A NNALES DE L ’I. H. P., SECTION A
J EAN G REA
Remarques concernant les relations pouvant exister entre la mécanique quantique et une théorie subquantique possible
Annales de l’I. H. P., section A, tome 8, n
o3 (1968), p. 275-286
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275
Remarques concernant les relations
pouvant exister entre la mécanique quantique
et
unethéorie subquantique possible
Jean
GREA(Institut de Physique Nucléaire de Lyon).
Vol. VIII, n° 3, 1968, Physique théorique.
ABSTRACT.
- Wy try
to discuss under which conditions it ispossible
to détermine an
equivalent
statisticalpotentiel
to agiven quantic
one.A first method
already
used is shown to be nonphysical.
The brownianmotion formalism is used afterwards which
gives
somepossibilities
forintroducing
hidden variables in a some morephysical meaning.
This isto be discussed in a next paper.
INTRODUCTION
Dès
l’apparition
de lamécanique quantique,
de nombreux auteursont tenté de réduire le nombre des
postulats
nécessaires à son établissement.En
particulier,
une des voies choisies consiste àinterpréter
le formalisme d’une manière déterministe et à l’assimiler à une extension de lamécanique classique.
Signalons
récemment le succès de cette tentative enmécanique statistique classique.
Plusieurs auteurs ont montré que lamécanique quantique
etson
équation
d’évolutionpouvaient
s’en déduiresimplement [1, 4. 5].
Nous
rappellerons
que dans le formalisme deGibbs,
onpeut
obtenirunivoquement
ladescription
d’unsystème subquantique équivalent
à unsystème quantique donné,
mais en introduisant deshypothèses
nonphy- siques
et en ne considérant que deschamps
dont les fonctionsappartien-
nent à un sous-espace non dense dans
l’espace
hilbertien des états.Nous verrons, par contre,
qu’il
estpossible
d’obtenir un ensemble desystèmes subquantiques équivalent
à unsystème quantique
donné dèsqu’on
admet la nature brownienne des processussubquantiques.
I. - RAPPEL
DES
ÉQUATIONS D’ÉVOLUTION
ENMÉCANIQUE STATISTIQUE
DE GIBBSNotations :
L’espace
desphases
On notera :
p(p, q, t)
la fonction densité d’état dansr(p, q),
L2(r) l’espace
de Hilbert des fonctions de carré sommable sur r au sensde
Lebesgue,
L~(r)
sera la restriction del’espace précédent
aux fonctions à variables réelles.L’équation
d’évolution d’un étatM(p, q)
dansl’espace
r de dimensionsfinies est :
où H est l’hamiltonien réel du
système
dans l’état M. Il estéquivalent
de considérer le groupe de transformations à un
paramètre
t de r dansr,
telles que :Le théorème de Liouville affirme alors que Tt est une transformation définie sur r
qui
conserve la mesure deLebesgue
sur r.Alors, quelle
que soitfo(P,q)
différentiable sur r(donc sommable)
et
appartenant
àL~(F),
on a :où
[,] représente
les crochets de Poisson.II. -
DÉTERMINATION
DUSYSTÈME QUANTIQUE
É QUIVALENT
A UN
SYSTÈME SUBQUANTIQUE
Nous
appellerons système subquantique
associé à unsystème quantique
un
système,
engénéral statistique,
dont lespropriétés
se traduisent « macro-scopiquement
» par celles dusystème quantique.
Cette définition seprécisera
par la suite.
Considérons
l’opérateur
de Liouville :L’opérateur
où H est la fonction réelle hamiltonienne du
système
est formellementself-adjoint [9].
Alors les solutions de(z - i) f
= 0 sontprécisément
lesconjugués complexes
des solutions de(r
+i) f =
0. C’est-à-direl’opé-
rateur L dans
L2
a des indices de défautégaux.
Parconséquent,
touteextension
symétrique
maximale estself-adjointe [10].
Pour une telle exten-sion, l’opérateur
’U/ =eiCt
est unitaire. Nous pouvons alors considérerl’équation
de Liouville.comme
l’équation
d’évolution des étatsf subquantiques
dont laprojection
sur
L2({ q }) peut
être associée aux fonctions03C8
solutions del’équation
deSchrôdinger :
En
effet, si fvérifie (6),/ "
la vérifieaussi,
ainsi que p =f f ’ qui représente
bien une densité d’états dansl’espace
r à un facteur de normalisationprès.
De
plus,
onpeut
dire que la fonctionf représente
unchamp
ondulatoirecomme
~.
Pour levoir,
limitons-nous, poursimplifier l’écriture,
auspectre
discret de L l’ensemble de ses fonctions propres associéesaux valeurs propres
supposées
nondégénérées { ~,J ~.
Alors la solution de(6) correspondante
pour t =to à ~7
est :avec
pP
= oùAJ(p, q)
est fonction deL~(r)
etLa vitesse de
phase de
l’onde4Y)
est :Cela nous
permet
deprendre
pour définition de l’étatd’équilibre
sub-quantique,
l’état décrit par :En
effet,
si q,t)
est réelle pour t =0,
elle le restera pour tout t.Remarquons
que l’onpeut,
de différentesfaçons,
et cela sans introduirede
principes qui
ne soientdéjà
inclus enmécanique classique,
décrire unphénomène
irréversiblegrâce
à(6).
Parexemple ([2],
p.5, 6, 8)
si l’on déve-loppe
en série de Fourier la fonction p(qui
vérifie(6))
sur les fonctions propres deC,
les coefficients de cedéveloppement expriment
les corrélationsentre
particules
dusystème
et son évolution est traduite par des loisdyna- miques
sur ces coefficients decorrélation,
loiqu’on
obtient àpartir
de(6) (cf. [2], chap.
11 et12, § 1,
2 et3).
Alors laprésence
dans l’Halmitonien d’un termepotentiel qui couple
les différentsdegrés
de liberté dusystème permet
d’obtenirsimplement
leséquations
d’évolution dusystème
versun état
d’équilibre statistique.
Nous examinons maintenant sous
quelles hypothèses
on a pu déterminerunivoquement
unpotentiel quantique,
étant donné unsystème statistique
et
réciproquement.
Tout
d’abord,
on rendl’équation (6)
invariant t et cela à deux conditions.On
adjoint l’équation
obtenue par la transformation t - - t(transfor-
mation que l’on
peut appeler passive)
etqui
s’écritz_ ~y 2014 C./= 0, puis
on choisit des conditions initiales invariantes t. Il faut alors remarquer que
physiquement,
cela revient à se limiter auxsystèmes
stationnaires enéquilibre
ou auvoisinage
del’équilibre statistique.
Deplus,
uneconséquence physique
de cette invariance est quel’équation
obtenue :décrit à la fois les
systèmes
de l’Hamiltonien H et -H,
c’est-à-dire que( 12)
est invariante dans la transformation H - - H que l’on
peut appeler
latransformation active associée à la transformation
passive t
- - t.Il est maintenant
possible,
sous certainesconditions,
de trouver pour lesystème
décrit par(6)
et(12)
unpotentiel équivalent
à celui dusystème quantique
décrit par(7)
etqui
fournisse les mêmes niveauxd’énergie.
La densité de
Lagrangien équivalent
par leprincipe
variationnelle àl’équation (12)
est :d’où
l’expression
del’énergie
dusystème :
Conformément à la remarque faite lors de l’établissement de
l’équa-
tion
(12), l’énergie
dusystème
est de la forme E =( /, e2!>
et nedépend
pas du
temps.
La détermination dupotentiel subquantique
revient alorsà la recherche de
l’opérateur
tel queCette détermination n’est rendue
possible
que par l’introduction del’hypo-
thèse suivante : les
propriétés
dusystème statistique subquantique
sontcelles de l’ensemble
canonique perturbé adiabatiquement,
c’est-à-dire celles décrites par leschamps
de la formeCette
hypothèse
n’est pas naturelle pour deux raisons. Enpremier lieu,
il
n’y
a aucune raisonphysique
pour se limiter aux étatsappartenant
àl’espace L2(~ q ~)
où estl’espace
des fonctions engen- drées par lepolynôme
d’Hermite à N variables dedegré
zéro. L’ensemble de ces états n’étant pas dense dansL2(r),
espace des solutions de(12).
D’autre
part,
aupoint
de vueformel,
l’état initial choisi necorrespond
pas, contrairement à
l’équation (9)
à une fonction propre de L Eneffet,
la seule fonction propre de cette forme est
proportionnelle
àet
correspond
à la distribution de Maxwell-Boltzmann.En
prenant Co
définie par(15)
et H =p2/2m
+U(q),
un calcul fasti-dieux mais
simple
conduit àpartir
de(14)
àl’expression
del’énergie
On voit alors que la
projection
surL2({ q }),
de0,
notéeW(q) peut
être considérée comme la fonction d’état d’unsystème quantique
dont l’hamil- tonien serait :et dont le
potentiel
serait :e étant une constante
permettant
de nous fixer le zérod’énergie.
Inversement,
pour obtenirU[V(q)],
posons U =( - Log F)2kT.
Ilvient :
En choisissant pour valeur de - e celle du niveau fondamental
Eo
dusystème
quantique équivalent,
on a :HF(q)
=EoF(q)
etWo(q)
= exp(- U(q)/2kT).
C’est-à-dire que le
potentiel
dusystème subquantique
associé à unsystème quantique
dont lepotentiel
estV(q)
est lelogarithme
de la fonction propre del’opérateur
hamiltoniencorrespondant
àl’énergie
du niveau fondamental.L’énergie
dusystème subquantique
est choisie nulle pour la distribution de Maxwell.III. -
SYSTÈME SUBQUANTIQUE ÉQUIVALENT
A UN
SYSTÈME QUANTIQUE DONNÉ
On considère un
système
dans l’étatt/J(q)
solution del’équation (22)
On sait que
[6],
cetteéquation
estéquivalente
pour lessystèmes dynamiques
à la donnée de la relation
intégrale.
l’intégration
se faisant sur toutl’espace
.6, x, où leLagrangien dynamique
s’écrit :
Cela revient à considérer que l’évolution du
système
est l’effet d’un pro-cessus de Mavkov.
Alors,
onpeut interpréter l’équation (23)
comme don-nant la fonction décrivant le
système
en(x, t
+At)
en fonction de celleen
(x -
px,t).
Laprobabilité
de transition oupropagateur
pour unsystème
libre
(V
=0)
étantalors,
Ce
propagateur
estidentique
à celui du processus brownien d’une par- ticule libre dansl’approximation pt
»1,
c’est-à-dire pour untemps
beau-coup
plus grand
que celui des « interactions browniennes »(ce qui
revientà examiner le
système
dans les conditions où il doit fournir lespropriétés quantiques) où 03B2
est la constante de friction intervenant dansl’équation
ANN. INST. POINCARÉ, A-VIII-3 20
de
Langevin (7)
et la constante de diffusion serait D =kT/m
=La forme
intégrale
del’équation
deSchrodinger
dans le cas libre nous four-nit immédiatement un
système statistique
déterministeéquivalent
au sys- tèmequantique
librequ’elle
décrit.Lorsqu’on
tente la même démarche pour unsystème
soumis aupoten-
tielV(x),
on constate que la formeintégrale
ne s’obtient pas directementcomme
équation
d’un processus brownien enprésence
d’unchamp.
Parexemple,
dansl’approximation
d’unsystème
à deux dimensionscouplé harmoniquement faiblement,
lepropagateur s’écrit,
pour la limitept
» 1sous la forme :
où 1 »
8~03C9 03B2
est l’infinimentpetit principal
dudéveloppement
etAlors que celui
qui correspond
à(23)
pourV #
0 est :Pour mettre en évidence les termes
d’incompatibilité
introduits par laprésence
de V entre(25)
et(25 bis),
nous allons utiliser le formalisme diffé- rentieléquivalent
à(23).
En
effet,
on sait que le formalismeintégral
du mouvement brownien(24)
est
équivalent
à celui del’équation
aux dérivéespartielles
de Fokker- Plank[7]
où
W(v,
x,t)
est la fonction derépartition
et F la force extérieure dérivant d’unpotentiel classique.
Dans
l’approximation ~t
»1,
cetteéquation
se réduit[7]
àl’équation
de
Smoluchowsky
de solution.C’est-à-dire que les fonctions d’état du
système subquantique associé
au
système quantique
donnéappartiennent
naturellement àl’espace
D’autre
part t)
vérifiel’équation
où si l’on
remplace
F par - c’est-à-dire si on introduit lepotentiel classique
Si on identifie les 2e nombres de
(22)
et(29),
nous constatons que lepotentiel
U dusystème subquantique dépend
alors non seulement dupoten-
tielquantique donné,
mais aussi de l’état décrivant cesystème quantique.
Ce
phénomène
estéquivalent
à celuiqu’on
rencontre enmécanique
sta-tistique classique
où lesgrandeurs macroscopiques (entropie, etc.)
ne déter-minent pas le
système microscopique
considéré. Demême,
lors de l’étudedes états des molécules
diatomiques
traitées par la méthode de R. M. Stem- heimer[8],
on retrouve le faitque l’Hamiltonien dépend
de la fonction d’onde décrivant lesystème.
A titre
d’exemples,
nous avons obtenu pour unpotentiel quantique
har-monique
lespotentiels subquantiques
pour l’état fondamental et lepremier
état excité
(voir appendice).
Finalement,
si nous tentons d’écrire le processus du mouvement brownien dans unsystème
de coordonnéescanoniques (afin
d’utiliser le formalismestatistique
deGibbs),
c’est-à-dire si nous posons que la force deLangevin
F = -
mf3v
+ mA + mF’ dérive d’unpotentiel
ce dernier doit être solu- tion del’équation
Dans
l’approximation
du mouvement sans friction et àpotentiel
indé-pendant
dutemps,
il vient :La méthode d’élimination
qui, ici,
n’aboutit pas, conduitcependant
à n’introduire la vitesse que par l’intermédiaire de la fonction :
On retrouve ici la distribution
d’équilibre.
CONCLUSION
Notre
but,
très limité dans cepremier article,
a été depréciser
les condi-tions dans
lesquelles
onpouvait espérer
établir un formalisme déterministeclassique
non relativiste d’unemécanique subquantique équivalente
à lamécanique quantique.
Nous nous sommes restreints aux considérations concernant le
potentiel.
Nous avons pu alors montrer
qu’une première
démarche(4)
nepouvait
être
poursuivie
pour les raisonsphysiques
etmathématiques
données dans lapremière partie.
Par contre, le formalisme brownien utilisé dans la secondepartie,
nous fournit lapossibilité
de caractériserphysiquement
un ensemblede
systèmes équivalents statistiquement
à unsystème quantique
donné.Enfin,
cette étude n’a été faite que relativement à unprochain
articletraitant du cadre
mathématique
danslequel peuvent apparaître
les « variablescachées » de telles
descriptions subquantiques.
Les structures choisiessont
plus générales
que celles nécessaires auxhypothèses qui
ontpermis
la conclusion du théorème de Von Neumann.
Je remercie M. Flato pour les nombreuses remarques dont il m’a fait
part
et sa constante sollicitude à monégard. J’exprime
ma vive reconnais-sance au
professeur
J. M. Jauch pour sa lecturecritique
de mon manuscrit.APPENDICE
Nous partons de
l’équation (29).
Le
potentiel subquantique W(x)
est défini par :où V est le
potentiel quantique
donné. Nous considérons V de la formeL’équation (1)
à une dimensionpeuts’écrire :
Les solutions de
l’équation
deSchrôdinger correspondantes
sont de la forme :Nous nous sommes limités aux états
Ço
et~1.
A)
Cas de l’étatfondamental :
t:p = exp(- mx203C92/2).
L’équation (3)
s’écrit :Si on
appelle r
et r2 les racines del’équation caractéristique,
lepotentiel
s’écrit :avec
B)
Cas du premier état excité :L’équation (3)
s’écritOr, on sait que
Il vient :
avec
Le
potentiel
est donc de la forme :On
rappelle
que [4] enemployant l’équation (20) (potentiel subquantique
associé au système
canonique perturbé adiabatiquement)
lepotentiel
W’ s’écrit :W’ =
(mkT/h)x2.
On peut
vérifier, enfin,
parinversion, qu’il
n’existe aucun état non trivialqui
permette de rendrecompatible
les formes despotentiels
déterminés par(20)
et(29).
[1]
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Harper, 1957.[2] PRIGOGINE,
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1957.
[3]
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Phys.
Rev., t. 127, 1962, p. 812.[9] N. DUNFORD and J. T. SCHWARTZ, Linear operators,
chap.
13.2.1, p. 1287.[10]
N. DUNFORD and J. T. SCHWARTZ, Linear operators,chap.
12.4.30, p. 1238 etchap.
13.2.14, p. 1295.Manuscrit reçu le 29 novembre 1967.