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La biréfringence magnétique et le point critique de
dissolution
A. Piekara
To cite this version:
LA
BIRÉFRINGENCE
MAGNÉTIQUE
ET LE POINTCRITIQUE
DE DISSOLUTIONPar A. PIEKARA.
Laboratoire du Grand électroaimant de l’Académie des Sciences à Bellevue.
Sommaire. - On a étudié la variation thermique de la biréfringence magnétique des solutions de nitrobenzène dans l’hexane et
dans le
tétrachlorure de carbone. On a trouvé que le coefficient thermiquede la biréfringence magnétique croît avec la concentration et qu’il devient anormalement grand au
voisinage du point critique de dissolution. L’auteur a essayé d’expliquer ces résultats, en supposant que
l’augmentation d’intensité des champs moléculaires (association, fluctuations) provoque l’augmentation
de l’anisotropie des molécules du nitrobenzène; qu’il s’agisse de l’anisotropie magnétique, de l’anisotropie
optique, ou des deux à la fois.
Lorsqu’un
mélange
de deuxliquides,
dont la solu-bilitéréciproque
estlimitée,
possède
unpoint critique
de
dissolution,
onpeut
au-dessus de cepoint,
dansson
voisinage
immédiat,
observerl’opalescence
criti-que, le mêmephénomène qu’on
retrouve dans les gaz à l’étatcritique.
Cephénomène
est dû aux fluctuations dedensité,
comme l’a montré M. Smoluchowzki1’)
dans sa théorie.
Pour examiner la
biréfringence
magnétique
d’unsystème
dans l’étatcritique,
nous avons choisi unmélange
de nitrobenzène etd’hexane,
c’est unmé-lange;
que nous avons étudié autrefois aupoint
de vuediélectrique
(~).
Nous avons montré alors l’influence notable des fluctuations sur lapolarisation diélectrique
qui
tombaitbrusquement
auvoisinage
de latempé-rature
critique.
Cemélange
convient très bien aussi pour les recherches debiréfringence
magnétique,
parce que le nitrobenzène est un des
liquides
possé-dant la
plus grande
biréfringence,
tandis que pourl’hexane celle-ci est
négligeable.
Lepoint critique
estun peu au-dessous de la
température
ambiante,
à ~~°~environ
(3).
Afin de comparer les résultats nous avonsexaminé les
mélanges
du nitrobenzène et du tétra-chlorure decarbone,
pourlesquels
iln’y
a pas dephé-nomène
critique
de miscibilité. D’autrepart
nous avons étudié la variation de labiréfringence
magné-tique
avec latempérature
pour différentesconcentra-tions,
cequi
permet
de voirquelle
est l’influence deschamps
moléculaires sur labiréfringence magnétique.
Les mesures étaienteffectuées,
en commun avecM. A.
Goldet,
au Grand électroaimant de l’Académiedes Sciences à
Bellevue,
à l’aide d’unmontage
optique
déjà
décrit(1).
La lumièremonochromatique
delon-(1) M. SMOLUCIJOWSKI, Bull. Ac. Pol., 1907, p. 1 057 ; 1911,
p. 493; t. 1 et 2, Cracovie, 1924 et 1927.
(2) A. PIEKARA, Rull. Ac. Pol., 1933, p. 319.
(4) Ce point est un peu plus bas que dans le mélange, utilisé autrefois par nous. Cela est dù à ce que l’hexane employé avait
une autre origine et n’était pas un produit simple. (4) M. SCHÉRER, Thèse, Paris, 1934.
gueur d’onde de
578 y-
11. était fournie par un arc àmercure et un monochromateur. Le nitrobenzène que nous avons utilisé pour
préparer
lesmélanges
et pourl’étalonnage
destubes,
avait étépurifié
par M.Haenny.
L’hexane,
utilisé par nous, était unproduit
« dupétrole
» de la Maison « Poulenc ». Il contenait unepetite quantité
de2-méthylpentane
etméthyl-cyclo-pentane,
mais cesimpuretés
n’étaient pasgénantes
pour nos études. Il était seulement séché avec du
sodium
métallique.
Le tétrachlorure de carbone étaitun
produit
« pouranalyse
» de la Maison «Pou-lenc ».
Résultats des mesures. - Les résultats obtenus
sont rassemblés dans les tableaux 1 et II et
représentés
par les courbes de lafigure
I. Les concentrations c enmasse ont été
choisies,
de telle sorte que pour les troismélanges
de nitrobenzène et hexane et pour les troismélanges
de nitrobenzène etCCI,
les concentrationsvolumétriques
B soient les mêmes à0,1
pour 100près.
Elles sont
indiquées
dans lafigure,
a côté des courbescorrespondantes. b désigne
ici lerapport
de laConstante de Cotton et Mouton du
mélange
à celle du nitrobenzène pur à 20°(X==578~~) multiplié
par 100.En
comparant
les courbesobtenues,
on voit que l’allure de labiréfringence magnétique
dans lesmé-langes
nitrobenzène-hexane et nitrobenzène-tétrachlo-rure de carbone est la
même,
sauf pour lemélange
nitrobenzène-hexane de concentration
critique.
Eneffet, quand
ons’approche
dupoint critique,
labiré-fringence magnétique
de cemélange
croitplus
rapi-dement que celle du
mélange
nitrobenzène-CCI,
de même concentrationvolumétrique.
Afin de mettre enévidence d’une manière
plus
précise
cettepropriété
nous avons calculé les coefficients
thermiques
ot, de labiréfringence magnétique, d’après
la formule :542
TABLEAU 1. -
Iliréfl’ingence nlagnétique
desîîiélaîtyes
nitrobenzène-hexane.
TABLEAU
Il. -Biréfringence
magnétique
desmélangeas
nitrobenzène-CCl4 .
Le coefficient
thermique
ainsi calculé pour le nitro-benzène purd’après
les mesures de M. Goldet(1)
estégal
à0,0069
pour toutes lestempératures examinées,
comme le montre la
figure
2 a.Cepeiidant a,
calculé (1) A. GOLDET, C. R. 1933, t. 197, p. 1612.pour le
mélange critique
estégal
àO,oU6U
pour lestempératures
comprises
entre 30° et 3~O(comme
pour lemélange
nitrobenzène-CC14
de même concentrationFig. .
volumétrique),
mais il croîtbrusquement
jusqu’à
la valeurde 0,0110
auvoisinage
de 1611. Cescoefficients,
calculés pour tous les
mélanges
et pour unetempéra-ture de 20° sont rassemblés dans le tableau III et
repré-sentés dans la
figure 2 b.
Nous voyons, enexceptant
le
mélange
ayant
la concentrationcritique,
et unmé-lange
de concentration voisine que le coefficientther-mique
des solutions du nitrobenzène décroît avec leur dilution.Les recherches sur la
biréfringence magnétique
desmélanges
binaires,
qui
existentjusqu’à
présent,
ont été effectuées àtempérature
constante. Lesmélanges
du nitrobenzène et tétrachlorure de carbone ont été étudiés par Cotton et Mouton
(1)
et ensuite parChin-(1) A. COTToi et H. MourON, Ann. de Chint. et de Phys., 1913,
chalcar (’).
Nous avonscomparé
ces résultats avec lesnôtres,
comme le montre lafigure
3. Les deuxlignes
droites sont leslignes
théoriques, correspondantes
àFig. 2 a.
la loi d’additivité des
biréfringences
(cf. Chinchalcar,
1.c.).
Lacourbe,
représentant
les résultatsexpérimen-taux pour les
mélanges
du nitrobenzène et d’hexaneFig. 2 b.
est un peu déformée au
voisinage
de la concentrationcritique,
ce que montreplus
nettement un morceau decourbe,
tracée pour 16°. TABLEAU III. -Coefficients
thermiques
x2o.de
biré fringence mag1létique.
(1) S. W. CHINCHALCAR, Ind. Journ. of Phys., 1932, t. 7, p. 491.
Interprétation
des résultats. - Xouspouvons
résumer brièvelnent les résultats de la
façon
suivante : 1. Labiréfringence magnétique
d’unmélange
denitrobenzène et d’hexane
ayant
la concentrationcri-tique augmente
auvoisinage
dupoint critique
dedis-solution ;
2. Le coefficient
thermique
de labiréfringence
ma-gnétique
des solutions du nitrobenzène diminue lors-que la concentration ÙB la solution décroît.En outre nous avons confirmé les résultats de Cotton
et Mouton et de
Chinchalcar,
d’après lesquels
labiré-fringence magnétique
des solutions de nitrobenzèneest notablement
plus petite
que celle que donnerait la loi d’additivité.Fig. 3.
On
peut
tenterd’expliquer
ces résultats de lama-nière suivante. Le nitrobenzène est un
liquide
dont lesmolécules sont associées à un
degré
notable. Le nombredes molécules associées
diminue,
lorsque
la concentra-tion de la soluconcentra-tion en nitrobenzène devientplus petite
(cf.
A. Piekara(’)).
Cela vient de ce que leschamps
moléculaires deviennent de
plus
enplus
faibles. Pourexpliquer
les résultatsprésentés
dans cetravail,
onpeut
admettre que leschamps
moléculaires et surtout l’association des molécules du nitrobenzène augmen-tent leuranisotropie magnétooptique (on
nepeut
passavoir
jusqu’à
quel
point
ils’agit
del’anisotropie
ma-gnétique
ou del’a,nisotropie optique
séparément;
ceproblème exigerait
des recherches sur ladépolarisa-tion de la lumière diffusée dans les solutions de
nitro-benzène).
Ainsi le coefficientthermique
de la biréfrin-gence,qui
pour le nitrobenzène pur est trèsgrand,
diminue lors de la dissolution
~fig.
2 B. Pour la même raison labiréfringence
magnétique
des solutions du544
nitrobenzène
(fig.
3)
est diminuéelorsque
les molécu-les cessent d’êtreassociées,
parce que leuranisotropie
magnétooptique
devient maintenantplus petite.
Si onapproche
dupoint critique,
les fluctuations de lacon-centration
(qui
deviennent deplus
enplus grandes)
causent des fluctuations de l’intensité des
champs
moléculaires ;
c’estpourquoi
l’anisotropie
magnéto-optique
des moléculesaugmente et,
parconséquent
labiréfringence magnétique
augmente
aussi(fig. 1).
On
peut
aussi,
d’une autremanière, expliquer
l’in-fluence de l’association sur labiréfringence
magné-tique
des solutions. Lesagrégats
associés s’oriente-raient mieux dans lechamp
directeur,
parcequ’ils
sontplus
gros et que les chocs moléculaires dus àl’agitation
thermique
exercent moins d’influence sur eux. Pour trancher entre ceshypothèses
il faudraitpoursuivre
d’autres recherches sur la variationthermique
de labiréfringence magnétique
etélectrique
desmélanges
des différentsliquides.
Les solutions d’aniline seraientparticulièrement
intéressantes àétudier,
parce que l’aniline montre avec la loi d’additivité des écarts desens
opposés
à ceuxqu’on
trouve avec lenitro-benzène.
Nous voulons
ajouter
ici une remarque. Dans levoi-sinage
immédiat dupoint critique
le milieu cessed’être
optiquement homogène.
Les fluctuations très fortes de la concentrationprovoquent
une associationinstable,
« vacillante » des molécules et il se formeune certaine
catégorie
d’agrégats
de dimensionscol-loïdales,
queZsigmondy (1)
a nommé « Vacillons » àcause de leur instabilité. Dans cet intervalle de
tem-pérature (15°5 -19~)
les mesures étaient assezdiffi-ciles,
parce que le faisceau traversant la solution était très fortementdiffusé,
mais sansdépolarisation
de la lumière.Je tiens à remercier M. le
professeur
A. Cotton pour lesprécieuses
et nombreuuses indicationsqu’il
a bien voulu me donner ainsi que pour la bienveillancequ’il
m’atoujours témoignée.
Ces recherches ont été effectuées
grâce
à une bourse de la Fondation de la Culture Nationale à Varsovie(Fundusz
Kultury
Narodowejvv
Varszawie)
àqui
j’exprime
maprofonde
reconnaissance.(1) R. Z. ZSIGIUONDY,