A NNALES DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE T OULOUSE
G EORGES R ÉMOUNDOS
Sur les points critiques transcendants
Annales de la faculté des sciences de Toulouse 2
esérie, tome 9 (1907), p. 177-182
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SUR
LES POINTS CRITIQUES TRANSCENDANTS,
PAR M. GEORGES
RÉMOUNDOS,
A Athènes.
1 . Je me propose
d’exposer quelques conséquences
intéressantes des résultatsdéveloppés
dans ma Thèse(t)
et mes autres travaux sur l’extension aux fonctions multiformes du théorème de M. Picard et de sesgénéralisations.
Pour fixer lesidées,
considérons la fonction multiforme u = définie par uneéquation
dela forme
les
désignant
des fonctions entières de u et lesAi(z )
des fonctions entières de z; uo étant une valeur de il,j’ai
démontré que la densité des racines del’équation
est, en
général,
d’ordreégal
auplus grand
p des ordres des fonctionsA~ (z), A2(z),
...,Av(z), que j’appelle
ordre de lafonction multiforme
u = Si icette densité est d’ordre
~’
p, la valeur ico est diteexceptionnelle ; j’ai
démontréaussi que y-pi i valeurs
exceptionnelles quelconques
..., ic~ doiventsatisfaire à la relation suivante ’
( 1 ) Sur les zéros d’une classe de fonctions transcendantes (Thèse de Doctorat de l’Uni.
versité de Paris ; Paris, Gauthier-Villars, janvier igo6). Ce Mémoire a paru aussi dans les Annales de la Faculté des Sciences de Toulouse, 1 906.
I78
Je ne
compte
pas ici les valeursexceptionnelles, appelées (E)
dans maThèse, qui
doivent annuler tous les coefficients
c,(ic), a~2(u),
...,sv( rc),
si les fonctionssont
supposées
linéairement distinctes d’ordre p ; s’il n’en est pasainsi,
entrev valeurs
exceptionnelles ( E)
..., uv, il doit y avoir la relation suivanteOn arrive à la relation
(2)
par la méthoded’élimination,
quej’ai développée,
en
détail,
dans maThèse;
en cequi
concerne la relation(3),
on y arrive en tenant compte de la nature des valeurs(E) :
Pour ces valeurs de u,F(z, u)
estd’ordre inférieur à p par
rapport
à z; sidonc,
on ales
désignant
des fonctions entièresd’ordre
inférieur à p, on en déduit immédiatement la relation(3), puisque,
autre,ment, la résolution deces équations
par
rapport
à.A~ (~~, A~(.~~,
.. ,, seraitpossible
et ces fonctions seraienttoutes d’ordre Inférieur à p, ce
qui
est cont.radictoire à notrehypothèse.
Si nous considérons ~r + i valeurs uo, u,, ..., uv
qui n’appartiennent
pastoutes à
l’ensemble (E),
notre méthode d’élimination nous conduit à la conclusion quel’un,
aumoins,
des déterminants du Tableausera nul. En
effet,
l’élimination nous conduirait à une identitéd’exponentielles
de NI. Bore! dont les coefficients seront
égaux
à ces déterminants et danslaquelle
il y aura
toujours
un, aumoins,
termeexponentiel
d’ordreégala
p.Il
n’y
aqu’un
cas, danslequel
nous ne pouvons pas affirmerqu’une
des rela-tions
précitées
sera satisfaite : c’est celuioù, parmi
les valeurs llo, u,, ..., uv, il y a deséquivalentes
en même temps que des valeurs appartenant à l’en- semble(E).
Dans ce cas~’ ),
eneffet,
dans l’identité de M. Borel iln’y
aura(~) D’une façon plus précise, ce cas se caractérise par le fait suivant : chacune des
valeurs uo, ui, U2, ..., Uv est ou bien un élément de l’ensemble (E) ou bien équivalente à
une autre.
aucun terme irréductible et l’on arrivera à des relations que l’on ne saurait déter- miner d’avance.
Deux valeurs uo et
tt©
sont diteséquivalentes
si lerapport F(z, u0) : F(z, u’0)
est d’ordre inférieur à p. Une
valeur u. appartient
à l’ensemble(E)
siF(z, u~ )
est une fonction d’ordre inférieur à p
(voir
maThèse).
Dans ma Thèse
(p. 20)
cette théorie a étédéveloppée
d’unefaçon plus simple grâce
àl’hypothèse
que ces fonctionsAi( z)
soient toutes d’ordre p et linéaire-ment
distinctes,. j’entends
par làqu’il n’y
a entre elles aucune relation linéaire de la formeles
ai( z) désignant
des fonctions entières d’ordre inférieur à P. Il est clair que,théoriquement,
nous pouvonstoujours
faire cettehypothèse, mais,
à lapratique,
il n’est pas
toujours
facile de reconnaître ces relations(5), qui
peuventexister,
pour
faire la réduction nécessaire.Ainsi,
les considérations queje
viensd’exposer complètent
les résultatsexposés
dans ma Thèse sur cesujet, puisqu’elles
ne sup-posent
pas du tout la connaissance de ces relations(5) qui
nous conduiraient à la forme irréductible del’équation ( 1).
2.
Commej’ai indiqué
dans maThèse,
une valeur uoexceptionnelle,
telle quel’équation (1’)
n’admettequ’un
nombre fini deracines,
est unpoint critique
transcendant de la fonction inverse z
= 03C8(u)
définie parl’équation (y.
Mais iln’est pas difficile de démontrer
qu’il
en est de même de toute valeurexception-
nelle u, de u :
Supposons,
eneffet,
que la densitép’
des racines del’équation
soit inférieure à p. L’ensemble des valeurs
exceptionnelles
de u étant dénombrableavec un seul
point
limite à l’infini(d’après
un théorèmegénéral,
établi dans maThèse),
il est clairqu’il
y a unevaleur u, -~- ~u~
telle que la densité des racines de1 équation
soit d’ordre p,
le ~
étant arbitrairementpetit. Appelons Cr
le cercle de rayon n décrit del’origine
comme centre etdésignons
le nombre des racines de module in- férieur à r del’équation (6)
par nr et del’équation (7 )
parNr ;
nous savons que,d’après
la définition de l’ordre de ladensité,
lerapport Nr:
nr tend vers l’infini avec r ainsi que la différenceNr-
nr. Il en résulte que, si nous faisons tendre vers zérole [,
les zéros de la fonction-.~(z~ -
u~ -qui
sont situés à 1"intérieur du cercleCr,
ne tendront pas tous à despoints
situés aussi à l’intérieur du mêmecercle;
il y en aura en nombreNr-
nr( ~ ) qui
tendront vers despoints
situés àl’extérieur du cercle
Cr
ou bien sur la circonférence et cela aussigrand
que soit /’.La différence
Nr- nr
tendant vers l’infini avec r, nous en concluons que, danstout le
plan,
il y aura une infinité de racines del’équation (7) qui
tendront versdes
points
situés à l’extérieur de tous les cerclesCr,
r étant aussigrand
que l’onvoudra,
c’est-à-dire versl’infini.
Ce résultat
peut s’exprimer
comme il suit : :Parmi les déterminations de la
fonction
z= w(u) correspondant
à lavaleur u1+
0394u1
de u il y aura uneinfinité qui
tendront vensl’infini, lorsque
le
tendra
vers En d’autres termes, lepoint
u1 sera unpoint
cri-tique
transcendant de lafonction
z _W( u).
Il est à
peine
nécessaire de remarquer que nous pouvonsjoindre
lespoints u,
et par une
ligne n’ayant
aucun autrepoint exceptionnel
en dehors dupoint
lit.3. Ces considérations
suggèrent
uneclassification
despoints critiques
trans-cendants d’une fonction multiforme ,~ ~ définie par une
équation
de laforme
(1),
suivant la densité des déterminations finies de cette fonction en cespoints critiques.
Sip’
est l’ordre de la densité desdéterminations, qui
restentdistinctes de l’infini en un
point
u = uo, nous dirons que cepoint
estcritique
o -p’.
Sip’
_-__ p, lepoint critique
sera d’ordre zéro etpeut
êtrealgébrique
ou bien
transcendant;
si lepoint
seratoujours critique transcendant, d’après
le théorèmeplus
hautétabli,
et son ordrepeut
varierdepuis
zérojus- que
p. Ainsi unefonction
multiforme z== ~(~)
d’ordre p, définie par uneéqua-
tion de la forme
(1),
ne sauraitprésenter
despoints critiques
d’ordresupérieur
à o. Conformément t à notre
définition,
lespoints réguliers
de.~= r(cc)
sesentent comme
ayant
un ordre nul. Dans le cas oùF(z, u)
n’estqu’un polynôme
en u, la fonction u = ne
présente
évidemment que despoints critiques algébriques.
La classification des
points critiques,
que nous venons d’établir et dont l’intérêtest
visible,
nouspermet
d’énoncer le théorèmesuivant, qui
est l’inverse du théo- rème établi dans le numéroprécédent,
à savoir: :Tout
point critique
d’ordredifférent
de zéro(transcendant)
de lafonc-
tion z _
03C8 ( u)
est une valeurexceptionnelle
de l’inverse u ‘03C6(z)
et, pan con-séquent, jouit
despropriétés
intéressantes que nous avonsexposées
dans laThèse et dans les
paragraphes précédents
de ce travail.( ~ ) Au moins.
Nous avons des
points critiques
transcendantséquivalents
ou bien formantl’ensemble
(E)
par suite de lacorrespondance, qui
existe entre cespoints
et lesvaleurs
exceptionnelles
de la fonction inverse.Si nous mettons à côté les
points critiques (E),
dont la rechercheprésente
d’ailleurs des commodités
particulières,
tous les autresjouissent
de lapropriété suivante,
pourvu que leur ordre ne soit pasnul,
à savoir : :Entre v + t
points critiques
uo, u, , u2, ..., , uv il y atoujours
la relation suivante(’ )
‘
L’utilité de ce théorème à la recherche des
points critiques
transcendants des fonctionsmultiformes,
définies par uneéquation
de la forme(i),
est bien vi-sible ;
tous les résultats de la théorie des valeursexceptionnelles
se traduisentdans la théorie des
points critiques
par despropositions analogues.
Je tiens àsignaler
ici le théorèmesuivant, conséquence
immédiate d’un théorèmegénéral
démontré dans ma Thèse
( p. ~3 ~,
à savoir : .L’ensemble des
points critiques
d’ordredifférent
de zéro d’unefonction multiforme, définie
par uneéquation
de laforme (I),
est dénombrable avec unpoint
limite àl’infini (2).
En
elfet,
si l’on se donne un nombre fini de cespoints critiques,
tous les autressatisfont à
Inéquation
où les u2, ..., uv
désignent v points critiques
donnés.Les
points critiques
de l’ensemble(E)
satisferontséparément
à la mêmeéqua- tion,
danslaquelle
les u,, ..., Uvdésignent
despoints critiques appartenant
aussi à l’ensemble(E).
.On ferait un
rapprochement
intéressant de ces résultats avec les considérationsdéveloppées
tout récemment par llr. Boutroux dans sonImportant
MémoireFonctions
multiformes
à uneinfinité
cle branches(Annales
del’École
Nor-niale
supérieure,
octobre(1) En particulier, si F(z, u) est un
polynôme
en u du degré n, nous avons la conclusion intéressante que le nombre des pointscritiques
d’ordre différent de zéro de la fonction zne saurait jamais
dépasser 203BD.
(2) Ce théorème s’étend aussi aux points
critiques
transcendants d’ordre zéro; j’ai démontré, en effet, dans ma Thèse que, si llu est un telpoint,
les déterminations qui y coïn- cident deviennent nécessairement infinies; or, il est aisé de voir que [’ensemble des infinis de la fonction z == ~(~) ne saurait avoir des points limites à distance finie (voir ma Thèse, p. 43).4. Les
points critiques
d’ordre zéro ne donnantpas
nécessairement des valeursexceptionnelles
pour la fonction M==~(~),
leur exclusions’impose naturellement;
la coïncidence d’une infinité de déterminations n’entraîne pas, en
effet, toujours
l’abaissement de l’ordre de la densité des
branches, qui
restent distinctes de l’infini. Si l’on veutpréciser
d’unefaçon
intéressante les résultatsexposés
dans cetravail,
on n’aqu’à
utiliser la définitionplus précise
de l’ordre degrandeur
et del’ordre de densité donnée par M.
Lindelüf,
que nous avonsdéjà employée
dansdes travaux antérieurs
[voir :
Sur le casd’exception
de Picard et lesfonc-
tions
multiformes (Bulletin
de la Sociétémathématique
deFiance,
fasc.III , 1905);
mais il y auratoujours
une classe(très particulière d’ailleurs)
depoints critiques,
que nous devons exclure dans les énoncés des théorèmesplus
hautétablis.
Ce
rapprochement
entre la théorie despoints critiques
et la notion du cas d’ex-ception
mérite d’attirer l’attention desanalystes, puisqu’elle
ramène la recherche despoints critiques
transcendants à desconsidérations, qui
ont faitl’objet
denombreux travaux et
qui
sont basées sur un théorème de laplus grande impor-
tance et
fécondité, je
veux dire le théorème de M.Borel, qui
m’a servi d’instru-ment
précieux
dans l’étude des zéros des fonctions multiformes(voir,
parexemple,
maThèse).
Le lecteur
pourrait approfondir
ce théorèmede
M. Borel en lisant le beau tra-vail
publié
comme Thèse de M. A. KraftGottinyen,
igo3 :
1 Ueber ganze transcendente Functionen von unendlicherOrdnung),
oùl’on trouve les
principes
de sa démonstrationdéveloppés
en touterigueur.
Je termine par la remarque que cette théorie peut s’étendre à des classes de fonctions multiformes
plus générales
et même segénéraliser
d’unefaçon
con;e-nable pour servir
particulièrement
à l’étude despoints critiques
transcendants des fonctions multiformes d’ordreinfini,
définies par deséquations analogues
à(1).
Je ne me suis borné à cette forme
spéciale
que pour fixer les idées etje
me pro-pose de
revenir à cesujet
intéressant.I82