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Texte intégral

(1)

MODALITÉS DE GESTION DU POISSON DANS LES AMÉNAGEMENTS FAUNIQUES

EN PLAINE INONDABLE

par Suzanne Lepage

Direction du développement de la faune et

Richard Lalumière Groupe conseil GENIVAR inc.

pour

Société de la faune et des parcs du Québec

Québec, septembre 2003

(2)

Référence à citer :

LEPAGE, S. et R. LALUMIÈRE. 2003. Modalités de gestion du poisson dans les aménagements

(3)

PRÉFACE

La présente publication doit être considérée comme un document de base dans le contexte de la gestion du poisson dans les aménagements fauniques en plaine inondable. Il est destiné au personnel des Directions régionales et centrales de la Société de la faune et des parcs du Québec (Société) pour les orienter lors de l’élaboration et de l’analyse de tels projets d’aménagements. Les recherches réalisées spécifiquement dans ce domaine par la Société depuis 1988 ont permis d’en établir les fondements. Il ne constitue cependant pas un guide, puisque certaines modalités de gestion présentées nécessitent encore une validation scientifique. Cet ouvrage permet, d’une part, de mettre en lumière certaines perspectives de gestion pour minimiser les impacts négatifs sur le poisson dans ces aménagements. Par le fait même, il constitue un complément du « Guide d'analyse des projets d'aménagements fauniques en milieu hydrique ». D’autre part, des orientations pour gérer de façon optimale l’utilisation par le poisson dans les aménagements sont également suggérées, dans l’éventualité qu’un tel objectif soit visé.

Les modalités de gestion proposées ciblent les aménagements fauniques créés ou à venir, localisés dans la plaine inondable de la rivière des Outaouais (entre Hull et Carillon) et du fleuve Saint-Laurent (entre Cornwall et Trois-Rivières) et, les espèces de poissons qui l’utilisent.

Certaines approches de gestion étant encore en développement, il est recommandé d’utiliser les modalités surtout à l’intérieur des limites régionales citées précédemment et pour les espèces de poissons ayant fait l’objet de travaux de recherche.

Enfin, aucune référence n’est mentionnée dans le texte de façon à alléger la lecture.

Cependant, une liste des références des documents pertinents à consulter est présentée à la fin de cet ouvrage.

(4)
(5)

TABLE DES MATIÈRES

Page

Préface... iii

Table des matières ... v

Liste des tableaux... vii

Liste des figures ... vii

1. INTRODUCTION ...1

1.1 Les aménagements fauniques en plaine inondable...1

1.2 L’encadrement juridique...2

1.3 Le poisson et les aménagements fauniques existants ...2

1.4 Les objectifs du document ...3

2. AMÉNAGEMENTS FAUNIQUES ET UTILISATION PAR L’ICHTYOFAUNE ...5

2.1 Types d’aménagements fauniques ...5

2.1.1 Ouvrage de contrôle du niveau d’eau à la décharge d’un marais, d’un cours d’eau, d’un fossé ou d’un canal...5

2.1.2 Endiguement périphérique ...7

2.1.3 Planches rondes et rigoles ...8

2.1.4 Création d'étangs ou de mares ... 10

2.2 Types de structures de contrôle du niveau d’eau... 11

2.2.1 Vannes à coulisse ... 11

2.2.2 Structures à poutrelles amovibles... 13

2.2.3 Vannes à coulisse et structures à poutrelles amovibles... 13

2.2.4 Exutoire de dévalaison et passe migratoire... 15

2.3 Utilisation par l’ichtyofaune... 15

2.3.1 Bénéfices pour l’ichtyofaune ... 17

2.3.2 Contraintes pour l’ichtyofaune ... 20

2.3.2.1 Accès printanier 20 2.3.2.2 Mortalité hivernale 21 2.3.2.3 Modification de l’habitat... 22

3. ABAISSEMENTS DU NIVEAU D’EAU ET REMISE EN EAU... 23

3.1 Libérer les poissons captifs... 25

3.1.1 Abaissement du niveau d’eau... 25

3.1.1.1 Abaissement partiel au printemps ... 26

3.1.1.2 Abaissement avec mise en phase au printemps ... 27

3.1.1.3 Abaissement avec mise en phase à l’automne ... 27

(6)

TABLE DES MATIÈRES (SUITE)

Page

3.1.2 Modalités des abaissements du niveau d’eau et de remise en eau ... 28

3.1.2.1 Technique d’abaissement du niveau d’eau ... 28

3.1.2.2 Remise en eau ... 32

3.2 Assurer la libre circulation des poissons ... 32

3.3 Choix de gestion... 33

4. APPROCHE THÉORIQUE DE GESTION... 35

4.1 Approche générale de gestion... 35

4.2 Optimiser l'accès printanier du poisson... 39

4.2.1 Aménagements avec vanne(s) à coulisse... 40

4.2.2 Aménagements avec vanne(s) à coulisse et structure(s) à poutrelles amovibles ... 40

4.2.3 Aménagements avec structure (s) à poutrelles amovibles... 40

4.2.4 Aménagement avec apport d'un tributaire permanent ... 40

5. RECOMMANDATIONS POUR LA CONCEPTION ET POUR LA GESTION DE NOUVEAUX AMÉNAGEMENTS FAUNIQUES EN PLAINE INONDABLE... 43

5.1 Aménagement sans apport continu en eau... 43

5.1.1 Localisation de l'aménagement dans la plaine inondable ... 43

5.1.2 Utilisation de la vanne de fond... 44

5.1.3 Localisation de la structure de contrôle à un endroit approprié... 44

5.1.4 Gestion du poisson... 44

5.2 Aménagement avec apport continu en eau... 45

5.2.1 Localisation de l’aménagement dans la plaine inondable ... 45

5.2.2 Utilisation d’un exutoire de dévalaison et d’une passe migratoire... 45

5.2.3 Localisation des structures de dévalaison et de montaison ... 45

5.2.4 Gestion du poisson... 46

6. REMERCIEMENTS... 47

7. RÉFÉRENCES À CONSULTER... 49

ANNEXE ... 55

(7)

LISTE DES TABLEAUX

Page Tableau 1 Espèces de poissons capturés dans certains aménagements

fauniques en plaine inondable (1988 à 2000). ...18

LISTE DES FIGURES

Page Figure 1 Exemple d’un ouvrage de contrôle du niveau d’eau à la décharge

d’un marais (île du Moine, archipel de Berthier-Sorel)...6 Figure 2 Exemple de bassins endigués (segments à l’île Dupas, archipel de

Berthier-Sorel)...7 Figure 3 Exemple de réseau de planches rondes et de rigoles (segment 1 à

l’île Dupas, archipel de Berthier-Sorel). ...9 Figure 4 Exemple d’étang aménagé (commune de Baie-du-Febvre, lac

Saint-Pierre)...10 Figure 5 Exemple d’une vanne à coulisse dans un mur de palplanches, vue

de l’aval (segment 4 de Saint-Barthélemy, lac Saint-Pierre)...12 Figure 6 Exemple d’une vanne à coulisse incluse à l’intérieur d’un ponceau,

avant (A) et après (B) son installation (segment 4 de Saint-Barthélemy,

lac Saint-Pierre)...12 Figure 7 Exemple d’une structure à poutrelles amovibles (segment 2 de la

commune de Baie-du-Febvre, lac Saint-Pierre)...14 Figure 8 Exemple d’une vanne et de deux structures à poutrelles amovibles

(segment 2 à l’île Saint-Bernard, lac Saint-Louis)...14 Figure 9 Exutoire de dévalaison à deux portes et passe migratoire (baie

Lavallière, archipel de Berthier-Sorel)...15 Figure 10 Localisation des inventaires ichtyologiques réalisés dans les

aménagements fauniques en plaine inondable, de 1978 à 2002...16 Figure 11 Graphique illustrant l’ouverture de la vanne lors de l’abaissement du

segment 4 de l’aménagement de Saint-Barthélemy en 2000...30 Figure 12 Organigramme décisionnel pour planifier les abaissements du

niveau d’eau dans les aménagements fauniques en plaine inondable

pour la gestion du poisson et de son habitat...34 Figure 13 Cotes d'élévation des aménagements fauniques dans la plaine

inondable du lac Saint-Pierre et de l'archipel de Berthier-Sorel

(situation fictive)...37

(8)
(9)

1. INTRODUCTION

Au Québec, la plaine inondable constitue en soi une composante majeure de l'écosystème de la portion fluviale du Saint-Laurent et de ses principaux tributaires.

Naturellement, la topographie de ces espaces les rend propices au développement de très vastes milieux humides soumis à l'action de la crue printanière et de l'étiage estival.

Ces milieux humides sont reconnus pour abriter une faune et une flore riches et diversifiées. Ils constituent des habitats de grande importance pour les populations d'oiseaux migrateurs et des lieux de reproduction, d'alimentation et de croissance de nombreuses espèces d’invertébrés, d'oiseaux, de poissons, d'amphibiens, de reptiles et de mammifères. En territoire québécois, la nécessité de protéger ces milieux est d'ailleurs prise en considération dans diverses lois ou politiques provinciales et fédérales.

1.1 Les aménagements fauniques en plaine inondable

Plusieurs aménagements fauniques en plaine inondable ont été réalisés au cours des dernières décennies, principalement en raison d'une prise de conscience de leur valeur écologique et des conséquences désastreuses de leurs pertes ou de leurs modifications par l'homme.

Déjà en 1974, Canards Illimités Canada (CIC) réalisait l’un des premiers aménagements fauniques en plaine inondable. Beaucoup d’autres ont vu le jour depuis, dans le contexte du Plan nord-américain de gestion de la sauvagine et du Fonds de restauration de l'habitat du poisson. Plusieurs partenaires ont contribué à la planification et à la réalisation de ces projets de conservation et de restauration dont CIC, la Société de la faune et des parcs du Québec (la Société), la Fondation de la faune du Québec (FFQ), Habitat faunique Canada et le Service canadien de la faune.

Presque tous les aménagements existants ont fait l’objet d’ententes entre les divers partenaires impliqués et les propriétaires des terrains où les aménagements ont été réalisés. Ces ententes précisent, entre autres, la vocation faunique de l’aménagement (ex. halte migratoire, espacement des couples, élevage des couvées ou mue; poisson;

multifaunique, etc.) et les divers usages autorisés ou à privilégier (ex. pâturage, culture, chasse, piégeage, etc.). Les plus récents aménagements sont également assujettis à certaines obligations incluses dans les certificats d’autorisation, lesquelles précisent des niveaux d’eau à maintenir au cours de certaines périodes, en fonction des espèces fauniques ou des usages à privilégier.

(10)

1.2 L’encadrement juridique

La Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (LCMVF), la Loi sur la qualité de l’environnement ainsi que la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables fournissent l’encadrement principal lié à la réalisation d’aménagements fauniques en plaine inondable. La Loi fédérale sur les pêches doit également être prise en considération puisque certains articles concernent spécifique- ment la protection de l’habitat du poisson.

Au sens du Règlement sur les habitats fauniques édicté en vertu de la LCMVF (chapitre IV.1), l’habitat du poisson est défini, entre autres, comme «une plaine d’inondations dont les limites correspondent au niveau atteint par les plus hautes eaux selon une moyenne établie par une récurrence de 2 ans ou un cours d’eau, lesquels sont fréquentés par le poisson». Cependant, du point de vue écologique, le poisson se déplace au-delà de cette limite lorsque les crues sont de plus grandes amplitudes. C’est pourquoi les modalités de gestion présentées dans ce document ne se restreignent pas seulement aux aménagements compris dans la zone de retour de crues de deux ans, mais bien à tous les aménagements en plaine inondable, auxquels les poissons accèdent de façon récurrente ou occasionnelle.

Les modalités de gestion constituent un complément du « Guide d'analyse des projets d'aménagements fauniques en milieu hydrique » publié en 1997 par le ministère de l’Environnement et de la Faune du Québec, et qui rappelle d’ailleurs la démarche d'élaboration ainsi que les principes et les grandes orientations devant guider la conception et l'analyse de tout aménagement faunique en plaine inondable. Enfin, les modalités visent également à répondre aux objectifs des « Lignes directrices pour la conservation des habitats fauniques » publiées par la Société en 2002.

1.3 Le poisson et les aménagements fauniques existants

En 1988, CIC et le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche du Québec (maintenant la Société de la faune et des parcs du Québec) amorçaient une étude quinquennale sur l'utilisation, par les diverses espèces fauniques et particulièrement les poissons, des aménagements réalisés en plaine inondable et initialement conçus pour la sauvagine. Des observations de mortalités élevées de poissons après l’hiver avaient suscité l’intérêt d’entreprendre une telle étude. Le bilan de cette recherche a non seulement mis en lumière les aspects positifs pour les poissons de ces aménagements, mais a également fait ressortir certaines contraintes pour l’ichtyofaune.

(11)

Au cours des dernières années, la Société a mené diverses expérimentations visant à mettre au point des techniques permettant d’atténuer la mortalité hivernale du poisson mais également pour préserver certains habitats, dont les prairies humides.

De plus, les connaissances acquises à ce jour sur l'utilisation faunique des aménagements réalisés en plaine inondable tendent à démontrer qu’il existe aussi des possibilités de mise en valeur pour le poisson, tout en permettant le maintien de la diversité et de la productivité de l'ensemble des espèces fauniques qui y sont associées, et ce, dans le respect des ententes et des obligations légales existantes quant à leur vocation et à leur gestion.

Ces possibilités de mise en valeur prennent toute leur importance considérant que plusieurs espèces de poissons, qui pourraient en bénéficier, représentent au niveau économique, une valeur commerciale ou sportive.

1.4 Les objectifs du document

Après un bref rappel des divers types d’aménagements fauniques en plaine inondable et de leurs utilisations par le poisson (chapitre 2), ce document propose, en se basant sur les expérimentations effectuées au cours des 13 dernières années, des modalités de gestion de l'eau qui visent :

1. à orienter les abaissements de niveau d’eau prévus dans les certificats d’autorisation et les ententes, pour permettre aux poissons captifs dans les aménagements existants, de regagner le cours d’eau adjacent (chapitre 3);

2. à présenter une approche générale de gestion et certains éléments de réflexion pour optimiser pour le poisson, les aménagements fauniques en plaine inondable (chapitre 4);

3. à orienter la conception et la gestion des nouveaux aménagements fauniques en plaine inondable pour en assurer l’optimisation faunique (chapitre 5).

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2. AMÉNAGEMENTS FAUNIQUES ET UTILISATION PAR L’ICHTYO- FAUNE

Les aménagements fauniques en plaine inondable considérés dans ce document sont ceux pouvant avoir des incidences négatives pour le poisson.

C’est lors de l’élaboration du projet d’aménagement faunique que les différents intervenants conviennent d’un ordre d’importance des différentes fonctions qui seront associées aux divers secteurs ou segments aménagés. Selon les fonctions attribuées, chaque aménagement sera localisé, dans la plupart des cas, à l’intérieur de la zone de retour des crues de 1 : 2 ans à 1 : 5 ans. Ce sont sa localisation mais également ses constituantes spécifiques (ex. hauteur de la digue, élévation et type de structures de contrôle, etc.) qui influenceront la fréquence et l'amplitude nécessaires des recharges naturelles en eau par la crue printanière, et par le fait même, l’accessibilité du poisson à l’aménagement. Une gestion du poisson doit alors être réalisée lorsqu’un tel événement se produit.

Ce chapitre décrit globalement les différents types d’aménagements et de structures de contrôle du niveau d’eau en plaine inondable et présente également les répercussions sur le poisson de ces ouvrages.

2.1 Types d’aménagements fauniques

Les divers types d’aménagements en plaine inondable qui peuvent être accessibles pour le poisson sont présentés aux sections suivantes. Pour plus de détails, il faut consulter le « Guide d'analyse des projets d'aménagements fauniques en milieu hydrique ».

2.1.1 Ouvrage de contrôle du niveau d’eau à la décharge d’un marais, d’un cours d’eau, d’un fossé ou d’un canal

Description

Cette catégorie d’aménagements présente généralement une structure de contrôle du niveau d’eau quelconque (palplanche, béton, semi-circulaire avec tuyau, etc.). Une digue d’envergure variable est mise en place de part et d’autre de la structure et complète habituellement l’ouvrage (figure 1).

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Figure 1 Exemple d’un ouvrage de contrôle du niveau d’eau à la décharge d’un marais (île du Moine, archipel de Berthier-Sorel).

Objectif faunique

Ce type d'aménagement peut viser plusieurs objectifs :

• élevage des couvées, mue de la sauvagine et espacement des couples;

• halte migratoire pour la sauvagine;

• frayère, zone d’alevinage et d’alimentation pour les poissons;

• combinaison de deux ou plusieurs des objectifs précédents (aménagement multifonctionnel).

Mode de gestion

L’apport en eau dans l’aménagement provient de la crue printanière, si son amplitude est suffisante, de la fonte de la neige, des précipitations et parfois de(s) cours d'eau en amont de l’ouvrage.

L’ouvrage de contrôle assure un maintien stable du niveau d'eau durant toute l'année, ce qui est favorable à la sauvagine et à plusieurs autres espèces fauniques. Dans certains cas, un assèchement provisoire peut être nécessaire pour conserver certains groupements végétaux initiaux (ex. marécage ou prairie humide). De plus, une gestion

(15)

Exemple

• lac Saint-Pierre et archipel de Berthier-Sorel : île du Moine, baie Lavallière, marais Saint-Eugène

2.1.2 Endiguement périphérique Description

Ce type d’aménagement consiste à ériger une digue d’une envergure relativement grande selon le projet, afin de créer un bassin d'une superficie donnée en fonction du niveau d'eau que l'on veut y maintenir (figure 2). La digue peut circonscrire un ou plusieurs côtés de l’aménagement. Elle est munie de structures de contrôle du niveau d'eau (structures à poutrelles, déversoirs, etc.) et peut comprendre une station de pompage pour assécher ou alimenter en eau l’aménagement.

Figure 2 Exemple de bassins endigués (segments à l’île Dupas, archipel de Berthier-Sorel).

(16)

Objectif faunique

Les divers objectifs fauniques associés à ce type d'aménagement sont les mêmes que ceux présentés au point 2.1.1.

Mode de gestion

Le mode d'alimentation en eau du bassin comprend la crue printanière, lorsque son amplitude annuelle est suffisante, la fonte de la neige, les précipitations et parfois les cours d'eau qui s'y jettent. Dans certains cas, un apport en eau par pompage durant l’été est aussi nécessaire.

La gestion retenue doit être adaptée pour répondre aux fonctions qui auront été identifiées pour le bassin aménagé. Pour la sauvagine, il est recommandé de maintenir un niveau d'eau stable durant toute l'année. Cependant, dans certains cas, le bassin aménagé peut être asséché durant une ou plusieurs périodes de l’année pour permettre, soit la culture ou la paissance, soit la conservation de certains groupements végétaux initiaux (ex. marécage ou prairie humide). Une gestion présentant des mesures adéquates pour libérer les poissons demeurés captifs sera aussi requise dans les bassins gérés pour la sauvagine ou le poisson.

Exemples

• lac Saint-Pierre et archipel de Berthier-Sorel : île Dupas, commune de Baie-du- Febvre, Saint-Barthélemy

• lac Saint-Louis : île Saint-Bernard;

• rivière des Outaouais : marais aux Massettes, marais Thurso.

2.1.3 Planches rondes et rigoles Description

Il s'agit d’un aménagement constitué d’une alternance de planches agricoles et de rigoles se déversant dans un fossé collecteur muni d'un ouvrage de contrôle du niveau d'eau (figure 3). Une digue peut circonscrire une partie de l’aménagement. Il peut également y avoir une station de pompage selon les fonctions et les usages de l’aménagement.

(17)

Figure 3 Exemple de réseau de planches rondes et de rigoles (segment 1 à l’île Dupas, archipel de Berthier-Sorel).

Objectif faunique

Les rigoles sont conçues pour favoriser l'appariement des couples de canards et l'élevage des couvées. Elles servent aussi à la fraie, à l'alevinage et à l’alimentation des poissons qui y ont accédé lors de la crue printanière. D’autres espèces fauniques utilisent aussi ces milieux aménagés.

Mode de gestion

L'alimentation en eau des rigoles est assurée par la crue printanière, la fonte de la neige, les précipitations et plus rarement par un cours d’eau. Un apport en eau additionnel peut, dans certains cas, être assuré par pompage ou par une canalisation provenant d'un bassin endigué situé à proximité.

Il est habituellement prévu de maintenir un niveau d'eau stable dans les rigoles pendant toute l'année. Toutefois, cette gestion peut être différente durant une courte période lorsqu’il est nécessaire d’évacuer les poissons avant l'hiver.

Exemple

• lac Saint-Pierre et archipel de Berthier-Sorel : île Dupas, commune de Baie-du- Febvre.

(18)

2.1.4 Création d'étangs ou de mares Description

Cet aménagement consiste à créer des étangs ou des mares permanentes à l'intérieur de la plaine inondable en profitant de dépressions, creusées ou non, pour obtenir une profondeur désirée. Une structure de contrôle ou une digue conçue de matériel fin (ex. argile) peuvent être requises pour maintenir le niveau d'eau souhaité (figure 4).

Objectif faunique

Les étangs ou mares visent à créer des petits plans d'eau permanents propices à la sauvagine (migration, élevage des couvées, etc.) et à plusieurs autres espèces fauniques. L'utilisation par les poissons peut également être variée (reproduction, alevinage, alimentation). Des étangs sont quelquefois formés lors du prélèvement de matériel pour la construction d'un îlot de nidification. Souvent localisés en plaine inondable, ces îlots offrent un site de nidification au-dessus du niveau de la crue printanière. Il en résulte un étang ceinturant l'îlot qui sert à restreindre l'accès des prédateurs et qui peut être également utilisé par le poisson.

Figure 4 Exemple d’étang aménagé (commune de Baie-du-Febvre, lac Saint- Pierre).

Mode de gestion

En plaine inondable, la crue et les précipitations constituent les principaux modes d'alimentation en eau de ce type d'aménagement. Il doit exister un lien (canal) entre l'étang et le cours d'eau adjacent. Dans certains cas, ce lien est utilisé par le poisson

(19)

pour la libre circulation. Ce passage peut cependant être interrompu en période d'étiage pour se rétablir à l'automne, créant de nouveau un passage pour le poisson entre l'étang et le cours d’eau adjacent. Dans d’autres cas, une gestion du poisson de l’étang ou de la mare doit être réalisée si ceux-ci y demeurent captifs et que leur survie est mise en péril.

Exemple

• lac Saint-Pierre : îlots et étangs de Maskinongé-Yamachiche, étangs de la Commune de Baie-du-Febvre.

2.2 Types de structures de contrôle du niveau d’eau

Le niveau d’eau dans les aménagements peut être géré par différents types de structures de contrôle. Dans de nombreux cas, un aménagement peut être équipé de plusieurs structures afin de pouvoir répondre aux besoins de gestion. Il convient de décrire succinctement celles qui peuvent être utilisées pour la gestion du poisson, car elles n’offrent pas toute la même souplesse de gestion du niveau d’eau.

2.2.1 Vannes à coulisse

Les vannes à coulisse utilisées dans les aménagements peuvent être différentes en termes de types, de formes ou de dimensions (figures 5 et 6). Actuellement, un aménagement peut être équipé d’une ou de deux vannes, lesquelles peuvent jouer un ou plusieurs rôles. Généralement, leur radier correspond à l’élévation la plus basse du terrain dans l’aménagement.

La période d’ouverture et de fermeture est généralement spécifiée dans un protocole de gestion. Par exemple, le segment 4 de l'aménagement de Saint-Barthélemy/Saint- Joseph-de-Maskinongé comprend deux vannes. Le protocole de gestion élaboré lors de la conception du projet fait mention que ces deux vannes doivent être ouvertes au complet, après un abaissement prévu en juin, et ce, jusqu’à la décrue du printemps suivant. La fermeture des vannes au moment de la décrue permet de maintenir une superficie maximale en eau à l'intérieur du bassin. L’assèchement du milieu est réalisé en juin, par une seule des deux vannes, conçue spécifiquement pour l’évacuation du poisson (figure 5). Ce n’est que lorsque l’abaissement du niveau d’eau est complété que l’autre vanne sera ouverte à nouveau.

(20)

Figure 5 Exemple d’une vanne à coulisse dans un mur de palplanches, vue de l’aval (segment 4 de Saint-Barthélemy, lac Saint-Pierre).

A

B

(21)

Actuellement, un certain nombre d’aménagements, gérés entre autres pour le poisson, sont équipés de vannes à coulisse dans un mur de palplanches. Elles ont l’avantage de dégeler plus rapidement au printemps que celles incluses dans un ponceau, puisqu’elles sont exposées directement au soleil. Elles sont également beaucoup plus accessibles visuellement et physiquement, ce qui facilite les opérations de gestion du poisson.

2.2.2 Structures à poutrelles amovibles

Plusieurs aménagements sont munis de structures à poutrelles amovibles.

Généralement, elles sont constituées d’un tuyau vertical semi-circulaire mis en place du côté intérieur de l’aménagement (figure 7). Ce tuyau est raccordé perpendiculairement à un ponceau reliant l’intérieur à l’extérieur de l’aménagement.

Dans le tuyau semi-circulaire est installé un mur de poutrelles de bois s’emboîtant l’une dans l’autre pour l’étanchéité. La longueur des poutrelles varie selon la dimension de la structure. Certaines sont équipées de demi-poutrelles ce qui en facilite la manipulation.

Dans la majorité des cas, le radier de la structure correspond à l’élévation la plus basse du terrain dans l’aménagement, ce qui permet lorsque requis, une mise en phase du niveau d’eau de l’aménagement avec celui du plan d’eau adjacent.

L’abaissement du niveau d’eau s’effectue donc en surface par le retrait graduel des poutrelles, contrairement aux vannes à coulisse.

Il s’avère avantageux d’utiliser ces structures pour réaliser un abaissement partiel du niveau d’eau. En une seule intervention, l’opérateur retire les poutrelles nécessaires.

Cependant, ces structures ne sont pas idéales pour réaliser régulièrement des abaissements plus complets, en raison des difficultés qu’occasionnent les poutrelles gonflées d’eau et des manipulations plus nombreuses au cours d’une même opération d’assèchement.

2.2.3 Vannes à coulisse et structures à poutrelles amovibles

Certains aménagements récents possèdent, comme ouvrage de contrôle du niveau d’eau, un mur de palplanches dans lequel font partie intégrante une vanne à coulisse et des structures à poutrelles (figure 8). Un tel équipement permet d’offrir une plus grande souplesse de gestion du niveau d’eau. Étant localisé au même endroit, il est plus facile pour l’opérateur d’assurer l’entretien et le suivi des interventions.

(22)

Figure 7 Exemple d’une structure à poutrelles amovibles (segment 2 de la commune de Baie-du-Febvre, lac Saint-Pierre).

Figure 8 Exemple d’une vanne et de deux structures à poutrelles amovibles (segment 2 à l’île Saint-Bernard, lac Saint-Louis).

(23)

2.2.4 Exutoire de dévalaison et passe migratoire

Au Québec, cette situation ne prévaut que dans l'aménagement de la baie Lavallière qui est traversée par plusieurs cours d’eau. Ceux-ci alimentent continuellement en eau l’aménagement. Un exutoire de dévalaison à deux portes, ainsi qu’une passe migratoire à bassins successifs, ont donc été aménagés à l’émissaire du cours d’eau principal (figure 9). L'implantation de tels ouvrages a comme avantage de permettre aux poissons d’accéder ou de quitter l’aménagement, et ce, sans nécessiter l’abaissement du niveau d’eau.

Figure 9 Exutoire de dévalaison à deux portes et passe migratoire (baie Lavallière, archipel de Berthier-Sorel).

2.3 Utilisation par l’ichtyofaune

Depuis 1978, plusieurs sites aménagés en plaine inondable ont fait l’objet d’inventaires afin de caractériser leur utilisation par les poissons (figure 10). Ces travaux ont permis de faire ressortir pour l’ichtyofaune les répercussions positives et négatives qui en découlent.

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2 MONTRÉAL

TROIS-RIVIÈRES

AOUAIS ais Des Laîches ais de Thurso 5

6 91011

Lac Saint-Pierre ventaires ichtyologiques réalisés dans les aménagements fauniques en plaine inondable, de 1978 à 2002.

LAC SAINT-PIERRE Saint-Barthélemy/Saint-Joseph-de-Maskinongé Île Dupas Île du Moine Baie Lavallière Commune de Baie-du-Febvre Rivière Marguerite Marais Saint-Eugène

6 7 8 9 10 11 7 8

MONTRÉAL Refuge faunique Marguerite-D’Youville (Île Saint-Bernard)5 12 12

3 4

N

Q93743

(25)

2.3.1 Bénéfices pour l’ichtyofaune

À partir de 1988, les inventaires ichtyologiques se sont intensifiés dans certains aménagements étudiés. De 1988 à 2000, entre 15 et 41 espèces de poissons ont été répertoriées selon le site (tableau 1). On y retrouve entre autre le grand brochet, la perchaude, la barbotte brune, la marigane noire, le crapet-soleil ainsi que de nombreuses espèces de cyprinidés. Cette diversité est souvent très similaire à celle présente dans le plan d’eau adjacent à l’aménagement. À titre d’exemple, les inventaires effectués en 1995 et en 1997 dans l’aménagement de la baie Lavallière, située près de l’embouchure de la rivière Yamaska, indiquent que ce marais abrite 41 espèces de poissons, soit une diversité aussi impressionnante que celle de l’archipel de Berthier-Sorel, localisé à proximité.

Les recherches réalisées dans le réseau de planches rondes et de rigoles de l’île Dupas ont aussi permis de constater que le nombre d’espèces de poissons peut varier d’une année à l’autre. Toutefois, aucun lien n’a été mis en évidence entre la diversité et la durée de contact, ou encore, la période de contact, qui s’établit entre l’aménagement et le cours d’eau adjacent lors de la crue printanière.

Les travaux d’inventaire ont fourni plusieurs réponses quant à l’utilisation par les poissons des milieux aménagés. Tout comme la plaine inondable naturelle, les aménagements constituent, tôt au printemps, un site de fraie recherché par les espèces à reproduction hâtive comme le grand brochet et la perchaude. En fait, leur faible profondeur, le réchauffement rapide de l’eau, la végétation dense, l’absence de courant, la biomasse benthique élevée ainsi que le maintien d’un niveau d’eau stable font des aménagements, des milieux particulièrement propices à la fraie et à l’alevinage.

Durant le début du printemps, beaucoup d'espèces de poissons fréquentent aussi ces milieux pour l’alimentation et le repos, tout en profitant possiblement de l’augmentation rapide de la température de l’eau pour finaliser la maturation de leurs gonades. Le maintien d’un certain niveau d’eau qu’offrent les sites aménagés après le retrait de la crue permet à ces espèces à reproduction tardive d'en tirer également avantage en termes d’aires de reproduction et d’alevinage. Alors que la plaine inondable est exondée, les milieux aménagés continuent à soutenir une communauté de poissons qui interagissent entre eux, et ce, durant le printemps, l’été et l’automne, selon la gestion appliquée.

(26)

Tableau 1 Espèces de poissons capturés dans certains aménagements fauniques en plaine inondable (1988 à 2000).

AMÉNAGEMENT FAUNIQUE

ESPÈCE

Massettes1 Dupas2 Baie-du-Febvre3 Baie Lavallière4 Saint-Eugène5 Saint-Barthélemy6

0+ Ad. 0+ Ad. 0+ Ad. 0+ Ad. 0+ Ad. 0+ Ad.

Grand brochet X X X X X X X X X X X X

Brochet d’Amérique X X X X X

Maskinongé X X

Perchaude X X X X X X X X X X X X

Doré jaune X X X X

Raseux-de-terre gris X X

Raseux-de-terre noir X X X

Fouille-roche zébré X X X

Dard sp. X

Crapet-soleil X X X X X X X X X X X

Crapet de roche X X X X

Crapet arlequin X

Marigane noire X X X X X X X X X

Achigan à grande bouche X X X X X X X

Achigan à petite bouche X X X

Barbotte brune X X X X X X X X X X X X

Chat-fou brun X X X X X X X X X

Barbue de rivière X

Lamproie argentée X

Poisson-castor X X X X X X

Anguille d’Amérique X

Meunier noir X X X X X X X

Chevalier blanc X X

Chevalier rouge X

Umbre de vase X X X X X X X X X X X

Éperlan arc-en-ciel X X

Omisco X

Lotte X X X X

Fondule barré X X X X X X

Crayon d’argent X ? ? X

Épinoche à cinq épines X X X X X

(27)

Tableau 1 (suite) Espèces de poissons capturés dans certains aménagements fauniques en plaine inondable (1988 à 2000).

AMÉNAGEMENT FAUNIQUE

ESPÈCE

Massettes1 Dupas2 Baie-du-Febvre3 Baie Lavallière4 Saint-Eugène5 Saint-Barthélemy6

0+ Ad. 0+ Ad. 0+ Ad. 0+ Ad. 0+ Ad. 0+ Ad.

Méné jaune X X X X X X X X X X

Méné d’herbe X X X X X X

Méné émeraude X X X X X X X X

Méné paille X X X

Méné pâle X X X X

Queue à tache noire X X X X X X

Ventre citron X

Ventre-pourri X X X X

Tête-de-boule X X X X X X

Méné d’argent X X X X X X X

Méné bleu X X

Méné à nageoires rouges X X

Menton noir X X X

Museau noir X X ? X

Tête rose X

Mulet perlé X X

Mulet à cornes X X X X

Ouitouche X X X X X

Cyprins spp.7 X X X

1 Inventaires ichtyologiques de 1988, 1989 et 1990 du marais aux Massettes.

2 Inventaires ichtyologiques de 1991, 1993, 1994, 1996 et 1997 du réseau de planches rondes et rigoles (segment 1) de l’île Dupas.

3 Inventaire ichtyologique de 1994 des segments 2 et 3 de la Commune de Baie-du-Febvre.

4 Inventaires ichtyologiques de 1995 et 1997 de la baie Lavallière.

5 Inventaires ichtyologiques de 1996, 1997 et 1998 des secteurs est ou ouest du marais de Saint-Eugène.

6 Inventaire ichtyologique de 2000 du segment 4 de Saint-Barthélemy.

7 Regroupe divers cyprinidés non identifiés selon les espèces.

0+ Jeune de l’année.

Ad. Juvénile de plus d’un an ou adulte.

? Stade indéterminé

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Il en résulte des quantités de poissons non négligeables. Par exemple, le suivi réalisé en juin 2000, dans le segment 4 de Saint-Barthélemy/Saint-Joseph-de-Maskinongé d’une superficie de 80 ha, a mis en évidence la présence de plus d’un million de poissons dont la moitié était constituée par la production annuelle de jeunes de grand brochet et de perchaude. Soulignons qu’au moment du dépôt des œufs par ces deux espèces, seulement huit hectares en eau étaient disponibles dans l'aménagement et que la durée de contact avec le lac Saint-Pierre a été courte, ce qui met encore en évidence l’excellent potentiel de production de poissons de tels milieux. Dans un autre cas, soit en 1996 au marais Saint-Eugène à Pointe-du-Lac, la communauté de poissons de 19 espèces a été estimée à 636 000 poissons dont 584 000 alevins de perchaude, et ce, pour une superficie en eau d’environ sept hectares.

2.3.2 Contraintes pour l’ichtyofaune 2.3.2.1 Accès printanier

La crue du printemps constitue l’élément majeur permettant au poisson d’accéder aux sites aménagés en plaine inondable ayant un objectif faunique « poisson » ou

« sauvagine et poisson ». Cependant, deux contraintes peuvent amener ces aménagements à être sous-utilisés par le poisson, soit :

• la limitation de l'accès, liée à la conception des aménagements;

• la limitation de l'accès, par l'absence d'une gestion fine des structures de contrôle au printemps.

Ces restrictions d'accès peuvent ainsi limiter l'utilisation par le poisson de ces sites aménagés et conséquemment diminuer leur potentiel de production.

Limitation de l'accès liée à la conception des aménagements

La localisation des aménagements dans la zone de crue de 1 : 2 ans ou plus, de même que la hauteur des digues et des ouvrages de contrôle du niveau d’eau, dépendent entre autres :

• de l'élévation du terrain;

• du ou des niveaux d'eau (niveau d’opération) souhaités à l'intérieur de l'aménage- ment, lequel dépend des objectifs fauniques visés (poisson, sauvagine et poisson);

• des coûts/bénéfices;

• etc.

(29)

La situation qui prévaut au printemps à chaque aménagement relève donc du cas par cas. Le fait que les niveaux du fleuve soient à la baisse peut donc résulter dans des recharges moins fréquentes par la crue. En conséquence, l'accès du poisson à certains aménagements est moins fréquent car les retours de crues sont plus espacés dans le temps et de plus courtes durées. Souvent, l'accès du poisson se limite à la structure de contrôle. En effet, sa cote d’élévation correspond au niveau d'opération prévu à l'intérieur de l'aménagement et est inférieure à celle de la digue. Le contact entre le cours d'eau adjacent et l'aménagement débute et se termine donc à cet endroit.

Limitation de l'accès par l'absence de gestion fine des structures de contrôle au printemps

Plusieurs considérations techniques et financières influencent sur le type d'ouvrage de contrôle qui sera mis en place lors de la construction d'un aménagement faunique.

Selon le choix effectué, la flexibilité ou la souplesse d'opération de la structure de contrôle du niveau de l'eau peut en être réduite et limite donc les possibilités d'une gestion fine de l'eau. De plus, bien que certains aménagements soient équipés de structures appropriées, l’application d’une telle gestion implique également plus de surveillance.

L'absence d'une gestion fine de la structure de contrôle limite aussi, parfois de façon marquée, l'accès printanier du poisson à l'habitat situé à l'intérieur des aménagements. Cette situation risque d'ailleurs de se produire plus fréquemment dans le futur, compte tenu de la tendance à la baisse des niveaux d'eau du fleuve, et ce, même au printemps.

2.3.2.2 Mortalité hivernale

Comme il a été spécifié antérieurement, plusieurs espèces de poissons ont accès aux aménagements fauniques en plaine inondable durant la période de crue printanière.

Après la décrue, bon nombre d'entre eux, ainsi que leur progéniture, y demeurent captifs. Rappelons que les études effectuées par la Société ont démontré que les bassins endigués et les rigoles constituent de véritables «pouponnières». Néanmoins, certaines composantes de l’aménagement qui étaient alors bénéfiques aux poissons durant les autres saisons deviennent contraignantes pendant l’hiver. En effet, lors de la période de gel, la faible profondeur d’eau affecte considérablement la survie de l’ichtyofaune en raison de l’espace restreint en eau libre sous la glace, ainsi que du manque d’oxygène et de la présence de gaz toxiques (azote ammoniacal, sulfure d’hydrogène, etc.). Ces changements dans les conditions physico-chimiques résultent

(30)

de la décomposition des végétaux par les micro-organismes et du couvert de glace qui empêche les échanges air-eau. Durant l'hiver, dans la majorité des cas, la seule zone qui subsiste dans l’aménagement comme refuge pour le poisson est le banc d’emprunt ayant servi pour l’érection de la digue, en raison de l’épaisseur de la glace qui dépasse souvent soixante centimètres. Plus profond (de 1,2 à 2 m ), ce secteur n’en demeure pas moins soumis aux mêmes conditions de décomposition de matière organique. De plus, il occupe une superficie très restreinte (< 5 %) dans les aménagements.

Il en résulte qu’une grande partie sinon la totalité de la communauté ichtyologique succombe à l’intérieur de l’aménagement durant l’hiver, à ce phénomène commu- nément appelé «winterkill».

2.3.2.3 Modification de l’habitat

Le maintien d'un niveau d'eau à l'intérieur d'un aménagement faunique amène un changement de sa composition végétale. Cette dernière évoluera, lentement, vers une dominance de plantes aquatiques (submergées, flottantes et émergentes). Au cours de ce processus évolutif, plusieurs groupements initiaux propices aux espèces de poissons à fraie hâtive au printemps seront déplacés ou disparaîtront (marécages arborescents et arbustifs, prairie humide, etc.). Ces groupements initiaux servent de supports aux œufs ou encore abritent une nourriture diversifiée et abondante de petits invertébrés utilisée par les alevins et les fretins.

(31)

3. ABAISSEMENTS DU NIVEAU D’EAU ET REMISE EN EAU

Au cours des 25 dernières années, la plaine inondable du couloir fluvial du Saint-Laurent et de ses principaux tributaires a fait l'objet d'aménagements fauniques.

Les marais aux Massettes, Thurso, aux Grenouillettes et des Laîches, le long de la rivière aux Outaouais, sont parmi les plus âgés, alors que ceux de Saint- Barthélemy/Saint-Joseph-de-Maskinongé et de l’île du Moine, au lac Saint-Pierre, ont été aménagés récemment.

Au fil des ans, la conception des aménagements a évolué. Par exemple, les structures de contrôle sont plus conviviales et offrent une plus grande souplesse d'opération.

Occasionnellement, des systèmes de pompage et plus récemment des passes migratoires et des exutoires de dévalaison pour le poisson ont été ajoutés.

Aujourd'hui, un même aménagement peut comprendre plusieurs bassins (segments ou secteurs) aux objectifs fauniques différents mais complémentaires.

Cette évolution des concepts d'aménagements fauniques traduit principalement une meilleure connaissance de l'utilisation multifaunique de la plaine inondable et des aménagements. Dans certains cas, l'implication financière de multiples partenaires a permis la mise en place d'aménagements gérés principalement en fonction des besoins du poisson.

En conséquence, on comprendra que la gestion actuelle de l'eau d'un aménagement faunique en plaine inondable dépend de plusieurs facteurs dont :

• sa localisation dans la plaine inondable :

un aménagement situé dans une zone de retour de crues de 1 : 2 ans sera plus fréquemment envahi par les eaux de crues qu'un autre dans la zone 1 : 5 ans;

• le niveau d'eau qui doit être maintenu :

celui-ci influence directement la hauteur de la digue et celle de l'ouvrage de contrôle (structures ou autres) lesquelles déterminent largement le patron d'entrée et de sortie de l'eau lors de la crue et de la décrue (ex. : par-dessus toute la digue ou via seulement le dessus de la structure de contrôle ou du déversoir);

• la présence d'un système de pompage de l'eau qui permet des apports d'appoint;

• la contribution en eau (ruissellement de surface) du bassin versant lié au secteur aménagé;

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• la présence d’un cours d'eau qui se jette dans l'aménagement faunique :

le débit total doit être suffisant pour permettre la conception de structures favorisant la libre circulation du poisson (ex. : exutoire de dévalaison, passe migratoire);

• la vocation faunique de l'aménagement :

celle-ci influence la gestion de l'eau de façon prépondérante. Par exemple, un bassin endigué pour favoriser la halte migratoire de la sauvagine ne sera pas nécessairement géré comme celui conçu pour optimiser la reproduction du poisson ou de la sauvagine ou pour un ensemble de bénéfices mixtes (sauvagine et agriculture, sauvagine et poisson, etc.);

• l'hydraulicité du cours d'eau adjacent :

habituellement, la localisation de l'aménagement dans la plaine inondable tient compte, entre autres, de l'analyse temporelle des crues du cours d'eau adjacent.

Or, certaines interventions, comme la régularisation du niveau d'eau des Grands Lacs, peuvent exercer une influence telle, que les fréquences prévues de recharge des aménagements par la crue printanière, lors de la conception, ne soient plus respectées. De même, une succession d'années de forte ou de faible hydraulicité aura un impact sur le bilan en eau des aménagements en plaine inondable;

• la provenance du financement pour la réalisation de l’aménagement.

Par conséquent, même si le mode d'alimentation général en eau des aménagements en plaine inondable varie peu (crue printanière, eau de fonte des neiges, précipitations et occasionnellement apports d'appoint par pompage et cours d'eau qui s'y déverse), la situation qui prévaut dans chaque aménagement demeure différente car elle est modulée par l'action de l'un ou plusieurs des facteurs mentionnés précédemment.

À la suite de ces constats, ce chapitre propose donc des modalités d’abaissement et de remise en eau, basées sur les expérimentations de la Société, qui devraient être appliquées dans les aménagements fauniques en plaine inondable, afin:

• d’assurer que les poissons demeurés captifs après la décrue puissent regagner le cours d’eau adjacent;

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Il est important de préciser à ce point que les modalités proposées ne s’appliquent pas inconditionnellement à tous les aménagements et relèvent plutôt d’une analyse cas par cas qui tient compte, entre autres, des ententes et des obligations existantes relatives à la gestion de chaque aménagement et des possibilités d’appliquer les modalités de gestion proposées avec les structures de contrôle existantes. Elles ne doivent donc pas compromettre la pérennité de l’aménagement et de ses divers usages. La troisième section de ce chapitre propose d’ailleurs un organigramme pour faciliter la prise de décision à cet égard.

3.1 Libérer les poissons captifs

L’utilisation par de nombreuses espèces de poissons des aménagements en plaine inondable ainsi que le phénomène de la mortalité hivernale justifient la pertinence d’intervenir. La seule alternative techniquement et financièrement réalisable consiste à relâcher avant l’hiver les poissons captifs. Cette intervention vise à atténuer la mortalité hivernale du poisson dans les aménagements en permettant aux juvéniles et aux géniteurs captifs de retourner au cours d’eau adjacent (d’origine). Elle permet également à la production de jeunes poissons de l’année de bonifier le cours d’eau adjacent.

Pour atteindre ces objectifs, la modalité de gestion proposée pour le poisson est l’abaissement du niveau d’eau. En bref, l’opération consiste à inciter les poissons à quitter l’aménagement au moyen de l’abaissement du niveau d’eau, afin qu’ils se dirigent vers le plan d’eau adjacent. Communément appelé vidange, cette technique est utilisée en piscicultures dans plusieurs pays pour récupérer certaines espèces de poissons élevées en étangs.

Les sections suivantes détaillent tout d’abord les caractéristiques de l’abaissement du niveau d’eau et précisent les cas où il s’applique.

3.1.1 Abaissement du niveau d’eau

L’abaissement du niveau d’eau des marais aménagés, comme modalité de gestion, peut s’effectuer au printemps ou à l’automne, selon les objectifs visés. Au printemps, deux types sont possibles, soit l’abaissement partiel ou l’abaissement avec mise en phase avec le plan d’eau adjacent. À l’automne, il est recommandé d’effectuer un abaissement avec mise en phase. L’abaissement du niveau d’eau durant l’été et l’hiver n’est pas approprié comme mode de gestion du poisson, et est également à éviter en raison des divers problèmes qui risquent d’être occasionnés chez les autres espèces fauniques et à la communauté végétale de l’aménagement.

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3.1.1.1 Abaissement partiel au printemps

L’abaissement partiel du niveau d’eau réalisé au printemps permet, en reproduisant partiellement le retrait naturel de la crue, d’atteindre les objectifs suivants :

• s’assurer qu’une bonne partie de la production des jeunes de l’année, issus principalement de géniteurs à fraie hâtive, (ex. grand brochet, perchaude), gagnent le cours d’eau adjacent;

• s’assurer qu’une bonne partie des juvéniles et des géniteurs à fraie hâtive regagnent le cours d’eau adjacent;

• maintenir une partie d’un groupement végétal initial dans l'aménagement (ex. de type prairie humide);

• conserver les autres utilisations liées au maintien d’un niveau d’eau dans l’aménagement telles que la reproduction de la sauvagine, la reproduction des autres espèces de poissons, etc.

Dans le but de faciliter l’intervention, il est recommandé d’effectuer l’abaissement par la surface (ex. poutrelle(s) amovible(s)). L’opération se déroule sans autre manipulation jusqu’à l’atteinte du niveau d’eau à maintenir après l'abaissement. L’ouverture temporaire d’une vanne de fond est également possible mais requiert plus de surveillance pour refermer la vanne, lorsque le niveau d’eau souhaité est atteint.

Les essais et les suivis peu nombreux réalisés jusqu’à maintenant ne permettent pas d’évaluer en termes d’efficacité (proportion de poissons évacués) une préférence par rapport à l’une ou l’autre des deux méthodes.

La période préconisée pour réaliser l’abaissement partiel se situe entre la deuxième semaine de juin et la fin de juin. Elle a pour avantage d’offrir aux fretins un maximum de temps dans l'aménagement faunique, constituant un milieu favorable à leur croissance. L’abaissement partiel effectué durant cette période évite aussi de mettre en péril la présence d'un groupement végétal souhaité (ex. prairie humide) dans la portion exondée.

Dans le cas d’un aménagement incluant un marécage, les observations de terrain permettent d’établir qu’une durée d’inondation s’étendant du pic de crue jusqu'à la mi ou à la fin de juin peut être tolérée par les forêts marécageuses. Dans cette situation, l’élément à considérer par le gestionnaire est l’exondation de la base des troncs au plus tard à la fin juin pour permettre la respiration racinaire. Toutefois, précisons qu’aucun abaissement n’a encore été réalisé de manière répétitive (année après année) en utilisant la fin de juin comme limite. Cependant, pour le gestionnaire, il est possible de vérifier si une telle durée d'inondation a affecté les arbres car la couleur des feuilles changera précocement durant l’été. Dans de tels cas, un retour en arrière

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3.1.1.2 Abaissement avec mise en phase au printemps

L’abaissement du niveau d’eau jusqu’à la mise en phase avec le cours d’eau adjacent est également réalisable en marais aménagés durant cette saison. En reproduisant le retrait naturel de la crue dans la plaine d’inondation, ce type d’intervention permet de :

• s’assurer que la production des jeunes de l’année, issus principalement de géniteur à fraie hâtive, gagnent le cours d’eau adjacent;

• s’assurer que les juvéniles et les géniteurs regagnent le cours d’eau adjacent;

• maintenir un groupement végétal initial dans l'aménagement.

L’utilisation d’une vanne de fond est idéale pour réaliser ce type d'intervention. Le manipulateur doit cependant s’assurer que l’ouverture de la vanne submergée corresponde bien à ce qui est prévu dans le protocole de gestion de l'aménagement.

Pour les mêmes raisons que celles décrites dans le cas de l’abaissement partiel, la période entre la deuxième semaine de juin et la fin de juin est recommandée pour effectuer l’abaissement avec mise en phase.

Lorsque la mise en phase est complétée, les vannes demeurent ouvertes jusqu’au printemps suivant, ce qui rend possible la libre circulation du poisson entre l’aménagement et le cours d’eau adjacent.

3.1.1.3 Abaissement avec mise en phase à l’automne

À l’automne, la seule intervention recommandée consiste à effectuer un abaissement du niveau d’eau jusqu’à atteindre une mise en phase avec le plan d’eau adjacent, suivi d’une remise en eau de l’aménagement, avant la formation du couvert de glace.

Les objectifs visés par cette opération sont de :

• s’assurer que la majeure partie de la production des jeunes de l’année gagne le cours d’eau adjacent;

• s’assurer que la majeure partie des juvéniles et des géniteurs regagnent le cours d’eau adjacent;

• diminuer le risque et l’ampleur de la mortalité hivernale en réduisant le nombre de poissons qui demeurent dans l’aménagement;

• maintenir la communauté végétale de l’aménagement;

• limiter les perturbations chez les autres espèces fauniques.

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L'utilisation de la vanne de fond présente beaucoup d’avantages pour l’évacuation d’automne, car elle est facile à manipuler. Le manipulateur doit également s’assurer que l’ouverture de la vanne submergée corresponde bien à ce qui est prévu dans le protocole de gestion de l'aménagement.

La période favorable pour réaliser l’abaissement automnal débute en septembre et se termine à la quatrième semaine d’octobre. La réalisation de l’abaissement durant cette période relativement longue offre une certaine flexibilité au gestionnaire qui aura à tenir compte des usages anthropiques (ex. chasse, pâturage du bétail, etc.) associés à l’aménagement. Cette période permet également de considérer les besoins des espèces animales qui utilisent l’aménagement. En effet, la remise en eau du marais avant la formation du couvert de glace fait également partie des préoccupations d’une bonne gestion; elle constitue d’ailleurs souvent une obligation du protocole de gestion. Cette remise en eau peut s’effectuer naturellement ou au moyen d’un système de pompage. Il convient de souligner que la remise en eau naturelle sera plus ou moins longue selon les conditions météorologiques et la superficie du bassin de drainage de l’aménagement faunique.

3.1.2 Modalités des abaissements du niveau d’eau et de remise en eau 3.1.2.1 Technique d’abaissement du niveau d’eau

L’évacuation du poisson par l’abaissement du niveau d’eau a été développée à partir d’une pratique utilisée en pisciculture pour récolter certaines espèces de poissons élevés dans des étangs. Les résultats encourageants obtenus dans les aménagements fauniques dès les premiers essais en 1990 ont dirigé les recherches vers ce mode de gestion. En effet, malgré les particularités de chaque aménagement, la plupart possèdent des équipements et des caractéristiques similaires à ceux des « étangs de vidange » utilisés en pisciculture. Cependant, des contraintes associées aux concepts même des aménagements existants peuvent affecter l’efficacité de l’opération.

Il est conseillé de réaliser l’abaissement du niveau d’eau de façon continue et selon une vitesse raisonnable. Un assèchement trop lent est plus difficilement perçu par les poissons qui réagissent souvent trop tard pour quitter le milieu. Cela entraîne des mortalités, alors que le poisson demeure emprisonné sous les végétaux flottants et submergés qui s'affaissent, ou encore, se retrouve confiné dans de petites dépressions encore en eau. À l'inverse, un abaissement trop rapide crée un courant relativement fort à l’intérieur de l’aménagement et induit un comportement de montaison chez les poissons, provoquant un effet inverse à celui recherché.

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Les expériences effectuées au Québec montrent que la vitesse moyenne d'abaisse- ment du niveau d'eau pour toute la durée de la vidange doit se situer entre 5 et 20 cm/24 h. Cette vitesse est adéquate tant pour les marais de grandes que de petites superficies. Évidemment, de fortes précipitations lors de la réalisation d’une opération de vidange, ont pour conséquence de ralentir, parfois considérablement, l’abaissement du niveau d’eau. Toutefois, de telles précipitations ne justifient pas de manipulations additionnelles de l’ouverture de la structure, puisque cet effet est temporaire et ne semble pas compromettre la sortie du poisson.

Afin d'obtenir une vitesse d'abaissement adéquate, il faut connaître :

• le volume d'eau à évacuer (abaissement partiel ou complet);

• les caractéristiques de la structure d’abaissement (dimension, type, élévation, etc.);

• le niveau d'eau approximatif en aval de la structure au moment où sera effectué l’abaissement.

La figure 11 illustre un cas concret de la flexibilité dont le gestionnaire dispose en faisant varier l’ouverture de la vanne pour obtenir la vitesse moyenne d’abaissement visée (5 à 20 cm/24 h). Dans ce cas, différentes ouvertures de la vanne ont été appliquées durant une même opération d’abaissement pour des fins d’expérimentation. On peut en déduire qu’une ouverture de la vanne de 30 cm durant tout l’abaissement aurait été relativement adéquat. Néanmoins, pour sa gestion, il serait raisonnable d’opter pour une ouverture se situant entre 20 et 25 cm, afin d’atténuer l’accélération de la vitesse d’abaissement qui se produit au moment où seul le banc d’emprunt est encore en eau.

En ce qui a trait à la dimension de la structure d’abaissement équipée de poutrelles, elle doit être suffisamment large et haute pour permettre le passage des gros spécimens. Si une vanne à coulisse est utilisée pour effectuer l’abaissement, elle doit, si possible, être de forme rectangulaire ou carrée et non circulaire afin d'assurer une hauteur d'eau suffisante qui évite les blessures aux poissons. Au Québec, une ouverture aussi petite que 20 cm de largeur par 15 cm de hauteur a permis d'évacuer des poissons de grande taille (ex. poissons-castors de 36 à 65 cm de longueur; carpes de 65 à 89 cm de longueur).

De plus, un niveau aval légèrement supérieur à la cote d'élévation du bas de la vanne peut provoquer un ralentissement plus ou moins marqué de la vitesse d’abaissement.

Il est alors nécessaire d’ouvrir davantage la vanne pour réaliser l’opération, mais toujours en s’appuyant sur des calculs hydrauliques.

(38)

Figure 11Graphique illustrant l’ouverture de la vanne lors de l’abaissement du segment 4 de l’aménagement de Saint-Barthélemy en 2000.

Q93743

1520253020

HAUTEUR D’OUVERTURE DE LA VANNE (cm)1 DURÉE DE L’ABAISSEMENT (HEURES CUMULATIVES)

ÉLÉVATION DU SECTEUR PEU PROFOND DE L’AMÉNAGEMENT ÉLÉVATION DU RADIER DE LA VANNE D’ABAISSEMENT

MISE EN PHASE AVEC LE LAC SAINT-PIERRE ÉLÉVATION DU FOND DU BANC D’EMPRUNT val de la vanne e de 91 cm

12243648607284961081201321441564,1

4,2

4,3

4,4

4,5

4,6

4,7

4,8

4,9

5,0

5,1

5,2

5,4

5,5

5,6

5,7 5,3

(39)

D’autre part, les expériences d’abaissement démontrent que les structures équipées d’un tuyau de 50 à 75 m de longueur et d'un diamètre de 50 à 90 cm qui traverse la digue, n'ont pas empêché la plupart des espèces de poissons de l’emprunter pour quitter les aménagements. Rappelons que la vanne ou les poutrelles de ces structures étaient installées à leur extrémité amont. L'idéal demeure toutefois une structure aménagée dans un rideau de palplanches, ce qui facilite l’ensemble de l’opération pour l’exécutant comme pour le poisson.

La durée de l’abaissement a également son importance. Dans le cas d’un abaissement partiel, il est préférable d’opter pour une vitesse d’abaissement autour de 5 cm/24 h, afin d’offrir un temps de réaction suffisamment long aux poissons qui auront à parcourir une certaine distance pour atteindre la sortie. Par ailleurs, dans le cas d’un abaissement avec mise en phase à l’automne, le gestionnaire doit maintenir ouverte la vanne lorsque le niveau d’eau dans l’aménagement est en phase. En effet, un nombre significatif de poissons quitte à cette occasion l’aménagement. Ainsi, la vanne devrait être maintenue ouverte durant un minimum de deux jours avant sa fermeture pour la remise en eau du marais.

Il est important de préciser que la technique d’abaissement du niveau d’eau est efficace pour les nombreuses espèces de poissons répertoriées dans les aménagements fauniques. La carpe fait cependant exception. En effet, le comportement de ce poisson fait en sorte que celui-ci recherche les accumulations d’eau peu profonde dans les aménagements au lieu de les quitter. La présence de la carpe dans les aménagements est liée au contact entre l’aménagement et le cours d’eau adjacent lorsque la crue se prolonge lors de la montaison des carpes vers les sites de fraie, soit à la mi-mai, environ. Devant l’impossibilité d’un contrôle du contact avant l’entrée des carpes dans l’aménagement, des précautions additionnelles devront s’ajouter à l’automne. Ainsi, durant les derniers jours de l’abaissement, il faudra s’assurer que les spécimens adultes ne trouvent pas refuge dans les dépressions en eau. Si tel est le cas, une intervention quelconque est requise pour les évacuer.

Pour terminer, soulignons que des conditions de température exceptionnellement chaudes et persistantes, peu avant et pendant une opération d’abaissement avec mise en phase, justifient le report d’une telle intervention. Actuellement, un seul cas d’abaissement avec mise en phase en juin (segment 4 de Saint-Barthélemy en 2002) a entraîné une mortalité de poissons, possiblement en raison d’un choc thermique, alors que la température de l’eau en surface atteignait 28oC.

Pour ces raisons, des observations au terrain sont recommandées durant l’abaissement pour s’assurer de l’absence de carpes et de mortalités due à une température de l’eau trop élevée ou à la présence de petites dépressions qui demeureraient en eau.

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