FACUWÉ DE MÉDECINE ET DE PHARMACIE DE BORDEAUX
ANNEE 1895 — 1896
N° 17.
CONTRIBUTION A L'ETUDE
DE LA
SUTURE OSSEUSE
Dans les Fractures de la Clavicule
THÈSE
POUR LE
DOCTORAT EN MEDECINE
Présentée et soutenue publiquement
le 20 Novembre 1805
PAR
«Jean.—]YŒa.r*o©lin—J\ilien BEC
ÉLÈVE DU SERVICE DE SANTÉ DE LA MARINE
Né à Saleicli (Haute-Garonne) le 12 Mars 1872
MM. DEMONS professeur Président
_ a , . , .
PIÉCHAUD professeur
i Examinateurs de laThese.. VILLAR agrégé ]u*esBRAQUEHAYE agrégé
Le Candidat répondraà toutesles
questions qui lui seront faites sur les diverses
parties de
l'enseignement médical
BORDEAUX
IMPRIMERIE
DU MIDI, P. CASSIGNOL
91, RUE PORTE-DIJEAUX,
91
1895
Faculté de Médecine et de Pharmacie de Bordeaux
M. PITRES Doyen.
PROFESSEURS
M. MICÉ. I
professeurs honoraires
AZAM |
Messieurs
nl. • . PICOT.
Cliniqueinterne '
PITRES
. l DEMONS.
Clinique externe
j
LANELONGUE.Pathologie
interne DUPUY.Pathologie et
thérapeutique
générales VERGELY.Thérapeutique ARNOZAN.
Médecineopératoire MASSE.
Clinique d'accouchements MOUSSOUS.
Anatomie
pathologique
COYNE.Anatomie BOUCHARD,
Anatomie générale et
Histologie
VIAULT.Physiologie
JOLYET.Hygiène LAYET.
Médecinelégale MORACHE.
Physique
BERGONIÊ.Chimie BLAREZ.
Histoire naturelle GUILLAUD.
Pharmacie FIGUIER.
Matière médicale de NABIAS
Médecine expérimentale FERRE.
Clinique
ophtalmologique
BADAL.Clinique des maladies chirurgicales des enfants PIÉCHAUD.
Clinique gynécologique
BOURSIER.AGRÉGÉS EN EXERCICE
SECTION DE MÉDECINE 1 MESNARD.
CASSAET.
Pathologie interneet Médecine légale ( AUCHE.
SABRAZÈS.
LE DANTEC.
SECTION DE CHIRURGIE ET ACCOUCHEMENTS
(
VILLARPathologieexterne )
BINAUD.
( BRAQUEHAYE.
Accouchements
} RU 1ERE.
) CHAMBRELENT.
SECTION DES SCIENCES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES
Anatomie
)' PRINCETEAU.
1
i
CANNIEU.Physiologie
PACHON.Histoire naturelle BEILLE.
SECTION DES SCIENCES PHYSIQUES
Physique
S1GALAS.Chimieet Toxicologie DENIGES.
Pharmacie
BARTHE.
COURS COMPLÉMENTAIRES
Clinique int. des enf. MM. MOUSSOUS
Clinique
des maladiescutanéeset
syphilitiques
DUBRE111L11 Cliniq. des maladiesdes voies urin. POUSSONMal. dularynx,des oreillesetdunez MOURE
LeSecrétaire de laFaculté : LEMAIRE.
Maladies mentales. . . . MM. REGIS.
Pathologie
externe DENUCE Accouchements lîIVIÈREChimie DENIGÈS
Par délibération du 5 août 1879, la Faculté a arrêté que les opinions émises dans les Thèses qui l'ui sont présentées, doivent être considérées comme propres à leurs
auteurs etqu'elle n'entend leur donner niapprobation ni improbation.
A LA MÉMOIRE DE MON PÈRE
A MA MÈRE ET A MA SŒUR
Trop faible témoignage de mon amour etde ma reconnaissance.
A MA TANTE
A MON COUSIN HENRI BEC
A MADAME, MONSIEUR ET FAMILLE RIEUMONT
« Je garderai toujours le souvenir de
la bienveillance que vous m'avez témoignée. »
A LA MÉMOIRE DE L'ABBÉ J. ATHANÉ
A mon Président de
Thèse
MONSIEUR LE DOCTEUR DEMONS
PROFESSEUR DE CLINIQUE CHIRURGICALE A LA
FACULTÉ
DEMÉDECINE
DE BORDEAUX
OFFICIER DE LA LÉGION D'HONNEUR
MEMBRE CORRESPONDANT DE L'ACADÉMIE DE
MÉDECINE
OFFICIER DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
AVANT-PROPOS
Rechercher en
quelles circonstances les fractures de la
clavicule doivent être
traitées
parla suture
osseuse,tel est le
but
principal du travail que nous soumettons aujourd'hui à l'indulgence de
nosjuges. Nous donnons un aperçu histori¬
que
de la question, nous ajoutons quelques mots sur le
manuel et les
suites opératoires. La majorité des observa¬
tions
qui ont été publiées sur le sujet sont insérées dans
notre thèse.
Avant d'entrer en
matière,
nousdevons remplir
undevoir,
bien doux il est
vrai.
Nos
professeurs de l'Ecole de Rochefort et de la Faculté de
Bordeaux,
noschefs de service dans les hôpitaux, ont été
pour nous
des maîtres aussi bienveillants qu'éclairés; nous
sommes heureux
de leur témoigner aujourd'hui notre recon¬
naissance.
Merci à M.
le professeur agrégé Villar, qui nous a guidé
dans le
choix de
cetravail, et n'a cessé de nous prodiguer
ses lumières et ses
encouragements.
M. le
professeur Démons nous fait un grand honneur en acceptant la présidence de notre thèse, qu'il daigne agréer
nos
remerciements.
CHAPITRE PREMIER
-Arper-ç-u. Histor-icjTjLe.
L'histoire de la suture osseuse
dans les fractures de la
clavicule ne remonte pastrès loin dans les annales de la chirurgie; elle n'est
pas nonplus très chargée. Le premier
travail que nous ayons pu
découvrir sur la question appar¬
tient à
Langenbuch, chirurgien allemand. C'est un article
assez
restreint, publié dans le Deut. Mecl. Wochenschrift,
VIII, 63,
aucommencement de l'année 1882. Langenbuch rapporte qu'il incisa les parties molles au niveau de l'os, qu'il sutura, les fragments avec un fil d'argent et réunit le
périoste
aucatgut. L'opération réussit parfaitement. Comme
àce moment-là
la pratique opératoire était peu en honneur
dans les cas où elle
n'était
pasabsolument nécessaire, où
elle était
simplement jugée utile, l'opération fut critiquée par
bon nombre dechirurgiens, notamment par Dowson (May.
20, 1882, Médical Record). Avec
cedernier, la plupart croyaient
queles résultats obtenus par les bandages ordi¬
naires étaientassez
satisfaisants pour qu'il fût inutile de faire
courirau malade
les risques d'une opération. D'ailleurs, à ce
Bec 2
propos, nous
trouvons la
mêmeopinion exprimée
parM. le
docteur
Bouilly dans
sonManuel de Pathologie externe,
et dans le Traité dechirurgie, qui est censé résumer les idées
d'aujourd'hui, M. Ricard
se montreégalement
peufavorable
à
l'intervention chirurgicale. Il conclut ainsi
sonarticle
:« La suture osseuse des deux
fragments, préconisée
parLan- genbuch est
un moyentrop périlleux, malgré l'antisepsie,
pour
pouvoir être accepté. 11 est seulement Applicable à
quelques fractures compliquées de plaie, dont les fragments
enfoncés
compriment les vaisseaux
etles
nerfs sous-claviers. »
En
1883,
nous trouvonsdans le
British médicalJournal, I, 13,
uneobservation publiée
sousla direction de James hit-
son,
ainsi intitulée
: « Case ofcompound fracture of the cla- vicle; suturing of the fragments by
meansof wire;
recovery,with osseons union ». A la suite de cette
observation, le doc¬
teurWhitson
ajoute quelques
remarques : «Dans les
castels
que
les précédents,
nousdit-il, la
suturedes fragments
meparait être la meilleure méthode de traitement
pourobtenir
un résultat satisfaisant. La difficulté pour
enlever le
grosfil
est presque
le seul obstacle à
sonemploi;
carsi
cefil
est enlevétrop tôt et surtout
par unemain tant soit
peuinhabile,
la fracture se
reproduit. .J'aimerais mieux, dit-il, laisser le
fil s'éliminerlui-même, caries inconvénients produits
par saprésence sont minimes.
»En
1886, le
British médicalJournal, I, 207, publie
une seconde observation sous le titre suivant : « A case of ununi- ted fracture of the claviclecausing
pressure onthe brachial plexus and writer's
cramp,for whicli excision of the
falsejoint, with wiring of the fragments,
wasdone
;perfect union
of the
bone, and complété relief of the
nervesymptoms
supervening.
»Plusieurs membres de la Clinical Society of
— il —
London, entre
autresles docteurs Poore, Hughes, Bennett et
Godlee ne voulurentpasadmettre le terme de
« crampedes
écrivains».
Barker,l'auteur de l'observation,
nemaintint
passon
expression, et
avecraison
: cardans
son casil s'agissait
de troubles
trophiques, et
nond'une névrose comme dans
la vraie crampe
des écrivains. Barker
nousdonne
uneplan¬
che
(Clinical Society's Transactions, London 1886, 104-109),
pour nous
montrer l'écriture de
sonsujet avant et après l'opération. Il redoutait l'intervention, car il croyait son
malade atteint d'une tare
héréditaire, la réunion des frag¬
ments
manquant rarement chez les sujets de l'âge du sien
dans les cas ordinaires.
En
1887,
nouveau caspublié
encoredans le British médical
Journal, London. L'observation appartient à M. Bilton-Pol-
lard et est intitulée : ce
Ununitecl fracture of the clavicle in
aninfant; resection and wiring of fragments; good union, 1887,
I, 676.
»M. Bilton-Pollard raconte qu'il avait servi d'aide à
M. Barker dans
l'opération rapportée ci-dessus et qu'il avait
été très
frappé de la simplicité de la méthode et de son bon
résultat.
Quelques mois après, il eut l'occasion de voir un
malade traité de la même
façon
etguéri
parM. C.-A. Wright,
de Manchester,-Nous
n'avons
pas pudécouvrir la relation de
ce dernier cas.
En novembre
1887, Postempski Paolo publie deux observa¬
tions ; «
Sutura metallica nelle fratture délia clavicola
»,Bul-
letino délia Beale Academia
medica di Roma, fascicolo 1,46-48).
Il nous dit
qu'il voit souvent des fractures de l'extrémité exter¬
ne de la
clavicule,
et quecette lésion traitée par les moyens
ordinaires
guérit lentement et laisse après elle une déforma¬
tion notable de
l'épaule tout entière. Après avoir donné les
deux
observations,
etcité six
casqu'il
aopérés dans l'espace
de trois mois avec un succès
complet, il conclut à l'emploi
- 12 —
général de
saméthode
pourles fractures de l'extrémité
externe.
En
1888,
àl'hôpital Tenon, M. Blum opère
unmalade
atteint de névrite du
plexus brachial
survenue par compres¬sion àla suite d'une fracture de la clavicule. Il fait l'ostéoto¬
mie et la suture;
la guérison s'ensuit. La relation de
cefait
est insérée dans les Archives
générales de médecine
parles
soins de M. Beaumé,
interne du
service.En 1888
aussi, observation d'un malade opéré le 17 août 1887,
parDirmoser (E.)
: «Beitrag
zurLehre
vonder Reflexepilepsie clavicula-fraktur als atiologisches Moment.
Heilung auf operativem Wege. Internat. Klin. Rundschau, AVien, 1888, II, 132-134.
En
1890, observation de Charles A. Powers dans le
New- York médicalJournal,
tomeI,
p.572.
«A
caseof fractured
clavicle attended
by non-union and extensive functional disability; complété
cureby wiring
».L'auteur conclut
que dans les castels quecelui qu'il rapporte, le traitement qu'il
aemployé est le meilleur, le seul même à conseiller. Nous
pouvonsdéjà dire
que nouspartageons absolument
sonopinion.
C'est en
1891, le 6 mai,
que nous voyonsparaître la
pre¬mière thèse sur le
sujet qui
nous occupe.Elle est soutenue à
Paris parPaul Callegari et est intitulée
: ccDes indications de
la suture osseuse dans les fractures de la clavicule. »
Après
une
petite esquisse de la question, l'auteur
poseles deux
conclusions suivantes
qui sont les principales
: cc1» Quand il
y aura
lieu d'intervenir chirurgicalement, soit
pourdes lésions vasculaires, soit
pourdes lésions
nerveusesdéjà produites
oupouvant
seproduire
parsuite du cal, soit
pour unabaisse¬
ment
exagéré des fragments
ou pourfracture de plusieurs
osvoisins,
on enprofitera
pourfaire
unesuture métallique des
— 13 -
fragments
;2°
onpourra faire la suture de la clavicule dans
les cas raresoù une
pseudarthrose compromettrait les fonc¬
tions du membre.
Dans cette
thèse, Callegari
nousdonne une observation qui lui
aété communiquée par le docteur Poirier. Cette obser¬
vation se trouve
dans la Semaine Médicale de 1891,
p.362-
364, et est
suivie de quelques remarques de l'auteur. Pour
lui, les indications de la suture de la clavicule, dans les cas
de fractures sans
plaie, doivent être résumées et formulées
de la manière
suivante
parordre d'importance :
lo Lésions
vasculaires sous-cutanées
; 2° Lésions nerveuses avérées;3° Fracture
comminutive
avec une ouplusieurs esquilles déplacées pouvant amener ultérieurement des troubles du
côté du
plexus brachial ou devant plus ou moins occasionner
le
développement d'un cal difforme, susceptible à son tour
de
comprimer les nerfs sous-jacents;
4° Fractures avec
déplacement ou chevauchement notable
de l'un ou des
deux fragments,
queces fragments soient im¬
possibles à. réduire ou à maintenir réduits ; ces cas se rap¬
portent parfois à certaines fractures de l'extrémité interne;
5° Fracture
des deux clavicules.
L'auteur
admet
queles deux dernières indications sont susceptibles encore d'une certaine discussion.
En
1892, opération de M. le professeur Démons, commu¬
niquée
parM. Begouin à la Société d'Anatomie et de Physio¬
logie de Bordeaux et insérée clans le Journal de Médecine.
La même année,
observation de l'Italien G. Ninni : « Sutura
metallica
nella fratura délia clavicola.
»Giorn. internas,
d. se. med.,
Napoli, 1892, p. 333-337.
Le 25
juillet 1893, Thèse de Paris parL. Richard intitulée :
« Indications
du traitement des fractures de la clavicule par
— 14 —
lasuture osseuse. » L'auteur conclut : « On ne doit recourir à la méthode
sanglante
qued'une façon exceptionnelle. Elle
est autorisée :
))1° Pourles fractures récentes,
accompagnées de désordres immédiats, qui appellent eux-mêmes
uneintervention;
)> 2° Pourles fractures comminutives dans
lesquelles il faut
enlever.des
esquilles;
» 3° Pour les fracturesavec
déplacement
ouchevauchement notable,
oùil
y adifficulté de réduction
etde contention
;)> 4"
Quelquefois
pourla fracture simultanée des deux cla¬
vicules ;
» 5° Pour les fractures
anciennes, dans les
casd'atrophie
musculaire considérable et de lésions nerveuses,
peut-être-
aussi dans les cas depseudarthrose.
»En
1893, observation deManley
: «Brachial palsy from frac¬
ture of the clavicle. » Médical
News, 1893, 1, 129.
En
1894, observation de Mauclair. (Comptes rendus
et mémoires duCongrès de chirurgie,
p.321.)
Lamême année,
article de
M.Chipault.
«De la suture
osseuse dans les fractures fermées de la claviculeavec lésions du
plexus brachial.
»Revue neurol., Paris, II, 378-382. L'au¬
teur arrive àpeu
près
auxconclusions de M. Poirier, ci-dessus rapportées.
L'an dernier encore,
thèse de
Bussonainsi intitulée : «cDes lésions duplexus brachial dans les fractures fermées
de la clavicule. »(Etude clinique et thérapeutique). L'auteur cite,
dans sathèse, diverses observations déjà rapportées. Il
con¬clut
qu'on doit toujours faire lasuture
osseusesoit immédiate,
soit
tardive, sauf dans les
cas de contusionsimple du plexus brachial,
cas assez difficiles àdiagnostiquer.
Le 25 octobre 1895 a eu lieu au
Congrès français de chi¬
rurgie
un rapportde M. Heydenreich, de Nancy,
sur : «L'In-
— 15 -
tervention opératoire précoce
outardive dans les solutions
de
continuité des
os(crâne et rachis exceptés). » Le rappor¬
teur a surtout
traité le
côtégénéral delà question. Après lui,
un certain
nombre de chirurgiens ont insisté soit sur des cas
particuliers de leur pratique, soit sur la méthode à suivre.
M.
Berger s'est exprimé en ces termes : ce Dans les fractures
de la
clavicule, sauf dans les
castrès
raresoù il y a une
lésionvasculaire
ou nerveuse,l'opération
meparaît tout à
fait
injustifiable. Au point de vue de la fonction, on obtient
avec les
appareils les plus simples un résultat aussi satisfai¬
sant que
possible. Au point de vue de la forme, avec de la
surveillance et
du soin,
ondoit arriver à
uneconsolidation
sans
déformation
trèsapparente ni saillie appréciable des
fragments; la saillie du cal ne serait d'ailleurs pas sûrement
évitée par
la suture osseuse, et celle-ci laissera toujours une
cicatrice
plus fâchease que la déformation qui résulterait de
la fracture
elle-même. Dans les
casoù un fragment isolé fait
une saillie en
pointe irréductible, on peut obtenir la dispari¬
tion de cette
difformité,
avec unecicatrice moins étendue, en réséquant cette pointe après consolidation effectuée. » M. Rey-
nier a
répondu que l'intervention ne laissait guère qu'une
cicatrice
de2 centimètres; aussi, depuis quatre ans, a-t-il pris
l'habitude de
pratiquer systématiquement la suture chaque
fois
qu'il
aà traiter une fracture de la clavicule chez une
femme.
M. Démons,
ensuite,
nousa dit que, «si la plupart des
fractures
de la clavicule guérissent par de simples appareils
avec des
résultats satisfaisants au point de vue esthétique et
surtout au
point de vue fonctionnel, il en existe un bon nom¬
bre dont
la terminaison ne nous contente pas, même médio¬
crement.
Il
y ades fractures à déplacement considérable,
impossible à réduire ou à maintenir convenablement réduit;
— 16 -
il y a
cles fractures exposant le blessé à la production d'un
cal vicieux ou d'une
pseudarthrose
;il
y ades fractures bles¬
sant ou
menaçant le paquet vasculo-nerveux; il
y ades
fractures dont les
fragments aigus et saillants constituent
undanger sérieux
pourl'intégrité des téguments; il
y ades frac¬
tures^comminutives;
il
y a,enfin, des fractures ouvertes.
» M. Démons estime quetoutes
cesfractures sont justicia¬
bles d'une
opération destinée à rétablir dans de bonnes
con¬ditions la continuité de l'os. Pour sa
part, il est intervenu
dans
cinq
cas,et toujours
avecsuccès.
Il ne saisit pas
bien pourquoi cette opération
enest
encore, entreles mainsde laplupart des chirurgiens,
auneapplication
aussi restreinte. Elle est
simple et facile, l'os étant superficiel
à souhait. Elle est sans
gravité,
car, enrestant toujours
auras de
l'os,
on ne court aucunrisque de blesser
un organevoisin, seul danger à redouter. Enfin elle est efficace, la
con¬solidation obtenue étant
régulière et rapide; et le blessé, dispensé de porter pendant des semaines
unappareil inutile, gênant, douloureux,
setrouve à l'abri des raideurs articu¬
laires et des
atrophies musculaires
queproduit si souvent
l'immobilisation
prolongée.
M.
Bœckel, de Strasbourg, rapporte qu'il
asuturé
unecla¬
vicule avec succès.
Enfin M. le
professeur agrégé Villar s'exprime
en cester¬
mes : « La
question de l'intervention dans les fractures de la
clavicule est encore fort
discutée,
et àl'heure actuelle
on n'admetguère cette intervention
quedans les
casdécom¬
pression du paquet vasculo-nerveux,
oubien lorsqu'on
se pro¬pose
d'éviter
unedéformation, chez
unejeune fille,
parexemple. De plus,
ondoit être sobre de l'intervention dans
les fractures de la clavicule. Je
rejetterai volontiers d'une
façon générale l'intervention esthétique
pourles jeunes filles;
car, en somme,
la déformation peut n'être
pastrop accentuée,
le cal
peut
serésorber
enpartie, tandis qu'on est certain
d'établir une cicatrice,
qui
seraultérieurement visible, et produira
uneffet plus désagréable qu'une simple saillie
claviculaire.
«
Voici, dans
mon cas,les raisons qui m'ont décidé à agir.
Tout d'abord la saillie
pointue du fragment interne qui
menaait la
peau; ensecond lieu la crépitation très nette,
presque tumultueuse.J'ajoute
queles constatations faites au cours de l'opération m'ont encouragé à poursuivre
monplan;
eneffet,
l'enfoncement en bas du
fragment externe, la présence des esquilles auraient amené la formation d'un cal situé de telle
façon qu'il
yaurait
euplus tard compression nervo-vascu-
laire. Je crois doncqu'il faut intervenir dans les
casde ce
genre,d'autant
que cesinterventions sont
sansgravité
;mais je crois aussi
que ces casdoivent être assez rares.
»Tel est à peu
près l'exposé historique de la question sur laquelle
nousvoulons présenter quelques considérations rapides. Nous
avonsinsisté
un peusur cette première partie
de notre
travail,
parcequ'elle n'avait été guère faite avant
nous et
qu'elle
va nousfournir la plus grande partie des
matériaux pour
le reste de notre thèse.
Bec 3
CHAPITRE II
Indications
de la suture.
Comme nous venons
de le voir,
parle petit exposé histo¬
rique
quenous donnons ci-dessus, les fractures de la
clavicule ont été rarement
traitées
parla suture
osseuse.Il estvrai que
la période chirurgicale vraiment opératoire ne
date
guère
quede quelques années ; en particulier, la suture
de la clavicule est une
question neuve et à l'ordre du jour;
néanmoins,
encoreaujourd'hui,
cemode de traitement doit
être réservé pour
des cas exceptionnels. Rechercher quels
sont ces cas,
tel doit être le principal but de notre travail.
Nous considérerons
successivement dans
cechapitre
: 1° Les fracturesrécentes ;2° Les.fractures
anciennes;
3° Les fractures
simultanées des deux clavicules.
1° Fractures récentes. —
Dans les fractures récentes,
nousavons deux
grandes catégories
;la première, les fractures
compliquées; la deuxième, les fractures fermées.
Première catégorie.
Fractures compliquées.
—Les fractures
compliquées de plaie sont rares, malgré la situation super-
ficielle de l'os et la
fréquence des violences directes
commeagent fracturant. Polaillon
attribue la rareté relative desplaies à la grande mobilité de la
peau auniveau de la clavi¬
cule. Grâce à cette
mobilité, la
peau sedéplace
au moment du traumatisme. Ellepeut aussi résister
àl'action perforante
des
fragments irréguliers. Bardenheuer
n'a pu enrecueillir
que
9 observations,
endehors
desfractures produites
parprojectiles de
guerre.Sur 191 fractures
de laclavicule obser¬vées endix ans à
l'hôpital de New-York, 2 seulement
étaientcompliquées. Et
encoreles proportions basées
surles
statis¬tiques faites dans les hôpitaux
seronttoujours faussées
en faveur des fracturescompliquées
; onsait,
eneffet, combien
sont nombreux les gens
qui
seprésentent
aux consultationsgratuites
avec unefracture simple de la clavicule,
etqui s'en reviennent
vivre de la vie commune avec unbandage
pour tout traitement. Lesfractures compliquées succèdent
surtoutaux
yiolences directes;
encore faut-il quele traumatisme soit
très fort. Il est
cependant
unecertaine catégorie de fractures
de la
clavicule qui,
enraison
mêmedu
mécanisme de leurproduction,
seront presquetoujours compliquées; je
veuxparler des fractures faites
parprojectiles de
guerre.Quel
quesoit le genre
de violence qui ait déterminé la fracture
com¬pliquée, les lésions
seront engénéral
assezconsidérables.
La
plaie
seradéchiquetée; les fragments
seront nombreuxet écartés les uns des autres;dans le
casparticulier de bles¬
sures par armes
à feu, des esquilles
serontenvoyées
assezprofondément dans les
tissus voisins. Soitdirectement
parl'agent vulnérant, soit indirectement
parles fragments
osseux
déplacés, des
organesimportants
pourront êtreatteints.
Malgaigne dédaigne de parler des lésions des
vais¬seaux et des nerfs
sous-claviculaires
parcequ'il n'en
a pas trouvéd'exemple dans la littérature médicale.
Nouscitons,
— 21 -
nous,
des
cascîe blessure des nerfs
aumoment même de
l'accident dans
des fractures fermées; Maunoury rapporte
uncas de
déchirure de la veine sous-clavière (Bull.
soc.anat., Paris, 1881,
p.561-563). On conçoit que de pareils faits puis¬
sent se
produire dans une fracture compliquée.
La
première chose à faire dans les cas de fracture compli¬
quée, c'est de nettoyer la plaie avec des liquides antisep¬
tiques. Ce nettoyage comporte l'extraction des corps étrangers dans les cas où leur recherche n'est ni trop périlleuse, ni trop laborieuse ; et parmi les corps étrangers,
nous pouvons
ranger les esquilles, qui devront être enlevées
au même titre. On ne
peut,
eneffet, les laisser dans la plaie;
car deux
inconvénients résultent de leur séjour dans le loyer
de fracture.
Incomplètement détachées ou simplement
écartées des
fragments principaux, elles contribuent' à for¬
mer un cal
irrégulier et exubérant et, de plus, elles gênent la
consolidation.
D'autre part, leur nécrose est possible, et on
en a vu devenir
plus tard la cause d'abcès répétés, jusqu'à
leur sortie des
tissus. Cette dernière complication est sur¬
tout à redouter
lorsqu'une balle ou un éclat d'obus a produit
une brisure à
fragments multiples, et emporté dans la plaie
des lambeaux
de
vêtement etdes parcelles de terre. S'il n'y
a
qu'un seul fragment intermédiaire de petit volume, on agit
comme
ci-dessus. Donc,
enprésence d'une fracture compli¬
quée de la clavicule, deux indications thérapeutiques bien
nettes se
posent
:nettoyage de la plaie et régularisation des
bords; extraction des esquilles. Le plus souvent, la plaie
faite par
la violence qui a déterminé la fracture, ne sera pas
assez ouverte pour
permettre de pratiquer ces opérations; on
sera
obligé de faire des débridements, surtout dans les cas
de blessures par
armes à feu. Arrivé là, avant de fermer
la solution
de continuité des téguments, pourquoi ne
réunirait-on pas
les deux fragments de la clavicule ?
- 22 —
La suture osseuse, on
le sait,
nefait courir
aucundanger
nouveau au blessé. Les
petits inconvénients qui peuvent
enrésulter,
commela présence du fil d'argent dans les tissus,
sont
trop minimes
pourqu'on
renonceà l'opération. Grâce à
la suture, on
maintient la réduction
; on est sûrde
ne pas avoir un cal très difforme ; onévite enfin les pseudarthroses.
Pour nous, par
conséquent,
nous croyonsqu'on
auratoujours avantage,
en casde fracture compliquée, à suivre la ligne
de conduite que nous venons
de
tracer.C'est d'ailleurs aujourd'hui l'opinion générale des chirurgiens.
Quand
unehalle,
unéclat d'obus,
cequi est
un cas assezfréquent,
aurontproduit
unéclatement de l'os,
on pourraagir de même, si la perte de substance est minime
; pourles
cas au contraire où les deux
grands fragments seront plus
ou moins
éloignés, les auteurs
nedonnent
pasde règle de conduite;
ils laissent à l'initiative duchirurgien le choix de
la méthode de traitement pour
chaque
casparticulier. C'est
là
qu'ils croient permis de trouver des divergences dans les
vues; pour eux,
les opérateurs feront la suture; ils
auront raison ;les
autres mettrontsimplement
unappareil et
obtiendrontpeut-être
uneaussi bonne guêrison. Dans les
deux cas,
il
y auraraccourcissement proportionnel à la perte
de substance ;
aussi serait-il peut-être permis de préférer la
suture, à
moins qu'on
nepuisse combler la perte de subs¬
tance par
la greffe
osseuse.A notre avis,
et pour nous résu¬mer,
dans les fractures compliquées de la clavicule,
ondoit
faire la suture osseuse toutes les fois
qu'elle est possible.
Nous n'avons
cependant trouvé qu'une observation de
fracture
compliquée de la clavicule traitée
parla suture
métallique; cela tient à la
raretéde
ce genrede lésion.
James
Whitson, British
med.journal,
p.13, t. II, 1883.
Deuxième catégorie. Fractures fermées. —
Si,
comme nousvenonsde le
voir, il
estabsolument indiqué de faire la suture
osseuse dans
les fractures compliquées de la clavicule, il
n'en est pas
de même dans les fractures fermées. Ici encore,
il est
vrai, il
y aurades
casoù tous les chirurgiens seront
pour une
intervention sanglante et par suite, presque forcé¬
ment, pour
la suture
;cas, par exemple, de lésions ner¬
veuses ou
vasculaires
très nettesdans leur symptomatologie
et leur
pathogénie, lésions dues sûrement à l'action des
fragments, et
nepouvant être raisonnablement traitées que
par une
opération sur l'os. Mais il y aura aussi des cas, et
ce ne seront pas
les moins nombreux, où les avis seront par¬
tagés, je dois même dire absolument contraires. On peut
s'en rendre
compte
enjetant
unsimple coup d'œii sur les
comptes rendus du Congrès de chirurgie d'octobre 1895. On
y verra par
exemple que M. Berger proscrit la suture, dans
beaucoup de
casoù M. Démons la préconise hautement.
Sans
parti pris (il
nousserait d'ailleurs difficile d'en avoir,
notre
expérience
surla question étant absolument nulle),
sans
parti pris, dis-je, nous allons donner les indications de
la suture dans les
fractures fermées d'après les opinions les plus accréditées. Nous ne sommes pas plus que personne partisan des opérations inutiles ; mais pour rendre à un
malade un
service, si petit soit-il. nous ne serions pas arrêté
par
la crainte d'une incision. Dans tous les documents
que nous avons pu
consulter, thèses, article de M. Poirier
dans la Semaine
médicale du 2 septembre 1891, article de
M.
Chipault dans la Revue neurologique, Congrès de chirur¬
gie de 1895,
nousavons trouvé à peu près les mêmes indica¬
tions.
Elles
peuvent
serésumer ainsi :
1° Lésions
vasculaires;
2° Lésions nerveuses;
3°Fractures comminutives ;
4° Fractures avec
déplacement
ouchevauchement notable
de l'un ou des deux
fragments
; que cesfragments soient impossibles à réduire
ouimpossibles à maintenir réduits.
5° Fractures dont les
fragments aigus et saillants consti¬
tuent un
danger sérieux
pourl'intégrité des téguments.
1° Lésions vasculaires. — Les lésions vasculaires
primiti¬
ves sont assez rares dans les fractures de la clavicule ;
les
vaisseaux atteints sont en
général des'veines. Ainsi J. W.
Ogle et Holmes ont observé chacun
un casde blessure de la jugulaire interne
par unfragment de l'os
;Erichsen
a vu une déchirure de la veine sous-clavière ;le docteur Maunoury, de
Chartres,
en a vu un autre cas.Cependant les artères
ne sont pasà l'abri de tout danger; etDupuytren, dans
sescli¬
niques, cite deux
outrois exemples d'anévrysmes qu'il croyait consécutifs à des fractures de la clavicule
;Blandin rapporte
un casde déchirure de l'artère sous-acromiale.
Que le vaisseau atteint soit
une artère ou uneveine, s'il
est volumineux et sérieusement
blessé, il faut intervenir.
Après avoir traité
commeil convient la plaie vasculaire, ligature
pourles artères, suture latérale
pourles
grossesveines,
etc., ondevra s'occuper de la thérapeutique de la
fracture elle-même.
Or nous avons
déjà dit ci-dessus qu'on devait faire la suture
osseuse dans tous les cas de fracture
compliquée. N'est-ce
pas
le
casici ? Nous
sommesmôme dans de meilleures
con¬ditions pour
avoir de bons résultats
;notre plaie est asepti¬
que
et régulière.
Donc dans les cas de fractures fermées de la clavicule avec
lésions vasculaires tant soit peu
importantes,
ondevra faire
lasuture osseuse. Nous ne
possédons
pasd'observation de
ce genre.
Mais
nous pouvonsrappeler le fait malheureux du
docteur
Maunoury
: en1881, il intervint
pour unedéchirure
de la veine
sous-clavière
;le malade
mourutsous ses yeux parentrée de l'air dans les veines.
2° Lésions nerveuses. —
Les lésions immédiates du plexus
brachial dans
les fractures de la clavicule peuvent relever de plusieurs mécanismes
;la simple contusion du plexus, sa lé¬
sion par un
fragment
ouune esquille, sa compression par un épanchement sanguin.
La
contusion, qui peut d'aitleursseproduire aussi sur quel¬
ques
branches du plexus cervical, sus-claviculaire et sus-
acromiale parexemple, et qui détermine de vives douleurs,
ne doit pas nous occuper.
Elle ne réclame guère en effet d'in¬
tervention
sanglante.
La lésion du
plexus
parle fragment externe dans les frac¬
tures
simples,
ou parune esquille dans les fractures commi-
nutives aété observée, et son
traitement nécessite ordinaire¬
ment une
opération. Nous avons trouvé plusieurs observa¬
tions de lésion
immédiate du plexus brachial. Dans la plupart,
onn'a
pasopéré.
Nous pouvons
citer les faits de Earle, Meclico chirurgical
transactions, t.
VII, 1819,
p.173
;de Charier, Gazette médi¬
cale de
Paris, 1889,
p.402
;de Mercier, Thèse de Paris,
1881. p.
30; de Gibson, Principles of surgery, 6e édit., t. I,
p.
271
;de Gross, (a system of surgery), I, 954, 5e édit., Phi-
lad.
1872; de Hamilton (on fractures and dislocation), 4e édit.
1871,
p.187)
;de Boone, Neio-York Médical Record, t. VIII,
p.
559. Quelquefois la lésion est due à Fépanchement séro-
sanguin dans'le foyer de la fracture; on l'appelle alors se¬
condaire
précoce. Tel est le cas de Hilton Guy s hospital re¬
ports, London, 1805, 3e s., XI, 302-313. Parfois les troubles
fonctionnels et
physiques ont complètement disparu soit
sans traitement,
soit après de l'électrothôrapie ou d'au-
Bec 4
très
applications, mais ont toujours persisté
assezlong¬
temps; clans quelques
cas,ils
ne sesont, pas amendés. Nous
arrivons enfin aux
malades qui
nousintéressent: je
veux direàceuxqui, ayant
unelésion du plexus brachial, primitive
ou secondaire
précoce, ont été traités
par uneintervention chirurgicale,
ou pourmieux préciser
parla suture
osseuse.Telleestuneobservation de
Chipault publiée dans la Revue Neu¬
rologique de 1894,
unede Postempski Poolo déjà citée. Dans
la
première, il s'agit d'une fracture à l'union du tiers externe
avec les deux tiers internes ; une
esquille pointue détachée
du
fragment interne touchait le plexus brachial
;les douleurs
étaient très
vives, l'impotence fonctionnelle absolue. La
su¬ture osseuse fit
disparaître tous
cestroubles. L'observation
de
Postempski est à
peuprès analogue à la précédente. Le
succès
complet obtenu dans les deux
cas que nous venons deciter, la persistance des troubles fonctionnels et physiques
dans lescas où l'on a
simplement
recoursà des traitements
que nous pouvons
appeler palliatifs, plaident ccnainement
en faveur de l'intervention
sanglante, de la suture
osseuse;nous conseillons donc ce mode de traitement.
Il estbien évident
qu'avant de le mettre
enpratique,
onde¬
vra,
dans la
mesuredu possible, faire le diagnostic de la lésion, savoir si elle est réellement due à la fracture,
ousim¬
plement concomitante.
Si la fracture a un trait
unique,
onréduira les fragments
eton suturera leurs extrémités pour
les maintenir réduits.
Si la fracture est
comminutive, il faudra rechercher les
es¬quilles et débarrasser le plexus brachial de celles qui l'ont
déchiré oule
compriment.
3° Fractures comminutives. Nous n'avons pas
à revenir
ici sur les indications que nous avons
déjà données
;il est
évident que,
dans
unefracture comminutive
commedans
toute autre,
les lésions vasculaires
et nerveusesdéjà signa¬
lées réclament
l'intervention. Mais les fractures comminuti-
ves
peuvent produire,
endehors des désordres immédiats,
des troubles
tardifs.
Cestroubles
serontdus soit à des
es¬quilles, incomplètement nourries ou tout à fait détachées de
l'os, qui
senécroseront
;soit à l'inclusion de filets nerveux
dans les divers
fragments pendant leur consolidation; soit
surtout à la
production d'un cal difforme et exubérant. En
effet,
cecal
pourraplus tard comprimer le paquet vasculo-
nerveux;
les vaisseaux
nesouffriront
pasgénéralement. Il
existe
cependant
uneobservation de Delens (Arch. gén. de
méd.
1881,
t.II,
p.171), où l'on fut obligé de faire l'ostéoto¬
mie pour une
double compression portant à la fois sur le
plexus brachial et sur l'artère sous-clavière. On se contenta
d'une résection
sous-périostée
; on nefit pas ainsi la suture
de l'os.
Dans la
plupart des
cas,le cal portera son action sur le
plexus brachial. La majorité des observations qui sont
publiées jusqu'à ce jour sur la suture osseuse dans les frac¬
tures de la
clavicule
ont étéfournies
pardes sujets ayant
un cal vicieuxqui comprimait le plexus brachial. On voit appa¬
raître alors les
troubles les plus divers
;impotence fonction¬
nelle
passagère du membre supérieur du côté lésé, paralysie
complète, douleurs variables comme siège et comme inten¬
sité, crises épileptiques, atrophie d'une partie ou de la
totalité du
membre,
etc.,etc. Il est évident
quele seul moyen
rationneld'empêcher la production de tous ces désordres,
c'est d'enlever les
esquilles, de régulariser et de réduire les
fragments et de les maintenir bien réduits ; pour cela une
seule méthode est
bonne
:c'est la
suture osseuse.Si
on nela pratique
pas aumoment de l'accident, on sera obligé d'y
recourir
plus tard, au moment où les lésions seront nette-
- 28 —
ment établies. Les difficultés seront
toujours aussi grandes,
le
danger de l'opération toujours le même
;et
nerisque-t-on
pas, en
attendant trop longtemps, de laisser s'établir des
lésions très
longues à guérir et même irrémédiables.
Il existe souvent, en même
temps qu'une fracture commi-
nutive de la
clavicule,
unefracture des
osvoisins, soit de la première côte, soit du sternum, soit de l'une des apophyses
de
l'omoplate. L'intervention est d'autant plus indiquée. Dans
un cas
rapporté
parPoirier et Ricard, où il
yavait concomi-
1ance d'une fracture comminutive de la clavicule et d'une fracture de
l'apophyse coracoïde,
onn'opéra
pas ;le cal engloba l'apophyse. Le malade fut atteint dès
cemoment-là
dans son membre
supérieur de douleurs violentes et persis¬
tantes
qui nécessitèrent plusieurs interventions, et
enfin de compte la désarticulation de l'épaule. Il est probable
quesi
on avaitopéré d'emblée, si
onavait fait la suture des fragments,
cette mutilation aurait pu
être évitée.
Concluons, donc qu'en présence d'une fracture
'comminu¬
tive de la
clavicule,
on nedoit
pashésiter dans la majorité
des cas à se décider pour
le traitement
parla méthode
san¬glante. Sans doute beaucoup de malades guériraient
conve¬nablement. sans cela ;
mais il
estbien difficile de différencier
les cas dont lepronostic est bénin de
ceuxdont le pronostic
est très sombre si on n'intervient pas.
Dans le doute, le dan¬
ger assez
faible
quel'opération fait courir
ausujet
nedoit
pas vous
arrêter. Faites souvent la suture
osseuse ;tenez compte surtout de la volonté du malade
;laissez-le tenter à
son
gré les chances d'une guérison toujours aléatoire, mais, cependant possible
sansopération.
4° Fractures avec
déplacement
ouchevauchement notable.
—Le chevauchement est occasionné en
partie
parla
cause directe ou indirecte de lafracture; il
estfavorisé
parla forme
— 29 —
et par
la direction plus ou moins oblique du trait de fracture ;
enfin la
contraction musculaire,
causede rupture parfois,
intervient le
plus souvent d'une façon secondaire pour déter¬
miner une
déviation. Ce chevauchement, s'il n'est
pasréduit
et maintenu
réduit,
vadonner lieu à la production de plu¬
sieurs
troubles
;déformation, raccourcissement, production
d'un cal
vicieux, quelquefois môme pseudarthrose De ces inconvénients, les plus à craindre sont les deux derniers,
mais surtout
le cal vicieux qui entraînera à sa suite tout un cortège de désordres que nous avons déjà signalés plus haut.
Il faut donc
corriger le déplacement des deux fragments et
les maintenir en contact
l'un de l'autre. La réduction est péni¬
ble, parfois même impossible, dans les cas où les extrémi¬
tés
fragmentaires sont dentelées et s'engrènent. La conten¬
tion est
toujours difficile
;je n'en veux pour preuve que la
multitude des
appareils imaginés pour l'obtenir. En faisant
lasuture osseuse, on
réduira aisément,
onmaintiendra aussi
aisément la
réduction
;cette, méthode thérapeutique est donc indiquée ici. Pour plus de simplicité et pour plus de préci¬
sion, considérons successivement et d'une façon rapide, les
fractures du corps
de la clavicule, et celles des extrémités.
a) Fractures du corps.
—On comprend facilement que
dans ces fractures toutes
les conditions peuvent se trouver
réunies pour
favoriser un grand chevauchement : violence
du
traumatisme, obliquité du trait de fracture, .contraction
secondaire des
muscles. En effet, le trait de fracture affecte
le
plus souvent une direction oblique de haut en bas, de
dehors en dedans et
d'avant
enarrière: le fragment externe
est entraîné en
bas
parle poids du bras, en dedans par ln
contraction du
sous-clavier; le fragment interne se porte en
haut et en avant,
attiré
parle sterno-cléido-mastoïdien, et
soulevé par
le poids du membre opposé, par les mouvements
— MO —
de ce membre et le retour sur eux-mêmes des
ligaments
sterno-claviculaires et
interclaviculaires.
La difficulté du traitement réside ici dans la contention ;
la
réduction s'obtient assez
aisément, mais le déplacement
sereproduit souvent entre les mains les plus habiles
etavecles
meilleurs
appareils. Nous
avonsdit ci-dessus
àquels incon¬
vénientsce chevauchementexpose
le malade:
pourles éviter,
nous ferons la suture osseuse.
C'est ainsi que
le docteur Ninni, de Naples, appelé à soi¬
gnerune
jeune fille épileptique, qui,
entombant de
sonlit,
s'était fracturé laclavicule
gauche, à l'union du tiers
moyen et du tiersinterne,
pensa quele seul
moyend'arriver à
une contention exacte était de réunir lesfragments
pardes fils d'argent. Puisque l'occasion
nous estfournie
parcette observation, profitons-en
pourconseiller la
suturedans
tous les cas,hystérie, épilepsie, où des contractions musculaires
énergiques
ourépétées rendent à
peuprès illusoire l'application
d'un
appareil.
M.
Reynier
apratiqué
avecsuccès la suture de la clavicule gauche,
pour unefracture
avecchevauchement
àl'union
du tiers moyenet du tiers
externe.b) Fractures de l'extrémité
interne. — Les fractures de l'extrémitéinterne, plus
rares queles autres, peuvent aussi
être suivies de chevauchement notable. Et
d'abord, d'après beaucoup d'auteurs,
ungrand nombre de
cesfractures, le
tiers à peuprès, d'après Delens, sont produites
parle même
mécanisme quecertaines de la rotule
etde l'olécraue, je
veux dire par
la contraction musculaire.
Onsait
que pour l'olécrane et larotule,
surtout pourcette dernière,
onfaii depuis longtemps la suture
osseuse, à causede l'impossibi¬
lité de maintenir la
coaptation des fragments. Dans le
casqui
nous occupe,le fragment interne petit
seramaintenu
en— 31 —
place par les ligaments qui le rattachent au sternum et à la pre¬
mière côte;
quant
aufragment externe, il sera porté en haut
d'abord
parla contraction du sterno-cléido-mastoïdien qui
s'insérera à son
extrémité interne, puis
parla traction verti¬
cale de
haut
enbas, exercée
sur sonextrémité acromiale
par
le poids du bras. La déformation pourra être assez con¬
sidérable; la contention
seratoujours difficile. Faisons donc
la suture osseuse; nous
éviterons ainsi la déformation, le
raccourcissement,
et,autant
quepdssible, la production d'un
cal vicieux
qui comprimerait peut-être plus tard le paquet
vasculaire
adjacent.
c) Fractures de ïextrémité externe. — Dans ces cas, le trait
de fracture est
généralement transversal; le déplacement se
fera donc
suivant le
sensvertical. Or, deux hypothèses sont possibles: ou les ligaments coraco-claviculaires sont intacts,
et alors
le déplacement sera insignifiant, le fragment interne
étant
maintenu
par sesdeux extrémités et l'angle supéro-
externe
de l'omoplate se déplaçant très peu en bas et en
dedans; ou
les ligaments coraco-claviculaires sont rompus,
et alors
le déplacement pourra être considérable.Le fragment
externe et
l'acromion chevaucheront sous le fragment
interne;
la réduction sera pénible, la contention parfaite par
les
appareils absolument impossible ; de plus les appareils
occasionnent
des eschares sur le moignon de l'épaule et des
troubles par
compression des vaisseaux et des nerfs dans le
creux
de l'aisselle. Donc encore ici nous conseillons la suture
osseuse;
elle
ad'ailleurs été souvent employée dans la même
région pour les luxations acromio-claviculaires complètes.
L'an
dernier, notre camarade Chapuis, médecin de la marine,
faisait une
thèse
sur cesujet. Quand le fragment externe sera
très
petit,on pourra suturer directement le fragment interne à
l'acromion.
Chez
unmalade de M. Schwartz, le fragment
— 32 —
externe mesurait 5 millimètres. Il fut réuni au
fragment
interne par un
fil d'argent; le membre fut immobilisé,
et,au bout d'un
mois, la consolidation était parfaite.
5° Fractures dont les
fragments aigus et saillants constituent
un
danger sérieux
pourVintégrité des téguments.
—C'est
au dernierCongrès de chirurgie,
croyons-nous, quecette indica¬
tion a été
posée
pourla première fois nettement. Dans
aucun des documents que nous avonsconsultés,
nous nel'avons
trouvé
signalée. Le 25 octobre 1895, MM. les professeurs
Démons et Villar ont insisté tous les deux sur ce
point parti¬
culier.M.Villar a
communiqué
auCongrès deux observations
de fracture de la
clavicule,
oùl'intervention
aété commandéejustement
parla
menacede perforation de la
peaudu fait du déplacement des fragments. L'une de
cesobservations, qu'il
a bien voulu mettre à notre
disposition, est insérée dans
notre thèse.Dansl'autre cas,M.-Villar n'avait fait que
la résec¬
tion,
sansla faire suivre de
suture.Il est extraordinaire que
l'indication dont
nousparlons
n'ait pas
été mise
enavant jusqu'à aujourd'hui. En effet, de
l'avis de M. le
professeur Villar,
ceserait
unedes plus nettes.
Si on ne réduit pas
le fragment,il
vaperforer la
peaulorsque
le
sujet fera
unmouvement,
oudéterminer
uneeschare
parcompression. Pendant la réduction
onrisque beaucoup de léser
la peau
et de blesser
enmême temps les tissus sous-cutanés,
si lefragment est aigu. Une fois les deux extrémités coaptées,
il seratrès difficile de lesmaintenir,
etl'appareil le meilleur produira toujours
unecompression
surla partie du tégument
située au niveau dusegment d'os qui faisait saillie, et
pourra déterminer une eschare. Lesplaies ainsi produites acciden¬
tellementauront deux
grands inconvénients; elles
serontloin
d'êtreaseptiques
;leurs- bords
neseront
pasréguliers. On
sera