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Prescription médicamenteuse téléphonique effectuée par les médecins régulateurs généralistes au centre 15 (étude PMT3)
Drug prescription at the medical call center
T. Desmettre · J. Jenvrin · M. Freysz · L. Nace · M. Puyraveau · F. Berthier · P. Dreyfus · M.-H. Philippe · J.-M.
Labourey · G. Capellier
Reçu le 4 août 2012 ; accepté le 10 septembre 2012
© SFMU et Springer-Verlag France 2012
RésuméObjectif : Décrire la prescription médicamenteuse téléphonique (PMT) de la régulation généraliste dans quatre Centres 15.
Matériel et méthode : Étude prospective, observationnelle multicentrique, réalisée après accord du comité d’éthique, déclaration à la CNIL, accord des médecins régulateurs. De septembre à décembre 2008, les enregistrements téléphoni- ques du centre 15 d’une semaine d’appels régulés par les médecins régulateurs généralistes ont été écoutés et analysés au moyen de grilles standardisées par des binômes constitués d’étudiants en médecine et en pharmacie. Ont été analysés : le motif d’appel, les données épidémiologiques concernant l’appelant et le patient, le type et le contexte de prescription, la décision complémentaire associée, la traçabilité, les clas- ses médicamenteuses prescrites.
Résultats: Sur 3476 appels, 709 ont conduit à une PMT, soit 22 %. Les appels provenaient dans 70 % des cas du milieu
rural. La PMT prescription était isolée (absence de consulta- tion physique d’un médecin) dans 50 % des cas. Pour 71 % des PMT, un seul médicament était conseillé au patient, dans 77 % des cas le médicament était disponible au domicile.
Une traçabilité de la PMT était retrouvée dans le dossier de régulation dans 44 % des cas. Pour les quatre centres étudiés, aucune différence entre les motifs d’appels principaux et le type de prescription effectuée n’a été mise en évidence.
Conclusion: La PMT représente 22 % des appels de la régu- lation généraliste. Ce travail représente la première étude de la PMT sur un échantillon aussi important, de façon multi- centrique. D’autres études sont nécessaires afin d’évaluer le rapport bénéfice/risque de cette activité.
Mots clésPrescription médicamenteuse téléphonique · Téléprescription · Centre 15 · Régulation généraliste · Permanence des soins
Abstract Objective: This study aimed to described drug prescription by phone (MTP) performed in four medical call centers
Methods: This prospective, multicenter and observational study was performed after approval by local ethic commit- tee. The study was declared to, and approved by the French National Commission for Data Processing and Civil Liber- ties. From September to December 2008, the telephone records of general practitioners calls of four medical call center were listened to and analyzed by pairs of students in medicine and pharmacy. Were analyzed: the ground of appeal, epidemiological data about the caller and the patient, the type and context of MTP, any associated decision, tra- ceability of MTP, and drug classes prescribed.
Results: Of 3 476 calls studied, 709 (22%) resulted in a MPT.
Calls from rural areas accounted for 70% of cases. No phy- sical examination was performed in 50% of MPT. For 70%
of MPT, a single drug was recommended to the patient, in 77% of cases the drug was available at home. Traceability
T. Desmettre (*) · J.-M. Labourey · G. Capellier
Université de Franche-Comté, Samu 25, CHRU de Besançon, 1, boulevard Fleming, F-25030 Besançon cedex, France e-mail : [email protected]
J. Jenvrin · F. Berthier
Samu 44, CHU de Nantes, BP 1005, F-44093 Nantes cedex 1, France M. Freysz · P. Dreyfus
Université de Bourgogne, Samu 21, CHU de Dijon, 2, boulevard Maréchal de Lattre de Tassigny, F-21000 Dijon, France
L. Nace · M.-H. Philippe Samu 54, CHU de Nancy,
29, avenue Maréchal de Lattre de Tassigny, F-54035 Nancy cedex, France
M. Puyraveau
Centre de méthodologie clinique, CHU Besançon, 1, boulevard Fleming, F-25030 Besançon cedex, France DOI 10.1007/s13341-012-0255-4
from the PMT was found in the file control in 44% of cases.
Despite differences in the numbers of calls and MPT between the four Centers were observed, no differences between the reasons of calls and the type of drug prescribed were noted.
Conclusion: An MTP was performed in 22% by general practitioners during after hours calls at the medical call cen- ter. To our knowledge, this study is the first multicenter trial that describes drug prescription by phone performed at the medical call center. Further studies are needed to evaluate the risk-benefit of this activity.
KeywordsDrug prescription by phone · Teleprescription · Medical call center · Out of hours calls
Introduction
En France, la régulation téléphonique du centre 15 effectuée par les médecins régulateurs généralistes a pour but d’orga- niser la réponse aux appels des usagers souhaitant une conti- nuité dans la prise en charge des soins primaires [1,2]. Cette régulation effectuée par les médecins généralistes joue un rôle important dans l’organisation de la permanence des soins [3]. Son développement conduit à une progression des conseils téléphoniques, et donc de la prescription médi- camenteuse par téléphone [4–6]. La notion de prescription médicamenteuse par téléphone est définie comme incluant la prescription d’un médicament présent dans la pharmacie familiale ou l’adaptation d’un traitement lorsque le médecin traitant n’est pas joignable, et la rédaction et la transmission d’une ordonnance écrite à la pharmacie d’officine. La télé- prescription médicamenteuse (PMT) est autorisée en cas d’urgence. Un rapport d’experts de 2007, suivi de recom- mandations de la Haute Autorité de santé (HAS) en 2009 a précisé le cadre de cette activité [7,8].
Cette thématique de recherche a fait l’objet d’une étude préliminaire de faisabilité de l’analyse de cette activité à par- tir de l’écoute des conversations enregistrées du centre 15 (étude PMT1). Cette étude pilote a consisté à écouter les conversations enregistrées de 94 téléprescriptions médica- menteuses de médecins régulateurs libéraux au centre 15 de Besançon et de proposer une méthode d’analyse et de suivi des PMT par le rappel téléphonique des patients [9]. Cette méthodologie a été utilisée pour la réalisation d’une étude monocentrique à partir de 1200 dossiers, qui a montré que cette activité concernait près d’un tiers des dossiers traités par les médecins régulateurs généralistes [10].
L’objectif principal de l’étude PMT3 était de caractériser la PMT de la régulation généraliste par la réalisation d’une étude multicentrique en France, dans quatre centres 15.
Matériel et méthodes Déroulement de l’étude
L’étude PMT3 avait pour objectif de caractériser de manière exhaustive la PMT effectuée au cours d’une semaine complète de régulation généraliste dans les centres 15 de Besançon, Dijon, Nancy et Nantes. Les centres 15 ont été choisis selon trois critères : régulation de la permanence des soins (PDS) s’effectuant dans les locaux du centre 15 ; accord des responsables du centre 15 et des médecins libé- raux responsables de la régulation généraliste de chaque cen- tre ; accord préalable et faisabilité du recrutement local d’étudiants en médecine et en pharmacie pour la collecte des données. Tous les dossiers régulés par un médecin régu- lateur généraliste pendant la période sélectionnée ont été étu- diés, quelque soit le motif d’appel. Les critères de non- inclusion étaient représentés par les appels de l’aide médi- cale urgente, régulés par un médecin régulateur urgentiste.
Le recueil des données a été effectué à partir du registre des appels de patients régulés (base de données Centaure 15®) et de la re-écoute des enregistrements des conversations télé- phoniques des centres 15. Des binômes constitués d’un étu- diant en médecine (en sixième année, DCEM4) et d’un étu- diant en pharmacie (en cinquième année, PH5) ont été recrutés dans chaque centre. Chaque binôme a effectué une double re-écoute des conversations téléphoniques dans les 48 h afin de collecter les informations préalablement définies dans les cahiers de recueil. Pour la faisabilité de l’étude, compte tenu du temps nécessaire pour l’écoute et la cotation, les sept jours de la semaine ont été séquencés sur plusieurs semaines. Le matériel d’enregistrement et d’écoute habituels des appels des centres 15 était utilisé pour cette étude. Il s’agissait du matériel déjà à disposition dans les centres par- ticipants. L’écoute était réalisée dans des locaux sécurisés (locaux du centre 15) afin de garantir la confidentialité.
Données recueillies Données générales
Elles ont été recueillies à partir du dossier de régulation Cen- taure®en ce qui concerne le lien entre l’appelant et le patient, l’âge et le sexe du patient, la zone d’appel cotée en zone rurale ou urbaine (correspondant aux villes isolées de plus de 15000 habitants), le jour et l’heure de l’appel. La re- écoute des conversations téléphoniques des lignes du cen- tre 15 a permis de collecter : le motif d’appel principal, l’existence d’une consultation médicale chez le médecin trai- tant pour ce motif antérieurement à l’appel, la décision du médecin à l’issue de la conversation téléphonique (conseil médical, adressage au médecin de garde ou à la maison médicale, visite du médecin à domicile ou adressage aux
urgences) et enfin la réalisation d’une PMT au cours de la consultation téléphonique.
•Caractérisation de la PMT
En cas de PMT, le caractère isolé de la prescription, c’est- à-dire sans conseil d’examen médical pendant ou en dehors de la garde, a été relevé. Pour chaque médicament télépre- scrit ont été analysés la classe thérapeutique médicamen- teuse selon le classement anatomique thérapeutique et chi- mique (ATC), la conformité de l’indication d’autorisation de mise sur le marché (AMM) en regard du motif d’appel prin- cipal, la recherche par le médecin régulateur lors de l’inter- rogatoire téléphonique des informations suivantes concer- nant le patient et le médicament téléprescrit : contre- indications ; allergies ; précautions d’emploi ; interactions médicamenteuses ; date de péremption ; caractère adapté de la posologie ; traçabilité de la PMT dans le dossier de régulation. Enfin il était systématiquement noté si un conseil de consultation auprès du médecin traitant dès l’ouverture du cabinet avait été formulé par le médecin régulateur.
Aspects éthiques et réglementaires
L’étude a été réalisée selon la réglementation en vigueur en France. Le comité d’éthique clinique du CHRU de Besançon a émis un avis favorable à la réalisation de l’étude le 11 juin 2008. Le protocole final de l’étude et ses annexes a été adressé au conseil de l’ordre des médecins et des pharma- ciens afin de les informer de l’étude. L’étude a été soumise pour autorisation à la Commission nationale de l’informa- tique et des libertés (CNIL) selon la loi française « Informa- tique et Liberté » (loi n°78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, modifiée par la loi n°2004-801 du 6 août 2004 relative à la protection des personnes physiques à l’égard des traitements de données à caractère personnel). Lors de l’appel initial au centre 15, les personnes sont systématiquement informées que les lignes téléphoniques sont enregistrées. Cette étude ne rentrait donc pas dans le cadre réglementaire des recherches biomédicales puisqu’elle ne modifiait pas la relation médecin-malade. Un consentement signé du patient n’était par conséquent pas requis.
Analyse statistique
La saisie des données a été effectuée sur un fichier excel par les binômes ayant en charge l’écoute et la cotation. L’analyse statistique était effectuée au moyen du logiciel spss. Les indicateurs statistiques habituels ont été utilisés pour décrire les données soit la moyenne et l’écart-type pour les variables quantitatives, l’effectif et la fréquence pour les variables qua- litatives. Les différences éventuelles selon les centres ont été
testées avec une analyse de variance pour les variables quan- titatives et un test du chi2 pour les variables qualitatives. Les analyses ont été effectuées en situation bilatérale et le seuil de significativité a été fixé à 5 %.
Résultats
Les périodes étudiées ont été séquencées sur une durée de six semaines, entre le 15 septembre et le 31 octobre 2008. Ainsi, 3476 appels ont été étudiés sur les quatre centres 15 de Nantes (n = 1471, 42 %), Besançon (n = 1175, 34 %), Dijon (n = 477 ; 14 %) et Nancy (n = 353, 10 %). Le tableau 1 pré- sente les caractéristiques générales de ces appels. La moyenne d’âge des patients, tous centres confondus était de 30 ± 26 ans, sans différence entre les centres. Les patients de moins de 15 ans représentaient 37 %. Dans 80 % des cas, le patient n’avait pas bénéficié d’une consultation préa- lablement à l’appel. Le tableau 2 précise les motifs d’appels principaux au centre 15, les décisions prises en régulation et le pourcentage de PMT. Chez les enfants de moins de 5 ans, les troubles gastro-intestinaux, stomatologiques/ORL et la fièvre étaient le motif d’appel pour plus de 65 % des PMT, tandis que chez les enfants de plus de 5 ans et chez les adultes les principaux motifs d’appel étaient les trou- bles musculo-articulaires, gastro-intestinaux et la sphère stomatologique-ORL. Sur la totalité des appels, 709 (22 %) ont donné lieu à une PMT avec une différence significative
Tableau 1 Caractéristiques générales des appels (n= 3476) Sexe (1)
Homme,n(%) 1615 (46)
Femme,n(%) 1857 (54)
Âge (2)
≤15 ans,n(%) 1280 (37)
> 15 ans,n(%) 2165 (63)
Zone d’appel (3)
Rural,n(%) 2285 (70)
Urbain,n(%) 981 (30)
Accès SOS médecin (4)
Non,n(%) 2684 (77)
Oui,n(%) 789 (23)
Jour d’appel
Semaine,n(%) 1222 (3)
Week-end,n(%) 2254 (65)
Zone horaire d’appel
8h-00h,n(%) 2874 (83)
00h-8h,n(%) 602 (17)
(1) : 4 DM ; (2) : 31 DM ; (3) : 210 DM ; (4) : 3 DM.
DM : données manquantes.
selon le centre (Besançon 22 %, Dijon 22 %, Nantes 17 %, Nancy 27 %). Un peu de plus de la moitié des PMT concer- naient des adultes et adolescents de 15 ans et plus (57 % des cas). Dans 43 % des cas les PMT concernaient des enfants de moins de 15 ans, dont 22 % pour la tranche d’âge 1-5 ans, 14 % pour la tranche 5-15 ans et 7 % pour la tranche d’âge 0- 1 ans. En moyenne, 71 % des PMT ne comportaient qu’un seul médicament, 26 % deux médicaments et 3 % trois médi- caments. Sur la totalité des PMT, la grande majorité des appels, entre 78 et 86 % selon la classe d’âge, concernait un problème qui n’avait jamais fait l’objet d’une consulta- tion, c’est-à-dire des PMT isolées. Toutes classes d’âge confondues, les antalgiques représentaient plus de 40 % des médicaments prescrits, les AINS entre 12 et 22 %, suivis des antispasmodiques, des corticoïdes, des antidiarrhéiques et des antiémétiques.Tous centres confondus, 54 % des PMT étaient composées uniquement de médicaments analgési- ques ou antipyrétiques (antalgiques, anti-inflammatoires non stéroïdiens). Les données de l’analyse de la conformité de l’interrogatoire téléphonique en cas de PMT sont présen- tées sur le tableau 3. Tous centres et toutes tranches d’âge confondus, l’indication pour laquelle les médicaments étaient prescrits était en conformité avec l’AMM dans 98 % des cas. En moyenne, la posologie était conforme pour 67 % des médicaments, mais dans 24 % des cas la posologie n’était pas précisée au patient. Dans 77 % des cas les médi- caments provenaient de la pharmacie familiale. La moitié des PMT n’ont pas été accompagnées du conseil de consul- ter un médecin ultérieurement. Dans 40 % des cas, les méde-
cins régulateurs ont conseillé un examen médical ultérieur et dans 10 % des cas, l’examen médical du patient a eu lieu pendant la période de garde.
Discussion
Cette étude réalisée sur un échantillon de 3476 dossiers régu- lés par la régulation généraliste du centre 15 montre que dans Tableau 2 Caractéristiques des motifs d’appels, des décisions et fréquence des prescriptions médicamenteuses téléphoniques (PMT) (n= 3476)
Motifs d’appels (1) Gastro-entérologique,n(%) Stomatologique,n(%) Musculo-articulaire,n(%) Cutanéo-muqueux,n(%) Urologique,n(%) Fièvre,n(%)
Broncho-pulmonaire,n(%) Conseil thérapeutique ,n(%) Inerconnection 18/15,n(%) Autres motifs,n(%)
583 (17) 547 (16) 343 (10) 279 (8) 205 (6) 201 (6) 178 (5) 175 (5) 194 (6) 771 (22)
Décisions Conseil médical,n(%)
Adressage médecin de garde,n(%) Adressage maison médicale,n(%) Visite à domicile,n(%)
Adressage aux Urgences,n(%)
1614 (47) 565 (16) 407 (12) 445 (13) 431 (12)
PMT (2) Non,n(%)
Oui,n(%)
2758 (80) 709 (20) (1) 69 DM ; (2) 14 DM.
DM : données manquantes.
Tableau 3 Analyse de la conformité de l’interrogatoire télé- phonique en cas de PMT en regard de l’AMM des médicaments téléprescrits (n= 709)
Respect AMM,n(%) 694 (98)
Respect Contre Indication,n(%) 203 (29) Recherche d’allergies,n(%) 198 (27,9) Recherche de Précaution d’emploi,n(%) 248 (35) Recherche d’interaction médicamenteuse,n(%) 215 (30)
Date de péremption,n(%) 16 (2)
Traçabilité dans le dossier du Centre 15,n(%) 312 (44) Posologie conseillée :
adaptée,n(%) 491 (70)
inadaptée (sur dosage ou sous dosage) ,n(%) 26 (3) posologie non précisée,n(%) 192 (27) PMT : prescription médicamenteuse téléphonique.
AMM : autorisation de mise sur le marché.
22 % des cas les appels ont conduit à une PMT avec des différences entre les centres 15. Ces PMT concernaient des enfants de moins de 15 ans dans 43 % des cas. Pour 71 % des PMT un seul médicament était prescrit. Dans environ 80 % des cas, la PMT était isolée, c’est-à-dire qu’elle concernait un problème qui n’avait jamais fait l’objet d’une consulta- tion préalable. Toutes classes d’âge confondues, les antalgi- ques représentaient plus de 40 % des médicaments prescrits, et 54 % des PMT étaient composées uniquement de médi- caments analgésiques ou antipyrétiques. Si la posologie était conforme pour 67 % des médicaments téléprescrits, dans 24 % celle-ci n’était pas précisée par téléphone. La moitié des PMT n’ont pas été accompagnées du conseil de consul- ter un médecin ultérieurement. La traçabilité dans le dossier de régulation de la PMT n’était retrouvée que dans 44 % des cas.
Plusieurs remarques méthodologiques concernant la réa- lisation de cette étude peuvent être formulées, en particulier vis-à-vis du choix des centres 15, de la sélection de la période étudiée et de la collecte des données. Les cen- tres 15 participants ont été sélectionnés notamment parce que la régulation de la PDS s’effectuait dans les locaux du centre 15. Ce mode d’organisation est recommandé, elle est un gage d’efficacité et de coordination [11]. Bien que cette étude soit multicentrique, elle ne permet pas de généraliser nos conclusions à l’ensemble du territoire français, compte tenu de modes d’organisation et de fonctionnement poten- tiellement différents. La période de recueil des données en période automnale d’épidémie de gastro-entérite a influencé les types d’appels, et par conséquent les modalités de la PMT dans ce contexte. Il n’est donc pas possible à partir de ce travail de généraliser nos résultats à l’activité de PMT sur une année. La collecte des données par des étudiants en médecine et en pharmacie a pu induire un biais d’informa- tion, en regard de la cotation des informations souhaitées.
Ceci concerne en particulier la cotation de la recherche d’interactions médicamenteuses et de précautions d’emploi des médicaments téléprescrits : elles ont pu être influencées par le niveau hétérogène des étudiants ayant effectué cette collecte de données, bien que leur recrutement ait été réalisé de façon homogène quant à l’année d’étude. Enfin, cette étude ne fournit pas de données sur le rapport bénéfice/
risque de la PMT, ni de données concernant l’évaluation médicoéconomique de cette activité.
Cette étude représente à notre connaissance la première étude multicentrique française détaillant les conditions de la prescription médicamenteuse téléphonique effectuée au centre 15. Les données quantitatives mentionnées antérieu- rement dans les rapports institutionnels concernent en effet uniquement la proportion de conseils médicaux transmis au cours d’une régulation, dont certains ont conduit à une pres- cription médicamenteuse par téléphone [5,12], ou encore ceux délivrés par des services d’urgence [13,14]. Compara-
tivement à l’étude PMT2 [10], ce travail confirme l’impor- tance au plan quantitatif de cette activité qui avait cependant été identifiée à un taux légèrement supérieur (32 %). La pro- portion de PMT concernant les enfants, l’importance des nouvelles prescriptions (71 % dans PMT2) et de la prescrip- tion isolée, mettent en exergue l’importance du risque inhé- rent à ces prescriptions téléphoniques. De même, l’analyse qualitative des prescriptions confirme également les données de l’étude PMT2 : prépondérance de la classe des antalgi- ques de palier 1 et des anti-inflammatoires non stéroïdiens, faible taux de vérification (moins de 40 % des cas) des contre-indications, précautions d’emploi, interactions médi- camenteuses et risques d’allergie vis-à-vis des médicaments téléprescrits. Enfin, l’étude PMT3 confirme également la grande hétérogénéité qui existe entre médecins régulateurs vis-à-vis de la PMT, tant au plan quantitatif (pourcentage de PMT par médecin) que qualitatif (taux de PMT isolées).
Bien que cette étude ait été réalisée avant la publication des recommandations de la Haute Autorité de santé [8], il est intéressant de comparer nos résultats à ce référentiel fondé avant tout sur des recommandations professionnelles [15].
Ces recommandations peuvent être résumées en cinq caté- gories. En ce qui concerne les préconisations techniques, celles-ci n’ont pas fait l’objet d’une évaluation précise dans les centres 15 participants, seul le caractère « enregistré » des communications téléphoniques peut être affirmé compte tenu du mode de recueil des données de l’étude. En ce qui concerne les « informations et conditions préalables », l’entretien direct avec le patient n’est pas toujours possible compte tenu de l’âge des enfants destinataires de la PMT.
Pour les modalités de la PMT, on peut souligner que la HAS recommande le recours aux médicaments de la phar- macie familiale, ce qui était le cas dans une très large majo- rité des PMT analysées. Cependant, ceci ne permet pas de garantir que ces médicaments téléprescrits soient adaptés au patient, car il peut s’agir de médicaments qui avaient été prescrits pour un autre membre de la famille. L’information du patient sur la PMT en vue de sa compréhension est un point difficile à évaluer, la reformulation est rare bien qu’elle soit préconisée systématiquement, le conseil d’information/
consultation du médecin référent n’est pas non plus réalisé systématiquement. Enfin, la traçabilité de la PMT dans le dossier de régulation ne représente que 44 % des cas dans notre travail, bien qu’elle soit elle aussi recommandée.
Conclusion
La téléprescription médicamenteuse au centre 15 est une réa- lité, elle concerne 22 % des appels de la régulation de la PDS. Cette activité comporte des risques et engage la res- ponsabilité du médecin et du pharmacien. Ce travail montre que des améliorations sont possibles en regard des
recommandations de la HAS de 2009, notamment en ce qui concerne l’interrogatoire précédant ces prescriptions, leur traçabilité, et le conseil systématique de suivi et d’informa- tion du médecin traitant. Des améliorations pourraient éga- lement être envisagées à travers la performance des outils informatiques et de téléphonie avancée pour la sécurisation de cette activité. Cette étude ne permet pas de conclure sur le rapport bénéfice-risque de la PMT, qui devrait faire l’objet d’autres études. Enfin, cette activité pourrait être le support d’une évaluation des pratiques professionnelles compte tenu de l’existence d’un référentiel de la HAS.
RemerciementsLes auteurs remercient : les membres de la commission recherche de la SFMU de sa confiance dans le cadre de l’attribution de la bourse de recherche qui a permis la réalisation de cette étude ; les responsables des Samu- centre 15 participants (Pr. Marc Freysz, Dr Frédéric Berthier, Dr Lionel Nace, Pr. Gilles Capellier, Dr JM Labourey) ainsi que les responsables des associations de médecins de régu- lation libérale de ces quatre centres 15 (Dr Patrick Guerin, Dr Alain Boye, Dr Naudé, Dr Emma Trinh, Dr Christophe Gevrey). Cette étude n’aurait pu être menée a bien sans cette collaboration et le climat de confiance qui l’a accompagné.
Les auteurs remercient également les étudiants en médecine et en pharmacie des quatre CHU qui ont participé à cette étude, ainsi que Dr Alain Eric Dubart et Mme Catherine Colin-Desmettre de l’association GERMU (Groupe d’étude et de recherche en médecine d’urgence) pour leur aide, ainsi que le Dr Nicolas Tassou (CHU de Nantes) pour son efficace coordination de l’étude à Nantes. Merci à Mme Lydie Bre- tillot du service informatique du CHRU de Besançon pour son aide logistique à la mise en place de l’étude.
Conflits d’intérêt : les auteurs ne déclarent aucun conflit d’intérêt.
Financements :cette étude a été réalisée grâce au soutien financier de la Société française de médecine d’urgence par l’intermédiaire d’une bourse de recherche décernée en juin 2008 à Thibaut Desmettre pour la réalisation du projet de recherche PMT3.
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