FACULTÉ
DEMÉDECINE
ET DEPHARMACIE
DEBORDEAUX
ANNÉE 1898-1899 J%T°5®
CONTRIBUTION A
L'ÉTUDE
lier
ET DE SON TRAITEMENT
THÈSE POUR LE DOCTORAT EN MÉDECINE
Présentée et soutenue
publiquement le
25Janvier
1899PAR
F»ie^re-lLouLis 3VE OINT
OIE!
Né à Bordeaux (Gironde), le 13 Juin 1876
Élèvedu Service de Santé de la Marine
/MM. DEMONS professeur.... Président.
Examinateurs de laThèse: DENUCÉ
™iLD Poseur....i
agrégé )Juges.
CANNIEU agrégé.
Le Candidat répondra aux questions qui lui seront faites sur les diverses parties de l'Enseignement médical.
BORDEAUX
1MPRIMU1UU DU MIDI — PAUL CASSIGNOL
91 — RUE PORTE-UIJKAUX — 91 1899
Facilité de Médecine et de Pharmacie de Bordeaux
M.DE NÀB1AS, doyen —
M. PITRES, doyen honoraire.
PROFKSSKCRS
MM. MICÉ \
AZAM DUPUY MOUSSOUS.
Professeurs honoraires.
Cliniqueinterne Clinique externe Pathologie et théra¬
peutique
générales.
Thérapeutique
Médecine opératoire. Clinique d'accouche¬
ments
Anatomie pathologi¬
que Anatomie
Anatomie générale et histologie
Physiologie Hygiène
A MM.
PICOT.
PITRES.
DEMONS.
LANELONGU YERGELY.
ARNOZAN.
MASSE.
LEFOUR.
COYNE.
BOUCHARD.
VIAULT.
JOLYET.
LAYET.
G BIB3GÉS «la
Médecinelégale Physique .
Chimie
Histoire naturelle ...
Pharmacie
Matière médicale....
Médecine expérimen¬
tale
Clinique ophtalmolo¬
gique
Clinique des maladies chirurgicales des en¬
fants
Clinique gynécologique Cliniquemédicaledes
maladies desenfants Chimiebiologique...
EXERCICE :
MM.
MORACHE.
BERGON1É.
BLAREZ.
GUILLAUD.
FIGUIER.
de NABIAS.
FERRÉ.
BADAL.
PIECHAUD.
BOURSIER.
A. MOUSSOUS.
DENIGÈS.
section de médecine(Pathologie interne et
Médecine légale.)
MM. CASSAET.
AUCHÉ.
SABRAZÈS.
MM. Le DANTEC.
HOBBS.
section de chiuurgie et accouchements
(MM. BINAUD. | Accoucberaculs
)MM. CHAMBRELENT
Pathologie externe
BRAQUEHAYE | AccoucùemcntsF1EUX.
| CHAVANNAZ. |
section dessciencesanatomiques et physiologiques
. . . JMM.
PR1NCETEAU I Physiologie MM. PACHON.
Anatomie j CANNIEU. | Histoire
naturelle BEILLE.
sectiondessciencesphysiques Physique
MM. S1GALAS. | Pharmacie...
C © u sa& c © si a» s,sosi aia t
a
i sib<: s
: Clinique desmaladiescutanées et syphilitiques MM.
Clinique des maladies des
voies urinaires
Maladies dularynx, des
oreilles
etdu
nezMaladiesmentales Pathologie interne Pathologie externe Accouchements Chimie
Physiologie Embryologie Pathologie oculaire
Conférence d'Hydrologie et
Minéralogie
Le Secrétaire de la Faculté:
LEMAIRE.
M. BARTHE.
DUBREUILH.
POUSSON.
MOURE.
RÉGIS.
RONDOT.
DENUCE.
CHAMBRELENT.
DUPOUY.
PACHON.
CANNIEU.
LAGRANGE.
CARLES.
Pardélibération du 5 août1879, la Facultéa
arrêté
queles opinions émises dans les
Thèsesqui lui sontprésentéesdoivent
être considérées
commepropres à leurs auteurs, et
qu'elle n'entend leurdonnerni
approbation ni improbation.
A MA MÈRE ET A MON
RÊRE
Faible témoignage de ma profonde
reconnaissance et de mon inaltérable affection.
A MES FRERES
c"jî _■
sA MES AMIS
r
cSr" ^ s ■ .- - IST> . *.Vi :-'•
1 ®Si iilBIiaBBM
■MB8MKM
Si* ïil^l
INTRODUCTION
L'idée
première de
cemodeste travail appartient à M. le
D1' Bégouin.
Qu'il
nouspermette de lui adresser tous nos
remerciements pour
la bienveillance qu'il nous a toujours
témoignée pendant notre stage dans le service de M. le pro¬
fesseur Démons, où il
remplissait les fonctions de chef de
clinique,
et
pourles conseils éclairés qu'il n'a cessé de nous
prodiguer
durant
nosquelques mois de recherches sur le
sujetqui nous occupe.
Notre excellentami, le D1'
Sambiic, médecin de 2rae classe de
la marine, aide
d'anatomie à la Faculté de médecine de
Bordeaux,amis, avec son
obligeance habituelle, à notre dis¬
position ses
connaissances pratiques ; il a guidé nos recher¬
ches sur le cadavre. Merci du
fond du
cœur.M. le professeur
Démons
nousa fait le grand honneur
d'accepter la
présidence de notre thèse, nous lui en sommes
vivementreconnaissant, tout en
regrettant de ne pas pré¬
senterun travail plus
digne de
sessavantes leçons.
DIVISION DU SUJET
Après la description anatomique de l'articulation ooxo-
fémoraleetl'exposition
d'une classification des luxations de
la hanche, nousétudions :
Dansun secondchapitre,
l'étiologie de la luxation ilio-pu-
bienne,
Dans un troisième chapitre, nous
relatons les expériences
que nous avons
pratiquées
s*urle cadavre.
Un
quatrième chapitre
atrait
aumécanisme et à l'anato-
mie pathologique de la
luxation ilio-pubienne.
Dans le
cinquième
etle sixième chapitre
nous exposons succinctement les symptômes,le diagnostic et le pronostic
de cette affection.
Enfin, dans le septième
chapitre,
nousétudions les procé¬
désde réduction préconisés
jusqu'à
cejour et donnons notre
préférenceà
celui qui nousparaît le plus conforme
auxdonnées de l'anatomio
pathologique et de l'expérimentation.
Suivent les conclusions.
CHAPITRE PREMIER
Considérations
anatomiques
surl'articulation
coxofémorale.
L'articulation coxo-fémorale est
constituée
pardeux
os : l'os des îles et le fémur. Les surfacesarticulaires sont d'un
côté la cavité
cotyloïde, de l'autre la tête du fémur.
L'acétabulum est une cavité
profonde, hémisphérique,
formée parla
réunion des trois pièces primitives de l'os des
îles. Elle esta peu
près moitié moins profonde que large. Sa
forme est un peu
ovale
; songrand diamètre commence, en
haut, au-dessous de
l'épine, iliaque antérieure et inférieure,
et se termine en bas au-dessus de
l'ischion
;c'est
sur cesdeux points que
le rebord cotyloïdien est le plus saillant.
On a décritavec beaucoup de soin
trois échancrures
que présentele sourcil cotyloïdien. L'antérieure est située entre
l'éminence ilio-pectinée
et l'épine iliaque antéro-inférieure :
c'est Péchancrure ilio-pubienne.
La postérieure,
échancrure ilio-ischiatique, est ordinaire¬
ment très peu marquée.
L'inférieure est la plus considéra¬
ble,on la nommeéchancrure
ischio-pubienne. Elle est con¬
vertieen trou par le
bourrelet cotyloïdien, et donne passage
auxvaisseaux inter-articulaires.
Nous pensons,
quoi qu'en ait dit Malgaigne, que ces
échancrures ne sauraientêtreconsidérées comme
des
cau¬ses prédisposantes,
puisque le bourrelet cotyloïdien comble
parfaitement toutes les
inégalités,
enmême temps qu'il
agrandit
quelque
peul'acétabulum, qui prend alors
une formehémisphérique.La tête du fémur, en se
déplaçant,
peuts'arrêter dans plu¬
sieurs excavations qui sont autour de la cavité
cotvloïde.
Immédiatement en avantet en bason remarque le trou ova- laire, bouché à l'état frais par la
membrane obturatrice.
Entre la cavité cotvloïde et l'ischion existe une rainure assez
profonde
qui
sertde poulie de réflexion
aumuscle obtura¬
teur externe. Au-dessus eten arrièrese trouve la fosse ilia¬
que
externe, qui est
commetordue
surelle-même et divisée
inégalement par uneligne
mousseverticale qui vient
se perdre enarrière de la cavité cotyloïde. Il
y aenfin,
auni¬
veau de récliancrure ilio-pubienne, unesurface
légèrement
déprimée qui a pourlimite antérieure Féminence ilio-pecti-
née, et qui, en dehors, va seperdre dans la fosse iliaque
interne.
Le fémur s'articule avec l'os iliaque par son
extrémité
su¬périeure,
terminée par unetête arrondie, formant
un peu moins des deux tiers d'une sphère. Al'endroit où
latête
se continue avec le col du fémur, on remarque un rétrécisse¬ment brusque qui permet à la tête
d'arc-bouter contre les
bords de l'os iliaque dans les luxations, et
rend inutiles tou¬
tes les tractionsdirectes, si on n'a pas soin
de la dégager
parun mouvement de bascule ou de rotation.
Lecol du fémur se confond en dehors avec le grand tro- chanter, grosse saillie destinée à des insertions
musculai¬
res. Le sommetde cette apophyse
est à environ
1centimè¬
tre au-dessous du
point le plus élevé de la tête fémorale.
Moyens d'union.
—Ou
adécrit
sousle
nomde capsule
or- biculaire, l'ensemble des fibres ligamenteuses de l'articula¬tion coxo-fémorale. Ces fibres se réunissent en faisceaux
épais
surquelques points, de sorte qu'il n'en reste qu'un
petit nombreformant
uneparoi mince dans les intervalles.
Ces points minces
sont précisément
ceuxqui cèdent le plus
souventquand l'articulation
reyôi-t des chocs
endes directions
inaccoutumées, etqui donnent lieu ainsi à des luxations.
La
capsule
en atrois, tous voisins du bord de la cavité co-'
t-yloïde et placés
aucôté inférieur de l'articulation. Le mé¬
dian est le plus
inférieur, situé immédiatement à l'échan-
crure
cotyloïdienne. Le second
sevoit en avant de lui, et en
estséparépar un
fort faisceau fibreux venant de la partie du
rebord
cotyloïdien à laquelle confine le bord inférieur tran¬
chant de la branchesupérieure
du pubis; c'est là ordinaire¬
ment que se
déchire la capsule dans les luxations eh avant
eten haut. Le troisième
enfin est situé
enarrière du premier
et également
séparé de lui
par unfort faisceau fibreux, qui
s'étend du bord de la
cavité eotyloïde à la gouttière de l'is¬
chion, dans
laquelle glisse le muscle obturateur externe.
Nous rapporterons
ici
uneexpérience de M. Barbe,démon¬
trantle peu
de résistance de la portion inférieure de la cap¬
sule
(Barbe, Thèse de Bordeaux, 1897).
« Sur deux cadavres bien
musclés, la capsule fibreuse de
l'articulationest mise à nu par une
dissection soigneuse des
muscles
péri-orticulaires, sauf
auniveau de la bourse du
psoas,
où quelques fibres de ce muscle sont insérées, afin de
nepas
ouvrir la bourse séreuse immédiatement sous-jacente :
nous avons
pratiqué
uneinjection d'eau par la face interne
de l'os coxal. Cette injection
est poussée
avecforce ; la cap¬
sule articulaire se distend : la
synoviale
necommunique
pas avec la
bourse du
psoas, cequi nous permet de pousser
l'injection
avecplus de force encore. Une rupture se produit
finalement, tandis que nous
avions injecté approximative¬
ment 35 cc. d'eau.
» Dans les deux cas, la
déchirure s'est produite au môme
point
etd'égale longueur. C'est une fente de 6 à 8 millimètres
de longueur, située sur
le bord interne du faisceau vertical
du ligament de
Bertin, et plus exactement entre ce dernier
et les fibres transversales du
ligament pubo-fémoral qui
vont se terminer sur la face inférieure
du col. Avec Bou¬
chard, Bigelow, nous
conclurons donc que c'est la portion
la plus inférieure de
la capsule qui est la moins résistante. »
Nousdécrirons
particulièrement, à cause du rôle impor-
tant qu'il joue dans
les luxations sus-pubiennes,
unfaisceau
de renforcement très considérable
appelé ligament de Bertin.
Ce ligament est tellement fort que toute autre partie
de la
capsule se déchire avant lui, et quel'os lui-même cède de préférence.
Nous empruntons encore cettedescription à la
thèse de M. Barbe :
« Leligament de Bertin estunépaississement
de la capsule
fibreuse de l'articulation de la hanche. Il est constitué par des faisceaux de tissu connectif densequi
s'insèrent
enhaut
au niveau de
l'épine
iliaque antérieure etinférieure
etvont
de là en s'irradiant seterminer sur la ligne intertrochanté-
rienne antérieure. Cet éventail fibreux ilio-fémoral porte
le
nom de ligament de Bertin.
» Toutefois, Bertin décrit encoredeuxportions
plus épais¬
ses de ce ligament.
» 1) L'une, supérieure, horizontale, le faisceau
ilio-prétro-
chantérien qui vient s'attacher sur un tubercule
situé
en avant du grand trochanter, immédiatement en dedansde
l'empreinte du petit fessier (Poirier). Sonépaisseur peut être
de I centimètre.
»2)Un
faisceauverticaldont la dénomination même deilio-
prétrochantinien indique suffisamment les insertions. Il estaussi résistant, aussi épais que le premier faisceau.
» Cruveilbier et Sappey ontappelé ligament de Bertin le
seul faisceau vertical, mais cette dénomination ne répond
pas à la
description
donnée plus liant, ou bien encore Bige- low, tandis que la portion de la capsule située entre les deux branches est relativement très mince, insiste davantage sur la disposition en Ydes deux faisceaux, et à la dénomination de ligament de Bertin est substituée celle de ligament en Y de Bigelow. »M. Barbe fait ensuite remarquer l'enroulementspiroïde de
faisceaux fibreux autour du col.
« En somme, il y a là des faisceaux fibreux décrivant un cercle presque complet autour du col, passant comme une
sangle sousle col, etquelques-uns d'entre eux secontinuent
en avant avecle ligament enY. »
Dans le cours de nos
dissections, nous avons trouvé, ainsi
que
M. Barbe l'avait relaté après Cruveilhier et Quai ne, que
dans deux cas,
quelques-uns des faisceaux les plus exter¬
nes del'iliaque
venaient s'insérer sur la portion la plus su¬
périeure
du faisceau vertical du ligament de Bertin.
Un autremoyen
d'union des deux os de l'articulation est
le ligament
rond, qui s'étend de la petite fossette creusée sur
le milieu de la tête du
fémur à Péchancrure de la cavité co-
tyloïde.
De grandes masses
musculaires entourent l'articulation
et la
protègent contre les violences extérieures.
Division des
luxations du fémur.
La têtedu fémur
peut s'échapper par tous les points du
pourtour
de la cavité cotyloïde, d'où l'extrême multiplicité
des variétés
possibles de
sesluxations.
Les cinq
espèces de luxations du fémur, généralement ad¬
mises
aujourd'hui, peuvent être classées de la manière sui¬
vante :
A)
Luxations enarrière
1) En
haut et
endehors (Boyer); iliaque (Gerdy).
2)
Enarrière et
enbas (Boyer); en arrière et en haut (Coo-
per) ou
dans l'échancrure sciatique; sacro-sciatique (Gerdy).
M. Nélaton réunit ces deux
variétés en une seule, sous le
nom d'ilio-ischiatique.
3) Celle
enbas, ischiatique (Gerdy); sous-cotyloïdienne
(Vidal de
Cassis).
B) Luxations en
avant
4)
Enbas et
endedans (Boyer); ovalaire (Cooper); sous-
pubienne
(Gerdy); ischio-pubienne (Malgaigne).
5)
Enhaut et
endedans (Boyer); sur le pubis (A. Cooper):
sus-pubienne
(Gerdy); ilio-pubienne (Malgaigne).
Nous ne nous occuperons quede cette
dernière, c'est-à-dire
de laluxationenhauteten dedans,surle pubis,sus-pubienne
ou ilio-pubienne.
CHAPITRE II
Etiologie de la luxation ilio-pubienne.
La luxation
ilio-pubienne est très
rare.Desault n'en
a ren¬contréqu'un
exemple. Boyeren
a vutrois. Astley Cooper n'a
puréunir quecinq cas, y
compris
ceuxqu'on lui
a commu¬niqués.
Malgaigne
enconnaissait
unetrentaine de
cas.C'est la plus rare
de toutes les luxations de la hanche. D'a¬
près unestatistique
empruntée à Hamilton et portant
sur104 faits, on voit la fréquence
relative de
cesluxations
:Luxation iliaque...
55
Comme les autres luxations, la
sus-pubienne est plus fré¬
quente chez l'homme, et on
la voit de préférence à l'âge
adulte.
Les causes sont prédisposantes
et efficientes. Parmi les
causes
prédisposantes,
on aincriminé la laxité des liga¬
ments de l'articulation, laxité qui
serait primitive
ouplus
souvent secondaire, et l'ouverture
excessive de l'angle
que forme le col avec le corps du fémur.Les causes efficientes sont directes ou indirectes.
C'est
ainsi qu'un sujet de A. Cooper
met le pied dans
untrou, le
bassincontinue à avancef, pendantque
la jambe et la partie
supérieure du tronc se
renversent fortement
enarrière. De
iscliiatique..
ovalaire
ilio-pubienne
28 13 8
même an
sujet
porte unfardeau
surle dos ou sur les épau¬
les; il tombe sur
les
genoux,le haut de la cuisse porté en
avant,legenou et
le tronc fuyant
enarrière et le mouvement
se trouvant accéléré par le
poids du fardeau.
D'autres fois,c'est une
chute
surla région postérieure du
bassin ou un coup
violent
reçu aumême endroit qui occa¬
sionne la luxation : rouede
voiture passant
surla fesse et la
partie
postérieure et supérieure de la cuisse; sac de grains
tombant d'une hauteur
de dix mètres et frappant la partie
postérieure et externe de la cuisse; un sujet de Tyrrell, at¬
teint de luxation
ilio-pubienne, fut heurté
enarrière tandis
qu'il urinait
aucoin d'une rue.
Hamilton raconte
qu'un blessé entra à l'hôpital Sainte-
Marie, de Londres,
dans le service du D1' Ure, pour une luxa¬
tion sur le
pubis qu'il s'était faite
ennageant.
CHAPITRE III
Expériences cadavériques.
Les expériences
cadavériques
ontété déjà
entreprises dansle but d'élucider le mécanisme etl'anatomie
pathologique
decetteluxation. M. Bégouin,
après
avoirprésenté
avec M. le professeur Démons, à la Société de chirurgie, l'observation d'un malade atteint de luxation ilio-pubienne, mort cinq heuresaprès
l'accident, avait repris ces éxpériences et en avait tiré des conclusions pratiquesen vue du traitement. Il existe cependant plus d'une obscurité à cet égard dans les traitésclassiques,
et les auteurs sont loin d'être d'accord sur le chapitrede Tanatomie pathologique.Aussi avons-nous pensé qu'ily aurait un grand intérêt à reprendre ces
expériences,
à les compléter, à les soumettreau contrôle d'une observation rigoureuse et d'un manuel opératoire toujours
identique
à lui-même.Nous croyons qu'il est abolument nécessaire pour éviter
toute confusion de distinguer deux ordres différents de recherches.
I. Dans une première série
d'expériences
nous avons tenté de produire sur le cadavre des luxations ilio-pubiennes. Une dissection soigneuse nouspermettait ensuite denous rendre compte :a) Desnouveaux rapports affectéspar les diverses parties
del'articulation;
à)
Des lésions produites par nos manœuvres dans les or¬ganes voisins.
Mo. a
II. Dans une deuxième
série d'expériences, nous avons
encore
produit des luxations ilio-pubiennes, immédiatement
suivies de tentatives de
réduction, tentatives variées, mais
permettant de tirer quelques conclusions pratiques sur le
meilleur modede traitement.
Manœuvres. —Pour
produire des luxations ilio-pubiennes,
nous ne
pouvions évidemment songer à reproduire le méca¬
nisme par cause
directe. Nous avons donc procédé de la ma¬
nière suivante:
Le sujet
étant dans le décubitus dorsal, la hanche sur
laquelle porteront
nosefforts dépassant légèrement le bord
de la table, le tronc
solidement maintenu par plusieurs ai¬
des, le
membre inférieur est porté vigoureusement dans
l'abduction forcée, puis
dans la rotation en dehors, et sans qu'il ait été besoin d'hyperextension; enfin, on le ramène
dans une situation
parallèle à celui de l'autre côté, mais
sans lui
permettre de quitter sa position de rotation.
Nousavions d'abord
combiné le mouvement d'abduction
et de rotation en
dehors à
uneflexion marquée de la
cuisse; cinq
fois
nousavions produit une luxation ova-
laire, et ce
n'est qu'après des désordres considérables que
nousétions arrivé à
transformer la luxation ovalaire en sus- pubienne secondairement.
En
employant les manœuvres ci-dessus indiquées, à
l'Expérience VI,
nosefforts sont couronnés de succès et nous
produisons
uneluxation sus-pubienne primitive, suivie im¬
médiatement de
dissection soigneuse et de tentatives de
réduction.
Nous avons tenté dans
la suite trois expériences, toujours
par
le même procédé, et nous n'avons pu reproduire la luxa¬
tion
sus-pubienne
quesecondairement.
Dans
l'Expérience X,
nousavons obtenu une luxation ilio-
pubienne primitive, dont nous avons opéré immédiatement
la réduction. Ce n'est
qu'après
nousêtre assuré que la tête
estbien
rentréedansla cavité cotyloïde,que nous disséquons
l'articulation pour
constater les lésions produites par le
traumatisme.
Nous ne relaterons toutau long que les deux expériences dans
lesquelles
nous avons pu produire une luxation sus-pubienne
primitive.
Expérience VI
Luxationilio-pubienne du côté droitproduite surle cadavre :homme
de quarante àquarante-cinq ans, bien musclé.
Examen. — Le membre luxé estlégèrement écarté de celui du côté opposé et porté dansunerotationendehors. Le genouregardeendehors
etlepied est couché sur sonbord externe.
La rotation endedans estimpossible, la flexion et l'adduction diffici¬
les, l'abduction etl'exagération de la rotation en dehorsau contraire faciles.
Nous remarquons une saillie osseuse considérable au pli de l'aineet manifestement formée par la têtefémorale. On sent à travers la peau ladépression qu'elle présentepourl'insertion du ligament rond.
La hancheest aplatie; àla place oh se trouvait le grand trochanter existeun enfoncement notable. Dépression très sensible dans l'ainepro¬
duitepar le refoulement des muscles de la partie supérieure et interne de la cuisse. Lepli de la fesse estlégèrement remonté.
Mensurations. — Les deux membres étant placés dans une même direction par rapport au bassin, on obtient: del'épine iliaqueantérieure
etsupérieure aucondyle interne du fémur
(l'articulation
dugenouétant ouverte), pourle côté luxé 0m48, et 0m485 pour l'autre côté;del'extré¬mité internede latète du fémur à l'épine iliaque antérieure et supé¬
rieure0m12, du même point à la symphyse dupubis 0m07.
La circonférence de lacuisse luxée, au niveau du pli de la fesse, est de 0m45; celle de la cuisse opposée de 0'"435.
Dissection. — La peau incisée et
récÉnée
en dedans met immédiate¬ment àdécouvert la tètedu fémur, qui soulève le fascia cribriformis et repose contreleligament de Fallope.
Le muscle pectiné est déchiré, ainsi que son aponévrose; le droit interneestintact; le couturier est porté en dehors et avec lui
la
gaine des vaisseaux cruraux. Ils passent par-dessusle
col dufémur,
en partie- 20 -
encoresur ia tète, dont
ils cachent la portion externe. La veine est
fortement aplatie entre
l'os et l'artère qui se trouve directement en
avant.
Lepsoas
iliaque est intact, déjeté en dehors; il embrasse le col du
fémur et estfortementtendu,
ainsi
quele nerf crural. Les muscles pelvi-
trochantériens sont intactset
relâchés.
Lesdeux
premiers adducteurs sont déchirés, une partie du premier
adducteur etdu pectiné est
refoulée dans la cavité cotyloïde.
Le pourtour
de la tête arc-boute,par sa partie supérieure, directement
contrel'éminence
ilio-pectinée
; sasurface articulaire regarde en avant
eten dedans. Le grand
trochanter est logé dans la cavité cotyloïde et
regarde en
arrière.
Touteslesfibres dumoyen etdu
petit fessier, qui s'insèrent au tiers
externe delà fosseiliaque et
qui concourent à la rotation en dedans du
membrepelvien,
sont
rompues.Le ligament rond est arraché de son
insertionfémorale.
La déchirure de la capsule est
oblique de haut
enbas, de dedans en
dehors et d'avanten arrière;
elle s'étend depuis
soninsertion supérieure
etantérieure au pourtour
du sourcil cotyloïdien jusque vers le petit
trochanter,où l'on rencontre un
lambeau flottant. Le ligament de Ber-
tin estintact.
Tentatives deréduction. —Nous
opérons des tractions violentes sur
lemembre en abduction (suivant son axe
pathologique) et nous fléchis¬
sonslacuisse sur le bassin; le
ligament de Bertin et le
psoassont relâ¬
chés, la réduction
devient alors très facile
par unmouvement de rotation
en dedans.
Expérience X
Luxation
ilio-pubienne du côté droit produite
surle cadavre. Homme
de trente-cinq àquarante ans, peu
musclé.
Examen.—Le membre esttoujoursen
abduction légère et
enro¬
tationen dehors. En somme,
même attitude
quedans l'expérience pré¬
cédente.
Larotationen dedans est
toujours impossible, la flexion et l'adduc-
— 21 —
tion difficiles, l'abduction etl'exagération de la rotation en dehors tou¬
jours très faciles.
Nous voyons au niveau de la partie moyenne
de l'arcade crurale
une sailliearrondie qui est évidemment la tètefémorale;
nousla reconnais¬
sons au palper et nous sentons
le
paquetvasculo-nerveux au-devant
d'elle.
Mensurations. — On obtient : de l'épine iliaque antérieure et supé¬
rieure au condyle interne du
fémur,
pourle côté luxé, 0m47,
et0m476
pourl'autre côté.
De l'extrémité interne de la tête du fémur àl'épine iliaqueantérieure
et supérieure, 0m118 ; du
même point
àla symphyse, 0m068.
La circonférence de la cuisse luxée au niveau du pli de
la fesse
estde
0ra42 ; celle de lacuisse opposée,
de 0m403.
Tentatives cle réduction.—Aumoyende tractions fortes, suivant
l'axe
pathologique du membre luxé, combinéesàlaflexion
dela cuisse
surle
bassin et à la rotation en dedans, la réduction ne s'opèrepas. Sous l'in¬
fluencedela rotationinterne, laluxation tend àsetransformer enintra-pel-
vienne.Nousfixons alors solidementle tronc,et toutenopérant des tractions vigoureuses sur lemembreen
abduction, qui font descendre la tête,
une foisquela tête estdescendue, nousfléchissons la cuisse, mais
nousla ti¬
rons cependant et lasoulevons en
même
temps,de manière
àla déta¬
cher pour ainsi dire des plans
profonds
surlesquels elle semble fixée.
Nousopérons ensuitela rotation en
dedans suivie d'adduction
etd'ex¬
tension, etla tête rentredans lecotyle.
Dissection. — Nous neparlerons quedes lésions nous
paraissant im¬
portantes.Le pectinéet lepsoas sontintacts. Lepaquet vasculo-nerveux
neprésente aucune lésion. Le ligament de
Bertin
estintact.
Les dissectionspratiquées par nous a
uni
veaucles
autrès
ar¬ticulations sur lesquelles nous
n'avions
puproduire
que se¬condairement des luxations ilio-pubiennes nous ont
permis
de constater que toujours le ligament
de Bertin était intact.
Nousverrons plusloin, au chapitre
de l'anatomie pathologi¬
que, l'importanceque peut avoir cette
constatation
que nousavons faite surlepetit nombre de cadavres que nous avons examinés.
22
Le
pectine était déchiré clans cinq
cas.La veine fémorale
était rompue dans un cas
(cette rupture était consécutive
à nostentatives de
réduction).
Nousn'avons jamais relevé
delésiondel'artère fémorale ni
des muscles pelvi-trochanté-
l'iens.
Dans les tentatives de réduction variées que nous avons tentées surles cadavres atteints de
luxations ilio-pubiennes
secondaires, nous avons
remarqué
quetrois fois la luxation
s'est transformée en ovalaire, cela
quand
nousportions le
membre luxé dans l'extension, l'abduction
et la rotation in¬
terne combinées.
CHAPITRE IV
Mécanisme et Anatomie
pathologique,
Mécanisme.
Comment agissent les causes
directes
ouindirectes dont
nousavons dit deux mots au chapitre
de l'étiologie.
A. Cooperdit que
la luxation
seproduit lorsqu'on pose le
pied dans
quelque excavation du sol
:le corps étant rejeté
en arrière, la
tê'te du fémur est chassée
enavant sur le
pubis.
« Cette luxation, dit Boyer, ne
peut être produite
quepar
un effort violent qui porte
le fémur
enarrière, tandis que le
bassin est
poussé
enavant, et effectivement, dans tous les
cas connus de cetteluxation, on voit que
le déplacement
a eu lieu par une causequi
aagi de cette manière
».Donc, pour
que la luxation
ait lieu, le bassin doit
seporter en arrière et
enbas, tandis que
l'extrémité supérieure du fémur se dirige
en avantet enhaut. C'est donc
l'extrémité inférieure de la
cuisse qui
doitse porter
enarrière et
nonle fémur en en¬
tier, comme on
pourrait le croire
enlisant
ce quedit Boyer
sur le mécanisme de la luxation.
Mais, dansbeaucoup
de
cas,le mode d'action du trauma¬
tisme estdifférent de celui qu'a
indiqué Boyer, lorsque,
par exemple, la violence aporté à la partie supérieure et posté¬
rieure de la cuisse. La tête fémorale se trouve
alors projetée
directement, par
l'effort mécanique,
enavant et en dedans
de sa cavité, puis
remontée jusqu'au niveau du pubis par la
— 24- -
contraction du psoas
iliaque. Mais il
està
remarquer que cette propulsion de la tête ne peut avoir lieu complètement qu'autant que la cuisse estportée dans la rotation
en dehors,Anatomie pathologique.
Quandonparcourt les
traités classiques,
on remarquela
différence d'opinions qui existe entre les auteurs. Ces dissi¬
dences prouvent la rareté des observations
où
l'on a pu prendrela
nature surle
fait,dans
uneluxation récente, et
nous montrent toute
l'importance
des deux seulscasd'Aubry
et de MM. Démons et
Bégouin,
et desexpériences cadavéri¬
ques que nous avons relatées au chapitre
précédent.
Nous rapportons tout au longces deux observations,nous rappellerons ici les opinions
des
principauxauteurs moder¬
nes, et nous les mettrons en parallèleavec les résultats qui
nous sont fournis par
l'observation directe et l'expérimen¬
tation,
Observation I
(Aubry)
(Ivummer, Thèse deStrasbourg'1853.)
Luxation de la tète du fémur en haut et en avant. Examen
cadavérique huit jours après sa production.
Le nomméJoseph Rouloa,âgé de trente-cinq ans, fut renversé par
une voiture, leIe1'juin 1852, et l'une des roues
lui
passa surla hanchedroite. Transporté àl'Hôtel-Dieu deRennes,deux
jours
après l'accident,il y succomba dans la nuit du 6au 7 du même mois, sans
qu'il
nous soit possible de préciser davantage les symptômes qui ontprécédé
la mort.
Le 8 juin, nous vîmes le cadavre à la salle
d'autopsie
et nous cons¬tatâmes les faits suivants: le cadavrerepose sur le dos, sa stature est moyenne, le système
musculaire bien développé.
L'aine droite est le siège d'une ecchymose qui se prolonge vers
les
régions crurale etfessière.
Auniveau de la partie centrale de l'aine
les tissus sontsoulevés par une tumeur appréciable à lavue ; le
toucher
fait reconnaître que cettetumeur
est dure, arrondie et qu'elle suit les
mouvements imprimés au
fémur.
La cuisse, le genou et
la jambe sont dans la rotation
endehors, la
pointe du
pied
esttournée
endehors,
en unmot le membre repose sur
latable par saface externe.
Lacuisse, dansunelégère
abduction, est
unpeufléchie
surle tronc, la
jambe est
fléchie à angle obtus
surla cuisse. Le membre pelvien du
côté opposé est
dans la rectitude et appuie
surla table par sa face
postérieure.
Du côtéluxé, la région
trochantérienne présente
unvide très notable;
on nepeut plus
reconnaître,
autoucher, la saillie du grand trochanter.
Mensurations. — Les deux membres étant
placés dans la même
attitude, un lien portant les
divisions du mètre est tendu entre l'épine
iliaque antérieure et
supérieure et la base de la rotule, alternative¬
ment du côté luxé et du côtésain;de résultat est, pour
le membre
luxé 0in42, et pour le
membre sain 0ni43: 1 centimètre de raccour¬
cissement.
Dissection. — Après
avoir mis à découvert les ganglions lymphati¬
ques de l'aine,
l'arcade crurale, la partie supérieure de la saphène et
l'anneau inguinal, nous
divisâmes la partie antérieure de l'infundi-
bulum crural,pourisoler
l'artère
etla veine du même
nom;le pectiné,
le psoas, le
nerf crural furent ensuite disséqués
avecsoin
;après quoi
nous examinâmes la situation de la têtedu fémur, dont
le tiers
externeest encore masqué par un
lambeau de la capsule articulaire. Vers le
centre apparaît la
dépression déstinôe à donner attache
auligament
rond. Cette dépression
regarde
enavant et
un peu endedans. Une
portion du ligament
rond, longue de 25 millimètres, est restée attachée
àla tèteosseuse; sonextrémité libre est
inégale et frangée.
Le ligament
dé Fallope, soulevé
parla tète du fémur, décrit à son
niveauune légèrecourbe à
concavité inférieure;
un espacede 12 milli¬
mètres le sépare du centre
de la portion de sphère articulaire qui
regardeen avant (le sujet
étant supposé dans la position verticale).
De ce même pointcentral : 1° à
l'épine iliaque antéro-supérieuré, la
distance est de 0m070; 21 àla symphyse
du pubis, 0m085.
Examinéeen arrière,ducôté de la cavité
abdominale, la tète s'aper¬
çoitpar l'anneau crural,
appuyée
surla partie antérieure de la portion
- 26 —
du pubis qui
constitue la limite postérieure de cet
anneau.En
unmot
la tète du fémur est située nondans lagaine du psoas,
mais dans
ce qu'on a appelé lecanal crural.
Aucun point de la
surface diarthrodiale
netouche le rebord coty-
loïdien; une distance de 15millimètres sépare ce
rebord de la ligne où
commence lecartilage, et c'est
le col du fémur qui
repose surla partie
supérieure etantérieure du bourrelet fibro-cartilagineux, de telle sorte
quela tète setrouve
de l'autre côté du rebord du cotyle appuyée
surla
partie interne et
antérieure de l'éminence ilio-pectinée.
Le muscle psoas et le
nerf crural passent
surla face antérieure du
colqui est devenue externe.
Ils
setrouvent
parcela même repoussés
en dehors; l'extrémitéinférieure du muscle serecourbe
endedans, au-des¬
sous de latète et du bordinférieur du col, pour gagner
le
petittrochan-
ter dont le sommet est dirigéen avant et un peu en
dedans. Le
psoas décrit donc unecourbe qui embrasse lecol
endehors et
enbas.
Le pectiné est recouvert
dans
unegrande partie de
sasurface anté¬
rieure desangcoagulé, noir,
adhérant intimement
auxfibres charnues
et pénétrant mêmeentre
celles-ci. Cette infiltration sanguine
se propageen arrière des-vaisseaux versle psoas, qui
présente aussi quelques
ecchymoses. Latête du fémur
repousse endedans le pectiné, et la
partieinterne de cette
éminence est recouverte
parle bord externe du
muscle, bord qui asubi des
déchirures dans quelques-unes de
sesfibres.
Lesommet du grand trochanteroccupe
la partie inférieure et posté¬
rieure de la cavité cotyloïde, dont
il
estséparé
par uneportion de la
capsule, et plusieurs
tendons. Celle de
sesfaces qui, normalement,
regarde endehors et unpeu en
avant, est dirigée
enarrière et
un peuen dehors.
En résumé,la tête du fémur, s'échappantpar
la partie supérieure et
antérieure de la cavité cotyloïde, a
franchi le bourrelet fibro-cartilagi¬
neux, et repoussant en
dehors le
psoas,déjetant
endedans et soulevant
le pectiné, estvenue se
loger derrière les vaisseaux
crurauxau-devant
de l'éminence ilio-pectinée, vers le
milieu du pli de l'aine. Le fémur
a subi un mouvementde rotation de dedans en dehors, parlequel la por¬tion de sphèreosseuse
qui regarde normalement
endedans et
enarrière
s'estdirigéeen avant et en
dedans.
Le
grand trochanter
aété porté
enarrière et s'est logé partiellement
dans la cavité cotyloïde,en
même temps
quele fémur, décrivant
un quart decercle de rotation,
a eu sasurface antérieure portée en
dehors, entraînantavec elle le reste
du membre dans cette situation
nouvelle.
Lésion dela capsule.—Le
ligament capsulaire est déchiré trans¬
versalement à 1centimètre de son pointd'attacheau pourtour
du cotyle,
et cela dans l'étendue de la demi-circonférence
antérieure de cette
cavité.
Danslepoint où le
col du fémur
repose surle bourrelet cotyloïdien, le
lambeau dela capsulereste
adhérent à l'os coxal, est replié
endedans
etlessépare l'un de
l'autre.
Lelambeau externeou fémoral de cette déchirurerecouvre une por¬
tion de la tèteet forme surla partie antérieure
du col, devenue externe,
une sorte de briderésistantequi maintient
l'os dans la place qu'il est
venu occuperpar le
fait de la luxation
;de sorte
quele col du fémur est
pris dansuneespèce de
boutonnière constituée
parcette bande fibreuse
appartenantàla
capsule,
etle bord de la cavité cotyloïde.
Lorsqu'on
relève l'extrémité inférieure du fémur, comme dans la
flexion de la cuisse surle bassin, la bande fibreuse,
dont il vient d'être
question,
est'manifestement relâchée et le col devient plus libre. Si, au
contraire, on abaissele fémur,comme
dans l'extension de la cuisse, et
que l'on exerce surle
même
os unetraction dirigée dans le sens de l'axe
du membre, on voit la boutonnière
qui embrasse le col
exercersur
celui-ci une pression
plus forte et produire
unesorte d'étranglement. En
mêmetemps le grand
trochanter s'enfonce dans le cotyle et arc-boute
contre la partie
inférieure du rebord de cette cavité.
La portion de
la capsule fixée à la demi-circonférence postérieure de
la cavité cotyloïde n'a
subi
aucunedéchirure, mais elle est refoulée par
le grand trochanter,qui se trouve
ainsi séparé de l'intérieur de l'articu¬
lation.
Entrelapartie
postérieure du grand trochanter et la capsule se trou¬
vent les tendons desmuscles
pyramidal, obturateur interne et jumeaux.
Un commencement de travail adhésif existe entre ces
tendons et le liga¬
ment orbiculaire.
MusclesIrochanléviens. — L'obturateur externe
est infiltré de
sang ;ce muscle estmanifestementrelâché; le
pyramidal, l'obturateur interne
— 28 -
et les;jumeaux n'ont pas paru
allongé. Le premier contenait clans
son épaisseurplusieurs épanchementsde
sang,la flexion du fémur augmente
l'allongementde
cesderniers muscles, ainsi
quecelui des fessiers.
Observation II
(MM. DémonsetBégoiin, Extrait des Bulletins et Mémoires de la
Société
dechirurgie.Séance du21 octobre 1897.)
Examen clinique et anatomo- pathologique d'une
luxation
traumatiquesus-pubienne de lahanche chezun
sujet
mortcinq
heuresaprès l'accident.
Le 12 avril 1897, à une heure de l'après-midi, on
apportait dans notre
service àl'hôpital Saint-André de
Bordeaux,
uncharretier qui, quelques
instants auparavant, était tombé sous un
tombereau chargé de sable.
La hanche droite avait fait « cale » et la roue s'était arrêtée sans lui passer sur lecorps ;
il n'avait
pasperdu connaissance, mais n'avait
puserelever. Cefurent là tous lesrenseignements qu'ilput nous donner.
C'était un homme decinquante-six ans, grand et bien
musclé, mais
qui présentait unfaciès de vieil alcoolique
;il exhalait, du reste,
une forte odeurcle rhum.Levisage était pâle, le pouls
régulier,
un peufaible
sansêtre
cepen¬dantpetit, battait à08 ; la
respiration était normale. D'une voix forte,
le maladerépondaitbien aux
questions qu'on lui posait. Il
yavait là,
ensomme, un état de shockmoyen
qui
nesembla
pasinquiétant à celui de
nous qui fut appelé auprès
de
cethomme.
En découvrantce malade, nous aperçûmes d'abord une
plaie
eontuseau côté droit du scrotum, par laquelle le
testicule sain faisait hernie
;ce n'était là qu'un accident de
médiocre gravité. Le mal principal ré¬
gnait à lahanche.
Lemembre inférieur droit, enlégère abduction, reposaitsur
le plan
du lit par saface
externe*. Il était
enextension, bien
quela jambe fût
trèslégèrement
fléchie
surla cuisse,
etil semblait
un peuraccourci. La
mensuration faite del'épine iliaque
antéro-supérieure à la pointe de la
malléole interne indiquait 2 centimètres
de moins
surle membre
maladeque surle membre
sain placé dans la même attitude.
Lahanche étaitdéformée. Onvoyait,au niveau
de la partie
moyennede l'arcade de Fallope, une
tuméfaction arrondie, du volume d'un œuf
depoule; au-devant
d'elle,
sousla
peau,l'artère fémorale battait.
En dehors, la sailliedu grand trochanter
avait disparu, le toucher la
faisait sentir plusrapprochée de
la crête iliaque qu'à l'état normal, sépa¬
rée d'elle par un espace où
l'on pouvait facilement enfoncer les doigts,
grâceaurelâchement
des muscles fessiers. Quant à la tuméfaction située
au niveau del'arcade crurale, elle présentait à la
main
tousles
carac¬tères de la tête du fémuretsuivait les mouvementsimprimés àcet os.
Il
neparaissaitpas y
avoir
aucunecomplication du côté du bassin. C'é¬
taientlàtousles signes d'uneluxation
sus-pubienne.
Commelemalade se
plaignait
beaucoupdu pli de l'aine,
on pensa quecette douleurprovenait surtout
de la position vicieuse de la tète fémo¬
rale, et l'on se miten devoir de
réduire immédiatement la luxation
sous chloroforme.Lepatientfut
placé
parterre surunmatelas, le bassin maintenu fixe.
Lemembre fut alors saisisous lejarret eton essaya
de fléchir fortement
la cuisse. Onn'y put
réussir; la luxation, loin de
seréduire, semblait
avoirtendance àsetransformeren intra-pelvienne.
Le membrefutalorsramené dansl'extension etl'abductionavecrota¬
tion interne. Dans ce mouvement,la sus-pubiennese
transforme subite¬
menten ovalaire,puis, quand on
essaie de rejeter la tète dans la cavité
cotyloïde,laluxation
sus-pubienne
sereproduit.
Ces mouvements n'avaient duré que
quelques minutes et n'avaient
exigéaucune force.
Cependant,
surles instances du blessé,
onremit au
lendemainunnouvel essai deréduction.
Trois heuresplus tard cet
homme mourait, cinq heures environ après
l'accident.
Lelendemain, nousfinies
la nécropsie. Le
corps, enétat de rigidité
cadavérique trèsmarqué,
présentait
uneecchymose
auniveau de l'épine
iliaque antéro-supérieureet.
aussi de la tète fémorale luxée, à l'incision
de laparoi
abdominale
ontrouvale tissu cellulaire sous-cutané infiltré
de sang au-dessus de
l'arcade de Fallope. Les autres couches de la paroi
étaient normales.
Lesansesintestinales étaient intactes etiln'y avait pas
de
sangdans
le péritoine. Maisau-dessous de