FACULTÉ DE MÉDECINE ET DE PHARMACIE DE BORDEAUX
ANNEE 1894-1895 N° 35.
DU TRAITEMENT
IDE LA
PAR LA SUTURE OSSEUSE
THESE
POUR LE DOCTORAT EN MÉDECINE
Présentéeet soutenue publiquementle21 décembre 1894
PAR
Edmond -Abel-Gabriel CHAPUIS
ÉLÈVEDUSERVICE DESANTÉDELA MARINE Né à Poligny (Jura), le 4 Juin 1870
Examinateurs de la Thèse..
MM.DEMONS MASSE DENUCÉ RIVIERE
professeur, Président professeur,
a§ré§é \ Juges agrégé
Le Candidat répondra à touteslesquestions quilui seront faites sur les diverses
parties de l'enseignement médical
BORDEAUX
IMPRIMERIE DU MIDI, P. CASSIGNOL
91, EUE PORTE-DIJEAUX, 91
1894
FACULTE DE MEDECINE ET DE PHARMACIE DE DORDEAUX
Clinique interne...
Cliniqueexterne..
Pathologie interne
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M. PITRES Doyen.
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M. MICÉ..
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Mal. dularynx,desoreillesetdunés MOURE Zoologie
Le Secrétaire dela Faculté : LEMAIRE.
Par délibération du 5 août 1879, la Faculté a arrêté que les opinions émises dans les Thèses qui lui sont présentées, doivent être considérées comme propres à leurs
auteurs etqu'elle n'entend leur donnerni approbation ni improbation.
A MON PÈRE ET A MA MÈRE
A MES PARENTS
A MONSIEUR LE DOCTEUR LIGIER
directeur de l'asile national de charenton — officier d'académie
A LA MÉMOIRE DU COLONEL TONNOT
du6ft régiment d'infanterie de marine — officier de la légion
d'honneur
A MONSIEUR LE DOCTEUR GUÉS
directeur du service de santé de la marine
au port de lorient
officier de la légion d'honneur
■HH J1L.,îfrg-,<s-j
' XJ;
A MONSIEUR SALIN
PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE — OFFICIER DACADEMIE
A MONSIEUR HUDELIST
SOUS-COMMISSAIRE DE LA MARINE — CHEVALIER DE LA LÉGION D'HONNEUR
A MON EXCELLENT AMI JEAN PAPILLON
LIEUTENANT D'ARTILLERIE
A MON AMI HERGAULT
ENSEIGNE DE VAISSEAU
AUX DOCTEURS BOISSAT ET ANDRÉ PAPILLON, DE LYON
INOUBLIABLES SOUVENIRS
A MES CAMARADES DE LA MARINE ET DES COLONIES
A mon président de Thèse
MONSIEUR LE DOCTEUR DEMONS
PROFESSEUR DE CLINIQUE CHIRURGICALE A LA FACULTÉ DE MÉDECINE
DE BORDEAUX
OFFICIEB DE LA LÉGION D'HONNEUR — OFFICIER D'ACADÉMIE
MEMBRE CORRESPONDANT DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE
avant-propos
Etudier dans un travaild'ensemble les difficultés qui s'oppo¬
sent au maintien de la réduction de la luxation sus-acromiale
de la clavicule, comment on a essayé de les combattre et par quels moyens; montrer la valeur
thérapeutique de la suture
métallique dans cette luxation, justifier par quelques
observa¬
tions les considérations quirésultent pour nous de cetteétude,
tel a été notre but en écrivant notre thèse.
Elle nous a été suggérée par le remarquable succès obtenu
au moi de mai de cette année, au moyen de ce procédé, par
notre éminent maître, M. le professeur Démons. Qu'il
nous soit permis de témoigner ici toute notre
reconnaissance
à M. le professeur Démons pour l'honneur
très grand
qu'il nous fait en acceptant de présider notre
thèse inau¬
gurale.
Nous remercions M. le docteur Binaud qui a bien voulu
nous guider dans le choix de cetravail.
DU TRAITEMENT
DE
LÀ LDXÀTÏON SUS-ACROMIÂLE DE LA CLAVICULE
PAR LA SUTURE
OSSEUSE
CHAPITRE
PREMIER
Quelques généralités surla luxation de
l'extrémité externe
de la clavicule.
La luxation de l'extrémité externe de la clavicule peut
êtresus ou sous-acromiale. On cite bien encore, d'après
les
observations de Godemer et de Pinjon, une troisième variété
sous-coracoïdienne, mais elle est très rare et ne nous arrê¬
tera pas plus longtemps.
Nous
nela mentionnons ici
quepour mémoire.
c. 2
- 10 —
La luxation sus-acromiale est de beaucoup la plus fré¬
quente. C'est elle dont nous allons nous occuper. Elle est
incomplète ou complète. Incomplète, elle est caractérisée
par une légère saillie de la clavicule, sans qu'il y ait à pro¬
prement parler, chevauchement de cet os sur l'acromion.
Cette luxation présente peu d'importance pour le chirurgien.
La guérison s'en obtient assez facilement sans que le fonc¬
tionnement du membre en ressente ultérieurement aucun trouble. Tout au plus observe-t-on une légère déformation de l'épaule, produite par une faible surélévation de l'extrémité
externe de la clavicule au-dessus du plan de l'acromion.
Dans la luxationcomplète, au contraire, l'extrémitéexterne de la clavicule monte sur l'acromion et forme un relief plus
ou moins sensible au-dessus de cette apophyse. Tandis que dans la luxation incomplète, les ligaments acromio-clavicu-
laires étant seuls déchirés, les ligaments coraco-claviculaires
intacts s'opposent àce qu'il y ait un chevauchement marqué.
Ici au contraire, ainsi que l'a démontré M. Florency dans sa
thèse, soutenue à Lille en 1885, tous les ligaments sont rom¬
pus. Ces ligaments rompus livrent passage à l'extrémité
externe de laclavicule et lui permettent de se porter en haut
et en arrière de façon à lacérer partiellement ou même à déchirer en totalité le trapèze pour passer au travers. Avec
cette variété de lésions anatomo-pathologiques il est facile
de s'imaginer combien les troubles fonctionnels et la défor¬
mation de l'articulation acromio-claviculaire peuvent être
importants. Il est facile de comprendre également que les
moyensde traitement devront varier selon l'étendue et la gravité des lésions.
Le traitement de la luxation sus-acromiale présente deux
indications : la réduction et la contention. Réduire est ordi¬
nairement facile; il est au contraire très difficile de mainte-
— 11 —
nir la luxation. C'est là que le chirurgien rencontre
des
difficultés insurmontables. Le maintien de la réduction de la
luxation sus-acromiale a toujours été considéré comme un écueil de la chirurgie. Quelle en est donc la cause?
A quoi peut-on attribuer la difficulté du maintien de la
réduction de cette luxation
Cela constitue une particularité tout à fait insolite
dans
l'histoire des luxations traumatiques; elle ne se rencontre guère que pour les déplacements de trois
articulations de
l'organisme, pour ceux de l'articulation trapézo-métacar- pienne du pouce, pour ceux de la tête
du radius, enfin
pourceux de la clavicule.
Diverses interprétations ont été données dans
le but d'ex¬
pliquer les difficultés qu'on éprouve à
maintenir les surfaces
coaptées dans la luxation qui nous occupe.
Pour Lenoir, la difficulté réside dans la présence cons¬
tante du fibro-cartilage inter-articulaire. Mais la
disposition
de ce fibro-cartilage varie trop selon les individus pour
qu'on
ytrouve une cause sérieuse
d'obstacle
aumaintien de la
réduction.
Boyer incrimine la
contractilité
etla tonicité musculaire,
Boyer ce faitjouer unrôle important à
la traction continue,
exercée par le faisceau externe du
sterno-mastoïdien,
etsurtout par le trapèze qui attirerait en
haut la clavicule.
»Il
y a une erreur dans cette phrase
de Boyer.
Eneffet,
siBoyer
insiste à la vérité sur le rôle du trapèze comme agent de production de la luxation, nous
lisons seulement dans
sonouvrage <c que la très petite
étendue, leur obliquité
etle
— 12 —
déchirement des ligaments ne permettent pas les plus légers
mouvements de l'épaule sans que les os se déplacent denou¬
veau. )>
Nélaton au contraire, demême qu'HamiltonetBardenheuer,
trouve la cause de la difficulté dans la contraction perma¬
nente du muscle trapèze. Cette opinion est vraie; dans bien
des cas on peut sentir le trapèze formant corde sous lapeau, mais elle est exclusive : le trapèze n'est point seul à se con¬
tracter, il y a aussi le deltoïde et le grand pectoral.
Polaillon suit l'avis de Malgaigne et émet cette idée: <c Les surfaces sont si étroites, si petites et si glissantes, que le
moindre mouvement du malade suffit pour les déplacer de
nouveau »; cela est vrai. Il est certain que la petitesse des
surfaces articulaires et leur facile glissement sont des fac¬
teurs entrant en jeu, quand on veut maintenir réduite la luxation
Paci incrimine l'étroitesse des surfaces articulaires.
Huguier trouve l'explication de la difficulté dans l'obli¬
quité de ces surfaces.
MM. Poirier et Rieffel admettent que la difficulté est due :
1° Dans la luxation incomplète, à l'obliquité des surfaces; 2°
dans la luxation complète, à l'obliquité précédente et à l'abaissement de l'acromion.
Nos conclusions seront les suivantes : La difficulté qu'on éprouve à maintenir la réduction tient à: 1° l'obliquité des
facettes articulaires; 2° à leur étroitesse et leur facile glisse¬
ment ; 3° à la contraction du trapèze et aussi à celle du grand pectoral et du deltoïde.
CHAPITRE II
Des différents appareils appliquésau traitement
de cetteluxation.
Lesappareils imaginés pour remédier à ces
inconvénients
.sont innombrables. Korzeniewsky en a fait une nomencla¬
ture que nous ne reproduirons pas, car
elle
nousentraînerait
trop loin. Tous sont calqués pour ainsi dire sur
les appareils
à fracture de la clavicule. Ils ont chacun des buts différents : les uns portent l'épaule en haut, les autres en
dehors; d'au¬
tres enfin, en haut, en dehors et en arrière. On peut les
grouper en : 1° bandages; 2°
appareils
àpression directe;
3° appareils modelés. Mais bien peu
remplissent l'indication
capitale ; exercer une pressionénergique
surl'extrémité
externe de la clavicule. Nous sommes obligé de passer en
revue les principaux pour nous
rendre
un compte exactde
leurs modes d'action et de leurs résultats. Nous verrons que dans les luxations légères leur emploi donne de beaux
résultats et qu'ils réussissent
quelquefois dans des
casplus
complexes. Mais nous verronsaussi leur insuffisance
clansles luxations complètes à grand déplacement, dans les déplacementsanciens, dans
les luxations douloureuses
avec— 14 —
impotence fonctionnelle et nous demeureronsconvaincu qu'il
est des cas où d'autres moyens doivent être mis en usage.
Les anciens n'avaientque l'écharpe etla fronde.Hippocrate
et Galien s'en servaient et recommandaient aux malades le décubitus dorsal.
Au Moyen Age on s'en tient auxconseils des maîtres grecs et latins. Pourtant le bandage en huit de chiffre commence
àparaître entre les mains de Lanfranc d'Abukasis et de Guy
de Chauliac.
Paré propose le bandage en huit postérieur des épaules. Il rapproche les épaules en arrière, par conséquent lesécarte
en avant. Son désavantage est de ne tirer l'épaule qu'en
arrière. Il ne remédie donc qu'à une seule espèce de déplace¬
ment et encoreimparfaitementà cause du relâchementrapide
de ce bandage. Aussi lui a-t-on apporté quelques modifi¬
cations.
J.-L. Petit rapproche les circonvolutions dorsales à l'aide d'une compresse longuette, plusieurs fois repliée sur elle-
même.
Récamier conseilla de placer entre les épaules un coussin qu'il fixa avec un mouchoir plié en cravate.
' Guillon n'apporta comme modification qu'un petit coussin préparé à l'avance et qui remplaçait le mouchoir plié en
cravate.
Heister, toujours dans le môme but (porter l'épaule en
arrière) eut recours à sa fameuse « Croix de fer » qu'il
destina surtout aux fracturesde laclavicule.
Desault. —Son bandage si célèbre résume tous les appa¬
reils antérieurs; il est encore fréquemment employé. Il se compose d'uncoussin axillaire fait avecdu vieux linge,, d'une première bande de 7 à 8 mètres, destinée à fixer le coussin
au tronc, d'une seconde bande de 8 à 10 mètres, destinée à
fixerle bras au tronc, d'une troisième bande de même lon¬
gueur, destinée à fixer l'avant-bras et à agir sur le coude et
sur la clavicule, d'un peu de charpie et de compresses pour
remplir les vides autour dela clavicule.
Ravaton, à l'écharpe et au spica employé par lesanciens, ajoute un huit de chiffre pour ramener l'épaule en arrière.
Astley Cooper, un des plus grands chirurgiens anglais,
recommande le corset, en prenant soin que les courroies
soient assez larges pour pressersuffisammentsur l'extrémité
luxée.
Maisonneuve se servait aussi du corset.
Velpeau découvre un bandage qui se fait avec une bande
ordinaire de huit à dix mètres. Le coude porté au-devant
de l'appendice xyphoïde et la main placée surl'acromion du
côté sain, on applique le chef de la bande sous l'aisselle du
côté sain. On la conduit obliquement sur le dos et l'épaule jusque sur la clavicule du côtémalade. Elle descend ensuite
sur la face antérieure du bras, passe au-dessus du coude pour remonter sous l'aisselle saine. On recommence ainsi trois 011
quatre fois ; on porte horizontalement la bande sur la face postérieure de la poitrine pour la ramener sur le bras et l'avant-bras fléchis en forme de circulaires qu'on multiplie.
On laisse à découvert la main qui est sur l'épaule saine et le moignon de l'épaule malade. Yelpeau immobilisait son
bandage avec de la dextrine.
Mayor, de Lausanne, paraît avoir obtenu quelques succès
avec son triangle.
Tous ces appareils construits avec des bandes et du linge
sontsujets à se relâcher. Ils ne remplissent pas ou remplis¬
sent mal l'indication essentielle : la pression énergique sur laclavicule. « Prenant un point d'appui sur la poitrine, ils
ne peuvent pas être assez serrés, en raison des mouvements
- 16 —
respiratoires, pour comprimer énergiquement la clavicule et maintenir la réduction (Polaillon). » La luxation se reproduit
sous le bandage et la guérison ne s'obtient pas sans défor¬
mation.
La seconde classe d'appareils, les appareils à pression
directe tendent à exercer une pression suffisante sur l'os déplacé pour le maintenir réduit. Malheureusement cette pression est, ou trop faible et la difformité persiste, ou trop
forte et alors des accidentssont à redouter. Entreles mains de
chirurgienshabiles, elle fournit dessuccès, mais ilssont rares.
Bover, pour remédier au relâchement deslinges, aproposé
un appareil pouvant presser directement sur l'os déplacé en
prenant son point d'appui sur le coude.
ce Après avoir placé sous l'aisselle un coussin de crin ou de balle d'avoine, on emploie une fronde en cuir dont le plein embrasse le coude et dont les deux chefs sont arrêtés
surl'épaule saine. Des boucles, qui sont placées un peu au-
devant, servent à fixer le bandage et donnent lafacilité de le
resserrer aubesoin sans le déplaceretsans agiter le membre.
Un bandage de corps, assujetti avec unscapulaire, en conser¬
vant la première pièce de cet appareil, rapproche en même temps le oras du tronc et porte l'épaule en dehors. » Cet appareil qui presse sur la clavicule, est supérieur à tous
ceux que nous venons de décrire, mais la courroie qui exerce cette pression glisse facilement sur l'épaule et doit être
remontée àchaque instant.
J. Cloquet, en 1830, a apporté une modification importante
à cet appareil. Il supprime le coussin axillaire et la courroie qui passe sur l'épaule saine etremplace la fronde de cuirpar
un sac de toile rempli de charpie. Il fixe la courroiequi passe
sur l'épaule malade, enyattachant en avant eten arrière une bande transversale embrassant le côté opposé de lapoitrine.
— 17 —
Cet appareil,porté pendant une trentaine dejours, diminue, d'aprèsce que nous dit l'auteur, notablement la difformité.
Baraduc, en 1841, imite et modifie l'appareil de Cloquet.
Nous empruntons à la thèse de M. Courchet (Paris 1866) la description de cetappareil. Il se compose : <c 1° De circulaires
sur tout le membre; 2° on réduit, puis le bras placé sur le
côté et l'avant bras relevé devant la poitrine, on fait sur le
torse quelques tours de bande dont un passe sur le coude et
le fixe danscette position; 3°compresses enplusieurs doubles
sur l'extrémité luxée; 4° quatre ou cinq jets de bande entou¬
rant le coude etl'épaule; 5° une dernière bande se pose par
son plein sur le côté et ses chefs embrassant le thorax s'en¬
gagent chacun sous la partie correspondante des circonvo¬
lutions cubito-claviculaires, se réfléchissant sur elles, et viennent se nouer au point de départ sur le côté sain. Dès
que l'anneau allongé, qui refoule l'un vers l'autre le coude et
la clavicule, se relâche, on lui rend sa tension en resserrant l'anse transversale qu'on visite tous les jours dans ce but. » Avec cet appareil, Baraduc dit avoir eu des cas très amé¬
liorés et un succèsparfait.
Voyant que ces appareils ne réussissaient que très impar¬
faitement à abaisser la clavicule et à la maintenir réduite, Malgaigne et Laugier, presque en même temps, imaginèrent d'employer le tourniquet de Jean-Louis
Petit. Tandis
que Laugier réussissait assez bien dans ses premiers essais en modifiant un peu le dispositif dePetit, Malgaigne ayantaffaireà des cas plus difficiles sans doute, obtenait des résultats
malheureux. Laugier, au lieu d'une pelote, emploie une
plaque métallique, concave à sa
partie inférieure, destinée
àexercer la compression sur l'extrémité luxée de la clavicule.
Cette plaque est maintenue au moyen
d'un appareil
passantsous l'aisselle du côtéopposé et autourdu thorax.
c. H
— 18 —
Malgaigne ade même modifié le tourniquet
de
J.-L.Petit.
Ces appareils réussissent quelquefois dans une
luxation
incomplète, mais échouent fatalement, quoi qu'on
puisse
dire, dans une luxation complète: « Je me suis serviun assez
grand nombre de fois de mon
appareil, dit Malgaigne,
etj'en
ai obtenu une réduction presque complète; mais il faut dire
que lesmalades supportent
mal
cetappareil
< tquelques-uns
ont vu sous son influence se développer des eschares. » Delens emploie les bandes élastiques au traitement
de la
luxation sus-acromiale. Mais il a soin de laisser un petit
coussin sur l'extrémité luxée de laclavicule au-dessous de la
bande élastique. M. Delensa obtenu plusieurs succès par ce
moyen; mais, ajoutons que ces succès ont eu lieu pour
des
luxations incomplètes. Ces faits sontconsignés dans la thèse
de M. Boulian (Paris, 1876).
Dans l'appareil de M. Péan, le dispositif de Delens est
conservé avec quelquesvariantes, le coussin pressant sur la
clavicule est une vessie pleine d'eau. M. Péan a obtenu des guérisons, maisavec persistance de la difformité. Lui-même
avoue le peu de confiance qu'il faut accorder aux appareils
pour traiterla luxation sus-acromiale.
Maurel,Jmédecin de la marine française, aproposé, en 1877,
un appareil prenant son point d'appui sur la poitrine. Cet appareil n'a pas eu grand succès.
Il nous reste à parler des appareils morjelés consistant à
mouler la base du cou, les épaules et la partie supérieure du
tronc. Ce moule sert àfaire une plaque de cuir rigide, lacée
en arrière et embrassant les parties que nous venons de
nommer. C'estlà l'appareil de Demarquay. Cabot, du Massa- chussets, recommande, au lieu d'une plaque moulante en cuir, une plaque de gutta-percha. Les résultats fournis par ce
procédé ont étévantés par Boulian. Mais, comme les précé-
dents, ces appareils sont pénibles à supporter, se déplacent
trop facilement, serrent trop, peu et permettent à
la luxa¬
tion de se reproduire, ou serrent trop et alors gênent
les
mouvements respiratoires. Ils deviennent dans ce cas un véritable carcan pour le patient et lui causent un supplice auquel il refuse de se soumettre plus de
trois
ou quatrejours.
On n'a eu en sorte qu'un seul résultat, c'est celui
d'avoir
d'une façon intempestive fatigué le malade.
Nous ne voulons pas terminer cette brève revue critique
des appareils destinés à combattre le
déplacement dans la
luxation sus-acromiale sans faire mention d'un nouveau
moyen de traitement préconisé tout récemment
dans les
Archives provinciales de Chirurgie, par M.
Henri Boudaille,
de Verdun (1er septembre 1894, page 573).
Le voici :
« Les fractures et en général les lésions de la
clavicule
sont, de l'avis de tous leschirurgiens, très difficiles à
main¬
tenir, réduites en bonne situation. Je ne m'arrêtai à aucun
des appareils ou bandages classiques. Pour
obtenir le moins
de déformation possible, j'employai le moyen
suivant
:je
découpai dans la tarlatane unepièce
mesurant20
à30 centi¬
mètres de large et offrant unelongueur
telle, qu'elle
pûtfaire
deux fois le tour du corps. Je m'arrangeai de
telle
sorte, que l'épaisseur totale eût celledes appareils plâtrés habituels. Je
trempai la pièce dans du
plâtre gâché; j'exprimai et j'appli¬
quai à la façon d'un corset
de Sayre mis d'une seule pièce.
Le plâtre une fois pris,
le blessé était muni d'une cuirasse
solide et ne pouvant nullement se
déplacer. Je préparai
unebande de.tarlatane de 60 centimètres de long sur 8 centimè¬
tres de large et offrant 16
doubles.
Cettebande était destinée
à former bretelle et à appuyer fortement, par
l'intermédiaire
d'un petit coussin assez
dur,
surla
tétede la clavicule préa-
— 20 -
lablement réduite. Pendant que je maintenais réduite la
luxation, un aide appliquait le coussin, puis la bretelle plâ¬
trée; le tout ne fut abandonné qu'une fois bien sec et la
luxation ne pouvant se reproduire. Avec le doigt je pus m'as¬
surer que l'extrémité externe de la clavicule était
bien
enplace. Le bras fut soutenu avec uneécharpe
ordinaire.
» Je laissai l'appareil appliqué pendant cinq semaines;
quand je l'enlevai, je constatai une solidité
parfaite de la
jointure. Il n'y avait pas de différencesensible
entreles deux
articulations acromio-claviculaires. Les mouvements du bras
sont peu douloureux; le malade place facilement sa main sur la tête. D'ici peu de jours, il pourra reprendre ses travaux
habituels. »
Il s'agissait d'un homme, M. Cr..., demeurant à I)..., qui
avait une luxation complète de l'extrémité externe de la
clavicule du côté gauche, variété sus-acromiale, luxation
survenue à la suite du passage de la roue d'une voiture sur
l'épaule gauche. C'est un résultat magnifique. La guérison parfaite, sans déformation,sans amaigrissement, a eu lieu au bout de cinq semaines. Mais cet appareil n'a été appliqué qu'une fois et par un chirurgien qui l'a surveillé de très près.
Les appareils plâtrés avaient déjà été opposés au déplace¬
ment, mais leurs résultats avaient été fort médiocres. « Ces appareils ont l'inconvénient d'être malpropres, mal adhésifs pendant l'hiver; de se ramollir de glisser pendant l'été », dit Florency (Thèse de Lille, 1885), qui propose de préfé¬
rence un appareil en caoutchouc imaginé par Guermonprez.
Inutile de dire que ce dernier moyen a échoué comme les
autres et pour les mêmes raisons.
D'ailleurs, malgré son superbe résultat,M. Bôudaille ajoute qu'il n'aurait pas été loin de faire, si l'occasion s'en était pré¬
sentée, un autre traitement : la suture osseuse. «. J'ai craint,
— 21 —
dans le début, qu'il persistât une luxation à répétition. J'ai
pu faire quelquesopérations surle cadavre, qui m'ont
conduit
à penser que si semblable faitseproduisait, il
serait possible,
à l'aide d'un fil métallique reliant l'extrémité claviculaire à l'acromion, d'établirune suture osseuseproduisant une anky-
lose qui éviterait au blessé les inconvénients d'une
luxation
semblable. Cette opération serait encore indiquée devant de grande difficultés de contention des
extrémités
osseuses(Boudaille). »
C'est donc le chirurgien qui a obtenu un des plus beaux
succès avec les appareils qui vient nous proposer la suture
osseuse, dans des cas bien définis de nécessité.
Nous savons bien que beaucoup vont se récrier à ce mot
de suture osseuse proposée pour la luxation sus-acromiale.
Comment, nous diront-ils, vjusproposez une opération là où
un appareil suffit. Nous voudrions que ce
dire fût vrai; mais
malheureusementles cas de luxationscomplètement guéries
par ces appareils sont rares.
Quand il s'agit d'une luxation
incomplète tout marche assez
bien. Mais dans la luxation
complète, les résultats sont presque
nuls
:la difformité
per¬siste, l'extrémité claviculaire se relève comme unetouche de piano et le fonctionnement
normal du membre est
souventaltéré.
Trois auteurs ont dans leur thèse fait l'éloge des appareils.
M. Courchet (Paris, 1866) vante les bienfaits de l'appareil de Laugier.
M. Ader (Paris, 1872) propose aussi
l'appareil de Laugier
comme surpassanttous les autres.
Enfin M. Boulian (Paris, 1876 recommande les bandes élastiques de Delens. Voici le
résultat de leurs observations
les plus probantes,
naturellement, qu'ils aient
pu trouver enfaveur de leur manière de voir :
Observations de M. Courchet (Par l'appareil Laugier)
Observation 1 Luxation irréductible.
Observation II ... Luxation incomplète. Résultat: difformitéetAtro¬
phie.
Observation III... Luxation avecdéplacement
marqué. Résultat : légère saillie.
Obsevation IV Légère luxation. Résultat: légère saillie.
Doncici, aucun cas complètement guéri, et pourtant il est
à remarquer qu'il s'agissait deux fois de luxations incom¬
plètes légères.
Observations d'Ader (Avec divers appareils)
Observation I.... Luxation incomplète.
Résultat : après traitement
avecl'appareil de Boyer : légère déformation.
Observation 11 ... Luxation incomplète.
Résultat après application
del'appareil de Laugier : légère atrophie.
Observation III... Luxationirréductible.
ObservationIV... Luxation incomplète.
Résultat après application
de l'appareil de Laugier: difformité tiès marquée.
Observation V ... Luxation complète.
Résultat par les bandes de
Delens : saillieassez mar¬
quée.
Observation VI... Luxationcomplète.
Résultat après application
de l'écharpe de Mavor : '
saillieet atrophie.
ObservationVII.. Luxation complète.
Résultat après application
du tourniquet de Malgai-
gne : saillie et amaigris-
semeut.
Dans ces 7 observationsdeluxationsus-acromiale soumises à diverstraitements nousne trouvons pas un cas de guérison parfaite.
Observations de JBoulian (Avec les bandes élastiques de Deleris)
Observation I Luxation avec déplpcement
de2centimètres.
Résultat obtenu avec les bandes de Delens : saillie bienmarquée, impotence.
Observation 11 Luxation avec saiilie de
l'épaisseur du doigt.
Résultat gar le même pro¬
cède:ladifformitépersiste
etles mouvementslaissent fort à désirer.
ObservationIII... Luxation incomplète avec léger chevauchement.
Résultat par le même pro¬
cédé : saillie un peu di¬
minuée.
Ces résultats, preuves patentes, ne parlent pas, comme on le voit, en faveur des appareils. Ils nous montrentque malgré
ces moyens de traitement la difformité a persisté 12 fois sur 12 et que dans 3 cas les troubles fonctionnelsont persisté.
Inconvénients et dangers de ces appareils
Nous venons de passer en revuebrièvement les principaux appareils destinés à maintenir réduite la luxation sus-acro-
miale. Quand ils s'adressent aux luxations incomplètes, ils
ont évidemment du bon et ont quelquefois donné un résultat
sans qu'il y eût difformité, amaigrissement ou bien impo¬
tence fonctionnelle. Mais quand il s'agit de luxations com¬
plètes, ils perdent leur valeur.
— 25 -
Les inconvénients et même les dangers des appareils on
été signalés d'une façon magistrale par MM. Poirier et
Rieffel.
Voici ce que disent ces auteurs : « Il n'en est pas
moins
vrai, qu'en dépit de tous les bandages dont la
multiplicité
même est la meilleure preuve à l'appui de leur inefficacité l'expérience a démontré qu'on réalise très rarement une coaptation exacte des surfaces articulaires. Sur 20 cas,
Néla-
ton déclare qu'il n'en a pas vu un seul guérir parfaitement,
etHamilton, dans sa longue pratique, necite que deux obser¬
vations traitées avec disparition complète de la déformation.
Aussi est-on en droit de conclure que les luxations sus-acro- miales restent imparfaitement réduites et ne guérissent
pas sans la persistance d'une difformité plus ou
moins
pro¬noncée.
» Les appareils n'ont souvent d'autre désavantage que
de
se relâcher et de permettre au déplacement de
se/eproduire.
Mais quand ils sont bien appliqués, quand
la pression
surla
clavicule et sur le coude est suffisante pour assurer la coap¬
tation, il est rare qu'elle puisse être tolérée tant la
douleur
est intense et continue. La constriction gêneparfois au point
d'entraver le librejeu de la respiration. Dans ces
conditions,
beaucoup de malades se refusent, au
bout de
peude jours,
au port du bandage. Si, dans un
but esthétique,
ons'acharne
à la correction du déplacement, il est nécessaire de main¬
tenir très longtemps l'appareil en place. Cette
immobilisa¬
tion prolongée en dehors des
phénomènes douloureux n'est
pas sans offrir un
certain nombre d'inconvénients. Nous
trouvons relatée dans Hamilton l'histoire d'une dame à laquellece chirurgien
appliqua
uneêcharpe
avec uncoussin
axillaire : « L'appareil fut laissé en place
pendant
sixsemai¬
nes; quand on l'enleva,
le coude, le poignet
etles doigts
c.
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présentaient une extrême raideur. Tout le membre était amaigri, à peu près inerte. Au bout d'un an, cet état du
membre n'était pas amélioré. Toutes les articulations, à partir de l'épaule, étaientpres que complètement ankylosées,
les muscles étaient fortement atrophiés et la main tremblait
constamment. Ce résultat était dû à ce que le bandage avait
été trop serré et demeuré trop longtemps en place; mais il
était dû surtout à la pression du coussin axillaire. Vaut-il donc bien lapeine de courir ces dangers en vue d'un résultat
aussi incertain quele maintien de l'os dans sasituation nor¬
male ?
)) I! nous est permis de faire quelques tentatives dans cette voie, surtout quand il s'agit d'une femme et qu'il est d'un
sérieux intérêt d'éviter toute déformation, mais nous ne
devons jamais perdre de vue la possibilité d'une ankylose
définitive et d'une paralysie du membre. »
Ces complications graves, dont il serait aisé de multiplier
les exemples, ne sont pas les seules qu'on puisse observer.
Vidal de Cassis, Malgaigne rapportent des cas d'ulcérations
cutanées, d'eschares et même d'ostéite ayant succédé à la pression exagérée de la pelote sur la clavicule ou de la cour¬
roie sur lestéguments du coude. « Le malade, écrit ce dernier auteur, ne dormait pas les deux premières nuits; je dus relâ¬
cher la pression par intervalles; le cinquième jour, les cour¬
roies avaient ulcéré les téguments du coude, puis, malgré
toutes les précautions, la pelote détermina une excoriation
sur l'épaule; pour éviter la nécrose, je reportai la compres¬
sion plus en dedans. Enfin, après quarante-deux jours d'appareil, j'obtins une réduction à peu près complète, mais
avec le membre amaigri, les articulations raidies, et il fallut près d'un mois pour rétablir les mouvements. »
Le port d'appareils compliqués exactement contentifs peut