A NNALES DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE T OULOUSE
A. B UHL
Sur la formule de Stokes dans l’hyperespace
Annales de la faculté des sciences de Toulouse 3
esérie, tome 3 (1911), p. 63-72
<
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SUR LA
FORMULE DE STOKES DANS L’HYPERESPACE,
PAR M. A. BUHL.
[1] Ayant précédemment
écrit un Mémoire Sur lesapplications géométriques
dela
formule
deStokes,
il m’asemblé
bon de ne pas confondre avec lui des résultatsqui proviennent
des mêmesrecherches,
maisqui appartiennent plus
àl’Analyse qu’à
la Géométrie.La formule de
Stokes,
étendue dansl’espace
à ndimensions,
relie lesintégrales
doubles attachées à des
portions
de variétéayant
deux dimensions auxintégrales simples
attachées à desvariétés
à une dimensionqui
servent de contour auxportions précédentes.
Les
premières préoccupations
de ce genre remontent auxparagraphes 2
et 3 duMémoire
de M. H.Poincaré
Sur les résidus desintégrales
doubles(Acta Mathematica,
t.
IX)
et aux travaux deM. E. Picard
citésplus
loin.Je donne la formule de
Stokes,
dansl’espace
à ndimensions,
sous une formesymbolique,
trèssymétrique, qui
me semblé nouvelle etqui
donneimmédiatement,
pourn = 3,
la formule de Stokes ordinaire et, pour n = 2, la formule de Riemann(dite
aussi deGreen).
,Pour
n = 4, j’ai appliqué
la formule à la démonstration de l’extension du théo- rème deCauchy
aux fonctionsanalytiques
de deux variables. Ceprocédé permet
deconclure que ladite extension revient à la
formule
de Riemannétendue,
sans chan-gement d’aspect,
au cas où ses deux variables deviennentcomplexes.
[2] Soit,
dans unplan YOX,
un contour C enfermant une aire A. On al’un des membres de cette
égalité
n’étant autre chose quel’expression
de l’aire A.64
Imaginons
maintenant unchangement
de variables tel que le suivant :L’égalité (i)
devient~
désignant
le contour transformé de C par(2)
et S étant l’aire contenue dans E.On
peut ajouter,
pourplus
declarté,
que la transformation(2)
estsupposée
telleque
le contour S soit parcouru dans le sens directquand
il en est ainsi pour C..Des remarquesanalogues peuvent
être sous-entenduesplus
loin.Posons maintenant
et
(3)
deviendrace
qui
est la formule de Riemann. Bienentendu,
iln’y
a là rien que de très élémen- taire et de trèsbanal,
la formule de Riemann étant couramment mise en relationavec
(i)
par une foule d’auteurs et dans des buts fortdivers;
ainsi on retrouvera, à peuprès,
le raisonnementprécédent
dans la Théorie desfonctions algébi~iques
et deleurs
intégrales
deAppell
et Goursat(Introduction,
p.ix). Mais,
cequi
meparaît beaucoup
moinsremarqué,
c’estqu’on peut
établir par la même voie la for- mule de Stokes et les extensions de celle-ci dansl’hyperespace.
’
[3]
Etablissons d’abord la formule de Stokes. Jereprends (1)
et les formulesqui
définissent unsimple changement
de variables si lepoint
x, y, zappartient
àune surface
Alors
(r)
devient tS étant une
portion
de surface(4)
limitée par le contour f.Le déterminant
qui figure
dansl’intégrale
doublepeut
s’écrireet, si l’on pose,
la formule
précédente
devient tC’est bien celle de Stokes. Elle n’a
peut-être
pas encore toute sagénéralité,
parce que leségalités (5)
font deP, Q,
R lescomposantes
d’un vecteur doublement et nontriplement scalaire,
mais il estbien
aisé d’obtenir lagénéralité
absolue. Iln’y
aqu’à
récrire la formule obtenue avec d’autres fonctions
P, Q,
R etajouter
lesdeux;
dansle résultat on a un troisième groupe de fonctions
P, Q,
R tout à faitquelconques.
Si la surface S est définie par une
équation F(x,
y,z)
= o, la formule(6) prend
une forme
plus symétrique,
utile à considérer dèsmaintenant,
car elle se conserveradans
l’hyperespace.
On a d’abord :Tirant de là
- et f ,
on écrit(6) sous
la forme~x
~y
’’, . ,
Enfin
si,
sur la surface(4),
l’élément d’aire est on ax,
.8,
y étant les cosinus directeurs de la normale à lasurface,
menée dans l’élément d5.Et alors
(6) peut
s’écrirece
qui,
endéveloppant
lepseudo-déterminant,
coïncide avec la forme laplus
habi-tuellement
adoptée,
parexemple
celle du Traité deMécanique
deP..A.ppell (t. III, chap. xxvrtr).
[4]
11 est bien clairqu’au
lieu de déduire les formules de Riemann et de Stokes de la formule(1),
onpourrait
déduire celle de Stokes de celle deRiemann,
ce quej’ai
montré dans mon Mémoire Sur lesapplications géométriques
de laformule
depublié
ici même(n° 3 ~). D’ailleurs,
l’une desopinions
queje
donnais dans ceprécédent
Mémoire se trouve encore renforcée par cequi précède.
Les formules deRiemann et de Stokes ont surtout une valeur
je
veux direqu’en
elles-mêmes elles ne contiennent rienqui
ne soitdéjà
contenu dans(r),
assertion évidentepuisqu’on peut
les déduire de(r)
par deschangements
de variables.Cependant
ellesont des
applications
d’une extrêmeimportance
et d’ailleurs fortnombreuses; j’ai
encore
augmenté
le nombre de ces dernières dans mon Mémoireprécité.
Pour lesfonctions
analytiques,
la formule de Riemann conduit de la manière laplus
naturelleau théorème de
Cauchy;
enPhysique,
la formule de Stokes est un admirable instru- ment desynthèse.
On nepourrait
se passerd’elles,
leplus
souvent,qu’au prix
degrands détours,
mais il estanalytiquement remarquable qu’au
fond des choses onpuisse toujours
se ramener à unemploi unique
ou à desemplois répétés
del’éga-
lité
(1) qu’on peut
même considérer comme une identité.[5] Voyons maintenant,
dansl’hyperespace,
lesgénéralisations
des formules deRiemann et Stokes. Je traiterai
simplement
le cas del’espace
àquatre
dimensions où les coordonnées d’unpoint quelconque
serontdésignées
par xl’ az, x3, a4. Dans cesconditions,
la seulesymétrie
des notationspermettra
de voir ce que serait la formulegénérale
relative au cas de n dimensions.Partons
toujours
de(i)
et posonsce
qui
définit unsimple changement
de variables si lepoint
x~, x~appartient
toujours
à la variété à deux dimensions :Alors
(1)
devientS étant la
.portion
de variété(y)
limitée par le contour ~.Le déterminant
qui figure
dansl’intégrale
doublepeut
s’écrire :Si l’on pose
~ ~
la formule
précédente
devient tTelle est, dans
l’espace
àquatre dimensions,
la formulequi correspond
à celle deRiemann dans le
plan
et à celle de Stokes dansl’espace
ordinaire. Elle n’a pas,
jusqu’ici
toute sagénéralité
parce que lesquatre
fonctions P définies par(7 bis)
nedépendent
que de deux fonctions arbitraires X etY,
mais on remédie immédiatement à cet inconvénient enimaginant
que l’on écrive deux autres formules avec des fonc- tions Pdifférentes:
l’addition des trois donne encore une formule du mêmetype
oùles fonctions P sont alors
quelconques.
On
pourrait
évidemment se proposer de revenir de la formule(8)
à la formule deStokes en
remplaçant,
dans(8),
la forme différentiellequi
se trouve sousl’intégrale simple
par une formeanalogue
contenant une différentielle de moins. Laqûestion
est ainsi mise en relation avec le
problème
dePfaff,
ce quej’ai déjà signalé
dans monpremier
Mémoire(n° 36).
[6]
La formule(8) prend
une formebeaucoup plus symétrique
si l’on suppose que la variété S est définie par deuxéquations
telles queCes
équations
définissentimplicitement
desfonctions x3
et xd desvariables x,
et x, . Donc
Considérons maintenant le déterminant du
quatrième
ordrequi figure
dans(8).
A la
première ligne multipliée
par ~F1 ~x3ajoutons
la secondemultipliée
par2014* ;
;de même
multiplions
laseconde,
non encoremodifiée, par ~F2 ~x4
etajoutons-lui
lapremière,
non encoremodifiée, multipliée
par~F2 ~x3.
Il est facile de voir que cesopé-
rations
multiplient
le déterminant par lejacobien
deF!, F2
parrapport
à x3, x4. Donc(8) prend
la formeTelle est la formule de Stokes dans
l’espace
àquatre dimensions ;
elle a une formecomplètement analogue
à la forme(6 bis)
établie dansl’espace
à trois dimensions.D’ailleurs,
la formuleprécédente peut
redonner(6 bis);
s’ils’agit
d’une surface dansl’espace ordinaire,
leséquations (g)
doivent se réduire àce
qui permet
de vérifier immédiatement l’assertion.Que
l’onrapproche
maintenant la formulede Riemann(3bis),
celle de Stokes(6 bis)
et celle que
je
viens d’établir dansl’espace
àquatre dimensions;
il n’en faudrapoint davantage
pourapercevoir
la formegénérale
de ceségalités
dansl’espace
à ndimensions.
APPLICATION A LA THÉORIE DES FONCTIONS DE DEUX VARIABLES COMPLEXES.
[7]
La formule de Stokes(8)
ou(10),
relative àl’espace
àquatre dimensions, peut
servir de manièreremarquable
à établir les fondernents de la théorie des inté-’
grales
doubles relatives à une fonction de deux variablescomplexes.
Lagénéralisation
du théorème de
Cauchy
pour de tellesintégrales dépend
alors de(8)
ou(10)
toutcomme le théorème de
Cauchy
relatif aux fonctions d’une seule variabledépend
dela formule de Riemann Bien
plus,
si l’on pousse le calculjusqu’au bout,
c’est-à-diresi,
non content de montrerqu’une intégrale
double étendue à une por- tion S d’une variété à deux dimensions nedépend
que dù contour E de cetteportion,
°
on veut, de
plus,
obtenir sa valeur par uneintégrale
deligne
relativeà ~ ,
on retrouvepurement
etsimplement
la formule de Riemann(3 bis) qui
se trouve ainsi étenduean cas où les variables x et y sont
complexes.
Je vais vérifier ces différentes assertions. Je commence par bien
préciser
ce dontil
s’agit.
Soit
l’intégrale
doubleElle
possède
le sensqui
lui a été attribué par M. H.Poincaré, puis
par E. Picard~Traité d’Analyse,
~eédit.,
, t.II,
p.2 ~3.
Théorie desfonctions algébriques
de deuxvariables
indépendantes,
t.I,
p. On ale
point
x~, xy décrivant S dansl’espace
àquatre
dimensions. S est limitée par un contour Equi,
engénéral, appartient
aussi àl’espace
àquatre
dimensions.Je suppose
toujours
restantfixe,
Speut
se déformer sans rencontrer desingularités
pour les fonctions P etQ
définies parl’égalité
Si l’on considère un continuum
S, pris parmi
lesprécédents,
on devrapouvoir
sur ce continuum déformer le contour de manière à le réduire à un
point.
[8] Reprenons
les raisonnementsqui
se trouvent dans les ouvragesprécités
deM. Picard.
L’intégrale (i i) prend
d’abord la formeou
Prenons
uniquement
pourvariables x1
etx~,
cequi
revient à supposer que la variété S est définie par deséquations
telles que(7).
Lesintégrales (12) prennent
laforme
Ces
intégrales
sont des casparticuliers
dusecond
membre de(8).
Dans le
déterminant
du second membre de(8)
considérons lespseudo-mineurs
du second ordre
Si l’assertion mise en
italique
est exacte, on doitpouvoir égaler
cesexpressions respectivement
às’il
s’agit
de lapremière intégrale ( 13),
et à’
s’il
s’agit
de la seconde. On a ainsi deuxsystèmes
de sixéquations
àquatre
fonctionsinconnues, systèmes
quej’appelle (A)
et(B).
Chacun de cessystèmes pris
àpart
doit l êtrecompatible.
Onpeut
se borner à vérifier lacompatibilité
à l’aide deséquations
procédé qui
revient à celuiindiqué
par Picard aux endroitsprécités.
Mais onpeut
vérifier laditecompatibilité,
d’une manière encoreplus tangible,
en déterminanteffectivement
les fonctionsP~, P3, P4 qui
sont solutions dusystème (~~)
et lesfonctions
analogues
dusystème (B).
On prouvera ainsi non seulement que les inté-grales (12)
ou(13)
nedépendent
que du contour C deS,
mais on déterminera leur valeur au moyen d’uneintégrale
deligne
attachée à C. Et cette seconde méthode est d’autant moins àdédaigner
que la détermination des fonctionsP~
est trèssimple.
[9]
Par desquadratures
de différentielles totales à deux variablesdéterminons
d’abord des fonctionsOn déduit immédiatement de là
Dans ces
conditions,
lesystème (A) peut
s’écrire :Il
exprime
queest une
différentielle
exacte, soit dV. DoncSur la
portion
de variété S et sur son contour ~ il nepeut
y avoir aucunesingu-
larité pour ceci
d’après
leshypothèses
faites sur P etQ
à la fin duparagraphe
7.Donc,
lelong
de S,l’intégrale
de dV est nulle et lapremière intégrale
de(12)
ou
(13)
est,d’après (8), égale
à uneintégrale
deligne
relative à etportant unique-
ment sur
Si maintenant on considère le
système (B),
on trouve, par un raisonnement com-plètement analogue,
que la secondeintégrale
de(12)
ou de(13)
se réduit aussi à uneintégrale
deligne
relativeà .
mais Dortant surDonc les
expressions (12)
et(13)
se ramènent à desintégrales simples
relativesà ~ et
portant
surce
qui
estégal
à.
r
72
Cette dernière
expression peut
s’écrire enfinsi l’on pose
Il est ainsi établi que
[10]
Au début duparagraphe précédent, j’ai
définiU~, Ug, U3, U~,
maisje
neme suis servi que des deux
premières
de ces fonctions ; il est aisé de voirqu’on pourrait.
refaire le raisonnement enn’utilisant,
aucontraire,
que les deux dernières.On arriverait ainsi à une
égalité
de la formeDonc
’
la
formule
de Riemann étendue aa cas oÙ les variables x et y sontcomplexes.
Cette extension lui laisse le même
aspect
que dans le cas de variables réelles.[11]
Ilimporte
d’observer que leshypothèses,
surlesquelles
on s’estappuyé
pour obtenir la conclusion
précédente, jouent
un rôle absolument essentiel. Leur abandon nepermettrait pas,
engénéral,
de maintenir sanschangement
la for-mule
( 15).
Ainsi supposons que la fonctionait un continuum de
singularités
rencontrant la variété S. Ceci n’est pas une raison pour quel’intégrale
double de(15) perde
toutesignification, mais,
même si elleconserve un sens, elle ne
s’exprimera plus
parl’intégrale
deligne
dupremier
membre.En
effet,
le contour S nepeut plus,
surS,
se réduire à unpoint
sans rencontrer desingularité;
il n’est donc pas certain que les différentielles telles que considéréesau
paragraphe
9, donnent un résultat nul parintégration
lelong
de ~. Parsuite, l’égalité (15)
nepourrait
subsister que paradjonction,
aupremier
membre, decertains termes