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Les forces de polarisabilité dans les cristaux
A. Herpin
To cite this version:
611.
LES FORCES DE
POLARISABILITÉ
DANS LES CRISTAUXPar A.
HERPIN,
Service de Physique mathématique,
Centre d’Études nucléaires de
Saclay.
Sommaire. - Dans ce
travail, on cherche à mettre en évidence l’influence de la polarisabilité
des ions sur l’évaluation des forces interioniques dans un cristal ionique. Le champ cristallin polarise
les ions qui peuvent ainsi agir sur les ions voisins. Il en résulte une force interionique couplant les ions trois par trois. On montre qu’à l’approximation dipolaire une telle force ne peut se manifester, dans
un réseau centré, que pour des vibrations très générales du solide; à l’approximation quadrupolaire, elle contribue à l’énergie de déformation, donc aux coefficients élastiques statiques. Un calcul
numé-rique, fait dans ce cas, montre que ces forces interprètent bien ces écarts aux relations de Cauchy. LE JOURNAL DE PHYSIQUE ET LE RADIUM. TOME
14,
NOVEMBRE1953,
1. Introduction. - Dès la création de la théorie
de
l’élasticité,
Cauchy
[1]
a cherché à rattacherl’élasticité
macroscopique
auxpropriétés
atomiques
de la
matière,
endéveloppant
la théorie dite o à coef- .ficients raréfiés ». Les
hypothèses
de base sont lessuivantes : ,
a. Les forces
interatomiques
sont , des forcess’exerçant
parpaires
d’atomes,
et dérivant d’unpotentiel
qui
nedépend
que de la distance des deuxatomes
(1);
’b.
Les
atomes sedéplacent,
au cours de ladéfor-mation,
comme s’ilsappartenaient
à un continuum.On
peut
alors montrer que les coefficients d’élas-ticité doivent être liés par des relationssupplé-mentaires
appelées
relations deCauchy.
Orl’expé-rience dément cette conclusion. Dans le cas des
métaux,
iln’y
a pas trace des relations deCauchy,
alors que dans le cas des cristauxioniques
les écartssont de
quelques
pour-cent,
comme le montre letableau I. Ce sont ces écarts que nous
allons
chercherà
expliquer.
TABLEAU I.
Poisson
[4]
tenta de se débarrasserdes relations
(1) Par la suite, nous donnerons à ces forces le nom de
forces de Born, car elles sont à. la base de sa théorie des
solides [2].
de
Cauchy
enintroduisant
des moléculespolyédriques
pourlesquelles
les forces ne dérivaientplus
d’unpotentiel
central,
et il retrouvait ainsi descoefpl-cients d’élasticité
indépendants. Cependant
la théoriemoléculaire de la matière rendait fort difficile
l’inter-prétation physique
des résultats dePoisson,
puisque
les ions normaux sont formés d’un
noyau
entouré par uneatmosphère
électronique
àsymétrie
sphé-rique
ainsi. que le montre la détermination desdensités
électroniques
au moyen des rayons X[3].
Fige.
C’est
Voigt [5]
et Max Born[2] qui
ontapporté
une solution au moins
partielle
à ceproblème
enintroduisant les réseaux avec base. Ceux-ci sont
formés de
plusieurs
réseauxsimples,
chacun étantpeuplé
par des ionssemblables
oudifférents,
maisnon congruents.
Lafigure i représente
un tel réseau. Dans une déformationlinéaire,
chaque
réseausimple
se déforme comme s’il
appartenait
à uncontinuum,
, alors
qu’un vecteur joignant
deux ions noncongruents
se déforme d’une autre manière.
L’hypothèse b
n’étant
plus
satisfaite,
iln’y
aplus
de relations deCauchy.
Cependant,
onpeut
montrer[2],
[6]
quelorsque
chaque
ion d’un réseau avec base est uncentre de
symétrie (2),
l’ensemble du réseau sedéforme comme s’il
appartenait
à uncont,inuum.
Le tableau I montre d’ailleurs que, dans ce cas,
l’écart aux relations de
Cauchy
estplus
faible. Ces(2) ,Nous appellerons de tels réseaux des réseaux c.
écarts ne
peuvent
êtreinterprétés
qu’en ajoutant
une
hypothèse
physique supplémentaire, la
défor-mabilité des ions dans le
champ
cristallin,
déforma-bilitéqui
est liée à lapolarisabilité
de l’ion.2. Classification des forces
interioniques.
-Dans le calcul des
énergies
decohésion,
de même que dans lescalçuls
desspectres
de vibration descristaux,
on utilise habituellement[7]
troistypes
de forces de Born.
a. Forces coulombiennes. - Ce sont les forces
attractives ou
répulsives
provenant
des interactionsélectrostatiques
classiques
entre les ions. Ceux-ci étant àsymétrie sphérique,
ces forces dérivent dupotentiel
,za et zi, étant les valences des ions a et b à la
distance rab.
b. Forces
répulsives.
-Lorsque
lesatmosphères
électroniques
se recouvrentpartiellement,
il enrésulte une force de
répulsion
entre les ions dont le calculrigoureux
est trèscompliqué :
il faut tenircompte
de la force derépulsion
entre les électronset des forces
d’échange.
Une évaluationgrossière
de L.Pauling [8],
d’ailleurs confirméepar
des calculsplus
élaborés de R. Landshoff[91
etHylleras [10]
montre que ces forces sont assez bien
représentées
par un
potentiel exponentiel :
ba/)
et par, étant deux constantescaractéristiques
desions
(a)
et(b).
La valeur de p, de l’ordre de o,3ik,
implique
que ces forces ne s’exercentqu’entre plus
proches
voisins.c. Forces de Van der Waals. - Ce sont des forces
attractives dont
l’origine
estdéjà
lapolarisabilité
desions,
comme
l’a montré F. London[11].
Nous les retrouveronsplus
loin et nous verrons que l’onpeut
les classer en forcesdipôle-dipôle
(décrois-sance enr-13),
forcesdipôle-quadrupôle
(décrois-sance
en, r-8),
forcesquadrupôle-quadrupôle
(décrois-sance enr-10),
ainsi que l’a faitMargenau
[12]
A ces
forces,
maintenantclassiques,
maisinca-pables d’expliquer
l’ensemble desphénomènes,
il est nécessaired’ajouter
d’autres forces.d. Forces de
polarisation.
-- Dans lecristal,
chaque
ion se trouve
placé
dans lechamp
cristallinproduit
par tous les autres.
Lorsque
les ions sontdéplacés
de leur
position d’équilibre,
cechamp
estmodifié,
entraînant une
polarisation
des ions. Cettepolari-sation
produit
unchamp
qui agit
sur les ions d’unemanière
directe,
puisque
ceux-ci sontchargés.
Lechamp
cristallin intervenant d’une manièredirecte,
la force résultante n’estplus
une force de Bornqui
implique
une action parpaires.
Cette force depola-risation est différente de la force de Van der
Waals,
qui
a été calculée pour des atomesneutres,
l’inter-action se faisant par l’intermédiaire desdipôles
induits,
etappliquée
brutalement aux cristauxioniques [13J.
3.
Opérateur
d’interaction entre deux ions.- Considérons
un cristal formé d’ions a,
b,
c, ....L’ion est formé
d’un
noyau decharge
eZa,
entouréde
Na
électrons;
sa valence estL’énergie
potentielle
d’interactionpeut
s’écrireavec des notations évidentes :
Nous allons maintenant
développer
cetteexpres-sion en fonction des
puissances
de pi et Pk,dis-tances des
électrons
et k aux noyaux A et BFig. 2.
(fig.
2).
Onobtient,
enxegr’oupant
convenablement les termes lepotentiel
d’interaction entre les deux613
en
posant
Précisons que rab
représente
la distance entre lespositions
instantanéesdes,ions
a et b..
4. Forme
générale
del’énergie
d’interaction.- On
part
des fonctions d’onde des ions libres calculées par la méthode duchamp
self-consistent,
et l’oncherche
à évaluer les différentesperturbations
apportées
par laprésence
des autres. ions. D’unemanière
générale,
l’énergie
d’interaction est donnée paren
désignant
par o l’état fondamental etpar À
lesétats excités. Le
premier
terme est calculable d’une manièrerigoureuse
et l’a été par R. Landshoff[9]
et
Hylleras
[101
dans le cas de CINa et LiH. Ils aboutissent à des forces de Born dutype
le second terme étant assez bien
représenté
par uneexpression
semblable à(2).
Pour le calcul de
l’approximation
suivante,
noussupposerons tout d’abord que la fonction d’onde du cristal
peut
se mettre sous la formeRemarquons
que nous avons le droit d’utiliser àl’approximation
zéro une telle fonction d’ondequi
traduit
l’indépendance
des différentsions,
lesinteractions n’étant que des
perturbations
quenous
devons
calculer.Wjf«>
représente
un état excitéde
l’ion
a, le fondamental étant(D,(».
Les termes les
plus importants
à considérer serontceux
qui
ne font intervenir que lespremiers
étatsexcités du
cristal,
danslesquels
un seul ion se trouvedans un état
excité,
les autres étant dans leur étatfondamental.
On
obtient ainsi :soit,
en utilisant(7) :
Remarquons
dès maintenant que nous sommes àun ordre
d’approximation
moins élevé que London dans sa théorie des forces moléculaires. Eneffet,
dans le cas d’atomes neutres, tous les termes que
nous venons d’écrire étaient
nuls,
et il fautprendre
en
charge
la secondeligne
de(7),
qui
nécessite laconsidération
d’états excités du cristal danslesquels
deux ions sont dans un état excité. On obtient :
Cette
expression
diffèreprofondément
de(13)
en ce que nous ne voyonsfigurer
que deux ions a etb,
sans aucunesommation,
cequi
conduira à uncou-plage
parpaires,
alors que la sommation sur bqui
figure
dans(13)
introduira lecQuplage plus général
trois par trois. D’autrepart,
on voitfigurer
dans(14)
le
produit
despolarisations,
cequi
laisse à penserque
l’approximation
dipolaire
de lathéorie
deLondon’doit
correspondre
àl’approximation
quadru-polaire
de la théorie que nousdéveloppons.
5.
Couplage dipolaire.
- Prenons tout d’aborden
compte
les transitions0 ~ 03BBa
auxquelles
corres-pondent
des éléments de matrice dudipôle
Pu
nonnuls. On obtient
alors,
ennégligeant
les termesquadrupolaires :
Les ions étant à
symétrie sphérique,
tous les états sontdégénérés
et nous devonsprendre
la moyenne sur tous les étatsdégénérés;
en d’autres termes,chaque
état excité est défini par un nombrequan-tique magnéquan-tique Fa
et par d’autres nombresquan-tiques
symbolisés
par va.L’énergie
nedépendant
que de va, nous devons
prendre
la moyenne pourtoutes les valeurs de Fa. En tenant
compte
de lasymétrie sphérique :
d’où finalement
Il est difficile de calculer
Eva
et
o
1 Pal Va
),
ce
qui
nécessiterait la connaissance des fonctionsd’onde des états
excités,
aussi introduisons-nous unece
qui
donne pour lepotentiel
cristallin6. Potentiel
élastique dipolaire.
- Dans laformule
(19),
rab et rac sont les distances entre lespositions
instantanées des ions.Désignons
par Uableurs
déplacements
relatifs hors de leurspositions
d’équilibre :
On
peut
mettre lepotentiel
cristallin sous la forme(D(D)
estla,
contribution des forces de déformationà
l’énergie potentielle
du cristal. Il est. facile de voir que, sichaque
ion est un centre desymétrie
ducristal
(réseau C)
(f)bD)
estnul,
ainsi que(D(D),
et ilne reste
plus,
dans(D2(D)
que les termes des deuxdernières
lignes qui
correspondent
à uncouplage
dissymétrique
faisant intervenir les ions trois partrois.
Nous
reviendronsplus
tard sur la discussion de ces termes.Les
forces
depolarisabilité,
réduites au casdipolaire,
n’apportent
pas de contribution àl’énergie
d’un réseau C.De
plus,
dans unedéformation linéaire,
chaque
atome d’un réseau C reste un centre de
symétrie,
et
%D(")
est nul dans ce cas. Il en résulte’ queles
forces
depolarisabilité dipolaires
nejouent
pas surles
coefficients élastiques
statiques.
Nous n’aurons donc à faire
intervenir
lapolarisa-bilité
dipolaire
que dans deuxcas :
a. Pour des réseaux
plus
généraux
que lesréseaux
C,
tels ceux de la fluorine ou de lablende;
b. Dans le calcul des vibrations de tous les
types
de réseaux. On doit enparticulier
en tenircompte
dans l’évaluation des coefficients
élastiques
dyna-miques
telsqu’ils
ont été définis par M. J. Laval[6].
7.Couplage quadrupolaire.
2013 Nous allonsmaintenant faire intervenir
les
transitions o- ).i
dans
lesquelles
lemoment
quadrupolaire
a deséléments de matrice non nuls. Elles nous donnent
De même que dans les transitions
dipolaires,
nousdevons
prendre
les valeurs moyennes sur tous lesétats
dégénérés.
On obtient ainsi :Pour obtenir
l’énergie
potentielle
etl’énergie
élastique,
il ne resteplus
qu’à développer
(D(Q)suivant les
puissances
desdéplacements
relatifs.615
Cette
formule,
extrêmementgénérale,
prend
uneforme
plus
simple
pour des réseauxparticuliers.
Nous considérerons successivement
l’énergie
poten-tielle et
l’énergie
élastique.
8.
Énergie
potentielle.
- Ellen’est pas
nulle,
même dans le cas des réseaux C. Onpeut
la mettre sous la formeConsidérons le cas
plus particulier
d’un réseaucubique holoédrique
ouhémiédrique
centré. On faitla sommation par couches entourant a que l’on
désigne
parB,
C. Surchaque
couche il y a nB ionsde la même
espèce
et l’onreprésente
par tUB lerapport
48 ,
degré
dedégénérescence
de lacouche,
nB
Soit
Oj
uneopération
de recouvrement dusystème
cubique (j
=1, 2, ...,
48).
La formule(26)
peut
s’écrire
)
La dernière
sommation,
prise
sur tous les ions ) de la coucheB,
peut
s’écrireSoient x,
y, z,x’,
y’,
z’ les cosinus directeursOn
trouve,
en- tenantcompte
des relationsévidentes,
’L’énergie potentielle
dedéformation
estdonc
nulle pour un réseau Cappartenant
ausystème cubique.
Pour,
dans ce cas, obtenir uneénergie
potentielle
nonnulle,
il faudrait pousser ledéveloppement
jusqu’au couplage
octupolaire.
Avant de commencer l’étude de
l’énergie
élas-tique,
nous allons montrer que, dans le cas desréseaux
C,
l’énergie
linéaire
est nécessairement nulle.En,
effet,
il est facile de voir que dans ce cas,l’expression
(25 b)
peut
se mettre sous la formesuivante,
tous les autres termes étant nuls :La sommation sur c, faite par
couches,
commenous venons de le faire pour
l’image
potentielle,
nous donne
Cette
expression
n’est pas différente de celle quel’on obtiendrait avec des forces de
Born,
cequi
démontre la
proposition
avancée. Eneffet,
touteexpression
de la formeest nulle pour tous les réseaux
C,
si C,b nedépend
que de la nature des ions a et b et de leur
distance,
quels
que soient lesdéplacements.
La condition de nullité de(D1
est donctoujours remplie.
Elle estdistincte de la condition de minimum de
l’énergie
potentielle qui
fixe les dimensions de la maille.9.
Énergie
élastique
àl’approximation
qua-drupolaire.
- Dans lecas d’un réseau
quelconque,
l’énergie élastique garde
uneexpression
trèscompli-quée
que l’onpeut
obtenir endéveloppant
lafor-mule
(25
c).
Nous
ne ferons cedéveloppement
que dans le cas des réseauxcubiques
C. Eneffet,
pourles réseaux,
plus
généraux,
tels .que celui de lafluorine,
il n’est pas nécessaire d’utiliserl’approxi-mation
quadrupolaire, puisque
les termes lesplus
importants
seront obtenus àl’approximation
dipo-laie,
qui
est notablementplus
simple.
Deplus,
nous cherchons à comparer nos résultats aux
données
expérimentales,
et lescristaux, ioniques
les mieux étudiés sont leshalogénures
alcalins dont les réseauxsont
cubiques
centrés oucubiques
à faces centrées. Onpeut
tout d’abord montrer,toujours
par la même méthode de sommation parcouches,
que lasomme de tous les termes de la
première parenthèse
de(25
c)
est nulle. Il est intéressant de remarquerque cette
partie
contenait lesdéplacements
sous laforme normale
U"b Uab,
produit
desdéplacements
relatifs de deuxions,
alors que les termes restantsne contiennent que des
produits
de la formeUaab
UBac,
produit
desdéplacements relatifs
de trois ions. Nousmettrons donc
l’énergie élastique
sous la forme,1; eb
étant un coefficient sans dimensionsqui
nedépend
que des cosinus directeurs deRab
et deRue,
que nousdésignerons
parxab
etx2,
(oc
=I, 2,3).
On
peut
encore écrire(j)(:?)
sous la formeplus
habituelle :
Soit,
en tenantcompte
de cè queC’lr3 .
estsymé-trique
parrapport
auxcouples
d’indices(a, b)
et (p, c)
---- ---
-On voit sur
l’expression
(36)
querj§/3
estimpair
par
rapport
à Xab . et x,,.. Considéronsdeux
ions617 ion c
correspond
un ion c’ tel que xIe = -xfc,’
donc tel que
Il en résulte que, dans un réseau
C,
(39)
se réduit àavec comme seule condition de
symétrie
évidentePrenons maintenant en
charge,
dans(37),
lestermes pour
lesquels /
=g. On trouve par identi-fication
Dans le cas d’un réseau
C,
lepremier
termedisparaît
pour la même raisond’antisymétrie,
et il resteOn vérifie
bien,
dans le casgénéral
comme danscelui des réseaux
C,
queCette
condition
estindispensable
pourqu’une
translation d’ensemble du réseau ne modifie pas lavaleur
de
l’énergie
potentielle.
10.
Symétrie
de la matrice des coefficientsélastiques.
-Lorsque
l’on utilise des forces deBorn,
la forces’exerçant
entre deux ionsf et g
dérive du
potentiel Oj, (Rfg)
et les coefficientsélastiques microscopiques
C ont pourexpression
ce
qui implique
lasymétrie
de la matrice descoeffi-cients
élastiques microscopiques
Cette
condition, évidente,
est nécessaire pour tousles
types
de forcess’exerçant
parpaires
et est reliéeà
l’égalité
de l’action et de la réaction. Mais nousvoyons que les forces de
polarisation
ne s’exercentpas par
paires,
elles font au contraire intervenirles
ions trois par trois. Il n’est
plus
alorsquestion
d’unerelation de
symétrie
telle que(47),
ainsiqu’il
est facile de le voir directement sur la formule(36).
Donc,
même pour les réseaux C’appartenant
ausystème
cubique
la matrice descoefficients élastiques
à deux ionsquelconques
n’est passymétrique.
Nous
allons,
dans le cas des cristauxcubiques,
chercher
systématiquement
la forme de cette matricepour toutes les
positions
possibles
des ionsconsi-dérés que nous noterons A et B.
A. IONS DE MÊME NATURE. - Dans ce
cas, la
matriceest
symétrique.
Eneffet,
à tout ion acorrespond
union a’ de même nature tel que
RaA
.--.,-Ra’ A
etun ion a"
également
de même nature tel que,Ra"B = - RaA
(fig.
3).
Considérons la contributionFig. 3.
des ions a et a" à un terme de
CxbAB,
parexemple
celui que l’on obtient enprenant
dansFA
leterme - 9
xaAa
XaBp:
10 J
soit,
puisque a
et a’ sont de même nature et queRalf
A =Ra’B, Ra"B
=RaA,
ou, en tenant
compte
de ce quec’est-à-dire une
expression
symétrique
en oc etP.
Le même raisonnement
peut
sefaire,
pour tous lestermes de
CapAb.
Donc,
dans tous les réseauxcentrés,
la matrice descoefficient élastiques correspondant
à deux ions de même nature estsymétrique.
B. IONS DE NATURE DIFFÉRENTE. - On
ne
peut
plus
obtenir de matricesymétrique
que dans des casparticuliers.
Eneffet,
la démonstration que nousvenons de donner n’est
plus
valableparce
que,dans ce cas, les ions a et a" sont de nature différente
et
Q"a
n’estplus
égal
àQa.
Nous avons étudié lastructure de cette
matrice,
dans le cas d’un réseaucubique
C.a. Si
RAB
a la direction d’un axequaternaire,
tous les éléments non
diagonaux
sont nuls.c. Si
RAB
se trouve dans unplan
desymétrie
perpendiculaire
à un axequaternaire,
parexemple
perpendiculaire
à l’axe(3),
il est facile de montrer que tous les éléments(I, 3),
(2, 3),
(3, i)
et(3, z)
sont nuls. Les
deux
autres éléments nondiagonaux
sont différents.
Si,
deplus,
RAB
est une direction d’axebinaire,
les deux éléments non
diagonaux
sontégaux.
d. Si
RAB
se trouve dans unplan
desymétrie
perpendiculaire
à un axe binaire(projections
a; a,b,
par
exemple),
les deux éléments(1, 2)
et(2,
1)
sontégaux.
Demême,
les éléments(1, 3)
et(2, 3)
sontégaux,
mais différents des éléments(3,
1)
et(3,
2).
e. Si
RAB
estquelconque,
iln’y
a pas desimpli-fication,
et tous les éléments sont différents.Ces résultats se trouvent rassemblés dans le
tableau II dans
lequel
figurent
laposition
de ABpar
rapport
aux éléments desymétrie,
la forme dela matrice
CÂB,
le numéro des voisins pourlesquels
cetteposition
estréalisée,
dans le cas du réseaucubique
faces centrées.TABLEAU Il.
(’) Dans ce cas, a = a’, b = b’, c = c’,
Les formules que nous avons établies
permettent
de faire le calcul des coefficients d’élasticité dans tous les cas.
Cependant,
nous ne pousserons pas les calculsplus
avant, car nous nepossédons
pas de résultatsexpérimentaux auxquels
nouspourrions
les comparer.Avant de
terminer,
nouspouvons
faire deux remarques. Tout d’abord notre mode decouplage
trois par trois introduit un
couplage tort
entre,les
ions
relativement
éloignés.
Considérons,
parexemple,
deux
quatrièmes
voisins,
à la distance d. Ils onten commun un
premier
voisin à ladistance
(fig.
4),
et comme dans le calcul
n’interviennent
que lesdistances aA et
aB,
lecouplage
entre A et B resterelativement fort.
Enfin,
bien que les matrices des coefficientsélas-tiques
ne soient passymétriques, la
matrice deFourier est
hermitique.
Définissonschaque
ion parun
vecteur
mqui repère
les différentes mailles ducristal et un
Vecteur j
caractérisant les différentsions dans la maille. Par
définition,
la matrice deFig. 4.
Fourier a pour
expression
[J-j, [J-j’ étant les masses des
ions j et j’
et b = m’- m.D’autre
part,
en tenantcompte
de ce queDonc
(rii)
est la matricetransposée
conjuguée
de
(f/ j).
Enparticulier,
fjj est hermitienne. Si l’on considère la matrice de Fourier r dont les lrji’ sontdes matrices
partielles,
elle seprésente
sous la formece
qui
montre son caractère hermitien. Ses valeurs propres,qui
seront les carrés desfréquences
propres,sont donc réelles.
Si,
deplus, l’énergie potentielle
est
minimum,
les valeurs propres sontpositives,
619
11. Contribution
des
forces depolarisabilité
à l’élasticitémacroscopique. -
Afin de comparer la théorie àl’expérience,
nous allons calculer lacontribution des forces de
polarisation
auxcons-tantes
élastiques.
Toutes les autresforces,
qui
sontdes forces de
Born,
conduisent aux relations deCauchy
qui,
pour les cristauxcubiques,
se réduisentà
C12 = C44
dans les notations. deVoigt.
Nous
pourrons donc comparer la différenceexpérimentale
entre
C12
etC44
à la différence des contributions des forces depolarisation.
Pour calculer les coefficientsélastiques,
nous utiliserons une méthodequi,
bien
que peu
élégante,
conduit directement au résultat.Nous
envisagerons
une déformation linéairehomo-gène,
et nous calculerons directementl’énergie
potentielle
rapportée
à l’unité devolume,
que nousidentifierons avec
l’énergie
de déformationclassique
qui
s’écriten
posant
u
(x)
étant ledéplacement.
Dans une déformation linéaire et
homogène,
ledéplacement
relatif des ions a et b apour
compo- .santes
Il
ne resteplus qu’à
introduire cetteexpression
du
déplacement
dans la formule(25
c) qui
donnel’énergie potentielle.
Les termes de lapremière
parenthèse
sont nuls pour un réseaucubique.
Nousne
reproduirons
pas lecalcul,
assezpénible.
Consi-dérons,
parexemple,
lepremier
termeLes sommations sur b et c étant
indépendantes,
on
peut
l’écrirePour
un réseaucubique,
cesdeux
sommes ne sontdifférentes
de zéro que si « = y =8,
et elles ont lamême
valeur,
quenous,
désignons
parElles ne
dépendent
de.
a que par lesigne,
positif
si a est un
cation,
négatif
si a est un anion. Ce termenous donne donc
no étant le nombre de mailles par centimètre cube. Ce calcul se fait d’une manière
analogue
pour lesautres termes. On
trouve,
après
identification
avecl’énergie
élastique classique (55) :
d’où
l’expression
de l’écart aux relations deCauchy :
étant donné par
(60)
etL’expression (60)
peut
être calculée par unegéné-ralisation de la méthode d’Ewald
[16] indiquée
par Placzek[15].
Onobtient
ainsi pour le réseaucubique
-
620
d étant
la
distanceséparant
lesplus
proches
voisins
d
= --a, 1 a
paramètre
duréseau ).
Les
expressions (64)
et(65)
doivent être calculéesdirectement par sommation. On obtient
d’où
Pour évaluer
Q+,
nous
utiliserons uneapproxi-mation
grossière
qui
consiste àremplacer
Eo -
Epar sa valeur moyenne -
Ei, Ei
étantl’énergie
d’ionisation
Par
définition,
pa étant le nombre d’électrons de la couche
active,
d’où
1 -1 .
En utilisant
l’expression
(18)
de lapolarisabilité,
on obtient finalement pour l’écart aux relations de
Cauchy :
Les résultats du calcul
numérique
sontcomparés
aux résultats
expérimentaux
dans le tabléau III.TABLEAU III.
Compte
tenu des erreursqui
entachent lesrésul-tats
expérimentaux,
enparticulier
du fait que nousavons
négligé
la variation des coefficientsélastiques
avec la
température,
et de latechnique
un peurustique
que nous avons utilisée pour le calcul deséléments de
matrice,
onpeut
dire que l’accord estquantitativement
satisfaisant,
et justifie
ainsi letype
de forces
interioniques
introduites.Manuscrit reçu le 19 mars 1953.
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