• Aucun résultat trouvé

Article p.38 du Vol.31 n°328 (2012)

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "Article p.38 du Vol.31 n°328 (2012)"

Copied!
1
0
0

Texte intégral

(1)

38 BIOFUTUR 328• JANVIER 2012

Au sein de la systématique, deux grandes tâches peuvent être distinguées : la définition des taxons terminaux, c’est-à-dire la délimitation des espèces, et la classification de ces taxons selon un système de classement prédéfini. Même si certains auteurs estiment que taxonomie et systématique sont synonymes, le plus souvent, le terme « taxono- mie » réfère plutôt à la définition des taxons ter- minaux qu’à leur classification. L’ambiguïté réside probablement dans le fait que la classification des espèces génère des taxons de rangs supérieurs (genres, familles, ordres…) qui n’ont pas le même statut ontologique que les espèces (1).

Dans le système de nomenclature linnéen actuel- lement utilisé, les noms d’espèces sont associés à ceux des auteurs car la proposition de nouveaux noms correspond à la proposition par un ou plu- sieurs auteurs de nouvelles hypothèses de déli- mitation des espèces. Nouvelles hypothèses qui sont forgées au vu des données disponibles à la date où ces auteurs ont travaillé et des théories auxquelles ils adhèrent. Ces hypothèses peuvent être ensuite révisées par d’autres auteurs quand de nouveaux spécimens sont collectés, quand de nouvelles méthodes pour examiner les orga- nismes sont disponibles (microscopie, ADN…) ou quand de nouvelles conceptions théoriques de la biologie sont proposées. Dans ce proces- sus, ce sont les noms scientifiques qui permet- tent de suivre, grâce aux règles des codes de nomenclature, la révision des hypothèses formulées.

Les descriptions de nouvelles espèces sont sou- vent fondées uniquement sur des critères de res- semblance morphologique (lire p. 39). Dans des groupes bien connus, l’accumulation, par des générations de taxonomistes, de connaissances sur les caractères permet d’identifier ceux qui

sont des indicateurs fiables des limites d’espèces, et ainsi de proposer des hypothèses robustes.

Chez les insectes par exemple, avant l’utilisation du microscope, les mâles et les femelles, à la morphologie parfois très contrastée, étaient sou- vent classés dans des espèces différentes. Depuis, quand les entomologistes proposent des hypo- thèses basées sur un critère de ressemblance, ils ne tiennent pas compte de ces caractères dimorphiques.

Les développements techniques ont permis d’accéder à une plus grande variété de caractères.

De même, les développements théoriques et méthodologiques offrent des moyens plus puis- sants pour formuler des hypothèses robustes de délimitation d’espèces. Dans ce contexte, depuis une dizaine d’années, de nombreux auteurs appel- lent à une taxonomie dite « intégrative » qui se donnerait les moyens d’intégrer l’ensemble de la panoplie des moyens techniques et méthodo- logiques disponibles couvrant tous les champs de la biologie (physiologie, biologie moléculaire, éthologie, phylogénétique, génétique des popu- lations…) (2). La difficulté d’une telle approche réside dans le fait que les taxonomistes doivent non seulement bien connaître les caractères des taxons qui les intéressent, mais également maîtriser des techniques et des méthodes de plus en plus nombreuses et pointues. Dans ce contexte, le développement des moyens de com- munication permet d’échanger entre auteurs, par différentes méthodes, des données concernant les mêmes spécimens. C’est la logique qui sous- tend par exemple le projet international Barcode of Life qui, à des spécimens conservés dans des musées et examinés par des taxonomistes, associe des données de polymorphisme d’ADN (3).

Ces bases de données permettent ainsi d’ana-

lyser conjointement différents jeux de données et de critères et ainsi d’intégrer les différentes sources d’informations et méthodes d’analyse.

L’objectif étant de proposer des hypothèses de délimitation les plus robustes possibles. L’avenir de la taxonomie réside donc dans la collabora- tion et dans l’échange de données entre spécia- lités méthodologiques, entre techniques et entre savoir-faire.G

Sarah Samadi Chargée de recherche IRD UMR7138 CNRS-IRD-MNHN-UPMC [email protected]

(1)David P, Samadi S (2011) La théorie de l’Evolution : une logique pour la biologie.

2deédition. Flammarion, Paris.

(2)Dayrat B (2005) Biol J Linn Soc 85, 407-15 (3)Hebert PD et al. (2003) Proc Roy Soc Lond B Biol Sci 270, 313-21

Zoom

Taxonomie intégrative

© DR

38-zoom3_328.qxp 22/12/11 11:41 Page 38

Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur biofutur.revuesonline.com

Références

Documents relatifs

Un article paru dans la revue Science en mai 2010 nous informait que les indi- cateurs de perte de la biodiversité sont tous « dans le rouge » et que nous n’avions jamais

Pour faire bref, on pourrait dire que l’anatomie comparée est désormais morte en France, assas- sinée dans un environnement universitaire impi- toyable, mais cette opinion doit

Le Conseil scientifique du patri- moine naturel et de la biodiversité a publié deux petits volumes collectifs très bien faits sur La bio- diversité à travers des exemples

Les systématiciens ont à ce jour inventorié, décrit et nommé environ 1,9 million d’espèces, pour la plupart des eucaryotes (1,5 million d’animaux, 0,3 million de plantes,

Une base de données dédiée (Barcode library) a été mise en place, qui permet de stoc- ker les séquences de référence pour chaque espèce ainsi que des outils permettant non

Kant a inventé la théorie dite du schématisme transcendantal pour expli- quer comment ces catégories abstraites sont sus- ceptibles de trouver une application dans le monde

Cet ouvrage a pour ambition de permettre à un large public de comprendre comment ont été forgés les concepts fondamentaux de la biologie : concepts d’espèce, d’évolution,

« Franchir le pas vers la recherche clinique » Cette journée a vocation à inciter les chercheurs fondamentalistes à s’intéresser à la recherche clinique en donnant des