JACQUES BARRAUX
É D I T O R I A L
Une affaire d’empreinte
U
ne vidéo hilarante a circulé ces dernières semaines dans les milieux de la publicité internationale. On y voit un jeune homme souriant qui présente un support de communication à ses yeux révolutionnaire. Ni câble, ni batte- rie. Chargement instantané. Facilité de navigation confondante.Des possibilités infinies d’enrichissement, de personnalisation, d’ajouts et de retraits de dessins ou de textes. L’objet se plie, s’annote, se prête, se garde ou se jette. « Ce n’est ni un digital book, ni un e-book, c’est un book-book » conclut placidement le jeune homme que l’on voit feuilleter, tordre et caresser le…
catalogue d’Ikea.
Toute révolution, qu’elle soit politique ou scientifique pose un problème de transmission. Que va-t-il rester du « monde d’avant » ? Quelle part des accumulations de pratiques, de règles, d’usages, de savoir et de savoir-faire a-t-elle des chances de sur- vivre au basculement dans le monde nouveau ? Au lendemain de la Révolution française, des blocs entiers de l’Ancien Régime se trouvèrent tout naturellement recyclés et adaptés aux institutions nouvelles. Aujourd’hui, c’est la révolution numérique qui incite à l’inventaire prospectif.
Comment concilier le colossal héritage du monde réel avec les fluidités d’un monde virtuel qui tantôt se superpose, tantôt se substitue à lui ? Les utopistes ont donné une première réponse.
Nicholas Negroponte, le directeur du MediaLab du MIT assure que les produits physiques sont voués à être remplacés pour de bon par des informations stockées et retraitées par l’ordinateur.
É D I T O R I A L
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6 Revue française de gestion – N° 243/2014
« La transition de l’atome au bit est irré- vocable. Elle ne peut pas être stoppée » affirme-t-il. Bill Gates semble dubitatif devant ce type de prophétie. Le fondateur de Microsoft préfère les démonstrations d’un Vaclav Smil, chercheur de l’Université du Manitoba qui s’interroge sur la lourde contrepartie environnementale à la « déma- térialisation » de l’économie mondiale. Les centrales électriques et les usines de com- posants qui font tourner l’informatique mondiale ne sont-elles pas chaque année un peu plus dévoreuses des ressources natu- relles de la planète ?
L’empreinte carbone est une compo- sante parmi d’autres de l’héritage trans- mis au monde nouveau. Elle s’ajoute aux empreintes sociales, culturelles et reli- gieuses, plus profondes que jamais après
« le » siècle – 1914-2014 – des grandes convulsions planétaires. Tout le monde rêve
de refondation mais personne ne juge réa- liste de faire table rase. La révolution numérique n’efface pas l’Histoire. Elle en assouplit les circuits. Transfert d’un réel à un autre réel, passage d’un réel au virtuel, champ nouveau de la réalité augmentée : tous les cas de figure se rencontrent dans les mutations en cours. Et au même moment, phénomène indépendant, l’économie pour- suit sa conversion à l’immatériel. Un pro- cessus entamé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec l’élévation du niveau de vie et son impact direct sur les métiers de services. Le commerce, les loisirs, la santé, l’éducation, la finance ont pris le pas sur l’industrie… qui elle-même est pionnière en matière de réalité virtuelle. Diversité des situations vécues, diversité des approches.
Le catalogue d’Ikea sur papier ou sur tablette ? Qui a parlé d’une guerre des Anciens et des Modernes ?
5 Éditorial – Jacques Barraux 7 Ont contribué à ce numéro
13 L’innovation stratégique sur un marché régulé. Le cas des technologies pour la santé
Thomas Houy
33 Le comportement du consommateur face aux marques de distributeur au Brésil. Une étude qualitative
Mbaye Fall Diallo
53 Les logiques d’évaluation d’un bien singulier. Le cas des chevaux de courses
Carole Botton, Julien Fouquau
71 Le leadership des sélectionneurs sportifs de haut niveau.
Vers une figure transformationnelle et vicariante ? Sarah Calvin, Tarik Chakor, Nicolas Cicut, Pierre Dantin 89 Évaluation de la performance sociétale des entreprises
nord-américaines. Une analyse du pouvoir explicatif et prédictif des indicateurs ESG
Sami Ben Larbi, Alain Lacroux, Philippe Luu
107 Mobilisation des ressources humaines et innovation des PME.
Analyse longitudinale sur des données françaises Abdelwahab Aït Razouk
127 Penser la gestion médico-sociale. Peut-on gérer un établissement social ou médico-social comme une entreprise ?
Loïc Andrien 141 Summary
145 Note aux auteurs
S O M M A I R E
numéro 243 Août-septembre 2014SINGULARITÉS ET MANAGEMENT
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Abdelwahab AÏT RAZOUK est enseignant-chercheur à France Business School campus de Brest et membre du laboratoire Cerefige (Centre européen de recherche en économie financière et ges- tion des entreprises) de l’université de Lorraine. Ses recherches, publiées dans des revues francophones et anglophones (Revue de GRH, RIPME, International journal of HRM…), portent sur la gestion stratégique des ressources humaines (GSRH), sur la création de valeur par les pratiques des RH et sur la GRH en PME.
Loïc ANDRIEN, éducateur spécialisé de formation, débute sa carrière, en 2006, aux côtés d’adolescents en grande souffrance, dans une équipe mobile de psychiatrie puis, il prend des fonctions de cadre dans le sec- teur du handicap. En 2007, il fonde la revue ZEO, revue électronique libre et gratuite qui comptera plus de 50 000 lecteurs réguliers.
Depuis 2012, il est directeur territorial dans une association de parents en Lorraine.
Diplômé de l’ISAM-IAE de Nancy, il est aujourd’hui doctorant en sciences de ges- tion au CRG Polytechnique et étudie, sous la direction d’Hervé Dumez, les effets, sur les personnes accueillies, de l’institutionna- lisation des outils de gestion dans le secteur médico-social.
Sami BEN LARBI est maître de confé- rences à l’université de Toulon et professeur affilié à Kedge Business School. Titulaire d’un doctorat en sciences de gestion et d’une habilitation à diriger les recherches,
il est membre du Laboratoire groupe de recherche en management (EA 4711). Ses activités de recherche sont consacrées à l’ingénierie économique et financière, au management des risques de marché et au rating sociétal.
Carole BOTTON est professeur à l’ESC Pau depuis 2013. Elle a soutenu son docto- rat à l’université Paris-Dauphine en 2011.
Ses travaux de recherche actuels portent sur la valeur, l’évaluation d’actifs aty- piques et la construction sociale de mar- chés émergents.
Sarah CALVIN est maître de confé- rences en sciences et techniques des activi- tés physiques et sportives à Aix-Marseille université et chercheur dans le laboratoire Sport-Management et Performance (EA 4670) de la faculté des sciences du sport de Luminy. Elle est titulaire d’une thèse de doctorat en neurosciences. Ses thèmes de recherche portent les comportements managériaux, le leadership, la prise de décisions et les relations dans le cadre du sport de haut niveau et du champ entre- preneurial. Elle travaille également sur la mise en place de dispositifs d’aide à la compréhension et à la décision pour les acteurs centraux des organisations et des équipes sportives de haute performance confrontées à l’obligation de résultats. Ses recherches s’appuient sur une méthodolo- gie qualitative (études de cas, entretiens semi-directifs, observations participantes et/ou non-participantes).
O N T C O N T R I B U É À C E N U M É R O
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Tarik CHAKOR est maître de confé- rences en sciences de gestion à l’université de Savoie et chercheur à l’IREGE (EA 2426). Ses thèmes de recherche portent sur les enjeux managériaux et organisationnels de la santé au travail, ainsi que les pratiques et stratégies d’acteurs dans la prévention des risques professionnels, notamment les risques psychosociaux. Sa thèse de doctorat étudie les pratiques des consultants dans la gestion des risques psychosociaux au travail. Son post-doctorat a été réalisé au sein du laboratoire Sport MG Performance (EA 4670) sur les enjeux et déterminants managériaux du sport en entreprise. Ses recherches reposent sur une méthodologie essentiellement qualitative (études de cas, analyses processuelles, entretiens semi- directifs, observations participantes et/ou non-participantes).
Nicolas CICUT est doctorant au labora- toire Sport MG Performance, une équipe d’accueil d’Aix-Marseille Université (EA 4670). Ses thèmes de recherche portent sur la sociologie et le management des orga- nisations sportives professionnelles, ainsi que sur le symbolisme et les représenta- tions sociales liées à ces dernières. Ancien joueur, puis salarié de la SASP Olympique de Marseille, son travail doctoral étudie le management, la gouvernance et les repré- sentations symboliques de ce club. Ses expériences professionnelles passées lui permettant un accès facilité au terrain, ses recherches reposent à la fois sur une métho- dologie qualitative et quantitative.
Pierre DANTIN est professeur des universités, vice-doyen de la faculté des sciences du sport (Aix-Marseille Univer- sité), directeur du Master 2 « Manage-
ment des organisations sportives » et du Laboratoire sport MG performance (EA, 4670), et titulaire de la chaire « Société, sport et management » de Sciences Po Aix et Aix-Marseille Université. Ancien chef d’entreprise, associé de Robert Louis Dreyfus au sein d’un cabinet de conseil, il a accompagné des sociétés comme Adi- das ou encore Neuf Télécom, a été secré- taire général de l’Olympique de Marseille, et a conseillé de nombreuses fédérations sportives. Aujourd’hui encore membre du conseil scientifique de l’Institut national du sport de l’expertise et de la performance (INSEP), ses thèmes de recherches sont la haute performance sportive, le coaching et le jeu des acteurs, le management, la gouvernance et les RH, et la place du sport dans la société.
Mbaye Fall DIALLO est maître de conférences à l’université de Lille 2 (à l’Institut du management et du marketing de la distribution - IMMD) et membre du laboratoire LSMRC (Univ Lille Nord de France-Skema Business School). Ses travaux portent sur les marques de distribu- teur et l’internationalisation des enseignes dans les pays émergents. Il mobilise les méthodes qualitatives et quantitatives (ex. modèles d’équations structurelles et économétrie des données de panel) dans ses travaux publiés dans plusieurs revues anglophones et francophones, conférences internationales et sous forme d’ouvrages/
chapitres d’ouvrage.
Julien FOUQUAU est professeur asso- cié à NEOMA Business School depuis 2008. Il a obtenu son habilitation à diriger les recherches en 2012 à l’université de Paris-Dauphine. Ses travaux de recherche
Ont contribué à ce numéro 11
actuels portent sur des questions relatives à l’économétrie et la statistique non linéaire appliquée à des enjeux récents en lien avec la macroéconomie internationale, la finance, et l’énergie. Il publie des articles portant sur la crise économique et financière européenne, l’efficience des marchés finan- ciers et la prévision des prix de l’électricité.
Thomas HOUY est maître de confé- rences en management au sein du départe- ment sciences economiques et sociales de Télécom ParisTech. Il enseigne la stratégie d’entreprise et l’entrepreneuriat. II mène des recherches sur des sujets variés dont l’ambition est de contribuer à apporter un éclairage sur une innovation donnée. Il s’est longtemps intéressé aux innovations managériales au travers de l’étude du lean management. Il a également travaillé sur les innovations technologiques destinées aux marchés de la santé. Il porte aujourd’hui une attention particulière aux entreprises disrup- tives dont la caractéristique est d’apporter des innovations en rupture sur leurs mar- chés. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles scientifiques. Il intervient ponc-
tuellement à l’université Paris-Dauphine et à l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (ENSAE).
Alain LACROUX est maître de confé- rences à l’université de Toulon. Agrégé d’économie gestion et titulaire d’un doc- torat en sciences de gestion, il est membre du groupe de recherche en management (EA 4711) et chercheur associé au LEST (UMR 6123). Ses recherches portent sur les formes d’emploi flexibles et les pro- blématiques de responsabilité sociale des entreprises.
Philippe LUU est ingénieur d’études statistiques à l’université de Nice Sophia Antipolis et membre du laboratoire groupe de recherche en management (EA 4711).
Son expérience en tant que statisticien s’est successivement exercée au sein du CNRS, de l’Insee et de l’Éducation natio- nale. Il enseigne les méthodes quantitatives appliquées à la gestion à l’IAE de Nice. Il participe à des travaux de recherche variés dans les domaines de la comptabilité, de la finance d’entreprise et du marketing.
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