Chapitre 4
Espaces de Lebesgue
On rappelle qu’unetribu(ou -alg`ebre) sur un ensembleX est une famille Ade parties de X v´erifiant :
(i) ; 2A;
(ii) siA2A, alorsX\A2A;
(iii) si (An)n2N est une suite d’´el´ements deA, alors S
n2NAn2A. Le couple (X,A) est appel´eespace mesurable.
Unemesure(positive) est une application µ:A![0,+1] qui satisfait (i) µ(;) = 0 ;
(ii) si (An)n2N est une suite d’ensembles dansA deux `a deux disjoints,
µ [
n2N
An
!
=
+1X
n=0
µ(An).
Le triplet (X,A, µ) est appel´eespace mesur´e.
Pour les fonctions f : (X,A) ! R on munit implicitement l’espace d’arriv´ee R de la tribu Bor´elienne B(R). Ainsi, f est A-mesurable si f 1(B) 2 A pour tout B 2 B(R) ce qui est encore ´equivalent `af 1(U)2Apour tout ouvertU ⇢R.
4.1 Premi` eres d´ efinitions et propri´ et´ es
D´efinition 4.1.1. Soit 1p 1, on d´efinit
Lp(X) := f :X!RA-mesurable : kfkLp(X)<+1 , o`u
kfkLp(X):=
8>
><
>>
:
✓Z
X|f|pdµ
◆1/p
si 1p < 1, ess sup
x2X |f(x)|= inf{C 0 : µ({|f|> C}) = 0} sip=1. Commen¸cons par ´etablir deux in´egalit´es fondamentales en th´eorie de l’int´egration.
37
Proposition 4.1.2 (In´egalit´e de H¨older). Soient 1 p 1 et p0 1 son exposant conjugu´e d´efini par 1/p+ 1/p0 = 1 (par convention p0 = 1si p=1, et p0 =1 sip= 1).
Si f 2Lp(X) etg2Lp0(X) alorsf g2L1(X) et
kf gkL1(X) kfkLp(X)kgkLp0(X).
D´emonstration. Par concavit´e du logarithme sur ]0,+1[, pour a, b >0 et 1p, p0 <1 avec 1/p+ 1/p0 = 1, on a
log(ab) = log(a) + log(b) = 1
plog(ap) + 1
p0 log(ap0)log
✓1 pap+ 1
p0bp0
◆ .
Par passage `a l’exponentielle, on obtient l’in´egalit´e de Young ab 1
pap+ 1 p0bp0
qui reste vraie pour tout a 0 et b 0. En prenant a = |f(x)|/kfkLp(X) et b =
|g(x)|/kgkLp0(X) et en int´egrant surX, on obtient l’in´egalit´e voulue.
Dans l’un des cas p = 1 ou p = 1, le r´esultat est imm´ediat par d´efinition du sup- essentiel.
Proposition 4.1.3 (In´egalit´e de Minkowski). Pour 1 p 1 et pour tout f, g 2 Lp(X), on a
kf +gkLp(X) kfkLp(X)+kgkLp(X).
D´emonstration. On commence par le cas p=1. Par d´efinition du sup-essentiel,|f(x)| kfkL1(X) et|g(x)| kgkL1(X) pour µ-presque toutx2X, d’o`u
|f(x) +g(x)||f(x)|+|g(x)| kfkL1(X)+kgkL1(X), pourµ-presque tout x2E, et donckf+gkL1(X) kfkL1(X)+kgkL1(X).
Sip= 1, on a
kf+gkL1(X)= Z
E|f+g|dµ Z
X
(|f|+|g|)dµ kfkL1(X)+kgkL1(X). Enfin, si 1< p <1, l’in´egalit´e de H¨older implique que
kf+gkpLp(X) = Z
E|f +g|pdµ= Z
X|f+g||f+g|p 1dµ
Z
X|f||f+g|p 1dµ+ Z
X|g||f+g|p 1dµ
(kfkLp(X)+kgkLp(X))
✓Z
X
(|f +g|p 1)p/(p 1)dµ
◆(p 1)/p
= (kfkLp(X)+kgkLp(X))kf+gkpLp(X)1 , ce qui conclut la preuve de ce r´esultat.
4.1. PREMI `ERES D ´EFINITIONS ET PROPRI ´ET ´ES 39 L’in´egalit´e de Minkowski montre que l’application Lp(X) 3 f 7! kfkLp(X) satisfait l’in´egalit´e triangulaire. Par ailleurs, k fkp = | |kfkp pour tout 2 R et f 2 Lp(X) et k0kLp(X) = 0. Malheureusement, kfkLp(X) = 0 n’implique pas forc´ement que f = 0, ce qui montre que l’applicationLp(X)3f 7! kfkLp(X) ne d´efinit pas une norme sur Lp(X) (c’est en fait une semi-norme). En e↵et, on a le r´esultat suivant qui caract´erise toutes les fonctions de semi-norme nulle :
Proposition 4.1.4. Soit f :X ![0,+1[une fonction A-mesurable telle que Z
X
f dµ= 0.
Alors f(x) = 0 µ-presque pour tout x2X.
D´emonstration. On consid`ere les ensembles mesurables En := {f 1/n}. La suite d’en- sembles (En)n2N est croissante et {f >0}=S1
n=1En. Par cons´equent, 1
nµ(En) Z
En
f dµ Z
E
f dµ= 0,
et donc, µ(En) = 0 pour tout n2N. On en d´eduit par passage `a la limite que µ({f >0}) =µ
[1 n=1
En
!
= lim
n!1µ(En) = 0, ce qui montre bien quef = 0 µ-p.p. dans X.
Etant donn´ees deux fonctions A-mesurables f et g : X ! [ 1,+1], on dit que f ⇠ g, si f(x) = g(x) µ-presque pour tout x 2 X. On peut montrer que ⇠ d´efinit une relation d’´equivalence (r´eflexive, sym´etrique et transitive) dans la classe des fonctions A-mesurables. Les espacesLp(X) peuvent ˆetre rendus norm´es en consid´erant l’espace quo- tientLp(X)/⇠not´e dor´enavantLp(X). Sif 2Lp(E), on notera (temporairement) [f] sa classe d’´equivalence et par d´efinition de la norme dans un espace quotient, on a
k[f]kLp(X)= inf
f2[f]kfkLp(X)=kfkLp(X) pour toutf 2[f].
Par abus de notation, nous identifierons syst´ematiquement une fonction avec sa classe d’´equivalence.
D´efinition 4.1.5. Soit f 2Lp(X), on note
kfkp =kfkLp(X)= 8>
><
>>
:
✓Z
X|f|pdµ
◆1/p
si 1p <1, ess sup
x2X |f(x)| sip=1. Les in´egalit´es de H¨older et Minkowski restent vraies dans les Lp(X).
Proposition 4.1.6 (In´egalit´e de H¨older). Soient 1 p 1 et p0 1 son exposant conjugu´e d´efini par 1/p+ 1/p0 = 1 (par convention p0 = 1si p=1, et p0 =1 sip= 1).
Si f 2Lp(X) et g2Lp0(X) alors f g2L1(X) et kf gk1 kfkpkgkp0.
Proposition 4.1.7 (In´egalit´e de Minkowski). Pour1p 1 et toutf,g2Lp(X), on a
kf +gkp kfkp+kgkp.
Proposition 4.1.8. Pour tout 1 p 1, l’application Lp(X) 3 f 7! kfkp d´efinit une norme surLp(X). De plus, pour p= 2, l’application
(f, g)2L2(X)⇥L2(X)7! hf, gi:=
Z
X
f g dµ.
d´efinit un produit scalaire sur L2(X).
D´emonstration. D’apr`es la Proposition 4.1.4, si kfkp = 0, alors f = 0 µ-p.p. dans X, et donc f = 0 dans Lp(X). Par ailleurs, k fkp = | |kfkp pour tout 2 R et f 2 Lp(X).
Enfin l’in´egalit´e triangulaire n’est autre que l’in´egalit´e de Minkowski.
Si p = 2, l’in´egalit´e de H¨older (Cauchy-Schwarz dans ce cas) assure que l’int´egrale R
Xf g dµ est bien d´efinie pour f et g 2 L2(X). De plus, il s’agit clairement d’une forme bilin´eaire (par lin´earit´e de l’int´egrale) sym´etrique d´efinie positive (d’apr`es la Proposition 4.1.4) ce qui assure que h·,·i est e↵ectivement un produit scalaire surL2(X).
4.2 Compl´ etude
Th´eor`eme 4.2.1 (Riesz-Fischer). Pour tout 1p 1, l’espace Lp(X) est complet.
D´emonstration. Supposons d’abord que 1 p < 1. Soit (fn)n2N une suite de Cauchy dans Lp(X). Grˆace `a la propri´et´e de Cauchy, on construit par r´ecurrence une sous-suite (fnj)j 1 de (fn)n2N ayant la propri´et´e
kfnj+1 fnjkp 2 j pour toutj 1.
Soituk=Pk
j=1|fnj+1 fnj|, alors la suite (uk)k 1 est croissante et kukkp
Xk j=1
2 j 1.
Par cons´equent, le th´eor`eme de la convergence monotone assure que Z
X|u|pdµ= lim
k!+1
Z
X|uk|pdµ1,
4.2. COMPL ´ETUDE 41 o`u l’on a pos´e u := limkuk = P
j 1|fnj+1 fnj|, ce qui montre que u(x) < 1 pour µ-presque toutx2X. On pose
f(x) =
(fn1(x) +P
j 1 fnj+1(x) fnj(x) si P
j 1|fnj+1(x) fnj(x)|<+1,
0 si P
j 1|fnj+1(x) fnj(x)|= +1 La fonctionf ainsi d´efinie est A-mesurable et comme la somme
fn1(x) +X
j 1
fnj+1(x) fnj(x)
se t´el´escope, on en d´eduit que fnj !f µ-p.p. dans X. De plus, le lemme de Fatou assure
que Z
X|f|pdµ Z
X|fn1|pdµ+ Z
X
lim inf
k!+1|uk|pdµ Z
X|fn1|pdµ+ 1<1,
ce que assure que f 2 Lp(X). Comme |fnj| |fn1|+u 2 Lp(X), le th´eor`eme de la convergence domin´ee montre quefnj !f dansLp(X). Montrons que toute la suitefn!f dansLp(X). Soit">0, d’apr`es le crit`ere de Cauchy, il existe un rangN 2Ntel que pour
toutm,n N,kfn fmkp ". Soitjassez grand de sorte quenj N, alors il vient que
kfn fkp kfn fnjkp+kfnj fkp "+kfnj fkp. En faisant tendrej!+1 puis "!0, on obtient la convergence souhait´ee.
Pourp=1, si (fn)n2Nest une suite de Cauchy dansL1(X), alors il existe un ensemble µ-n´egligeableA2A tel que
|fn(x)| kfnk1, |fn(x) fm(x)| kfn fmk1
pour tout x2X\A et toutm, n2N. (4.2.1) Donc six2X\A, (fn(x))n2Nest une suite de Cauchy dansRcomplet, elle admet donc une limite not´eef(x). Par ailleurs, on posef(x) = 0 si x2A. La fonction f ainsi d´efinie est A-mesurable comme limite d’une suite de fonctions mesurables. De plus, comme (fn)n2N est de Cauchy dans L1(X) elle est born´ee. Donc il existe M > 0 tel que kfnk1 M et donc par passage `a la limite dans la premi`ere in´egalit´e de (4.2.1), il vient |f(x)|M µ-presque pour toutx2X soitf 2L1(X). Enfin d’apr`es le crit`ere de Cauchy, pour tout
">0, il existe un rang N 2N tel que pour tout m,n N,kfn fmk1 ". Donc par
passage `a la limite dans la deuxi`eme in´egalit´e de (4.2.1), il vient|fn(x) f(x)|"pour toutn N etµ-presque tout x2X, soitkfn fk1"pour tout n N, ce qui montre quefn!f dans L1(X).
Corollaire 4.2.2. Pour tout 1 p 1, les espaces Lp(X) sont des espaces de Banach et L2(X) est un espace de Hilbert.
4.3 R´ esultats de densit´ e
Th´eor`eme 4.3.1. Pour tout 1p 1 l’ensemble des fonctions ´etag´ees est dense dans Lp(X).
D´emonstration. Soit f 2 Lp(X), en d´ecomposant f = f+ f , on peut supposer sans restreindre la g´en´eralit´e que f 0. Soit (fn)n2N la suite de fonctions ´etag´ees d´efinies de la fa¸con suivante : pour tout n 2 N et k 2 {0, . . . , n2n 1}, on d´efinit les ensembles A-mesurables
En,k:=
⇢
x2X: k
2n f(x)< k+ 1
2n , Fn:={f n}. et pour toutx2X,
fn(x) :=
n2Xn 1 k=0
k
2n En,k(x) +n Fn(x).
On v´erifie que la suite (fn)n2Nest croissante et qu’elle convergeµ-presque partout versf. Si p = 1, alors pour tout n kfk1, on a |fn(x) f(x)| 2 n presque pour tout x2X, et donckfn fk12 n!0.
Si 1 p < 1, comme fn(x) % f(x) pour presque tout x 2 E, on en d´eduit que
|f(x) fn(x)|p !0 et |f(x) fn(x)|p 2pf(x)p µ-presque pour tout x2X, d’o`u par le th´eor`eme de la convergence domin´eekf fnkp !0.
Dans la suite, nous allons nous restreindre au cas de la mesure de Lebesgue, not´ee LN. Afin de montrer un r´esultat de densit´e des fonctions continues dans les espaces de Lebesgue, nous aurons besoin d’une propri´et´e de r´egularit´e de la mesure de Lebesgue.
Proposition 4.3.2. Soit E⇢RN un ensemble Bor´elien, alors
LN(E) = inf{LN(U) : U ouvert avecE ⇢U}= sup{LN(K) : K compact avec K ⇢E}. D´emonstration. La r´egularit´e ext´erieure
LN(E) = inf{LN(U) : U ouvert avec E⇢U}
est une cons´equence imm´ediate de la construction de la mesure de Lebesgue.
Montrons maintenant la r´egularit´e int´erieure
LN(E) = sup{LN(K) : K compact avecK ⇢E}.
On a toujours que LN(E) sup{LN(K) : K compact avecK ⇢ E}. Pour ´etablir la deuxi`eme in´egalit´e, on applique la r´egularit´e ext´erieure `a l’ensemble born´e B(0, n)\E, o`u n 2 N. Pour tout n 2 N, il existe alors un ensemble ouvert Vn B(0, n)\E tel que LN(Vn)LN(B(0, n)\E)+". SoitFn:=Vncqui est un ferm´e satisfaisantFn⇢E[B(0, n)c et
LN((E\Fn)\B(0, n)) =LN((Vn\(Ec))\B(0, n)) =LN(Vn\B(0, n)) LN(B(0, n)\E)".
4.3. R ´ESULTATS DE DENSIT ´E 43 On poseKn=Fn\B(0, n) qui est un ensemble compact satisfaisant Kn⇢E et
LN(E\B(0, n)) = LN((E\Fn)\B(0, n)) +LN(Kn)LN(Kn) +"
sup{LN(K) : K compact avecK ⇢E}+".
Comme par ailleurs,LN(E\B(0, n))!LN(E) on obtient la deuxi`eme in´egalit´e en faisant tendre n!+1 puis"!0.
Cette propri´et´e de r´egularit´e de la mesure de Lebesgue permet de montrer la densit´e des fonctions continues dans les espaces de Lebesgue pourp <1.
Th´eor`eme 4.3.3. Soit ⌦⇢RN un ouvert et 1 p < 1. Alors l’espace Cc(⌦) est dense dansLp(⌦).
D´emonstration. Soit f 2Lp(⌦). D’apr`es le Th´eor`eme4.3.1, pour tout ">0, il existe une fonction ´etag´eegtelle quekf gkp ". On est donc ramen´e `a montrer que toute fonction
´etag´ee `a support compacte peut ˆetre approch´ee par une fonction de Cc(⌦) pour la norme Lp(⌦).
Soit (Kn)n2Nune suite exhaustive de compacts telle queKn⇢K˚n+1 pour toutn2Net
⌦=S
n2NKn. Le Th´eor`eme de la convergence domin´ee assure quekg Kngkp!0 quand n!+1. On peut donc supposer sans restreindre la g´en´eralit´e queg= 0 au voisinage de
@⌦.
Par lin´earit´e, il suffit de consid´erer la fonction caract´eristique d’un ensemble mesurable A tel que A est compact et A ⇢ ⌦ (autrement dit A est `a support compact dans ⌦).
En particulier, comme A est born´e, on a LN(A) < +1. Par cons´equent la Proposition 4.3.2 assure, pour tout " > 0, l’existence d’un ouvert U et d’un compact K tels que
K⇢A⇢U etLN(U\K)". Le Lemme d’Urysohn donne alors l’existence d’une fonction
h2Cc(⌦; [0,1]) telle queh= 1 surK et Supp(h)⇢U. D’o`u, comme K h U, Z
⌦|h A|pdxLN(U\K)",
ce qui conclut la preuve du r´esultat.
Nous allons `a pr´esent am´eliorer le r´esultat pr´ec´edent en montrant que l’ensemble des fonctions r´eguli`eres et `a support compact est dense dans les espaces de Lebesgue. Si⌦est un ouvert de RN l’espace Cc1(⌦) est l’ensemble des fonctions f : ⌦ ! R admettant des d´eriv´ees partielles `a tout ordre et telles que Supp(f) est un compact inclu dans ⌦.
D´efinition 4.3.4. Soit⇢2Cc1(RN) telle que⇢ 0, Supp(⇢)⇢B(0,1) etR
RN⇢(x)dx= 1.
Pour toutn2N, on pose⇢n(x) :=nN⇢(nx) de sorte queR
RN⇢n(x)dx= 1 et Supp(⇢n)⇢ B(0,1n). On dit que (⇢n)n2Nest une suite r´egularisante.
A titre d’exemple, on peut v´erifier que la fonction ⇢:RN !Rd´efinie par
⇢(x) :=c
(ekxk12 1 si kxk<1,
0 si kxk 1,
o`u la constantec:=
✓R
B(0,1)ekxk12 1 dx
◆ 1
, satisfait les propri´et´es requises ci-dessus.
D´efinition 4.3.5. Sif :RN !Rest une fonction localement int´egrable (i.e.dansL1(K), pour tout compactK ⇢RN, et on notef 2L1loc(RN)) on d´efinit le produit de convolution
f ⇤⇢n(x) :=
Z
RN⇢n(x y)f(y)dy= Z
RNf(x y)⇢n(y)dy pour toutx2RN. Remarque 4.3.6. Notons que l’int´egrale est bien d´efnie car y 7! ⇢n(x y) s’annule en dehors de B(x,1n), elle est born´ee sur cet ensemble et f est int´egrable sur cet ensemble.
Lemme 4.3.7. Si f 2L1loc(RN), alors f⇤⇢n2C1(RN). De plus
— sif 2Cc(RN), alorsf⇤⇢n2Cc1(RN),Supp(f⇤⇢n)⇢Supp(f)+B(0,1n)etf⇤⇢n!f dans Lp(RN) pour tout 1p 1;
— si f 2Lp(RN), alors f⇤⇢n!f dans Lp(RN) pour tout 1p <1.
D´emonstration. Montrons d’abord quef⇤⇢nest de classeC1. On montre par convergence domin´ee que f ⇤⇢n est continue sur RN. Montrons `a pr´esent qu’elle admet des d´eriv´ees partielles d’ordre 1. Soith2Ravec |h|<1, en notant{e1, . . . , eN} la base canonique de RN, on calcule
f⇤⇢n(x+hei) f⇤⇢n(x)
h =
Z
RN
⇢n(x+hei y) ⇢n(x y)
h f(y)dy.
Pour presque touty2R, on a ⇢n(x+h y)h ⇢n(x y)f(y)!@xi⇢n(x y)f(y) quandh!0 car
⇢nest di↵´erentiable surRN. Par ailleurs, le Th´eor`eme des accroissements finis montre que pour presque touty2RN, on a ⇢n(x+hei hy) ⇢n(x y)f(y) maxRN|@xi⇢n| B(x,2)(y)|f(y)| car ⇢n(x+y hei) = ⇢n(x y) = 0 si |y x| > 2. Notons que @xi⇢n ´etant ´egalement Cc1(RN) elle est born´ee sur RN ce qui montre que maxRN|@xi⇢n| B(x,2)|f|2L1(RN). Le Th´eor`eme de la convergence domin´ee montre alors que
hlim!0
f⇤⇢n(x+hei) f ⇤⇢n(x)
h =
Z
RN@xi⇢n(x y)f(y)dy,
ce qui montre quef⇤⇢nadmet des d´eriv´ees partielles d’ordre 1 et@xi(f⇤⇢n) =f⇤(@xi⇢n) pour tout 1 i N. On montre de nouveau par convergence domin´ee que toutes les d´eriv´ees partielles d’ordre 1 sont continues sur RN, ce qui ´etablit que f⇤⇢n est de classe C1 surRN. Par r´ecurrence, on montre ainsi que f ⇤⇢n est de classeC1 sur RN.
Sif 2Cc(RN), alors il existe R >0 tel que Supp(f)⇢B(0, R). Comme f est continue sur le compact B(0, R) (et donc born´ee) et nulle `a l’ext´erieur de B(0, R), f 2 L1loc(RN).
De plus si x 62 Supp(f) + Supp(⇢n) et y 2 Supp(⇢n), alors x y 62 Supp(f) et donc f(x y) = 0. Par cons´equent,
f⇤⇢n(x) = Z
RNf(x y)⇢n(y)dy= Z
Supp(⇢n)
f(x y)⇢n(y)dy= 0,
ce qui montre que le support def⇤⇢n(qui est toujours un ferm´e) est inclu dans Supp(f) + Supp(⇢n) = Supp(f) +B(0,1n) et en particulier que f 2 Cc1(RN). Comme f est uni- form´ement continue, pour tout " > 0 il existe un > 0 tels que kx x0k implique
4.3. R ´ESULTATS DE DENSIT ´E 45
|f(x) f(x0)|". Soit n0 2Nassez grand de sorte que 1/n pour tout n n0. Donc
pour tout y 2B(0,n1), on a |f(x) f(x y)|". On multiplie alors cette in´egalit´e par
⇢n(y) 0, puis on int`egre surRN,
|f(x) f⇤⇢n(x)| = Z
RN(f(x) f(x y))⇢n(y)dy
Z
RN|f(x) f(x y)|⇢n(y)dy", (4.3.1)
o`u l’on a utilis´e le fait que R
RN⇢n(y)dy = 1. On a donc montr´e que, pour tout "> 0, il existe unn0 2N (qui ne d´epend que de donc") tels que pour tout n n0 et pour tout
x2R,|f(x) f⇤⇢n(x)|", ce qui montre quef⇤⇢n!f uniform´ement surRN et donc
dansL1(RN). Si 1p <1, comme f(x) =f⇤⇢n(x) = 0 si |x|> R+n1, on peut ´elever l’expression (4.3.1) `a la puissancep, puis par int´egration,
Z
RN|f(x) f⇤⇢n(x)|pdx= Z
B(0,R+n1)|f(x) f⇤⇢n(x)|pdx"pLN(B(0, R+ 1)), (4.3.2) ce qui montre ´egalement que f⇤⇢n!f dansLp(RN) pour tout 1p <1.
Supposons enfin quef 2Lp(RN), pour 1p <1. D’apr`es l’in´egalit´e de H¨older, pour tout compact K⇢RN,
Z
K|f(x)|dx kfkpLN(K)1 1/p<1,
ce qui prouve que f 2 L1loc(RN), et donc que le produit de convolution f ⇤⇢n est bien d´efini. D’apr`es le Th´eor`eme4.3.3, pour tout ">0 il existe une fonctiong 2Cc(RN) telle
quekf gkp ". Par ailleurs, d’apr`es (4.3.2), on akg g⇤⇢nkp "pour nassez grand.
Par cons´equent,
kf f⇤⇢nkp kf gkp+kg g⇤⇢nkp+k(g f)⇤⇢nkp 2"+k(g f)⇤⇢nkp. Or, d’apr`es l’in´egalit´e de H¨older et le fait queR
RN⇢n(y)dy= 1,
|(g f)⇤⇢n(x)|p = Z
RN
(g(x y) f(x y))⇢n(y)dy
p
= Z
RN(g(x y) f(x y))⇢n(y)1/p⇢n(y)1/p0dy
p
Z
RN|g(x y) f(x y)|p⇢n(y)dy,
puis, en int´egrant par rapport `ax et en appliquant le th´eor`eme de Fubini-Tonelli, il vient que
k(g f)⇤⇢nkpp Z
RN
✓Z
RN|g(x y) f(x y)|pdx
◆
⇢n(y)dy=kg fkpp. Par cons´equent,kf f⇤⇢nkp 3", ce qui conclut la preuve du lemme.
Corollaire 4.3.8. Soit ⌦⇢RN un ouvert et 1p <1. Alors l’espace Cc1(⌦) est dense dansLp(⌦).
D´emonstration. D’apr`es le Th´eor`eme 4.3.3, pour tout f 2Lp(⌦) et tout "> 0, il existe ung2Cc(⌦) tel quekf gkp ". On ´etendg par z´ero en dehors de⌦ et on note ˜g cette extension. Alors ˜g2Cc(RN) et Supp(˜g)⇢⌦. D’apr`es le Lemme4.3.7, on peut choisirn0 2 Nsuffisamment grand de sorte que pour toutn n0, Supp(˜g⇤⇢n)⇢Supp(˜g)+B(0,n1)⇢⌦ etkg˜⇤⇢n ˜gkp ". Finalement, on obtient quefn:= ˜g⇤⇢n|⌦ 2Cc1(⌦) et
kf fnkp kf gkp+kg g˜⇤⇢nkp 2", ce qui conclut la preuve du corollaire.
4.4 S´ eparabilit´ e
Nous somme `a pr´esent en mesure de discuter la s´eparabilit´e des espaces de Lebesgue.
Proposition 4.4.1. Soit ⌦ un ouvert de RN et 1 p < 1. Alors l’espace Lp(⌦) est s´eparable.
D´emonstration. Soit (Kn)n2N une suite exhaustive de compact, i.e., Kn ⇢ K˚n+1 pour toutn2N et⌦=S
n2NKn. D’apr`es le Corollaire 2.2.5,C(Kn) est s´eparable par rapport
`
a la norme uniforme surKn. Or les ensemblesKn ´etant born´es, la convergence uniforme surKn implique la convergence dans Lp(Kn) pour tout 1p <1 car
Z
Kn
|f g|pdxLN(Kn) sup
Kn
|f g|p pour toutf, g 2C(Kn).
Par cons´equent, l’espaceC(Kn) est s´eparable pour la convergence dansLp(Kn). Pour tout n2N, il existe donc un ensemble Dn d´enombrable dense dansC(Kn) pour la convergence dansLp(Kn).
Posons D:=S
nDn qui est par cons´equent d´enombrable. Si l’on ´enum`ere les ´el´ements deD en une suite (fi)i2N, chacune des fonctionsfi est une fonction continue sur un sous- ensemble compact de ⌦. On ´etend alors fi par z´ero sur ⌦, et on note ˜fi cette extension qui n’est a priori plus continue mais toutefois dans Lp(⌦). L’ensemble ˜D:= {f˜i}i2N est alors un sous-ensemble d´enombrable deLp(⌦). Montrons qu’il est dense dansLp(⌦). Pour ce faire, soit f 2 Lp(⌦) et "> 0. D’apr`es le Th´eor`eme 4.3.3, il existe g 2 Cc(⌦) tel que
kf gkLp(⌦) ". Ensuite il existe un n 2 N tel que Supp(g) ⇢ Kn. Donc il existe un
h2Dn tel que kg hkLp(Kn) ". Soit ˜h l’extension par z´ero de h sur⌦. Alors ˜h 2D˜ et commeg= 0 sur ⌦\Kn, il vient
Z
⌦|˜h g|pdx= Z
Kn
|h g|pdx"p.
Finalement, on a que kf h˜kLp(⌦) kf gkLp(⌦)+kg ˜hkLp(⌦)2", ce qui montre la densit´e de ˜D dansLp(⌦).
4.5. CRIT `ERE DE COMPACIT ´E 47 Proposition 4.4.2. Soit ⌦un ouvert de RN. L’espace L1(⌦) n’est pas s´eparable.
D´emonstration. Soit X := { B(x,r) : B(x, r) ⇢ ⌦} qui est une famille non d´enombrable de L1(⌦). Si , 0 2 X sont telles que 6= 0, alors k 0k1 = 1. Supposons qu’il existe un sous-ensemble D ={fn}n2N de L1(⌦) d´enombrable et dense. Soit :X ! N l’application qui `a chaque 2Xassocie le plus petit entiern2Ntel quek fnk11/3.
Cette application est bien d´efinie par densit´e de D dans L1(⌦). Supposons maintenant que ( 1) = ( 2) =n, alorsk 1 fnk11/3 etk 2 fnk11/3, ce qui implique par l’in´egalit´e triangulaire quek 1 2k12/3<1. Comme 1et 22Xsont des fonctions caract´eristiques, alors n´ecessairement 1 = 2 dansL1(⌦) ce qui montre l’injectivit´e de
. L’ensembleX ´etant non d´enombrable, on aboutit `a une contradition.
4.5 Crit` ere de compacit´ e
Pour finir, nous ´etablissons un crit`ere compacit´e dans les espaces de Lebesgue.
Th´eor`eme 4.5.1 (Riesz-Fr´echet-Kolmogorov). Soit (fn)n2N une suite de fonctions dansLp(RN), avec 1p <1, telle que
(i) sup
n2NkfnkLp(RN)<+1; (ii) sup
kyk
sup
n2N
Z
RN|fn(x+y) fn(x)|pdx!0 quand !0.
Alors, pour tout compact K ⇢ RN, la suite (fn|K)n2N admet une sous-suite convergente dansLp(K).
D´emonstration. Soit (⇢k)k2Nune suite r´egularisante comme dans la D´efinition4.3.4. Pour tout k 2 N, on consid`ere la suite (fn⇤⇢k|K)n2N de fonctions dans C(K). Nous allons montrer que pour tout k 2 N, la suite (fn⇤⇢k|K)n2N admet une sous-suite convergente dans C(K). Pour faire, nous allons appliquer le th´eor`eme d’Ascoli-Arzela. Tout d’abord d’apr`es l’in´egalit´e de H¨older, pour tout x2K, on a
|fn⇤⇢k(x)| Z
RN|fn(x y)|⇢k(y)dy kfnkLp(RN)k⇢kkLp0(RN)Ck,
o`u, d’apr`es l’hypoth`ese (i), la constanteCk>0 est ind´ependante denet dex. Par ailleurs, six etx02K,
|fn⇤⇢k(x) fn⇤⇢k(x0)| Z
RN|fn(x y) fn(x0 y)|⇢k(y)dy
= Z
RN|fn(x x0+z) fn(z)|⇢k(x0 z)dz
k⇢kkLp0(RN) sup
kykkx x0k
sup
n2N
Z
RN|fn(z+y) fn(z)|pdz
!1/p
= !k(kx x0k),
o`u, d’apr`es l’hypoth`ese (ii), !k(t) ! 0 quand t ! 0+, ce qui montre l’uniforme ´equi- continuit´e de la suite (fn⇤⇢k|K)n2N. Le Th´eor`eme d’Ascoli-Arzela combin´e avec un prin- cipe d’extraction diagonal assure l’existence d’une sous-suite (f (n)⇤⇢k|K)n2Nqui converge dans C(K) pour tout k 2 N. Comme K est born´e on en d´eduit que (f (n)⇤⇢k
|K)n2N converge dansLp(K).
Nous allons `a pr´esent montrer que la sous-suite (f (n))n2N est de Cauchy dans Lp(K) ce qui montrera qu’elle converge dans cet espace par le Th´eor`eme de Riesz-Fisher. Pour ce faire, on ´ecrit grˆace `a l’in´egalit´e triangulaire que
kf (n) f (m)kLp(K) kf (n) f (n)⇤⇢kkLp(K)
+kf (n)⇤⇢k f (m)⇤⇢kkLp(K)+kf (m) f (m)⇤⇢kkLp(K). (4.5.1) Comme Supp(⇢k)⇢B(0,1k) et R
RN⇢k(y)dy= 1,
|f (n)(x) f (n)⇤⇢k(x)| Z
B(0,1k)|f (n)(x) f (n)(x y)|⇢k(y)dy.
En ´elevant l’in´egalit´e pr´ec´edente `a la puissance p, en int´egrant par rapport `a x2K et en appliquant l’in´egalit´e de H¨older et le Th´eor`eme de Fubini-Tonelli, il vient
Z
K|f (n)(x) f (n)⇤⇢k(x)|pdx Z
B(0,k1)
✓Z
K|f (n)(x) f (n)(x y)|pdx
◆
⇢k(y)dy
sup
kyk1/k
sup
n2N
Z
K|fn(x) fn(x y)|pdx.
D’apr`es l’hypoth`ese (ii), on en d´eduit alors que
k!+1lim sup
n2N
Z
K|f (n)(x) f (n)⇤⇢k(x)|pdx= 0.
Par cons´equent, si">0, on peut donc trouver unk0 2Ntel que sup
n2N
Z
K|f (n)(x) f (n)⇤⇢k0(x)|dx "
3. La suite (f (n)⇤⇢k0
|K)n2N´etant convergente dansLp(K), elle y est de Cauchy et on peut trouver unN0 2Ntel que pour tout m,n N0,
kf (n)⇤⇢k0 f (m)⇤⇢k0kLp(K) "
3.
Donc sim,n N0, (4.5.1) donnekf (n) f (m)kLp(K) ", ce qui montre que (f (n))n2N est Cauchy dansLp(K), et donc qu’elle converge dans cet espace.