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Article p.26 du Vol.31 n°328 (2012)

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Dossier Systématique, réorganiser le vivant

Ce dossier traite de la systématique et de ce que représente cette discipline dans le monde scientifique d’aujour- d’hui. Divers auteurs, fortement impli- qués dans le développement (le renouveau ?) de la systématique et de la taxonomie, ont participé à ce numéro et je m’en réjouis.

Au second Sommet de la Terre, à Johannesburg en septembre 2002, les parties s’étaient accordées sur le fait de freiner – les européens avaient même ajouté « arrêter » (!) – l’érosion de la biodiversité pour l’année 2010. Le document du Millennium Ecosystem Assessment (évaluation des écosystèmes pour le millénaire, 1) de 2005 nous précisait que les taux d’ex- tinction des espèces étaient de 100 à 1 000 fois supérieurs aux niveaux enre- gistrés par les paléontologues sur les 500 derniers millions d’années, ce qui équivalait à la disparition d’une espèce sur 1 000 par an (2)! Des travaux récents, publiés en avril 2011 dans la revue Nature, tempèrent quelque peu ces valeurs (calculées sur des superfi- cies de terrains détruits ou pollués) mais nous en sommes toujours à des niveaux 200 à 400 fois supérieurs(3). Un autre travail publié dans la même revue en mars 2011 précise un fait sur lequel nous nous interrogeons depuis 7-8 ans : sommes-nous en train de créer les conditions d’une sixième grande crise d’extinction massive des espèces(4)? La réponse est clairement oui si nous ne modifions pas radicalement nos

habitudes et notre mode de vie. Un article paru dans la revue Scienceen mai 2010 nous informait que les indi- cateurs de perte de la biodiversité sont tous « dans le rouge» et que nous n’avions jamais pressuré autant les écosystèmes, lesquels réagissent en fournissant de moins en moins de ressources (5) ! Nous nous sommes interrogés lors d’un colloque tenu au MNHN en octobre 2010 sur les limites de l’adaptabilité des systèmes :

« L’homme peut-il s’adapter à lui- même? » (6). Le Colloque de l’Unesco à Paris qui lançait l’année 2010 dédiée à la biodiversité « IYB Biodiversity Science-Policy Conference», a reconnu que nous avions échoué dans notre capa- cité à cesser de détruire les habitats et à surexploiter les ressources renouve- lables et a reporté l’échéance d’arrêt de l’érosion de la biodiversité à 2020 (3). Mais pourquoi réussirions-nous mieux entre 2010 et 2020 ce que nous avons été incapables de réaliser entre 2002 et 2010 ?

Quelle est l’implication de la systéma- tique dans tout cela ? Nous ne pou- vons tout simplement pas nous en passer ! Certes, la biodiversité recouvre bien plus que les seuls descriptions et archivages d’espèces dans des musées (la diversité spécifique) ! La biodiver- sité est la fraction vivante de la nature, en incluant toutes les relations que ces espèces entretiennent entre elles et avec leur environnement. Le biologiste distingue trois niveaux dans la bio-

diversité : les diversités génétique, orga- nismique et écologique soit les gènes, les espèces et les écosystèmes. L’une des questions essentielles aujourd’hui est de parvenir à une estimation objec- tive de la diversité spécifique. Ce n’est pas un défi simple car tout évolue très vite et la destruction massive des milieux entraîne la disparition d’un nombre inconnu d’espèces. D’autant qu’une autre disparition alarmante est celle des « descripteurs humains » de cette diversité, les chercheurs systématiciens ! Aujourd’hui, sont déposées dans les musées d’histoire naturelle du monde entier environ 1,9 million d’espèces répertoriées (dont moins de 300 000 marines) et 300 000 espèces fossiles, donc disparues (7). Les chiffres globaux du nombre d’espèces actuelles fluc- tuent entre 10 et 20 millions. Si nous admettons que 15 millions d’espèces n’ont pas encore été identifiées, au rythme actuel, il nous faudra entre 700 et 1000 ans pour les découvrir et les décrire ! Or la disparition des espèces est beaucoup plus rapide que le rythme de spéciation ou de leur description.

La question alors posée est la suivante : Peut-on mettre en évidence la bio- diversité sans connaître toutes les espèces qui peuplent un écosystème ? C’est un vrai défi pour la science aujour- d’hui. Pour le relever, les collections des musées et le travail des taxonomistes sont absolument incontournables pour nous faire comprendre le passé, aider à mieux gérer le présent et prévoir l’avenir.G

26 BIOFUTUR 328 • JANVIER 2012

Professeur à l’Université Pierre & Marie Curie Président du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) [email protected]

QUEL RÔLE POUR LA SYSTÉMATIQUE DANS LA PERCEPTION DE

LA BIODIVERSITÉ ?

(1)Millennium Ecosystem Asessment (2005) Ecosys- tems and human well- being: synthesis. Washing- ton DC, Island Press (2)www.maweb.org/fr/

Index.aspx (3)He F, Hubbell SP (2011) Nature 473, 368-71 (4)Barnosky AD et al.

(2011) Nature 471, 51-7 (5)Butchart SHM et al.

(2010) Science 328, 1164-8 (6)canal-insep.fr (7)Boeuf G (2008) Quel avenir pour la biodiversité ? In Un monde meilleur pour tous. Collège de France/Odile Jacob, 46-98

Gilles Boeuf

26_intro_328.qxp 23/12/11 10:41 Page 26

Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur biofutur.revuesonline.com

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