Organización Internacional para las Migraciones (OIM)
COMITE PERMANENT DES PROGRAMMES ET DES FINANCES DIXIEME SESSION
15–16 mai 2012
SCPF/80/Rev.1 DISTRIB. RESTREINTE
Original : anglais 6 juin 2012
CONSEQUENCES MIGRATOIRES DES CRISES COMPLEXES : REPONSES INSTITUTIONNELLES ET OPERATIONNELLES
CONSEQUENCES MIGRATOIRES DES CRISES COMPLEXES : REPONSES INSTITUTIONNELLES ET OPERATIONNELLES
Introduction
1. Les crises actuelles1 témoignent d’une dynamique migratoire plus évidente que jamais.
Comme l’ont montré la crise libyenne en 2011 ainsi que les catastrophes naturelles survenues en Haïti (tremblement de terre en 2010) et au Pakistan (inondations en 2010 et en 2011), les crises influencent de manière déterminante le volume et l’ampleur des flux de populations avant, pendant et après une situation d’urgence, tant à l’intérieur des frontières qu’au-delà.
2. Consciente que les flux migratoires provoqués par une crise gagnent en ampleur et en complexité, la communauté internationale s’intéresse vivement au lien existant entre les crises et la migration. En conséquence, l’OIM a forgé la notion de « crise migratoire » pour désigner les aspects d’une crise se rapportant à la mobilité humaine. Une crise migratoire peut être subite ou à évolution lente, avoir une origine naturelle ou être provoquée par l’homme, et se dérouler à l’intérieur de frontières ou de part et d’autre d’une frontière. Fondamentalement, cette notion englobe les principaux défis humanitaires que doivent relever les Etats et les acteurs internationaux lorsqu’ils gèrent des flux migratoires massifs et complexes provoqués par une crise et exposant les personnes touchées à de grandes vulnérabilités.
3. L’OIM s’emploie à montrer comment, dans une situation de crise, une stratégie d’intervention axée sur la migration peut compléter et consolider les systèmes déjà mis en place pour offrir aide et protection aux populations touchées par une crise. Elle examine les moyens de renforcer ses propres approches humanitaires pour faire face aux schémas de mobilité en temps de crise, notamment par un soutien apporté aux Etats et à d’autres partenaires. De ce point de vue, l’OIM considère qu’en regroupant ses secteurs de service pertinents – énoncés dans sa stratégie – à l’intérieur d’un cadre de gestion des crises migratoires, elle pourrait fournir une aide plus efficace à un groupe plus large de personnes vulnérables touchées par une crise. C’est pourquoi, elle souhaite obtenir de la part de ses Membres des conseils et un appui à cet égard2.
4. Le présent document s’inscrit dans le prolongement du dialogue déjà engagé avec les Membres sur les dimensions migratoires des crises qui constituent un défi de plus en plus lourd en matière d’intervention, et répond aux demandes adressées à l’OIM pour qu’elle suggère des stratégies de réponse plus complètes, plus efficaces, et plus prévisibles3. Il
1 Le mot « crise » désigne ici un large éventail de scénarios, comprenant les risques environnementaux (changement climatique, catastrophes naturelles), des facteurs économiques/financiers (effondrement des marchés), des situations de violence (conflits, troubles internes et internationaux) ou des problèmes sanitaires (pandémies). Qu’elles soient locales, nationales ou transnationales, les conséquences des crises pour les communautés et les gouvernements sont généralement comparables : instabilité (politique et/ou économique), désorganisation de la vie sociale et de la fourniture des services de base, problèmes de mortalité et de santé, et mouvements de population (internes et/ou transfrontières). L’OIM reconnaît par ailleurs qu’une crise se déroule en plusieurs étapes – phase précédant la crise, phase d’urgence et phase de redressement – qui déterminent le type d’intervention requis.
2 Ce cadre s’appuierait sur la réforme structurelle de l’Organisation et permettrait de tirer profit des complémentarités existant entre les différents secteurs de service de l’OIM au niveau opérationnel ou sur le plan des activités. Durant l’atelier d’intersession du Dialogue international sur la migration (IDM) tenu les 24 et 25 avril 2012, les Etats Membres de l’OIM ont conclu que la notion de crise migratoire et la mise en place d’un cadre de gestion des crises migratoires correspondant méritaient d’être plus amplement débattus et approfondis (voir : www.iom.int/idmcomplexcrises).
3 Ce document découle des consultations informelles sur les questions relevant du CPPF tenues le 7 mars 2012, au cours desquelles les Etats Membres ont choisi ce thème pour un échange de vues à la dixième session du CPPF. L’année dernière, ils avaient choisi des sujets se rapportant aux crises migratoires pour les sessions de l’IDM en 2012. En novembre 2011, l’OIM a présenté un certain nombre d’outils et de dispositifs visant à aider les gouvernements à répondre aux migrations internes forcées, induites par des catastrophes naturelles (voir le document SCPF/71). Les Membres de l’OIM avaient également choisi un thème faisant écho à l’IDM pour un échange de vues à la onzième session du Comité permanent, en 2012.
commencera par exposer la notion de « crise migratoire » avant d’examiner la question d’un cadre de gestion des crises migratoires de l’OIM. Ce faisant, il soulignera certains des moyens par lesquels l’OIM peut aider les Etats à relier une démarche axée sur les migrations et l’approche humanitaire.
Les conséquences migratoires des crises : le rôle et la réponse spécifiques de l’OIM
5. Les crises actuelles génèrent de nouvelles formes de migrations internes et transfrontières, dont les caractéristiques évoluent souvent pendant la crise sous l’effet de facteurs et de dynamiques variables4. Si les déplacements forcés et involontaires sont les principaux types de mouvements prévisibles en cas de crise, des schémas migratoires moins habituels pendant une crise appellent une attention spéciale, étant donné que les dispositifs en place à l’échelle internationale, régionale et nationale ne permettent pas toujours de répondre intégralement à tous les types de flux migratoires.
6. L’OIM a recensé un certain nombre de situations dans lesquelles les dimensions migratoires de la crise ont fait apparaître d’évidentes lacunes ou difficultés opérationnelles en ce qui concerne la fourniture d’une aide et d’une protection appropriées à toutes les personnes touchées par une crise. Quelques exemples tirés des crises récentes sont énumérés ci-après :
a) Situations de crise dans lesquelles les migrants sont bloqués dans le pays de destination ou un pays de transit et ont besoin d’une aide et d’une protection internationales : pendant la crise en Libye, en 2011, les Etats Membres ont demandé à l’OIM d’évacuer plus de 229 000 migrants qui étaient bloqués à l’intérieur de la zone de conflit en Libye ou qui ont fui vers les pays voisins.
b) Schémas de mobilité interne complexes au lendemain d’une catastrophe, qui influent sur les dynamiques des déplacements et la mise en place de solutions durables : en Haïti, par exemple, l’OIM a recensé les schémas de mobilité de plus de 1,5 million de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays et réparties dans plus de 1 500 lieux d’accueil, essentiellement en zone urbaine, depuis le tremblement de terre de 2010. Ces informations ont permis à l’OIM et à ses partenaires d’apporter une assistance ciblée aux populations touchées sur la base de leurs schémas de déplacement aux différentes étapes de la crise.
c) Travailleurs migrants et leur famille, quel que soit leur statut juridique, susceptibles d’être exclus de fait des dispositifs d’aide humanitaire au lendemain d’une catastrophe naturelle, ou migrants ayant du mal à accéder à l’aide en raison de barrières linguistiques ou autres : l’OIM est de plus en plus amenée à fournir l’assistance requise dans de telles situations. Par exemple, lors des inondations en Thaïlande, en 2011, elle a mis en place des mécanismes pour diffuser des informations actualisées sur les secours d’urgence apportés aux communautés de migrants ayant besoin d’aide.
d) Pays d’origine confrontés au retour massif de migrants fuyant un pays en crise et, de ce fait, à de réels problèmes de réintégration économique et sociale : par exemple, le Gouvernement du Bangladesh et la Banque mondiale ont fait appel à l’OIM pour administrer la fourniture d’une aide à la réintégration à plus de 36 000 travailleurs migrants bangladais qui avaient fui la crise en Libye.
4 Voir le document de travail de l’IDM, intitulé Déplacements vers un lieu sûr : conséquences migratoires des crises complexes, rédigé pour l’atelier d’intersession tenu les 24 et 25 avril 2012.
e) Exclusion des migrants des mesures de préparation internationales : au lendemain de la pandémie de grippe aviaire, l’OIM a collaboré avec le Coordonnateur du système des Nations Unies pour la grippe en vue de mettre en place des mesures destinées à inclure les migrants, les populations mobiles et transfrontalières et les minorités parmi les bénéficiaires des plans d’intervention d’urgence.
7. Dans ces scénarios, les efforts humanitaires de l’OIM ont principalement consisté à fournir des services destinés à répondre aux divers besoins des personnes touchées par la crise. Sur la scène humanitaire, l’OIM a pour rôle et priorité5 de permettre des interventions immédiates et fiables en réponse à des réalités migratoires engendrées par des crises modernes, et de veiller à ce qu’il soit dûment tenu compte du lien entre les vulnérabilités et la mobilité humaine avant, pendant et après une crise.
Eléments d’un cadre de gestion des crises migratoires de l’OIM applicable aux interventions de l’OIM avant, pendant et après une crise
8. Au regard des récentes crises migratoires de grande envergure en Libye, en Haïti, au Pakistan et dans d’autres régions touchées par une catastrophe, l’OIM a entrepris de réexaminer son approche des situations de crise. Il convient de souligner qu’un cadre de gestion des crises migratoires de l’OIM n’entraînerait en aucun cas l’abandon de l’un ou l’autre des systèmes, approches et mécanismes internationaux existants, tels que ceux mis en place par le Comité permanent interorganisations (IASC) ou la Convention relative au statut des réfugiés de 1951. Pour l’OIM, un cadre de gestion des crises migratoires est un outil opérationnel destiné à faciliter la fourniture de ses services pertinents à toutes les étapes d’une intervention en cas de crise. Ces efforts amélioreraient la capacité de l’OIM à s’acquitter des obligations qui lui incombent en sa qualité d’organisme chef de file dans le domaine de la migration, et à honorer ses engagements internationaux dans le cadre du système humanitaire piloté par le Comité permanent interorganisations.
9. Un cadre de gestion des crises migratoires de l’OIM complèterait les mécanismes existants et s’appuierait sur les partenariats noués par l’OIM avec les Etats, des organisations internationales et d’autres acteurs compétents dans le domaine de la migration et des interventions humanitaires. Il reposerait sur le principe que c’est aux Etats qu’il incombe au premier chef de protéger et d’aider les personnes touchées par une crise qui résident sur leur territoire, d’une manière conforme au droit international humanitaire et au droit des droits de l’homme. Si nécessaire, les Etats devraient accorder un accès à des fins humanitaires aux personnes frappées par une crise, de façon à permettre à d’autres Etats, notamment à ceux dont les ressortissants sont touchés, ainsi qu’à d’autres acteurs, d’apporter une aide humanitaire. Il appartient aux acteurs humanitaires internationaux, dont l’OIM, d’aider les Etats et d’autres intervenants à mener ces activités6.
10. Le cadre opérationnel de gestion des crises migratoires que propose l’OIM pourrait en outre ajouter de la valeur aux autres systèmes et cadres : a) en renforçant les réponses systématiques tant aux causes qu’aux conséquences des migrations induites par une crise ; et
5 Le rôle et le mandat de l’OIM à cet égard sont énoncés dans : la Constitution de l’OIM, article 1.1 a) et b) ; la Stratégie de l’OIM de 2007 en douze points, points 9 et 10 (MC/INF/287) ; les trois objectifs stratégiques pour la période allant de 2010 à 2015 présentés par le Directeur général à la centième session du Conseil en 2011 (MICEM/3/2011) ; et le document intitulé Protection des personnes concernées par la migration : note sur le rôle de l’OIM (IC/2007/3).
6 Les moyens mis en œuvre à cette fin sont les suivants : a) renforcer la capacité des autorités gouvernementales et des institutions publiques à répondre aux crises ; b) faciliter la coopération requise à l’échelle bilatérale, régionale ou internationale ; et c) fournir une aide humanitaire et une aide d’urgence directes quand les systèmes publics ne sont pas aussi efficaces que les acteurs humanitaires, essentiellement dans le cadre du mécanisme d’intervention humanitaire coordonné des Nations Unies.
b) en remédiant aux insuffisances en matière de fourniture de services et de ressources qui, actuellement, empêchent de répondre sans délai ou avec efficacité aux dimensions migratoires d’une crise7. De la sorte, l’OIM pourrait pourvoir aux besoins d’un éventail plus large de personnes vulnérables qui, souvent, ne sont pas très visibles ou ne sont pas pleinement prises en considération par les approches et systèmes actuels de protection et d’aide humanitaire, à savoir les victimes de la traite des personnes, les enfants non accompagnés et les migrants dépourvus de documents.
11. Un cadre de gestion des crises migratoires destiné aux interventions de l’OIM pourrait s’articuler autour de deux axes ou points de référence qui, comme indiqué plus loin, s’appuieraient sur les divers secteurs de service de l’OIM ainsi que sur l’expérience de l’Organisation en matière de riposte aux conséquences migratoires de crises8. La liste des secteurs de service de l’OIM relevant de chacun des axes de ce cadre sont : a) les secteurs de service dans lesquels l’OIM intervient déjà pour répondre à une crise ; ou b) les secteurs de service dans lesquels l’OIM n’intervient pas traditionnellement en temps de crise mais qui amélioreraient sa capacité à répondre aux aspects de la mobilité apparaissant dans des situations de crise. Une illustration de ce qui précède, susceptible d’être développée, est donnée ci-après.
Phases de la réponse à une crise migratoire
12. Un cadre opérationnel de gestion des crises migratoires pourrait être ordonné autour de trois phases successives illustrant chacune « l’avant, le pendant et l’après » d’une crise. Par exemple, sachant que des déplacements forcés ou involontaires ne peuvent pas toujours être évités, un cadre de l’OIM comprendrait des mesures de préparation visant à anticiper les mouvements de population et à garantir la sûreté des personnes qui se déplacent dans des conditions de crise9. En ce qui concerne les réponses, un cadre de gestion des crises migratoires de l’OIM viserait à mieux intégrer les approches de la migration suivies par l’Organisation dans les systèmes et outils humanitaires existants, afin d’étendre la fourniture d’une protection et d’une assistance à ceux qui, sinon, risquent d’en être exclus, et de veiller à ce que les situations de crise demeurent gérables de manière à pouvoir répondre aux besoins des populations touchées, y compris les communautés d’accueil et de transit. Au stade du redressement, le cadre de l’OIM permettrait d’assurer une meilleure cohérence entre les services de l’Organisation, sur la base des liens entre les schémas migratoires, les possibilités de solutions pérennes et les besoins de développement durable10. A chacune de ces phases, il est prévu que l’OIM soutienne les gouvernements pour qu’ils puissent améliorer leurs
7 La résolution du Conseil de l’OIM n° 1229 du 5 décembre 2011 créant le Mécanisme de financement des situations d’urgence migratoires est un exemple de mesure reconnaissant le besoin d’interventions plus rapides et plus fiables en réponse aux réalités migratoires découlant de situations de crise modernes, ainsi que le rôle qui revient à l’OIM pour répondre à ces aspects.
8 Par exemple, l’OIM s’est appuyée sur son approche de la migration pour assurer un transport d’urgence vital ou réduire les tensions dans des zones touchées par un conflit ; offrir des possibilités de subsistance visant à réduire la dépendance à l’égard de l’aide et à faciliter la mise en place de solutions durables durant les périodes de redressement ; et améliorer la capacité d’adaptation des communautés dans les zones exposées au risque de migration forcée.
9 Par exemple, l’OIM s’est employée à réduire au minimum les migrations forcées en s’attaquant aux facteurs structurels qui contribuent aux pressions migratoires, en améliorant la capacité d’adaptation des communautés, et en veillant à ce que les migrations soient gérées dans l’intérêt des individus et de leurs communautés. En outre, elle a élaboré des systèmes d’évaluation, de suivi des mouvements et de cartographie, dressé l’inventaire des infrastructures aux fins d’évacuation et de relogement temporaire, et mis en place des ressources dans la perspective de déplacements massifs.
Un investissement qu’il serait fondamental de faire à l’intérieur d’un cadre de gestion des crises migratoires de l’OIM consisterait à faciliter ou à promouvoir des moyens de subsistance de rechange ou des voies de migration régulières en tant que stratégies d’adaptation pour les personnes résidant dans des régions sujettes aux crises.
10 A cet égard, l’OIM a aidé les Etats à stabiliser les communautés touchées par des crises en fournissant les services suivants : activités d’atténuation des conflits, résolutions des litiges relatifs aux biens fonciers et immobiliers, solutions durables pour les personnes déplacées, création de voies de rapatriements de fonds, ou mobilisation de la diaspora pour contribuer aux efforts de redressement.
services de protection civile, ainsi que leurs services sociaux, sanitaires et psychosociaux et, ce faisant, mieux gérer les besoins humanitaires engendrés par une situation de crise.
Besoins de gestion essentiels dans le cadre de la réponse aux crises migratoires
13. S’appuyant sur son expérience, l’OIM a répertorié un certain nombre de problèmes clés auxquels se heurte la gestion des migrations dans une situation de crise et qui, dans l’ensemble, se rapportent à la cartographie des mouvements et des besoins, ainsi qu’à la gestion de la mobilité interne, des mouvements transfrontières, de la mobilité des personnes vulnérables et de la migration positive. Le second axe d’un cadre de gestion des crises migratoires de l’OIM pourrait être ordonné autour de certains de ces problèmes ou besoins de gestion. Dans chacun de ces domaines, l’OIM a entrepris de recenser les moyens d’appliquer, d’améliorer ou d’adapter ses secteurs de service de façon à apporter une réponse plus complète aux conséquences migratoires de crises.
14. A titre indicatif, les domaines dans lesquels l’OIM pourrait adapter ou améliorer sa fourniture de services pour répondre à ces besoins de gestion clés sont, entre autres, les suivants :
- Elaboration de technologies adaptées au contexte pour suivre et enregistrer les besoins des populations à toutes les phases d’une crise, afin de résoudre les difficultés que posent l’identification et la satisfaction des besoins humanitaires et de protection des personnes touchées par une crise. L’OIM prévoit qu’un plus grand investissement stratégique sera nécessaire dans des outils et systèmes de surveillance des schémas migratoires, tels qu’une « alerte de crise migratoire », pour pouvoir déceler les liens entre les facteurs d’attraction et de répulsion des mouvements induits par une crise et les diverses vulnérabilités et besoins humanitaires engendrés par différentes situations de crise.
- Dans des contextes de mobilité interne, l’OIM peut continuer à renforcer ses capacités au sein des groupes sectoriels pour répondre aux besoins des personnes touchées par une crise. Dans le cadre de son rôle d’organisme chef de file chargé de la gestion et de la coordination des camps lors de catastrophes naturelles au sein de l’approche sectorielle pilotée par le IASC, l’OIM met en œuvre des activités visant à gérer les besoins en matière de fourniture de services et à améliorer les conditions de vie dans les camps, ce qui suppose de surveiller et de cartographier les schémas de déplacement divers et épars des personnes touchées par une crise11. En tant que membre actif du group sectoriel de la santé et du groupe de référence du IASC pour la santé mentale et le soutien psychosocial dans les situations d’urgence, l’OIM a contribué à l’intégration de la dimension migration dans les outils pertinents du IASC, y compris les Directives du Comité permanent interorganisations concernant la santé mentale et le soutien psychosocial dans les situations d’urgence, destinées aux administrateurs et aux coordonnateurs de camps.
- En réponse aux scénarios de mobilité interne et transfrontière découlant d’une situation de crise, l’OIM peut mettre à disposition une large palette de services pour s’attaquer aux facteurs déclenchant les vulnérabilités économiques et sociales et à leurs conséquences migratoires, répondant par exemple aux besoins de fourniture de services
11 Pour améliorer la capacité du groupe sectoriel de la coordination et de la gestion des camps à s’acquitter de ses fonctions essentielles d’aide et de protection, l’OIM a créé des bases de données d’informations fondées sur les mouvements, des interfaces avec le Système d’information géographique et des portails d’information, ainsi qu’une matrice de suivi des déplacements.
et d’abris, ou aidant les Etats et les communautés à résoudre les litiges relatifs aux biens fonciers et immobiliers qui entravent un retour durable, une intégration locale ou une réinstallation.
- Amélioration de l’efficacité des systèmes d’orientation, pour remédier aux insuffisances en matière d’assistance et de protection dont souffrent certaines catégories de personnes touchées par une crise, telles que les victimes de la traite, les enfants non accompagnés aux postes frontière, les migrants en détresse12, les populations prises au piège ou les migrants incapables de bénéficier d’une aide en raison de barrières linguistiques ou autres. Il est fondamental de disposer de systèmes d’orientation efficaces dans des situations de mouvements massifs et de flux migratoires mixtes. Ces systèmes, qui visent à identifier et à satisfaire les besoins des diverses catégories et situations de personnes déplacées, doivent faire en sorte que les réfugiés et les demandeurs d’asile soient dûment orientés vers le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, afin de garantir un niveau d’assistance et de protection adéquat.
- Lorsque des migrants et leur famille sont pris dans une crise, l’OIM peut fournir une assistance opérationnelle permettant aux Etats de venir en aide à leurs ressortissants, qui revêt les formes suivantes : traitement aux frontières/gestion des frontières et orientations en cas d’afflux massifs en temps de crise humanitaire ; liaison avec les services consulaires pour fournir aux migrants dépourvus de documents un titre de voyage provisoire ou un laissez-passer ; assistance sanitaire durant le voyage ou orientation des migrants vulnérables vers des services sanitaires, y compris des services de santé mentale en cas de besoin ; aide aux mouvements ; et aide au retour et à la réintégration, comprenant un soutien sanitaire et psychosocial. Dans des situations mettant des vies en danger, l’OIM a, par exemple, eu recours à des évacuations humanitaires par terre, air et mer vers les pays d’origine en tant que mécanisme de protection visant à aider les Etats à remplir leurs obligations quand ils demandent une aide à cette fin13.
- Mesures visant à faciliter la mobilité ou les avantages de la migration considérée comme une stratégie utile et importante pour le redressement à long terme d’une région touchée par une crise. Parmi les secteurs de service à mobiliser pour tirer parti des avantages de la migration positive, il convient de citer la mobilisation des diasporas pour qu’elles soutiennent les efforts de reconstruction, de redressement et de développement après une crise à la faveur de retours de nationaux qualifiés ou de rapatriements de fonds, ou encore les mesures facilitant la mobilité régulière et sûre des personnes touchées par une crise.
Conclusion
15. Grâce à ses compétences spécialisées et aux services qu’elle fournit dans des crises humanitaires, l’OIM est bien placée pour compléter les systèmes et dispositifs existants afin de mieux répondre aux dimensions migratoires des crises. Elle propose divers services qui
12 L’OIM est depuis longtemps sollicitée pour fournir une aide humanitaire aux migrants vulnérables en détresse dans des pays de transit ou de destination ; elle dispose de fonds spéciaux, tels que le mécanisme d’Assistance humanitaire aux migrants en détresse, pour apporter avec rapidité et en flexibilité une aide aux migrants en détresse se trouvant dans des situations de vulnérabilité. En fournissant une aide au transport, l’OIM veille à ce que les personnes se déplacent dans des conditions sûres et dignes, à ce qu’elles soient aptes au voyage et qu’elles reçoivent une assistance appropriée en cas de besoin.
13 L’OIM a assuré l’évacuation d’environ 40 000 migrants pris au piège à Misrata, Sebha, Gatroun, Tripoli et Benghazi, dont 8 432 dans le cadre de 15 missions de sauvetage en mer.
peuvent répondre aux besoins d’un large éventail de personnes vulnérables touchées par une crise.
16. Eu égard à l’intérêt manifesté par la communauté internationale depuis quelques années pour un approfondissement de la notion de « crise migratoire » et pour l’élaboration de solutions permettant de mieux gérer les conséquences migratoires de crises, un cadre opérationnel de gestion des crises migratoires permet à l’OIM de mettre ses compétences spécialisées plus facilement à disposition dans des situations d’urgence. Selon l’intérêt des Etats Membres, il est prévu de mener d’autres consultations afin de recevoir conseils et soutien quant à un renforcement des capacités essentielles de l’OIM à répondre aux dimensions migratoires des crises.
17. L’OIM considère qu’un cadre opérationnel de gestion des crises migratoires serait un outil pratique, souple et évolutif de réponse aux différentes facettes des crises migratoires, et donnerait un aperçu des activités concrètes que l’OIM pourrait déployer pour apporter une aide efficace aux personnes vulnérables et dans le besoin qui sont touchées par une crise.
18. Une amélioration de la base de ressources d’un cadre opérationnel de gestion des crises migratoires de l’OIM, sur la base de prestations que l’OIM peut fournir en matière d’aide humanitaire, aurait pour effet : a) de garantir des interventions en temps opportun ; b) d’améliorer la prévisibilité des partenariats noués par l’OIM dans le cadre des systèmes et approches humanitaires ; et c) de renforcer la capacité de l’OIM à recourir à ses compétences techniques pour faire face aux conséquences migratoires d’une situation de crise.