa matrice dans des bases, et calculer m´ecaniquement l’image d’un vecteur.
Exemple. Soit f l’unique application lin´eaire de R2 dans R3 qui envoie (1,0) sur (1,2,1) et (0,1) sur (−1,1,−1). Alors
f(x, y) =xf(1,0) +yf(0,1) = (x−y,2x+y, x−y), ce qu’on retrouve avec la matrice dans les bases canoniques,
x−y 2x+y
x−y
=
1 −1
2 1
1 −1
x
y
.
17 Multiplication
17.1 Composition et produit
Th´eor`eme 11 Soient E, F et G trois espaces vectoriels de dimensions finies n, p et q. Soient B,B0 et B00 des bases de E,F etG. Soitf ∈L(E, F), de matriceMf dans les basesB et B0, et g∈L(F, G), de matrice Mg dans les bases B0 etB00. Alors la matrice deg◦f dans les basesB et B00 est le produitMgMf.
Interpr´etation. La composition de deux applications lin´eaires se calcule m´ecaniquement une fois qu’on dispose des matrices.
Remarque. L’espaceM(n, n) des matrices carr´eesn×nest muni d’une structure d’anneau, i.e.
de deux lois, l’addition et la multiplication, qui satisfont l’axiome dedistributivit´e: (M+M0)M00=M M0+M M00.
Par cons´equent, on peut, dans une certaine mesure, manipuler des matrices comme si c’´etaient des nombres. Par exemple, siP est un polynˆome `a coefficients r´eels, etM une matrice carr´ee, on peut parler de la matriceP(M).
Exemple. Si P= 2 + 3X−X2+12X3,
P(M) = 2In+ 3M+ 3M2+1 2M3.
17.2 Matrices inversibles
D´efinition 24 Une matrice carr´ee M est dite inversible s’il existe une matrice M0 telle que M M0 = M0M = In. La matrice M0 est unique, et s’appelle la matrice inverse de M et se noteM−1.
Th´eor`eme 12 Soit E un espace vectoriel de dimension finie. Soit B une base de E. Soit f ∈ End(E). SoitMf la matrice def dans la baseB. Alorsf est bijective si et seulement siMf est inversible. Dans ce cas,Mf−1 est la matrice dans la baseB def−1.
Interpr´etation. L’application r´eciproque se calcule m´ecaniquement `a partir de la matrice.
Remarque. Le proc´ed´e de calcul de l’inverse par la m´ethode du pivot est une fa¸con abr´eg´ee de rechercher l’application r´eciproque.
Exemple. Inversion de la matrice
1 2 −1
1 0 1
2 2 −1
.
Voici les ´etapes interm´ediaires.
1 2 −1 | 1 0 0
1 0 1 | 0 1 0
2 2 −1 | 0 0 1
,
1 2 −1 | 1 0 0
0 −2 2 | −1 1 0
0 −2 1 | −2 0 1
,
1 2 −1 | 1 0 0
0 −2 2 | −1 1 0
0 0 −1 | −1 −1 1
,
1 2 0 | 2 1 −1
0 −2 0 | −3 −1 2
0 0 −1 | −1 −1 1
,
1 0 0 | −1 0 1
0 −2 0 | −3 −1 2
0 0 −1 | −1 −1 1
,
1 0 0 | −1 0 1
0 1 0 | −3/2 1/2 −1
0 0 1 | 1 1 −1
.
18 Rang
Th´eor`eme 13 SoientE etF deux espaces vectoriels de dimensions finiesnetpsur un corpsK.
SoientB etB0 des bases deE etF. Soitf ∈L(E, F), de matriceM dans les basesBetB0. Alors le rang def est ´egal
• au rang deM, i.e. `a la dimension de l’espace vectoriel de Rp engendr´e par les colonnes de M ;
• au rang du syst`eme lin´eaire homog`ene M X = 0.
Exemple. Soit E l’espace vectoriel des polynˆomes `a coefficients r´eels de degr´e ≤ 3 et soit f l’endomorphisme deE d´efini par
f(P) = (X−1)P0−P.
Pour calculer le rang def, on calcule d’abord la matrice de f dans la base (1, X, X2). Comme f(1) =−1,f(X) =−1,f(X2) =−2X+X2,f(X3) =−3X2+ 2X3, la matrice def est
M =
−1 −1 0 0
0 0 −2 0
0 0 1 −3
0 0 0 2
.
Le syst`emeM X = 0 est de rang 3 doncf est de rang 3.
19 Changement de base
D´efinition 25 Soient B et B0 deux bases d’un mˆeme espace vectoriel E de dimension finie. La matrice de passagedeBversB0,not´eePB,B0, est la matrice dont les colonnes sont les composantes dans la baseBdes vecteurs de B0.
Th´eor`eme 14 SoientE etF deux espaces vectoriels de dimensions finiesnetpsur un corpsK.
SoientB etB0 des bases de E, soientB00 et B000 des bases deF. Soitf ∈L(E, F), de matriceM dans les basesB etB00. Alors la matrice def dans les bases B0 et B000 est
PB000,B00M PB,B0.
En particulier, sif ∈End(E)a pour matriceM dans la baseBet M0 dans la baseB0, alors M0=P−1M P
o`u P est la matrice de passage deB versB0.
Exemple. SoitBla base canonique deR3. Posonse01= (1,1,2),e02= (2,0,2) ete03= (−1,1,−1).
Soitf l’endomorphisme de R3donn´e par
f(x, y, z) = (x−y,2y+z, x−y).
Alors la matrice def dans la base (e01, e02, e03) est
−1 0 1
−3/2 1/2 −1
1 1 −1
1 −1 0
0 2 1
1 −1 0
1 2 −1
1 0 1
2 2 −1
=
0 0 0
2 2 −1/2
4 2 1
.
On peut v´erifier que
f(e01) = 2e02+ 4e03, f(e02) = 2e02+ 2e03, f(e03) =−1
2e02+e03.
Remarque. Une cons´equence de ce th´eor`eme (qu’on v´erifie aussi directement), est que pour tout entierk≥1, (P M P−1)k=P MkP−1.
NFIO2/S3SMPE 2004/2005 Remise `a niveau, septembre 2004
Feuille d’exercices
1. Suivant la valeur du param`etre r´eela, d´eterminer le rang, d´ecider si l’ensemble des solutions du syst`eme (Sa) ci-dessous est non vide, et lorsque que c’est le cas, donner sa dimension.
(Sa)
x+ 2y−3z = 3 (1−a)y−z = −1
az = a(a−1) 2. Echelonner le syst`eme suivant
y+z = 1 x+y = 2 x+z = 3
.
3. Echelonner le syst`eme suivant, en fonction du param`etrea.
(Sa)
4ax+ (a+ 1)y+az = −1 (a+ 1)x+y+ (1−a)z = −1 .
4. Chercher l’intersection des plans affines P d’´equation x+ 2y −3z = 2 et P0 d’´equation 2x−y+z= 3. On en donnera une repr´esentation param´etrique.
5. Soitaun param`etre r´eel. D´eterminer l’intersection des trois plans affinesP d’´equationax+ y−3z= 3,Qd’´equation−ax−ay+ 2z=−4 etRd’´equationa2x+ay= 3a2.
6. D´eterminer le rang du syst`eme
(Sa)
(a+a2)x+ (−a+ 2a2)y+az+ (−1 +a−a3)t = a ax+ (−1 + 2a)y+z−a2t = 1 (−1 +a)x+ay+z+ (−1 +a2)t = 1 +a
.
7. Soita un param`etre r´eel. Soient v1 = (1,0,−1,1), v2= (0,1,1,−2) et v3 = (1 +a,1,0,−1) trois vecteurs deR4. Donner des ´equations pour le sous-espaceV ect(v1, v2, v3).
8. Consid´erons les quatre vecteurs suivants deR3, d´ependant d’un param`etre r´eel a.
v1=
a+a2
a
−1 +a
, v2=
−a+ 2a2
−1 + 2a a
, v3=
a 1 1
, v4=
−1 +a−a2
−a2
−1 +a2
.
D´eterminer le rang de la famillev1, . . . , v4, et en extraire une base du sous-espace qu’ils engendrent.
9. Soient v1 = (1, a,0), v2= (1,1, a),v3= (2,1, a). Pour quelles valeurs deaces vecteurs sont ils lin´eairement ind´ependants ?