R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
A. L EROY
La recherche opérationnelle
Revue de statistique appliquée, tome 3, n
o2 (1955), p. 101-108
<
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LA RECHERCHE OPÉRATIONNELLE
par
A. LEROY
Administrateur à l’lnstitut National de la
Statistique
et desÉtudes ~conomiques
Depuis
quelques mois, la RECHERCHE OPERATIONNELLE (R.O.) est par.ticulièrement à l’honneur. Le terme semble avoir définitivement franchi l’Atlan- tique et la Manche. Un Séminaire de l’Institut Henri Poincaré s’y consacre, diffé- rentes revues ont publié de~s articles traitant de cette nouvelle technin.ue qui inté-
resse déjà un certain nombre d’organismes du secteur
public
aussi bien que des entreprises privées.°
Dans ces quelques lignes, M. ~. Leroy en donne un rapide aperçu
général,
complété en annexe par un certain nombre derenseignements
d’ordrepratique
pour ceux qui s’intéresseraient à
cette
question.1. -
DÉFINITION
DE LA RECHERCHEOPERATIONNELLE
. En France, il est devenu en
quelque
sorte de tradition de commencer un ex-posé
sur la RECHERCHE OPERATIONNEL.LE en mettant l’accent sur la difficultéqu’il
y a de la définir. A cesujet,
on cite souvent le Professeur MORSE :"L.a RECHERCHE
OPERATIONNELLE,
écrit-il dans le JOURNAL OF THE OPERATIONS RESEARCH SOCIETY OFAMERICA,
est cequi
est fait par les membres de la Société de RechercheOpérationnelle d’Amérique (O.R.S.A.)
etses méthodes sont celles
préconisées
par le Journal de cette Société".Ceci, qui
constituepeut
être une affirmation valable auxEtats-Unis, peut,
pour nous
Français,
être considéré comme une boutade.D’ailleurs,
le même ProfesseurMORSE,
au début del’ouvrage
que, avec le ProfesseurKIMBAL.L.,
il a consacré à ses
méthodes,
définit ainsi la RECHERCHE OPERATIONNELLE :"Méthode
scientifique qui apour objet
de fournir à l’éxécutif les données quan- titatives relatives aux DECISIONS concernant lesopérations
sous son contrôle".Cette
définition,
vieille dequelques années, garde cependant
sa valeur. Elle a suscité de nombreusesexplications, parfois
desattaques.
Nous verrons tout al’heure,
sinon à lacompléter,
du moins à remarquer ses lacunes; l notons pourl’instant son
avantage, qui
est depréciser
deuxcaractéristiques importantes
dela RECHERCHE
OPERATIONNELLE,
son caractère de méthodescientifique,
etson usage, outil de l’exécutif.
Dès maintenant, nous pourrons grouper les
problèmes
que nous rencontre-rons en deux
catégories ’
*1 - Ceux
qui
ont trait à desopérations
en coursdepuis
unlaps
detemps déjà
assez
grand,
ou suffisamment semblables à desopérations
connuespour qu’on
.
puisse moyennant
certaines retouches le caséchéant,
les y assimiler. On pourra alors fonder son travail sur lesstatistiques
du déroulement del’opération et par-
ler de ’RECHERCHEOPÉRATIONNELLE
STATISTIQUE"2 - Ceux
qui
ont poursujet
desopérations
nouvelles pourlesquelles
on nedispose
pas de résultats surlesquels
onpuisse
établir sonjugement.
Il faut alorsfaire une
prévision
et lesréponses
nepeuvent
être fourniesqu’à partir
d’une ana-lyse
apriori.
Onpeut baptiser
ce cas "RECHERCHEOPÉRATIONNELLE
ANA-LYTIQUE".
2. - PROCESSUS DE LA RECHERCHE
OPÉRATIONNELLE
La résolution de tels
problèmes implique
unappel
à diversestechniques
rele-vant de nombreuses
disciplines.
Il nepeut
y avoir de recettes de cuisines’appliquant
brutalement. C’e st à la fois un de s charmes et une des difficultés de la RECHERCHE OPERATIONNELLE.Cependant
un certain processus se retrouve un nombre suffi- sant de fois pourqu’il
soitpermis,
à son propos, deparler
de méthode.En effet , qu’il s’agisse
de recherchestatistique
ou de rechercheanalytique,
on devra pro-céder,
engénéral,
à un certain nombred’opérations.
. 1 -
L’analyse
desopérations qui permettra
de découvrir les facteursqui
en-trent en
jeu.
2 - La mesure
(ou l’évaluation)
des facteurs en valeur absolue et en valeurrelative,
ainsi que celle de leurs variations et enparticulier,
des fluctuationsaléatoires.
. 3 - La recherche de relations liant ces
facteurs, qui
sera la recherche de fonctionscaractéristiques
dusystème.
4 - L’étude de ces
fonctions,
de leursvariations,
de leurs corrélations.5 - La
présentation
aux "exécutifs" du résultat del’étude,
soit sous forme deproposition
dedécision,
soit sous forme d’unexposé
desavantages
et des incon- vénients des différents modes d’action. Onrépondra
ainsi à laquestion ;
cetteréponse,
tout en étantjustifiée
par les calculs et lesraisonnements,
devraêtreprésentée
sour une formeparticulièrement
claire et débarrassée de cequi peutne
pas être utile à l’exécutif etqui
dans tous les cas, ne fait que nuire à la facilité du texte; enparticulier,
on laissera de côté ledéveloppement
des calculs.Ce processus est le
plus fréquent,
on le retrouve dans desproblèmes
aussidifférents que l’étude du côut de
déchargement
des navires etl’organisation opti-
mum des convois
pendant
la dernière guerre, que citent MORSE et KIMBAL.L..Ces
étapes
successives nécessiterontl’appel
à de nombreux concours; ceque
nous
appellerons
3. - LES OUTILS DE LA RECHERCHE
OPÉRATIONNELLE
La recherche
opérationnelle
fait intervenir de nombreusestechniques,
nousallons essayer d’en citer les
principales :
Certaines relèvent des
mathématiques,
ce sontl’algèbre logique qui permet
de restreindre lechamp
deshypothèses
etl’algèbre matricielle ;
le calcul desprobabilités
et enparticulier
la théorie de l’attente(processus poissoniens)
etl’analyse
factoriellel’analyse statistique
facilite la détermination et la me sure des facteurset permet
de déterminer leurscorrélations ;
elle donne lapossibilité
d’utiliser la théorie des décisions
statistiques
Dans ce même ordre, la théorie desjeux permet
depondérer
les différentes solutions considérées comme des"stratégies"
et de déterminer cellequi
rendra maximum1"’espérance
mathé-matique
dugain"
etqui peut
être une"stratégie
mixte" combinaison deplusieurs stratégies "élémentaires".
Une
quantité
d’autres sciencespermettent
de traiter de nombreuxproblèmes.
Parmi
elles,
l’économie et enparticulier l’économétrie,
labiologie et spé-
cialement
la biométrie, lapsychologie
etparticulièrement
lapsychométrie.
Lasociologie
rend des services avec lespossibilités
que donne la"dynamique
desgroupes".
Les méthodes de ladémographie peuvent
êtreappliquées;
il est sou-vent utile de dresser des "Tables de mortalité" pour des ensembles
qui indiqueront
la durée
probable
de survie del’équipement,
etc... etc...4. - LE CHERCHEUR
OPÉRATIONNEL
Les méthodes et les moyens
ayant
étédéfinis,
il reste à savoir parqui
ilsvont être mis en oeuvre. Il ne semble pas
qu’il
soit souhaitable de faire travaillerun chercheur isolé. En
effet,
d’unepart,
il estimpossible qu’il possède
toutesles connaissances
techniques nécessaires,
dont on a entrevu lavariété ;
dl-autrepart,
laprésence
deplusieurs
chercheurs s’intéressant au mêmeproblème
leurpermet
une confrontation desidées,
une discussionqui
nepeuvent
être que très favorables au travail.Quelles sont les
qualités requises
de lapart
d’un chercheuropérationnel ?
On
exige
de lui avant tout unesprit scientifique,
c’est-à-dire aussi biencapable
de raisonner correctement par déduction que par induction. On lui demande aussi la faculté de
s’adapter
pour luipermettre
de passer d’unproblème
à un autre sansperdre trop
detemps.
Il faut aussi, et c’est une conditionessentielle, qu’il
sachese taire,
garder
un secret. Ceci est une conditionprimordiale
car, de cetteapti-
tude
dépend
la confiance que l’onpeut
mettre dans sa personne, et des facilités derenseignement qui
lui seront accordées.Ceci
étant,
peuimporte
sa formationd’origine.
Lemathématicien,
le biolo-giste
et lephysiologiste
sont aussi utilesl’unque
l’autre. D’unepart
lesquestions
soumises à un groupe sont suffisamment variées pour que des personnes de
spécia-
lités différentes trouvent leur
emploi;
d’autrepart,
leproblème, quel qu’il
soit ,sera d’autant mieux étudié
qu’il
sera vu avec des yeux différents :pendant
lader- nière guerre, les Sciences Naturelles ont fourni un nombre assezgrand
d’excel-lents chercheurs à la Marine américaine. De même, les statisticiens seront des
plus
utiles, àconditionqu’ils
ne fassent pas de lastatistique
pour lastatistique
etne se
contentent pas d’aligner des
séries etde les retourner sous toutes leurs faces.D’autre
part,
si dans un groupe de RECHERCHEOPÉRATIONNELLE,
il estsouhaitable et même nécessaire
qu’il
y ait unspécialiste
de laquestion étudiée,
àla fois pour assurer la liaison entre le
Groupe
et les autres éléments del’organi- sationqui l’utilise, et pour renseigner
les chercheurs sur lespoints spéciaux qu’ils
auront à rencontrer, il
estbonque
leGroupe
comprenne unemajorité
de personnesétrangères
à cettespécialité. Ainsi,
on atteint uneplus grande objectivité,
et l’onpeut
admettre que le chercheuropérationnel
ne sera pasgéné
par des idéespré-
conçues. Ce
qui
n’exclut pas que le chercheur doive étudier avec soin le fonction- nement del’organisme
avant de poser toutdiagnostic.
Quant à la formation du chercheur
opérationnel, il
ne semble pasqu’il
failleprendre
lesjeunes
au début et chercher à enfaire
tout de suite des chercheursopérationnels.
Il vaut mieux s’adresser à des personnesdéjà
formées à la mé-thode
scientifique.
D’unepart,
on a unavantage
en réalisant une économie ..Mais surtout on sait que les personnes à
qui
on s’adressepossèdent
unesprit apte
au raisonnement
scientifique
et on diminue lerisque
de "ratés".Enfin,
il est diffi-cile de donner un
enseignement complet
de RECHERCHEOPÉRATIONNELLE, laquelle
nepeut guère s’apprendre
que par lapratique.
En
effet,
il semble que le meilleurmoyen de
former un chercheuropérationnel
soit de
prendre
unjeune
de formationscientifique
et de le mettre toutsimplement-
"dans le
bain",
sous le contrôle d’un chercheurexpérimenté.
Il sera bon de com-mencer par l’atteler à un
problème simple, classique
si l’onpeut dire, qui
le mettra tout de suite en contact avec les
réalités,
sans pour cela le noyer dans des difficultéspeut
être insurmontables. Ceci sera très efficacementcomplété
par l’assistance à des Séminaires où d’autres chercheurs
opérationnels, plus
an-ciens,
viendront exposer à la fois leurs travaux dans des domainesthéoriques
intéressant la RECHERCHE
OPÉRATIONNELLE
et leurexpérience pratique.
Il faut aussi noter
qu’il
sera souhaitable que des conférences d’information soient faites auxdirigeants
et aux cadres desentreprises
et desorganismes
de-vant utiliser la RECHERCHE
OPÉRATIONNELLE
afin de les familiariserquelque
peu avec ces
techniques
nouvelles et de leur en faire connaitre lespossibilités.
5. - LA PLACE - L’UTILISATION ET LES LIMITES DE LA
RECHERCHE OPÉRATIONNELLE
Les nombreuses
qualités requises
de tout bon chercheuropérationnel
en fontpeut
être un"objet rare",
il esttoujours
bon de savoir àquoi
onpeut
l’utiliser.Les
problèmes
du ressort de la rechercheopérationnelle
Il est difficile d’en dresser une liste, même peu facile de dire a
priori
que tellequestion peut
être de lacompétence
de la rechercheopérationnelle.
Enfaitil semble que "TOUT
PROBLÈME
DEDÉCISION
QUINÉCESSITE LA CONNAIS-
SANCE DE FACTEURS COMPLEXES OU QUANTIFIABLES ET
L’ÉTUDE DE
RELATIONS ENTRE CES FACTEURS, PEUT SINON
ÊTRE RÉSOL~Uy
DU MOINSABORDÉ
PAR LA RECHERCHEOPÉRATIONNELLE".
C’est ainsi que,pendant
la dernière guerre, les
Groupes
de la Marine et de l’Armée américaines ont eu à traiter deproblèmes
aussi différents que larépartition optimum
des robinets af- fectés aulavage
desgamelles
dans les camps militaires etl’organisation
desconvois ou leur taille
optimum.
Dans certains cas, on devra chercher une solution par des
procédés analyti-
ques, en raisonnant
parfois
sur des modèlessimplifiés
serapprochant
deplus
enplus
de la réalitéjusqu’à
cothcider avec elle. Dans d’autres on devra construire des modèlesstochastiques,
faire desexpériences
au hasard pour déterminer les relations fondamentales dusystème.
Souvent, le travailseraplus simple
et il s’a-gira
de tirerparti
destatistiques.
Mais, dans tous les cas, la
réponse
devra être unesolution, approchée peut-
être, duproblème réel,
et non une solution exacte d’uneapproximation
duproblème.
La
place
de la rechercheopérationnelle
Des
questions
du ressort de la RECHERCHEOPÉRATIONNELLE peuvent
seposer à différents échelons de la
hiérarchie; néanmoins,
il est souhaitable que la R.O. prenne d’abordplace
au stade leplus
élevé car les instructions données ace niveau déterminent les cadresgénéraux
des décisionsqui
serontprises
par les exécutifs subordonnés. Il est donc souhaitable que l’établissement de ces ordres soit entouré du maximum deprécautions
et que, enconséquence,
laRECHERCHEOPÉRATIONNELLE,
dans les limites desonefficacité, participeà leur élaboration.
Ainsi
l’expérience
a montré que laprésence
constante d’un chercheuropéra-
tionnel aux délibérations de
l’Etat-Major,
ou du Conseil d"Administration nepouvait avoirqued.’heureusesconséquences.
Eneffet, bienfaite,
la RechercheOpération-
nelle est
plus qu’un instrument passif;
le chercheur doit non seulement travaillersur commande, mais aussi rechercher lui-même
quels
sont lesproblèmes qu’il
serait interessant de considérer sous
l’angle
de la RECHERCHEOPÉRATION-
NELLE, avant mêmequ’ils
lui soient soumis. Cequi
nécessite que, enplus
desqualités déjà énumérées,
le chercheur soit doté d’unesprit critique
exercéqui
luipermette
de discernerparmi
ceux desproblèmes qu’il
remarque,lesquels
occa-sionneraient un
gaspillage
de force inutile.Mais la
présence
de la RECHERCHEOPÉRATIONNELLE
à l’échelon leplus
élevé
n’empêche
pas, bien au contraire, l’existence degroupes
à des stades in- férieurs(par exemple
l’existenced’unGroupe auprès
de l’Administration Centrale desCharbonnages
de France, ne serait pasincompatible
avec l’établissement d’unGroupe auprès
de la Direction d’un desBassins).
Ceci serait même souhaitable pour assurerl’homogénéité
de s base s de s décisions concernant lage stion
de l’or-ganisation.
Cette coexistencepermettrait
en outre des rotations dans leséquipes qui pourraient
avoir une vue d’ensemble desproblèmes
et les considérer à travers desoptiques
différentes. Dans tous les cas, il sera d’ailleurs souhaitable que les chercheurs aillent se rendrecompte
sur le terrain et voient de leurs propres yeux les éléments de leur travail. Ainsi, dans l’étude des conditionsd’exploitation
d’unemine, il sera souhaitable que les chercheurs
opérationnels
descendentplusieurs
fois et ne se contentent pas d’une étude en chambre.
La
composition
du groupe et saplace
dans lahiérarchie
Nous avons vu
qu’il
était souhaitable que leGroupe
comprenne deschercheurs
de formations diverses. Aux Etats-Unis, il n’est pas rare de rencontrer, à côté des
scientifiques proprement
dit, deslittéraires,
enparticulier des
historiens et desphilosophes, possèdant cependant quelques
notions demathématiques.
Pour une tâche
donnée,
lacomposition
duGroupe
pourra varier :ainsi,
ilsera nécessaire que, si les facteurs humains
jouent
ungrand
rôle dans un cas dé-terminé,
unpsychologue
soitadjoint
aux chercheursopérationnels
ou même fassepartie
duGroupe.
Le
Groupe
doit-il être hiérarchisé? Il semble que non pour que les chercheurspuissent
conserver leurpleine indépendance d’esprit.
Mais, pourqu’il
y ait de l’ordre, pour éviter toute"pagaie",
il serabon,
pourchaque étude,de désigner
unresponsable qui
devra coordonnerplus
quediriger.
Si leGroupe
de RechercheOpérationnelle
est affecté de manièrepermanente
àun organisme déterminé,
cettedésignation
pourra avoir un caractèrepermanent,
mais il estimpossible
de fixerune
règle générale,
nonplus
que de déterminer les critèresprésidant
à cechoix,
et ses modalités.
D’autre part, il faudra résoudre un
problème qui, malgré qu’il
semble secon- daire, ne doit pas êtrenégligé.
Ils’agit
du rang que l’on va attribuer aux cher- cheurs dansl’entreprise qui
lesemploie.
Il faut que le chercheur bénéficie d’unegrande indépendance d’esprit,
il faut d’autre partqu’il n’impressionne
pas défavo- rablement lesemployés
et les ouvriersqu’il
va devoirintérogger.
Ceciimplique
pour le chercheur une
place
un peuspéciale, en
dehors de lahiérarchie,
maisqui
lui confère les
avantages
et les devoirs des cadressupérieurs auxquels
leur for-mation et leur rôle
permet
lacomparaison.
Les
possibilités d’emploi
de la RECHERCHEOPÉRATIONNELLE
Si ces
quelques lignes
ontessayé
de montrer cequ’est
la RECHERCHEOPÉ- RATIONNELLE,
elles ont réussi à faire remarquerqu’il
fallait mettre enjeu
uneorganisation
assez coûteuse. Il fautplusieurs
personnes, un matérielquelquefois
cher. Seules
quelques grandes entreprises, quelques
administrations centrales semblent être à même de s’assurer le concourspermanent
d’unGroupe
de Re-cherche
Opérationnelle :
pour elles, se posera leproblème
de la mise enplace
du
Groupe
et de la formation des chercheurs. Pour les autres, il faudraqu’elles
fassent
appel
à desorganismes spécialisés,
comme ceuxqui
existent aux Etats-Unis et
qui peuvent
résoudre unproblème
déterminé à la demande d’une entre-prise quelconque.
Mais dans ce cas, uneorganisation
désirant utiliserfréquem-
ment la R.O. mais ne
pouvant posséder
son propreGroupe
aurait intérêt semble-t-il à s’attacher tout au moins les services d’un chercheuropérationnel qui pourrait
rechercher les
problèmes,
les proposer à la Direction et travailler ensuite enliaison avec le
Groupe chargé
de faire l’étude.Les limites de la RECHERCHE
OPÉRATIONNELLE
Où commence la Recherche
Opérationnelle,
où se termine-t-elle? Ce sont là deuxquestions particulièrement
embarrassantes.A partir de quel
momentpeut-on
dire
qu’il
y a rechercheopérationnelle?
Uneentreprise disposant
d’unGroupe
de R.O. aura tendance à l’utiliser leplus possible
et lui confiera souvent des travauxrelevant
plutôt
d’un Bureau de calcul et d’Etude s. A notreavisiln’ya.
RECHERCHEOPERATIONNELLE qu’à partir
du* moment où l’étude est faite en vue d’uneDÉCISION
Onpeut
faire du contrôle de fabrication trèsscientifiquement
sans fai-re de recherche
opérationnelle,
mais àpartir
du moment où l’on fait cette étude pourpréparer
une décision telle que des modifications dematériels,
on fait de la RECHERCHEOPÉRATIONNELLE,
ouplutôt,
on commence à enfaire,
et on con-tinuera
en cherchant,
dans ce casd’espèce, quel est, parmi les
matériels utilisables etdisponibles
celuiqui
est leplus
rentable .pour la fabrication considérée. Mais où s’arrête la RECHERCHEOPÉRATIONNELLE,
doit-elle être considérée comme unepanacée capable
desuppléer
et deremplacer
les chefsqui prennent
une déci-sion, tout comme la machine s’est substituée à l’homme ?. Certains
auront peut-
être tendance en effet à
grossir
sonimportance.
Les machines de la RAND COR- PORATIONpeuvent jouer
à lapetite
guerre, et àpartir
de donnéesreprésentant
des forces en
présence,
déterminerle "vainqueur";
alors,on pourrait
se deman- der àquoi
serviront les.Etats-Majors.
Cetteopinion
nous semble devoir êtrecondamnée,
car la rechercheopérationnelle
nepeut
fairequ’une
étudepréalable,
déterminer un
optimum
maisqui,
pour des raisons que le chercheuropérationnel
ne
peut
que difficilement ou même ne peut pas faire intervenir ne sera pas forcé-ment choisi; elle
prépare
laDÉCISION
lafacilite,
mais elle DOIT LAISSER AU CHEF le soin de décider. Si nous prenonsl’exemple
cité par MORSE et KIMBALL duproblème
de l’armement anti-aériendes navires marchands circulantisolément,
nous trouverons une illustration de ces
quelques lignes :
l’armement anti-aérien de ces navires était coûteux(prix
des canons,équipage supplémentaire,place.
perdue, etc...),
le nombre d’avions ennemis abattus était peuélevé; une
dis- cussion était ouverte pour savoir s’ilne convenait pas
desupprimer
cet armement,on eut recours à la Recherche
Operationnelle.
Mais, même si elle avait établi que le coût de cet armement étaittrop
élevé pourson utilité, l’Amirauté,
n’aurait ce-pendant
pas forcémentpris
la décision de lesupprimer
en raison de son influencéesur le moral des
équipages
et des passagers,influence qu’il
aurait pu êtreimpos-
sible, pour des raisonstechniques,
de faire intervenir dans le calcul. Leproblème
ne se posa pas car la RECHERCHE
OPÉRATIONNELLE
montra que le rendement sustifiait le coût, letonnage
coulé étant diminué dans de notablesproportions.
Alors, dira-t-on,
iln’y
a riende nouveau dans laRECHERCHEOPÉRATION - NELLE,
il y alongtemps
que l’on fait des études de ce genre;l’organisation scientifique
du travail, les études demarchés,
les études deprix,
tout le calculéconomique ?
6. - NATURE ET
ORIGINALITÉ
DE LA RECHERCHEOPÉRATIONNELLE
Nous croyons que l’on
peut cependant
y voirquelque
chose de nouveau. Toutd’abord,
son caractère réellementscientifique,
au sens propre du mot.Depuis plusieurs
années le mot"scientifique"
est à lamode,
encore que"cybernétique"
et
"atomique"
le concurrencentdangereusement,
en attendant"cosmique".
Etl’on
baptise
ainsibeaucoup
de chosesqui
ne le sontguère.
On a vu la faillite com-plète
de certaines tentativesd’Organisation Scientifique qui
n’avaient de scienti-fique
que leur raison sociale.Il y a aussi,
l’appel,
à desdisciplines
variéesqu’elle fait : jusque là,
écono- mistes,ingénieurs
travaillaient chacun dans leur coin, seméprisant
ous’ignorant
souvent l’un l’autre. Les
Groupes
de RechercheOpérationnelle
ont réussi à faire la liaison, et sur leterrain,
si l’onpeut
dire. C’estdéjà beaucoup.
Ajoutons
son utilitéimmédiate,
le chercheuropérationnel
n’a pas à faire debelles études
théoriques,
intéressantes maisqui
finiront dans les archives et neserviront
qu’à
faire féliciter l’auteur et encore pastoujours ...
Une étude deRECHERCHE
OPÉRATIONNELLE
est, enprincipe,
faite en vue d’une utilisationpratique.
Terminons par son caractère
systématique.
LeGroupe
de RechercheOpé-
rationnelle aborde tout
problème
à lui soumis, avec unesprit scientifique objectif
et cherche une solution dans cette voie. Il refuse en
principe
de se fier àson flair.
Ainsi, si ses méthodes ne sont pas
nouvelles,
il reste quela Recherche Opé-
rationnelle telle que nous l’entendons
présente
un caractère indéniable de nouveauté . La RechercheOpérationnelle
est un tout,peut-être,
elle existesûrement,
où laplacer?
Est-ce une science? s’est-ondéjà
demandé àplusieurs reprises.
En
Français,
tout au moins, le mot nous sembledéplacé, LITTRÉ
sera notreréférence. La science est un
"ensemble, (un) système de connais sance-sur une
matière... Au
point
de vuephilosophique,
cequi distingue
l’art de la science c’est que la science nes’occupe
que de cequi
est vrai sans souci de cequi peut
être utile et
appliqué. L’agriculture
estunartqui s’appuie
sur diverses sciences : l’histoire naturelle, lagéologie,
la chimie. A un autrepoint
de vue, la scienceconsiste surtout dans la
théorie, l’abstraction,
et l’art dansl’application,
la pra-tique.
Larhétorique
est._la sciencequi
traite d’un artqu’on appelle l’éloquence".
Cette définition nous
paraît s’appliquer remarquablement
à la RECHERCHE OPERATIONNELLE. C’est un artqui s’appuie
sur de nombreusessciences, qui
ases
techniques.
Nous croyonspouvoir lacomparer
à la médecine. Comme celle-cise fonde sur la
biologie,
lachimie, etc...,elle s’appuie
sur des sciences bénéfi-ciant de leurs
progrès
et même lesencourageant.
Sa connaissance et son utilisation par l’exécutif assureront une base
plus
solide auxDÉCISIONS, et
amélioreront lesrésultats de
l’action. Mais, comme on l’a dit pour lacybernétique,
"étantjeune, (elle)
est curieuse de tout et touche à tout"(1).
Peut-être des maladresses seront-elles commises,peut-être
certainsvoudront y voir un substitut de
l’esprit
de l’homme.’ Ceux-là vonttrop
loin et ris-quent
fort de discréditer cequ’ils
veulent louer. Il n’en reste pas moins que la RECHERCHE OPERATIONNELLEprendra
vraisemblablement uneplace impor-
tante dans les moyens de décision de demain.
Paris, mars
1955.
(1)
G. Th GUILBAUD - LaCybernétique -
Coll. Que sais-je - PUFA. - BIBLIOGRAPHIE
1. -
Ouvrages
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KIMBALL,
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Research toindustry (Opérations
Research Office. The JohnHopkins
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Manchester Joint Research Council :
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Joseph
F. Mc CLOSKEY et Florence N. TREFETHEN(Editors). Opérations Re-
search for
management (The John Hopkins Press;Bal-
timore
18, Maryland, U.S.A.).
2.- Revues
U.S.A. - Journal of the
Operations
ResearchSociety
of America édité par l’O. R. S. A.GRANDE -BRET AGJ’1E’ - Operational
ResearchQuarterly (trimestriel)
edité par l’O.R.S.FRANCE - Bulletin du Séminaire de Recherche
Opérationnelle
de l’I. S. U. P.Revue de
Statistique Appliquée :
-.Ch. SALZMANN ’ "La Recherche
Opérationnelle" (vol.II, n°2)
G. KREWERAS "L.a mise en
équations
duproblème
des stocks"(vol.
III.n ° 1 )
E.MAL.JNVAUD . "Introduction à l’étude des programmes linéaires"
(à
pa-raitre)
R. HENON ’ "La
gestion
des stocks"(à paraitre)
G. PILE ’ "Etude des délais d’attente des avions à
l’atterrissage" (à paraitre)
B. -
DÉVELOPPEMENT
DE LA RECHERCHEOPÉRATIONNELLE
Nous pensons que le lecteur sera intéressé par les
quelques renseignements
suivants sur les différents
organismes
de RechercheOpérationnelle
existant dans le Monde.1 - Association
"pour
ledéveloppement"
de la RechercheOpérationnelle
U.S.A.
0. R. S. A. - Operations
ResearchSociety
of America - BusinessManager :
NorvellE. Miller,
III MontRoyal
and Guilford Avenues, Baltimore 2 -Maryland -
U.S.A.GRANDE-BRETAGNE : -. 0. R. S. -
OperationalResearchSociety,
11 Park L-ane, L.ondre s. W 1.FRANCE Séminaire de Recherche
Opérationnelle
de 1’1.5. U.P. ,à_l’Institut HenriPoincaré,
11 Rue PierreCurie,
Paris 5 ° .2 - Séminaires de Recherche
Opérationnelle :
Différentes Universités Américainespossèdent
des "Séminaires de RechercheOpérationnelle".
Citons :Case Institute of
Technology,
ColumbiaUniversité,
The JohnHopkins
Univer-sity,
Massachussets Institute ofTechnology, Pennsylvania
StateCollège, University
of Illinois.Il en est de meme enE SPAGNE
(Université
deMadrid)
en GRANDE -BRE TAGNE(en particulier
à l’Université deBirmingham)
auJAPON,
en ALLEMAGNE etaux INDES.
3 - Un certain nombre
d’organisations
de RechercheOpérationnelle
mettent leurs servi-ces à la
disposition d’entreprises
nepossèdant
pas en propre leurGroupe
de Recherche