R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
C. S ALZMANN
La recherche opérationnelle : introduction à son application industrielle
Revue de statistique appliquée, tome 2, n
o1 (1954), p. 57-68
<
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LA RECHERCHE OPÉRATIONNELLE (Introduction à son application industrielle)
par
C. SALZMANN
Ingénieur
de l’Ecole NationaleSupérieure
del’Aéronautique,
M. SALZMANN a
poursuivi
ses études à l’Université de Columbia(New- York),
on 2l a obtenu undiplôme
de Alasterof
Science in IndustrialEngi- l1eer1ng,
Il a
participé pendant
un an aux travaux du Centre deRecherche Opérationnelle
de l’Université de Colum bia sous la direction desProfesseur
Hertz et
Littareer ;
il est membreassocié
de la «Operations
ResearchSociety of
America ».A. PRÉAMBULE
Il existe un nouvel outil à la
disposition
de la Direction desentreprises,
la RechercheOpéra- tionnelle, qui permet
de résoudre un trèsgrand
nombre deproblèmes,
d’ordrestratégique
outactique,
comme :- comment
répartir
au mieux unbudget
depublicité ?
- comment
gérer
des stocks etplanifier
laproduction ?
-
quel
est le meilleursystème
de bonus ?- comment
dépister
lesgoulots d’étranglement
dans la chaîne deproduction ?
-
quelles
sont lespossibilités permettant
àl’entreprise
de faire face aux fluctuations de la demande ?- comment améliorer la manutention ?
-
l’échange
d’information à l’intérieur del’usine,
le réseau de communications,remplis-
sent-ils leur rôle ?
De telles
questions
sontparmi
cellesque
doit constamment résoudre le chefd’entreprise.
Or,
toute décisionprise s’inspire toujours,
dans une certaine mesure, de donnéesopérationnelles
anciennes et, la
plupart
dutemps,
ils’agit
de donnéesaccumulées
et inconsciemmentanalysées
par l’individu au cours de son existence, autrement dit del’ « expérience
».Mais on ne
peut guère
se fier àl’expérience ;
elle esttoujours trop
étroite et rarementimpar-
tiale dans le choix des données
qu’elle
retient et surlesquelles
elle se fonde.L’emploi
de méthodesscientifiques permet
desupprimer
ceparti pris
et de faire en sorte que les données retenues four- nissent uneimage
exacte dupassé :
onpeut
alors déterminer rationnellement les loisauxquellés paraît
obéir lesystème
étudié et, par suite, lesconséquences probables
dechaque
décisionparti-
culière avec leur
probabilité d’occurence.
Avant d’entrer dans le vif du
sujet,
citons, à titred’exemple,
deuxapplications
industrielles faites récemment par le groupe de RechercheOpérationnelle
de Arthur D.Little,
Inc.(1).
Exemple
1. -DÉTERMINATION
DU NIVEAU OPTIMUM DES STOCKS ET DE LA PRODUCTION.a)
Leproblème :
Un fabricant deproduits chimiques
fondait sesplans
deproduction
sur uneestimation des ventes ; la
politique
de la maison était derégler
laproduction
afin depouvoir répondre
avec un minimum de délai aux commandes des
clients,
cequi
entraînait des fluctuations considérables du volume des stocks. Il en résultait une mobilisation financière et des frais destockage trop
élevés.On a cherché à améliorer cette situation.
b)
La méthode : Les membres du groupe de RechercheOpérationnelle
commencèrent leur étude en se limitant volontairement à unpetit
nombre deproduits.
Le coût de laproduction
et dustockage pouvait
êtrereprésenté
par le modèlemathématique :
C = Coût total.
Cp [Pm]
= Coût de laproduction,
durant le mois m, d’unequantité
P deproduit.
Ci [Im]
= Coût dustockage,
durant le mois m, d’unequantité
1 deproduit.
Fig. 1. - Planning de la production.
Le calcul des variations montre que le coût minimum est obtenu pour un
planning
de la pro-duction tel que :
Cette
équation signifie
que, pour le niveauoptimum
deproduction,
le coût deproduction
d’une unité
additionnelle,
un moisdonné, augmenté
du coût destockage jusqu’au
moment de vente,est le même pour
chaque produit vendu, indépendamment
du mois où il a étéproduit.
Ce modèle étant
établi,
ils’agissait
de chiffrer les différents coûts considérésprécédemment,
sans oublier le coût de
l’embauche,
del’apprentissage
d’ouvriers nouveaux, laperte
entraînée par leremplacement
sur la chaîne d’unproduit
par un autre, le coût des heuressupplémentaires,
le coûtdes délais de
livraison,
etc...Ce dernier coût était fixé comme infiniment
grand
par laDirection, qui
estimait que tout retard abusif dans les livraisonsrisquait
d’entraîner desrépercussions
très graves pour l’avenir de la maison.En utilisant le tableau de la
prévision
des ventes établi par la maison, le groupe de RechercheOpérationnelle
a déterminé leplanning optimum
de laproduction
pour l’année à venir. Onpeut
voir sur la
figure
1 lacomparaison
entre ceplanning
et celuiqui
avait étéprévu
par la maison avant toute intervention du groupe de RechercheOpérationnelle.
Sur lafigure
2 sontreprésentés
les stocksà fin de mois tels
qu’ils
résultent des deuxplannings
deproduction
cités ci-dessus.c)
Le résultat : On étenditrapidement
à l’ensemble desproduits
de cette firme unplanning
établi à l’aide de cette méthode.
La
Direction,
sans même tenircompte
du bénéfice considérable ainsiréalisé,
aestimé que le fait d’avoir une
règle
deconduite,
pourgérer
les stocks etplanifier
la pro-duction,
était par lui-même unejustification
suffisante du travail du groupe de RechercheOpérationnelle.
Fig. 2. - Inventaire des stocks de fin de mois.
Exemple
Il. - DIMINUTION DU COUT DE PRODUCTION.a)
Leproblème :
Un sous-traitant depetites pièces
en matièreplastique
avait degrandes
difficultés pour estimer le nombre de
pièces
dont il fallait lancer laproduction
pourrépondre
à unecommande
donnée,
de par le fait que lepourcentage
de rebut variait considérablement d’une série à l’autre.En
effet,
si le nombre depièces fabriquées
étaittrop grand,
les clientsn’acceptant pas plus de
10
%
d’excès sur le nombre depièces commandées,
lesurplus représentait
uneperte
totale de maind’oeuvre et de matière.
Si,
au contraire, le rebut était tel que le montant de la commande n’était pas atteint, cela nécessitait un nouveaumontage
des machines et le lancement d’une nouvellesérie,
le tout fort coûteux..
b)
La méthode : Le groupe de RechercheOpérationnelle, après
uneanalyse
des données deproduction,
établit que la distribution de la fraction acceptable était :x = La fraction
acceptable
dechaque fQurnée.
F[x] =
Lafréquence
des fournées.k,
a, b = constantes.Cette distribution est
représentée
sur lafigure
3. Le fabricant désirantaugmenter
son bénéficebrut,
le groupe de RechercheOpérationnelle
était conduit à étudierl’expression mathématique
suivante :
P = Profit brut.
P’ = Profit brut dans le cas où l’on
produit
le nombre exact depièces
commandées.R - Coût d’un nouveau
montage
de la machine.A = Nombre de
pièces
désirées.S - Nombre de
pièces
à lancer en fabrication.C - Prix de revient unitaire.
Le second terme de
l’expression
ci-dessusreprésente
laperte
entraînée par une fournéesupplémentaire
et le troisième terme, laperte
moyenne entraînée par unesurproduction.
La déter-mination du maximum de
profit
brut P’ se fait à l’aide de courbes dont on trouvera unexemple
surla
figure
4.Fig. 3. - Distribution de la fraction acceptable.
c)
Le résultat : Unerègle simple
a été établie pour déterminer dans chacun des cas le nombre leplus économique
depièces
à lancer. Il en a résulté de trèsimportants
bénéfices pour cettecompagnie
de matièresplastiques.
Mais des travaux de ce genre ont été
poursuivis
dans l’industriedepuis
fortlongtemps,
et biendes chefs
d’entreprises,
à lasimple
lecture de certainesapplications
de la RechercheOpérationnelle, pourraient s’exclamer,
enparaphrasant
M. Jourdain : « Par ma foi ! il y aplus
de 40 ans queje
faisde la Recherche
Opérationnelle
sans quej’en
susse rien ! »L’originalité
des RecherchesOpérationnelles
ne réside pas dans letype
deproblèmes
traités,mais dans la méthode. Mais afin d’en mieux
comprendre
l’extraordinaireportée,
il est nécessaired’en
évoquer rapidement
l’histoire.B. HISTORIQUE
1. - LA GUERRE : LA
PÉRIODE HÉROIQUE.
Si l’on
peut
faire remonter la RechercheOpérationnelle
à Archimède brisant le blocus naval des Romains devantSyracuse,
le véritable début se situe lors de la deuxième guerremondiale,
à la faveur de l’énorme concentration de moyens et de savants venus de tous les horizons de la science pourprendre part
à l’effort de guerre, ainsi que du besoinurgent qu’avait
le commandement mili- taire de mieux connaître le mécanisme desopérations
se déroulant sous son contrôle et deprédire,
avec une
plus grande sûreté,
les effets deschangements qu’il pourrait
y introduire.a) Angleterre :
Au commencement de la guerre,
quelques
hommes de science se réunirent et créèrent àStanmore un centre de recherches sous
l’impulsion
de A. P. Rowe et duWing
Commander R. Hart.Le
premier problème
étudié futl’intégration
et l’utilisationoptima
du nouvel outil de détection radioélectrique :
le radar(2).
En août
1940,
legénéral Pile,
commandant la défense anti-aérienne du territoire, demanda le concours d’hommes de science pour étudier leproblème
du tir contre avions : leprofesseur
P. M. S. Blackett de l’Université de
Manchester, prit
la direction de ce groupequi,
devenu célèbresous le nom de Blackett
Circus,
étaitcomposé
de(2) :
- trois
spécialistes
dephysiologie ;
- deux
spécialistes
dephysique mathématique ;
- un
spécialiste
dephysique générale ;
- un astronome ;
- deux
mathématiciens ;
- un
officier ;
- un coordinateur.
Ce groupe
s’agrandit
et devint bientôt le «Army Operational
ResearchGroup
». Cetteformule se
généralisa
et obtint des résultats sispectaculaires qu’à
la fin de la guerre oncomptait plus
de 120 officiers et 355 hommes de sciencebritanniques engagés
dans des activités detype
Recherche
Opérationnelle (3).
Citons deux réalisations
particulièrement représentatives du travailque
le groupe de RechercheOpérationnelle
effectuait à cetteépoque.
BOMBES ANTI-SOUS-MARINES :
C’est l’histoire de la détermination de la
profondeur d’explosion
des bombesemployées
par l’aviation
anglaise
pour la chasse aux sous-marins allemands(2).
Le« British Coastal Command »utilisait,
au début de la guerre, des bombes conçues pourexploser
sous l’eau à uneprofondeur
de 50
pieds
environ. Cetteprofondeur d’explosion
avait été choisie arbitrairement et constituaitun
compromis
entre deux tendances : les uns désirant que la bombeexplose
à lasurface,
les autrespensant
accroître l’efficacité avec laprofondeur.
Pour cette
étude,
furentprises
en considération :- la
probabilité
pour que le sous-marinrepéré
par l’avion se trouve en surface, enplongée
ou en train de
plonger
au moment del’explosion
de labombe, compte
tenu de samaniabilité,
decelle de l’avion et de l’intervalle de
temps compris
entre lerepérage
et lebombardement ;
- la
probabilité
pourqu’un dommage
soit causé par la bombe à bord du sous-marin, en fonction de saposition
et cela pour toute la gamme deprofondeurs d’explosions
de 0 à 50pieds.
L’étude de ces
probabilités,
combinée, traitée par la théorie desjeux
montre l’existence d’uneprofondeur optima
située entre 15 et 25pieds.
Les bombes furent dotées d’un nouveauréglage ;
de
plus,
lespilotes reçurent
l’instruction de ne pas lâcher de bombe sur un sous-marin enplongée depuis plus
d’une demi-minute.Après quelques
moisd’application
de ces nouvellestactiques,
onconstata une efficacité deux fois
plus grande
desattaques
avions contre sous-marins. Or, ce facteur 2correspondait
exactement aux estimations du groupe de RechercheOpérationnelle :
c’était, eneffet,
la variation d’efficacité établie par calcul
lorsque
laprofondeur d’explosion passait
de l’ancienne ,à la nouvelle valeur,CONVOIS DANS
L’ATLANTIQUE
NORD(4) :
En
1942,
uneanalyse statistique
des résultats desattaques
des « meutes » de sous-marins contre les convois alliés dansl’Atlantique
Nord futentreprise.
Cetteanalyse
futlongue
etlaborieuse,
et ce ne fut pas une des moindres difficultés que d’écarter les
paramètres
secondaires ou incontrô-1 sables ;
lesparamètres
lesplus importants
furentbaptisés
du nom de facteurs.On décida que trois
grandeurs
caractérisent unengagement
- m : le nombre de navires marchands du convoi ;
- n : le nombre de sous-marins
attaquant ;
- c : le nombre de navires de guerre
composant l’escorte
;Appelons :
- k : le nombre de navires marchands coulés lors d’un
engagement ;
- 1 : le nombre de sous-marins allemands coulés lors d’un
engagement.
ANALYSES DES
DONNÉES :
En 1941 et
1942,
les Allemands utilisaient latactique
dite des « meutes » de sous-marins. Le résultat de cesattaques
futanalysé.
Ainsi à la lecture du tableau suivant
(Tableau 1),
reliant la taille du convoi au nombre de bateauxcoulés,
on voit que le nombre de navires marchands coulés parattaque
estindépen-
dant du nombre total de navires marchands dans le convoi
(k indépendant
dem).
TABLEAU 1 :
Indépendance
de la taille du convoi et du nombre de bateaux coulés parattaque.
Autrement
dit,
iln’y
a dans l’ensemble pasplus
de bateaux coulés lors d’uneattaque
contre les gros convois, que contre lespetits
convois. Le nombre de navires marchands coulésdépend
par contre du nombre de bateaux d’escorte et du nombre de sous-marins
attaquant,
comme ilappert
des tableaux suivants
(Tableaux Il, III).
TABLEAU Il :
Dépendance :
Nombre de bateaux coulés.Nombre de sous-marins
attaquant.
TABLEAU III :
Dépendonce :
Nombre de bateaux coulés.Nombre de navires de guerre escorteurs.
On
peut
dire enpremière approximation
que le nombre de navires marchands coulés estproportionnel
au nombre de sous-marinsattaquant
et inversementproportionnel
au nombre denavires d’escorte.
TAUX
D’ÉCHANGE :
Le
tauxd’échange,
c’est-à-dire le nombre de sous-marins coulés par navire marchand coulé Si l’on fait pour lespertes.en
sous-marins allemands desanalyses analogues
auxprécédentes,
on voit que le nombre de sous-marins coulés par
attaque, l,
estproportionnel
au nombre de sous-marins dans la meute,n,et
également proportionnel
au nombre de naviresd’escorte,
c. Lesrésultats
d’expérience
montrent que :Par
suite, le tauxd’échange
est :Le taux
d’échange
estproportionnel
au carré du nombre de navires d’escorte.RÉSULTATS :
Lorsque
cette étude lui futcommuniquée,
le Haut Commandement allié décida alorsd’aug-
menter la taille des convois dans
l’Atlantique
Nord et d’accroître le nombre des convoyeurs. Legain
fut de
beaucoup supérieur
augain prévu
car l’accroissement du tauxd’échange
fut si considérable que les Allemands nejugèrent plus profitable d’attaquer
ces convois etenvoyèrent
ailleurs unegrande partie
de leurs sous-marins. Cette défaite contribua au tournant de cequ’on
aappelé
la bataille del’Atlantique.
b) Amérique :
Les Etats-Unis
(5) prirent
très vite conscience del’importance
del’expérience britannique
et surent la mettre à
profit,
sousl’impulsion d’hommes
commeJames B. Conant (5),
alors « Chair-man of the National Defense Research Council »,
Ellis A. Johnson (5) qui
créa etdirigea
le « Naval OrdnanceLaboratory Operational
ResearchGroup
», etDr Philip M. Morse (4),
Professeur auM. 1.
T., qui organisa
pour laNavy
un groupe de RechercheOpérationnelle qui s’attaqua
auproblème
de la lutte anti-sous-marine. Les succès de ces travaux furent si
rapides
et siimportants
que le GénéralMarshall,
à la fin de1943,
en recommandaitl’application généralisée.
Au moment de la victoire,l’Armée de
l’Air,
à elleseule, employait
400 hommes de sciences et officiersgroupés
en 17 sectionsde Recherche
Opérationnelle (7).
63
Citons une
application
des RecherchesOpérationnelles
choisie ici, parce que les résultats trouvés par leGroupe
de RechercheOpérationnelle,
résultatscomplètement inattendus,
n’auraient pu être établis autrement que par uneanalyse quantitative
des données :KAMIKADZÉ :
Lorsque
lesJaponais
lancèrent desattaques
d’avionssuicides, Kamikadzé,
contre les navires alliés durant les derniers mois de la guerre duPacifique,
laquestion
suivante futposée :
« Le navireattaqué
doit-il effectuer une manoeuvre brutale pour éviter leKamikadzé,
oubien,
au contraire, doit-ilpoursuivre
sa route afin de ne pasperturber
le tir de ses armes anti-aériennes ? »Le groupe de Recherche
Opérationnelle
étudia les résultats de 477attaques
dont 172 coupsau but
qui
entrainèrent laperte
de 27 navires.Par
l’analyse
de ces donnéesnumériques,
le groupe arriva à la conclusion que les navires de grostonnage
devaient effectuer une man0153uvrebrusque
alors que ceux de faibletonnage
ne devaient modifier leur course que
graduellement.
Ces recommandations furent misesen
application
et,parmi
les naviresqui
les suivirent, onenregistra
seulement 29%
de coups aubut,
chiffrequi atteignait
47%
pour les naviresqui
ne suivirent pas ces recommandations,II.
- LEDÉVELOPPEMENT D’APRÈS
GUERRE.L’intérêt que les militaires
anglais
et américains ontporté
aux RecherchesOpérationnelles
n’a pas faibli une fois la guerre terminée et,
actuellement,
le travail réalisé par les groupes de RechercheOpérationnelle
est considérable. Nous n’entrerons pas ici dans les détails.A la fin des
hostilités,
les savants,qui
avaient si bien réussipendant
la guerre, souhaitaient étendre le domained’application
destechniques qu’ils
avaient créées. Ils firent quela
RechercheOpérationnelle
fut alors utilisée par lagrande
et moyenneindustrie,
dans le secteur nationalisé(en Angleterre)
et sur leplan gouvernemental.
Nous ne citerons ici quequelques exemples
de cesapplications.
a) Angleterre :
En
1946,
le «Special
Research Unit of the Board of Trade » fut créé afin d’ «appliquer
àcertains
grands problèmes
de l’industrie et du commerce les méthodesstatistiques
etscientifiques qui,
sous le nom de RechercheOpéra’tionnelle
se sont avérées si fructueuses durant la guerre ».Parmi les
problèmes
que cetorganisme étudia,
oncompte
les effets de la standardisation sur laproduc-
tion et les
prix
de revient de différentsarticles,
enparticulier
les fils de coton et la chaussure.La Recherche
Opérationnelle
aégalement
été utilisée pour étudier lesproblèmes
de la circu-lation
routière,
des chemins de fer et de la construction desponts
et chaussées.Il y a maintenant
plus
de 40 groupes de RechercheOpérationnelle
en activité enAngleterre,
dont trois
militaires,
neufgouvernementaux
et le reste dans l’industrieprivée.
Un club de Recherche
Opérationnelle
fut créé à Londres en1948,
et ilpublie, depuis
Mars1950,
une revue intitulée : « TheOperational
ResearchQuarterly
».b) Amériqve :
Là encore, les Recherches
Opérationnelles
ont trouvé unchamp d’application
considérable dans le secteur civil :transports,
communications,agriculture,
commerce, industrie.A
côté de nom-breuses firmes comme la US Rubber C". et la Sun Oil
C"., qui
ont créé leur propre groupe de Recher- cheOpérationnelle,
il existe de nombreux groupesd’ingénieurs
conseils(Management Consultants)
qui possèdent
une branche de RechercheOpérationnelle.
Ce sont, engénéral,
lesplus
connues,comme Booz, Allen and
Hamilton,
ou encore Arthur D. Little Inc.(1).
PORTO-RICO :
L’exemple
leplus frappant
de la contribution que les RecherchesOpérationnelles peuvent apporter
à lapolitique économique
d’un pays est fourni par l’extraordinaire transformation subie par Porto-Rico dans les dernières années,grâce
au groupe de Arthur D.Little,
Inc.Dès
1940,
ledéséquilibre régnant
entre lapauvreté
en ressources naturelles et l’extraordi- nairepoussée démographique posait
un graveproblème.
Le programme de RechercheOpération-
nelle
qui
fut mis surpieds prenait
en considération tous les facteurs sociaux,économiques
etpoliti-
ques du pays, et il eut pour
conséquence
une utilisationplus
rationnelle de lamain-d’oeuvre,
uneaugmentation
du niveau de vie, une hausse des investissements ; l’île de Porto-Rico passa d’une économieagricole
pauvre à un état semi-industrielcomparable
a-celui de nombreux pays sud-américains.
A l’heure
actuelle,
les universités américaines lesplus importantes
ont à leur programme des cours de RechercheOpérationnelle.
Certaines ont même leur propre groupe de RechercheOpéra-
tionnelle
qui
font des études sous contrat pour diversorganismes.
L’ « American
Society
ofOperations
Research »publie
trimestriellement le « Journal of theOperations
ResearchSociety
of America »qui
sert à la diffusion de cette nouvelletechnique.
C. APPLICATION
Il est maintenant
plus
facile de définir la RechercheOpérationnelle, d’indiquer
où réside sonoriginalité, quelles
sont lestechniques
utilisées et les nouveauxconcepts
introduits. Nous verrons ensuite comment introduirel’application
de la RechercheOpérationnelle
dans une- industrie.1. -
DÉFINITION.
a. - La Recherche
Opérationnelle
consiste enl’application
de la méthodescientifique
auxopérations,
et c’est en cela que réside le facteur essentiel de son succès.Par
opération,
on entend l’ensemble d’un processuséconomique,
les moyens matériels et humains mis en oeuvre, lesstratégies
ettactiques utilisées,
les résultats obtenus :l’opération
est unGestalt.
b. - Le but de la Recherche
Opérationnelle
est de fournir auxorganismes
directeurs des évaluationsquantitatives
desopérations
sous leurcontrôle,
afin deprédire
avec uneplus grande
sûreté les effets de modifications éventuelles. Il ne suffit
généralement
pas de découvrirquelques dépen-
dances
quantitatives,
mais il faut leplus
souvent établir les relations de cause à effet(simples,
multi-ples
oustochastiques),
les lois fonctionnellesauxquelles
obéitl’opération
étudiée.c. - La Recherche
Opérationnelle
est faite par un groupecomposé
d’hommes de science oud’ingénieurs, spécialement
formés aux méthodes de travail utilisées.Il. -
TECHNIQUES
ET CONCEPTS :De même
qu’un ingénieur
des Ponts et Chaussées utilise les résultats de diverses sciences pour construire unpont,
de même la RechercheOpérationnelle emprunte
ses outils à de nombreuses branches de la science.Si l’on dresse une liste de toutes les
techniques qui
sont utilisées par la RechercheOpéra- tionnelle,
et si on les classe parcatégories :
SciencesMathématiques, Physiques, Naturelles,
on voit que celles lesplus fréquemment
mises à contribution sont :Parmi les Sciences
Mathématiques :
.
- la
Statistique ;
- le Calcul des
Probabilités ;
- la Théorie des Jeux
(9).
Parmi les Sciences
Physiques :
- la
Balistique ;
- la Théorie des servo-mécanismes ;
- la
Cybernétique ;
- la Théorie des Communications
(10).
Parmi les Sciences Naturelles :
-
l’Ecologie ;
- la
Génétique.
La Recherche
Opérationnelle emprunte
occasionnellement aux Sciences Humaines desconcepts
ou modèles utilisés enPsychologie
etSociologie.
On
peut distinguer
deuxtypes
de RecherchesOpérationnelles :
- la Recherche
Opérationnelle analytique :
elle étudie uneopération
avant que celle-ci soitexécutée,
ou du moins avant que les résultatsd’exploitation
en soient connus ;- la Recherche
Opérationnelle
corrélative : elle étudie les résultats d’uneopération
en courspour déterminer l’influence
respective
de différents facteurs. Elle utilise latechnique
des corrélations et autres outilsstatistiques.
Il existe deux
concepts
de trèsgrande importance
dans lapratique
des RecherchesOpéra-
tionnelles : le
modèle,
la mesure d’efficacité.Modèle : On
appelle
modèle unereprésentation simplifiée
d’uneopération
ne rete-nant du
problème
que sesaspects
lesplus importants.
On propose, cefaisant,
unehypo-
thèse fonctionnelle
sujette
à uneexpérimentation.
Il existe un très
grand
nombre de modèlespossibles ;
laplupart
sont de formemathématique (un système d’équations,
parexemple,
est un modèlemathématique).
La carteperforée
constitueun autre
type
de modèle : lescomposantes
d’uneopération
sontreprésentées
par des cartesperfo-
rées individuelles et
manipulées
comme telles.Ainsi,
lors d’unproblème
de distribution de ventes,chaque
client desservi étaitreprésenté
par une carteportant
des informations sur le lieu et le genre de sonentreprise,
lafréquence de
sesachats,
son chiffre d’affaires moyen, etc... Les cartesperforées
étaient alors soumises à différents programmes de vente,
qui
étaient ainsi évalués àpriori.
Le
client,
réalitécomplexe,
a étéreprésenté,
lors de cetteétude,
par un modèlesimple,
la carteperforée.
On a construit
’galement
des modèlesphysiques
pourreprésenter
les variations éventuelles dessystèmes
étudiés. esanalogies
lesplus
utilisées sont lesanalogies électriques
ouélectroniques (avec
ou sansfeed-ba k) ( I I ).
Mesure d’efficacité : tt
s’agit
de trouver unegrandeur
mesurable etreprésentative
du
système
étudiéqui
donne le même genre derenseignements
que donne latempérature
d’unmalade.
Pour des
opérations industrielles,
c’est presquetoujours
legain
financier que l’onconsidère,
mais on
peut
s’intéresser aussi au nombre de clients servis par heure, au taux deproduction
d’heures-machines et autres indices de
productivité.
Exemple
d’une mesure d’efficacité :Il est souvent délicat de fondre en un seul indice les différents facteurs
caractéristiques
d’uneopération.
Un excellentexemple largement
utilisé durant la guerre est celui du combat avions alliésTaux
debalayage
ODérafionnel
Fig. 5. - Mesure de l’efficacité du combat avions-sous-marins dans le Golfe de Biscaye (4).
contre sous-marins allemands dans le Golfe de
Biscaye (4) :
l’indice choisi fut le taux debalayage opérationnel (operational
sweeprate),
ou encore le nombre de contacts « avions-sous-marins »établis par unité de
temps, multipliés
par l’aire surveillée et divisés par le nombre total de sous-marins ennemis
(2).
On
put,
à l’aide d’une telle mesure d’efficacité, suivre l’évolution ducombat,
vérifier les effets de nouvellestactiques,
ets’apercevoir
dechangements
dans lecomportement
de l’ennemi(cf.
figure 5).
III. - INTRODUCTION DE LA RECHERCHE
OPÉRATIONNELLE
DANS L’INDUSTRIE.Les
problèmes posés
par l’introduction de la RechercheOpérationnelle
dans uneentreprise
sont :
- la détermination du
premier
domained’investigation ;
- le choix du
personnel qui
assumera cetravail ;
- la
préparation
dudéveloppement
éventuel de la RechercheOpérationnelle
au seinde
l’entreprise.
Ces
problèmes
soulèvent de nombreuses difficultés etposent d’importantes questions
aux-quelles
il n’existe pas deréponses systématiques. Chaque
cas est un casparticulier.
Néanmoins,
certainessuggestions émergent
desexpériences
industriellesanglaises
et améri-caines.
a)
Premier domained’investigation :
Deux sortes de
points
dedépart
sontpossibles :
- les
points
faibles del’entreprise
où lestechniques
conventionnelles ont échoué et où la direction sent la nécessité d’un nouvel effort sous une incidence neuve ;- des
points
choisis délibérément pour mettre à l’essai les méthodes des RecherchesOpéra-
tionnelles et entraîner le
personnel.
Le succès, s’il alieu,
doit évidemment contribuer à laprospérité
de
l’entreprise
sans que pour cela un échec éventuel ait detrop
gravesrépercussions.
Les
premiers problèmes posés
doiventprésenter
lescaractéristiques
suivantes :- limitation
du problème ;
-
possibilité
de recueillir des donnéesayant
unesignification statistique;
- mesure
quantitative
et évaluation d’alternatives.La décision
quant
au choix dupremier problème
doit êtreprise
par la Direction sur conseil du groupe de recherche.b)
Choix dupersonnel :
Les
ingénieurs français
sortant des Grandes Ecolespossèdent,
engénéral,
une formationscientifique
suffisante pour leurpermettre
departiciper
aux travaux d’un groupe de RechercheOpérationnelle.
Une formationsupplémentaire ayant
trait auxtechniques statistiques
est hautementdésirable.
Mais il est vain de vouloir
entreprendre
un tel travail sansqu’il
y ait au moins unmembre du groupe connaissant
parfaitement
la théorie et lapratique
de la RechercheOpérationnelle,
etqui puisse agir
en conseiller et coordinateur.c) Développement
éventuel de la RechercheOpérationnelle
dansl’entreprise : L’expérience
a montré que si lespremiers problèmes
traités donnaient des résultats intéres- sants, l’efficacité du groupe de RechercheOpérationnelle augmentait
considérablement lors desapplications
suivantes, etplus particulièrement,
des réussitesspectaculaires
étaient obtenues sur desquestions
que le groupe avait lui-mêmeproposées.
L’introduction de la RechercheOpérationnelle
dans une
entreprise
ne doit donc pas être unphénomène sporadique,
mais au contraire, doit êtrel’objet
d’unepolitique
àlong
terme.Les
avantages
de la RechercheOpérationnelle
ne se limitent pas auxproblèmes
étudiés :parmi
les nombreux servicesqu’elle rend,
deux méritent une mentionspéciale :
- introduction dans
l’entreprise
de nouveauxconcepts
et de nouvelles méthodesd’analyse
(statistique,
théorie del’information,
théorie des jeux, théorie ducontrôle, etc...) ;
- découverte et mise en valeur de sources d’information à l’intérieur de
l’entreprise.
Eneffet,
combien de données
éparses
ou enfouies dans unecomptabilité
sansesprit peuvent
ainsi être ras-semblées et utilisées dans l’intérêt de
l’entreprise.
Le
scepticisme, parfois justifié,
des hommes d’affaires tend à diminuer en raison inverse du nombred’applications
connues et réussies.Une des tâches des hommes de science et
ingénieurs
intéressés par la RechercheOpération-
nelle est donc de rendre
publique
leurexpérience
dans ce domaine.BIBLIOGRAPHIE
(I). « Attack your Management Problems by Operations Research », Arthur D. LITTLE, Inc., 30 Memorial Drive, Cambridge 42, Massachusetts, U. S. A.
(2). CROWTHER (J. G.) et WHIDDINGTON (R.) : Science at War, New-York, 1948.
(3). WANSBROUGH-JONES (O. H.) : Operational Research in War ans Peace. 1947.
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(8). CHASE (Stuart) : « Operation Bootstrap » in Puerto Rico, Business Committee on National Policy, 1951.
(9). VON NEUMANN et MORGENSTERN (Oscar) : Theory of Games and Economic Behavior.
(I0). SHANNON (Claude) et WEAVER (Warren) : The Mathematical Theory of Communications.
(II). TUSTIN (Arnold) : Direct Current Machines for Control Systems. Economic Regulation through Control System Engineering.