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Reconnaissance des émotions en fonction du contexte : la cas de l'expression de peur

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Academic year: 2022

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Master

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Reconnaissance des émotions en fonction du contexte : la cas de l'expression de peur

KOHLER, Naomi Indira

Abstract

Notre étude tente de reproduire dans une population occidentale le pattern de reconnaissance d'une expression de peur des tribus indigènes étudiées par Crivelli, Russell, Jarillo, & Fernández-Dols (2016c). Nous pensions qu'en manipulant un contexte pour modifier les tendances à l'action possibles dans celui-ci, nous pourrions induire une reconnaissance de la colère lors d'une présentation d'une expression de peur. Pour ce faire, nous avons présenté des scènes, permettant la fuite ou non, derrière des expressions faciales émotionnelles, afin d'influencer les tendances à l'action possibles. Les participants devaient alors juger sur des échelles indépendantes les émotions et les intentions sociales qu'ils percevaient dans les expressions présentées. Notre étude n'a pas permis de valider notre hypothèse car nous n'avons pas retrouvé le pattern de reconnaissance que nous voulions reproduire. Cependant d'autres effets retrouvés montrent l'importance et les limites de la méthodologie utilisée dans des recherches qui s'intéressent à la reconnaissance des expressions émotionnelles.

KOHLER, Naomi Indira. Reconnaissance des émotions en fonction du contexte : la cas de l'expression de peur. Master : Univ. Genève, 2019

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:123388

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RECONNAISSANCE DES EMOTIONS EN FONCTION DU CONTEXTE : Le cas de l’expression de peur

MEMOIRE REALISE EN VUE DE L’OBTENTION DE LA MAITRISE UNIVERSITAIRE EN PSYCHOLOGIE

PSYCHOLOGIE CLINIQUE INTEGRATIVE PSYCHOLOGIE AFFECTIVE

PAR

Naomi Indira Kohler

Directeur du mémoire David Sander

Jury

Marcello Mortillaro Christian Mumenthaler

Lieu, mois, année Genève, 15 juin 2019,

Université de Genève

Faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation Section de psychologie

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RÉSUMÉ

Notre étude tente de reproduire dans une population occidentale le pattern de

reconnaissance d’une expression de peur des tribus indigènes étudiées par Crivelli, Russell, Jarillo, & Fernández-Dols (2016c). Nous pensions qu’en manipulant un contexte pour modifier les tendances à l’action possibles dans celui-ci, nous pourrions induire une

reconnaissance de la colère lors d’une présentation d’une expression de peur. Pour ce faire, nous avons présenté des scènes, permettant la fuite ou non, derrière des expressions faciales émotionnelles, afin d’influencer les tendances à l’action possibles. Les participants devaient alors juger sur des échelles indépendantes les émotions et les intentions sociales qu’ils percevaient dans les expressions présentées. Notre étude n’a pas permis de valider notre hypothèse car nous n’avons pas retrouvé le pattern de reconnaissance que nous voulions reproduire. Cependant d’autres effets retrouvés montrent l’importance et les limites de la méthodologie utilisée dans des recherches qui s’intéressent à la reconnaissance des expressions émotionnelles.

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Déclaration sur l’honneur

Je déclare que les conditions de réalisation de ce travail de mémoire respectent la charte d’éthique et de déontologie de l’Université de Genève. Je suis bien l’auteure de ce texte et atteste que toute affirmation qu’il contient et qui n’est pas le fruit de ma réflexion personnelle est attribuée à sa source ; tout passage recopié d’une autre source est en outre placé entre guillemets.

Genève, le 15 juin 2019

Prénom, Nom Naomi Indira Kohler

Signature :

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Remerciements

Mes remerciements vont à toutes les personnes qui ont contribué au bon déroulement de ce projet. Je tiens à remercier en particulier :

David Sander et Marcello Mortillaro pour m’avoir supervisée et encouragée au cours de ces années, ainsi que de leurs conseils et relectures sur ce mémoire.

Lucas Tamarit pour ses conseils afin de pouvoir créer mes stimuli.

Yoann Stussi pour son aide concernant la plateforme Sona system et la gestion de mes participants.

Lavinia Wuensch pour m’avoir aidée au niveau méthodologique et conseillée dans les analyses statistiques.

Je remercie toutes les personnes qui m’ont aidée à développer mon étude par leurs feedbacks sur le déroulement de l’expérience en ligne, et un grand merci va également à tous les

participants qui ont pris part à mon étude.

Finalement, je voudrais exprimer ma reconnaissance envers mes proches, amis et collègues qui ont su me soutenir tout au long de ce parcours.

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1 Introduction ... 8

2 Apport théorique ... 11

2.1 Études récentes de Crivelli et collaborateurs ... 11

2.2 Importance du contexte dans la reconnaissance émotionnelle ... 13

2.3 Apport des théories de l’appraisal ... 16

2.4 Question de recherche ... 19

3 Méthodologie ... 21

3.1 Données démographiques ... 21

3.2 Création des stimuli ... 21

3.2.1 Sélection des images de contexte ... 21

3.2.2 Sélection des images de visages ... 22

3.2.3 Assemblage des stimuli... 23

3.3 Montage de l’expérience sur Qualtrics... 24

3.4 Procédure ... 24

4 Résultats... 26

4.1 Résultats sur notre hypothèse ... 26

4.2 Résultats complémentaires ... 27

5 Discussion ... 39

5.1 Retour sur notre hypothèse ... 39

5.2 Retour sur les résultats complémentaires ... 42

5.3 Critiques de notre expérience ... 43

5.4 Conclusion ... 44

5.5 Perspectives futures ... 45

Bibliographies ... 47

Annexes... 55

1. Tableau de données du pré-test ... 55

2. Exemple de stimuli ... 58

3. Formulaire de consentement ... 59

4. Questionnaire démographique ... 62

5. Set d’émotions et d’intentions sociales ... 63

6. Consignes de l’expérience ... 64

7. Débriefing de l’expérience ... 65

8. Tableaux des données descriptives ... 66

9. Résultats complémentaires bis ... 76

10. Tableaux des ANOVAs ... 77

11. Tableaux des moyennes ... 97

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a. Bloc ... 97

b. Contexte ... 97

c. Genre ... 98

d. Expression ... 99

12. Tableaux des contrastes ... 102

a. Contexte ... 102

b. Bloc ... 105

c. Contexte pour le bloc « Crivelli » ... 106

13. Lien pour les annexes supplémentaires ... 108

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1 Introduction

Encore de nos jours, une question fondamentale se pose dans le domaine de la recherche en psychologie des émotions : la reconnaissance des émotions est-elle universelle ou existe-t-il des différences dans les processus sous-jacents pouvant être particuliers selon certaines cultures ?

En effet, il est communément accepté que nos expressions faciales véhiculent les états émotionnels dont nous sommes sujets (Ekman, Sorenson, & Friesen, 1969 ; Frijda, 2000 ; Hwang & Matsumoto, 2015). Mais dans le domaine de la reconnaissance des expressions faciales deux grandes visions s’opposent : celle prônant l’universalité de la reconnaissance des émotions, prenant source dans les travaux d’Ekman notamment (Ekman & Friesen, 1971 ; Ekman et al., 1987 ; Ekman et al., 1969), et celle en faveur de différences entre cultures, notamment avec les récents travaux de Crivelli et collaborateurs (Crivelli, Russell, Jarillo, & Fernández-Dols, 2016c). La question-même de l’universalité renvoie donc à un débat afin de savoir si la reconnaissance des émotions aurait évolué phylogénétiquement avec des catégories d’émotions basiques, et serait inscrite dans nos gênes, penchant donc pour la théorie universaliste, ou si la reconnaissance des émotions a pu évoluer en parallèle de l’évolution du langage et pourrait donc donner lieu à différentes conceptualisations selon la culture (Fernández-Dols & Crivelli, 2015). Pour pouvoir conclure d’une universalité de la reconnaissance des émotions, il faudrait alors que toutes les cultures partagent les mêmes concepts reliés aux différentes expressions émotionnelles et que les catégories émotionnelles auxquelles ces différentes expressions émotionnelles sont attribuées soient les mêmes partout.

Dans le but de démontrer cela, certains chercheurs ont essayé de mener des études au travers de différentes cultures. Dans ses expériences, Ekman a voulu montrer que même des cultures qui ne s’étaient jamais connues pouvaient reconnaître les expressions faciales émotionnelles l’une de l’autre, démontrant ainsi une universalité de cette reconnaissance des expressions. Ekman et ses collègues ont donc conduit différentes études dans des tribus isolées de Nouvelle-Guinée, n’ayant jamais eu contact avec des cultures occidentales (Ekman

& Friesen, 1971 ; Ekman et al., 1969). Dans leur première étude, ces chercheurs ont démontré que les tribus isolées reconnaissaient de manière fiable, au-dessus du seuil de chance, les expressions faciales de participants occidentaux, et que dans leur deuxième étude, de la même façon, des participants américains n’ayant jamais été en contact avec ces tribus de

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Nouvelle-Guinée pouvaient reconnaître les expressions faciales émotionnelles réalisées par les membres des tribus. Ces résultats démontraient alors pour Ekman l’universalité de la reconnaissance des expressions des six émotions de base (i.e. colère, joie, tristesse, peur, dégoût, surprise), vu qu’elle ne pouvait pas dépendre d’un apprentissage commun de

catégorisation d’émotions comme les deux groupes culturels ne s’étaient jamais vus. Depuis ces travaux, d’autres ont pu répliquer ces résultats (Ekman et al., 1987 ; Matsumoto, Yoo, &

Nakagawa, 2008). Ainsi, il semblerait que, pour une partie des chercheurs, il semble possible de s’accorder sur une universalité de la reconnaissance des expressions, car les catégories utilisées pour classifier les émotions, les émotions basiques, sont retrouvées au travers de différentes cultures.

Cependant, ces résultats n’expliquent pas pourquoi, si les expressions sont

universelles, les cultures restent différentes dans leurs scores de reconnaissance malgré qu’ils soient au-dessus d’un seuil de chance et n’ont pas un degré d’accord extrêmement fort (Parkinson, 2005). De plus, les résultats comportent des erreurs méthodologiques rendant les résultats difficilement interprétables et dépendants fortement de l’exposition des autres groupes culturels à la culture occidentale malgré tout (voir Russell, 1994).

Récemment, une part croissante des études cross-culturelles sur la reconnaissance des expressions faciales ont trouvé des résultats en contradiction avec les études mentionnées auparavant (Bjornsdottir, Tskhay, Ishii, & Rule, 2017 ; Caldara, 2017; Chen & Jack, 2017 ; Gobel, Chen, & Richardson, 2017 ; Jack, Garrod, Yu, Caldara, & Schyns, 2012). Plus précisément, ces études démontrent d’un effet selon l’ethnie des participants, avec des

différences dans la reconnaissance des expressions faciales entre des populations occidentales et orientales, notamment. En particulier, il est supposé que les différentes cultures n’aient pas les mêmes catégories d’émotions de bases pour pouvoir classifier les expressions

émotionnelles, et que ces catégorisations soient fortement influencées dans leur évolution par les pratiques sociales respectives à chaque groupe culturel (Jack & al., 2012).

Comme nous pouvons le voir grâce aux quelques études rapportées jusqu’ici, le débat sur la théorie universaliste de la reconnaissance des émotions n’est de loin pas clos, et

d’autres études sont encore nécessaires pour pouvoir présenter plus d’arguments pour une vision ou l’autre.

Dans ce travail, avec en tête la question de l’universalité de la reconnaissance des expressions émotionnelles, nous allons donc nous pencher plus intensément sur les résultats des études de Crivelli et al. (2016c), qui concluent d’une reconnaissance des émotions

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comme culturelle. Notre étude portera notamment sur la possibilité de retrouver les mêmes résultats que Crivelli et al. (2016c) dans une population occidentale. Pour cela, nous étudierons les différents aspects autour de la reconnaissance des émotions qui peuvent influencer celle-ci, ainsi que l’apport des théories de l’évaluation cognitive dans l’interprétation des différences dans la reconnaissance des émotions.

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2 Apport théorique

2.1 Études récentes de Crivelli et collaborateurs

Dans leurs travaux, Crivelli et collaborateurs ont remis en question un panel d’études réalisées allant dans le sens d’une théorie universelle de la reconnaissance des expressions émotionnelles basée sur les émotions basiques (Crivelli & Fridlund, 2018 ; Crivelli, Jarillo, Russell, & Fernández-Dols, 2016b). En effet, les auteurs mettent d’abord en doute les procédés méthodologiques de ces études, par exemple au niveau des traductions des items dans les dialectes des tribus, mais aussi le taux de reconnaissance dans les résultats, sachant que seule l’émotion de joie était associée avec consistance à l’expression faciale de joie, tandis que les autres expressions n’étaient parfois pas loin du seuil de hasard dans leur reconnaissance. Les auteurs pensent que les participants des tribus n’auraient donc pas reconnu les émotions en tant que telles, mais se seraient alors plutôt basés soit sur un aspect dimensionnel pour pouvoir juger les émotions depuis les expressions faciales, soit sur les tendances à l’action, soit sur l’évaluation de la situation, et auraient ainsi procédé à

l’élimination des propositions ne correspondant pas à ces aspects de l’expression présentée.

Les auteurs rapportent d’ailleurs que lorsque nous nous penchons plus précisément sur les confusions faites par les tribus, il est visible que celles-ci sont consistantes entre des émotions de même valence, ce qui donnerait un support à la théorie dimensionnelle de Russell (Sander, 2013), mais pas à celle universaliste.

Crivelli et collaborateurs ont réalisé deux études dans des tribus de Papouasie Nouvelle-Guinée afin de tester la thèse de la reconnaissance universelle (Crivelli et al., 2016c). Il est utile de préciser qu’afin de s’assurer de minimiser certains biais

méthodologiques dus à la langue et les us-et-coutumes de ces tribus, une phase exploratoire a été réalisée avec des anthropologues, permettant d’approcher et de comprendre le mode de vie de cette culture étrangère, et de maîtriser leur langage, afin de contrôler cette dimension dans la traduction des choix de réponses (Crivelli, Jarillo, & Fridlund, 2016a).

Dans la première étude, des adolescents des tribus de Papouasie Nouvelle-Guinée se retrouvaient face à des photographies posées au sol de visages d’une femme exprimant 6 émotions (joie, tristesse, colère, peur, dégoût, neutre) et une croix noire pour « autre visage non présent ». L’expérimentateur assignait aléatoirement les participants dans deux

conditions, une première concernant les émotions (joie, tristesse, colère, peur, dégoût) et une seconde concernant les intentions sociales (invitation sociale, protection, menace,

soumission, rejet) véhiculées par les visages. L’expérimentateur donnait donc les instructions

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comme suit dans le langage natif des différents participants : pour la condition des émotions, les instructions étaient « Imagine que tu vois cette fille ressentir X (par exemple, de la colère). Touche avec ta main où le visage exprime X », et pour la condition des intentions sociales « Imagine que tu vois cette fille te dire X (par exemple, « recule ou je vais

t’attaquer »), touche avec ta main le visage qu’elle fait. ». Les participants devaient alors pointer un des visages, parmi les 6 présentés et la croix noire, qui allait avec le label présenté oralement par l’expérimentateur, ou répondre qu’ils ne savaient pas la réponse. Au total, les participants réalisaient 5 essais, un pour chaque catégorie d’émotion (par exemple, peur) ou d’intention sociale (par exemple, soumission), avec les visages présentés mélangés de façon randomisée à chaque essai. Les résultats montrent que les participants attribuent

généralement les émotions et les intentions sociales aux visages correspondants, mais dans des proportions sensiblement plus basses à celles retrouvées généralement dans des

populations occidentales. Également, les visages de peur étaient systématiquement plus souvent mal attribués au label correspondant à la colère qu’à celui de peur ou de dégoût, et au label correspondant à la menace qu’à celui de soumission, ce qui est un résultat inattendu.

La deuxième étude, réalisée afin de répliquer les résultats surprenants de la première étude dans un nouvel échantillon et avec une nouvelle méthode, comprenait des participants adolescents des tribus de Papouasie Nouvelle-Guinée, ainsi que des participants contrôles, des adolescents d’Espagne. Leur tâche était de sélectionner un visage, parmi 4 visages d’un homme (colère, peur, dégoût, neutre) mélangés aléatoirement, qui prédisait une attaque physique d’un agresseur, en un seul essai. L’expérimentateur donnait donc les instructions comme suit dans le langage natif des différents participants : « Je veux que tu regardes toutes les images de cet homme. Il va commencer à se battre et va attaquer des autres. Touche avec ta main le visage de l’homme qui veut se battre. ». Les résultats montrent que les participants des tribus sélectionnent principalement le visage de peur comme prédisant une agression, tandis que les participants contrôles sélectionnent plus souvent le visage de colère. Ces résultats vont dans le même sens que la vision alternative de Carroll et Russell (1996) qui font la prédiction que lorsqu’une expression de peur est combinée avec une description indiquant un danger, cela suggère que la personne est en colère, et les participants la jugeront en colère.

Ces travaux indiquent donc que peu de concepts prédits sont sélectionnés par les participants des tribus et que parfois certains concepts sont utilisés pour classifier le mauvais visage (Crivelli, Russell, Jarillo, & Fernández-Dols, 2017). Toutefois, ces résultats montrent

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aussi une certaine consistance des réponses, malgré les confusions, sur le plan de la valence et de l’activation, ce qui soutiendrait préférentiellement des théories dimensionnelles plutôt qu’universalistes, comme mentionné précédemment (Crivelli et al., 2016b). Dans leur conclusion, les auteurs mettent donc en évidence une différence culturelle dans la reconnaissance des expressions émotionnelles, notamment en ce qui concerne la

représentation de la menace. Les pistes pour pouvoir expliquer ces différences montrent l’intérêt dans le domaine de la recherche cross-culturelle à pouvoir collaborer avec un domaine tel que l’anthropologie pour pouvoir faire sens du fonctionnement des différentes cultures (Crivelli et al., 2016a), mais aussi d’expliquer de telles différences culturelles par des différences dans l’évolution du langage (Fernández-Dols & Crivelli, 2015) et de la

communication sociale (Crivelli & Fridlund, 2018). Finalement, les différentes

conceptualisations de la reconnaissance des émotions (émotion de base, dimensionnelle, etc…) n’étant qu’une façon d’approximer la représentation et la manière dont une personne fait sens d’une émotion (Crivelli et al., 2017), il est questionnable de pouvoir réellement évaluer la reconnaissance-même d’une expression faciale, et cela dans différentes cultures, notamment pour des questions de validité écologique de n’importe quelle étude réalisée (Russell, 1994). Il serait d’ailleurs peut-être plus profitable de chercher à comprendre les croyances des différentes cultures pour pouvoir comprendre leur catégorisation des expressions faciales émotionnelles différente de celle occidentale.

2.2 Importance du contexte dans la reconnaissance émotionnelle

À présent, penchons-nous sur la question plus pratique de la reconnaissance des expressions émotionnelles. Un des problèmes dans la méthodologie de plusieurs études mentionnées ci-dessus est celui de la validité écologique des stimuli utilisés. En effet, il est possible que les stimuli utilisés puissent biaiser la reconnaissance des expressions, par le manque d’informations qu’ils ne fournissent pas. En d’autres termes, la reconnaissance des expressions faciales peut bénéficier d’aides dans l’environnement quotidien pour décoder l’expression qui ne sont pas présentes dans les stimuli caricaturés utilisés dans la majorité des études, et cela de façon régulière (Barrett & Kensinger, 2010). Notamment, beaucoup

d’études se basent sur des images de visages fixes, des « expressions d’émotions pures » et caricaturées, pour tester la reconnaissance des expressions faciales, alors que, usuellement, nous sommes majoritairement confrontés à des visages en mouvement et implantés dans un certain contexte (position du corps, signification d’une situation sociale, voix, scènes, culture) (Barrett, Mesquita, & Gendron, 2011), portant des expressions plus subtiles (Matsumoto et

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al., 2002), et pouvant éliciter parfois plus qu’une émotion, des émotions secondaires qui peuvent biaiser la reconnaissance de l’émotion perçue (Hess & Hareli, 2015).

Un grand pan de la littérature s’est penché sur ces aspects qui montrent l’influence que peuvent avoir des informations additionnelles du contexte autour de l’expression faciale sur sa reconnaissance. Pour commencer, un des aspects importants d’une expression faciale est le mouvement (George, 2013). En effet, une part de l’information dans l’expression émotionnelle pour pouvoir correctement reconnaître les émotions réside dans le pattern musculaire et la séquentialité de celui-ci pour pouvoir former l’expression faciale, ainsi que dans le mouvement général d’approche ou d’évitement du corps (Nelson, Adams Jr,

Stevenson, Weisbuch, & Norton, 2013). Comme le disent Hess et Hareli (2015), le visage lui- même semble donc déjà être un propre contexte dans la reconnaissance des expressions.

Ensuite, certaines études d’Aviezer et collègues (Abramson, Marom, Petranker, &

Aviezer, 2017 ; Aviezer, Bentin, Dudarev, & Hassin, 2011 ; Aviezer, Hassin, Bentin, &

Trope, 2008 ; Aviezer et al., 2008 ; Hassin, Aviezer, & Bentin, 2013) montrent que la situation (le corps, le regard, la scène) aide à contextualiser des expressions faciales, surtout dans le cas où elles sont ambigües, et que donc le contexte peut influencer la catégorisation des expressions émotionnelles. Une étude de Carroll et Russell (1996) montre bien que les informations fournies par la situation sont surtout utiles dans le cas où les informations présentées dans le visage et celles de la situation ne sont pas congruentes, par exemple un visage de colère pourrait être plus associé à une émotion de peur s’il est présenté dans une situation décrivant un danger. Nous pouvons également retrouver cet effet du contexte incongruent avec l’émotion exprimée sur le visage dans une étude de Meeren, van

Heijnsbergen et de Gelder (2005), qui montre l’effet de la position corporelle pouvant biaiser le jugement de l’expression faciale, et suggère que cette influence arrive précocement et automatiquement dans le traitement des informations (Meeren et al., 2005). Ces résultats sont en accord avec ceux rapportés par Righart et de Gelder (2008) dans une expérience où des scènes congruentes ou incongruentes avec des visages expressifs étaient présentées derrière ces mêmes visages. En effet, les auteurs rapportent une influence de la scène très précoce dans tous les cas, et cela même si une charge cognitive était ajoutée dans la tâche de reconnaissance. Il semblerait donc que le contexte influence de façon automatique dans la perception des expressions faciales, comme nous le démontre aussi une étude de Aviezer et al. (2011) où l’influence du contexte se voyait même lorsqu’il y avait une intention d’ignorer celui-ci. Cependant, bien que des scènes non pertinentes impactent la reconnaissance en

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causant plus d’erreurs et de plus longs temps de réaction (Righart & de Gelder, 2008), il semblerait que ces effets puissent être contrôlés de façon top-down si les informations fournies par le contexte ne sont pas pertinentes (Ngo & Isaacowitz, 2015).

D’autres études portant sur le contexte mentionnent l’influence sociale, par exemple le regard social par rapport à la reconnaissance d’un visage expressif : comme Mumenthaler et Sander (2012) le rapportent, leurs résultats démontrent l’influence du regard d’un visage social en périphérie sur la reconnaissance d’une expression émotionnelle d’un visage cible.

Une autre étude de Abramson et al. (2017) rapporte également l’influence du regard dans la perception des expressions faciales, avec, par exemple, un regard dirigé directement vers l’observateur qui faciliterait la perception d’émotions ayant une tendance à approcher, comme la colère.

Enfin, plus généralement, des différences de cultures sont également présentes dans la prise en compte d’un contexte social, comme par exemple des regards d’autres personnes derrière le visage cible à reconnaître. Ainsi, Masuda et al. (2008) montrent que des

populations occidentales se focalisent principalement sur la cible, tandis que des populations orientales vont rapidement regarder le contexte derrière la cible. Nous pouvons également retrouver des différences individuelles selon l’âge, avec les personnes plus âgées ayant une plus grande intégration du contexte dans la reconnaissance d’une expression faciale, et

potentiellement selon la motivation personnelle, avec les tendances individuelles à l’approche ou l’évitement pouvant influencer la perception d’un visage expressif (Ngo & Isaacowitz, 2015). Une revue des différents contextes influençant la reconnaissance des expressions faciales émotionnelles est présentée dans l’article de Wieser et Brosch (2012).

Nous pouvons donc voir avec les quelques études citées ici l’importance que le cadre autour du visage expressif lui-même détient dans la reconnaissance de l’expression, et que cette reconnaissance ne va pas sans les aspects individuels et culturels des différentes personnes. En effet, les informations contextuelles semblent être reliées facilement à l’expression faciales émotionnelle et influencer le jugement affectif porté sur celui-ci (George, 2013). Nous pouvons donc nous représenter une version écologique de la reconnaissance d’une expression émotionnelle comme étant une construction d’un

observateur, qui utilise les informations perceptives du visage et du contexte autour de celui- ci, mais aussi ses connaissances des normes sociales, de la situation et de la personne, afin de

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reconnaître l’expression perçue (Hess & Hareli, 2015). Il ne semble donc y avoir de

reconnaissance des expressions émotionnelles possible sans prendre en compte le contexte, et il est difficile de conclure quant à la reconnaissance émotionnelle dans des études utilisant des stimuli qui ne sont pas écologiques.

2.3 Apport des théories de l’appraisal

Mais alors, si la reconnaissance des expressions faciales dépend en partie du contexte, est-il possible de pouvoir percevoir la même chose au travers des cultures ? Si nous revenons sur les résultats des études de Crivelli et collaborateurs (Crivelli et al., 2016c), serait-il possible de retrouver dans une population occidentale le même pattern de reconnaissance que les populations des tribus si nous changeons le contexte ?

Pour répondre à ces questions, il est utile de s’intéresser à l’évaluation cognitive qui peut se faire afin de déterminer les différentes catégories émotionnelles utilisées dans la reconnaissance des expressions. Les théories de l’évaluation cognitive postulent qu’un processus cognitif dit « appraisal » est à la base des émotions (Frijda, 2000 ; Sander, 2013).

Dans cette approche, une émotion est composée d’un événement déclenchant et d’une

réponse émotionnelle. Les théoriciens de l’appraisal, tels que Frijda ou Scherer, proposent un modèle dans lequel le contexte de l’événement est analysé selon différents critères ayant un ordre spécifique (Gentsch, Grandjean, & Scherer, 2015) : la pertinence, l’implication, le potentiel de maîtrise, et enfin, la signification normative de l’événement. Ceci consisterait au déclenchement de l’émotion une fois les divers critères analysés, et chacune de ces

composantes influencerait la formation de la réponse émotionnelle à la situation, qui se présenterait sous plusieurs aspects, tels qu’une expression motrice, une réponse périphérique, une tendance à l’action, et un sentiment subjectif. Ensemble, le déclenchement et la réponse forment l’émotion. Une définition de l’émotion serait donc de l’appréhender comme un processus rapide, focalisé sur un événement, et constitué de deux étapes, dont un mécanisme de déclenchement basé sur la pertinence et, suite à cette première étape, une réponse multiple (i.e., tendance à l’action, réaction autonome, expression et sentiment) (Sander, 2013).

Autrement dit, différentes personnes peuvent percevoir la même expression faciale, mais n’y attribueront pas les mêmes significations une fois toutes les composantes évaluées, et donc ne réagiront pas de la même manière. Il n’existerait donc que très peu de situations dans

lesquelles des expressions faciales seraient spécifiquement reliées avec des émotions

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discrètes (Gentsch et al., 2015), car les émotions dépendent elles-mêmes du contexte, social et culturel (Fischer & Manstead, 2008).

Certains auteurs ont pourtant cherché à relier les différentes émotions avec leurs composantes évaluatives et motivationnelles (Frijda, 1987 ; Frijda, Kuipers, & Ter Schure, 1989; Yik & Russell, 1999), soutenant que les expressions faciales sont réalisées afin de communiquer les différents états émotionnels et motivationnels d’une personne comme moyen de socialisation, en terme d’intentions et de tendances à l’action. Ces inclinaisons spécifiques à répondre avec une action particulière aux différentes émotions nous aideraient donc à différencier et définir les émotions perçues (Frijda et al., 1989 ; Roseman, Wiest, &

Swartz, 1994).

Si nous regardons de plus près les deux émotions qui interpellaient dans les résultats de Crivelli et collaborateurs (Crivelli et al., 2016c), la peur et la colère, nous pouvons voir que celles-ci sont assez proches dans leurs aspects de valence et d’activation, qu’elles peuvent se présenter en même temps fréquemment selon la nature du contexte et coexister (Carver & Harmon-Jones, 2009), et qu’elles signalent les deux une menace (Adams, Ambady, Macrae, & Kleck, 2006). Cependant, lorsque nous nous penchons justement sur leurs actions associées, les deux émotions ne semblent pas donner lieu aux mêmes réactions : la colère inviterait à approcher le déclencheur, tandis que la peur à l’éviter. Cela

correspondrait à des tendances à l’action différentes, une d’approche, donc de confrontation, et l’autre d’évitement, donc de fuite. Et ces tendances correspondraient respectivement à une intention sociale de menace pour la colère (« Back off or I will attack. »), et une intention de soumission pour la peur (« Don’t hurt me ! I give up. »), comme utilisées dans les travaux de Yik et Russell (1999).

Pourtant, ces correspondances ont été remises en question dans certains travaux. Bien que, pour l’émotion de colère, la littérature s’accorde généralement sur une tendance à l’action de confrontation, dite « fight » (Adams et al., 2006 ; Carver & Harmon-Jones, 2009), la littérature pour l’émotion de peur montre que celle-ci n’est pas forcément reliée à la fuite (Adams et al., 2006 ; Nelson et al., 2013). Il se peut donc que la motivation qui découle d’une émotion puisse différer selon la situation présentée, et qu’une émotion de peur puisse donner des réactions différentes selon les situations (Roseman et al., 1994). Par exemple, pour l’émotion de peur, nous retrouvons, dans l’étude de Horstmann (2003), des intentions comportementales reportées par les participants de fuite, d’attaque ou de pleurs. Aussi, la

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peur pourrait consister à approcher pour rechercher un soutien affiliatif (Marsh, Ambady, &

Kleck, 2005) ou à approcher, éviter, ou ne rien faire selon ce qui peut maximiser les chances de survie face à une menace (Harmon-Jones, 2009 ; Maack, Buchanan, & Young, 2015 ; Mobbs, Hagan, Dalgleish, Silston, & Prévost, 2015). L’émotion de peur peut donc avoir trois tendances à l’action différentes selon les situations, c’est-à-dire la fuite (« flight »), la

paralysie (« freeze »), ou la confrontation (« fight »), et la tendance préférée dans une situation dépendrait de la proximité de la menace, ainsi que du contexte dans lequel elle apparaît. La peur aurait donc différents comportements de défenses en fonction des différentes propriétés de la menace (Van den Stock, Righart & De Gelder, 2007). La peur peut alors donner lieu à une tendance à l’attaque si la tendance à la fuite n’est pas possible (Harmon-Jones, 2009).

Dans cette optique, il est possible que le contexte autour d’une expression faciale puisse influencer (1) l’appraisal réalisé et (2) la réponse dans cette situation. Dès lors, les résultats de Crivelli et al. (2016c) peuvent être interprétés dans ce sens : les populations des tribus et celles occidentales n’ont probablement pas perçu les expressions pareillement, car les stimuli n’exprimaient peut-être pas le même contexte pour les deux populations, ce qui a pu biaiser l’évaluation cognitive et la réponse émotionnelle interprétée sur les visages émotionnels présentés. En prenant en compte cette vision dans les études de reconnaissance des émotions, nous sommes en position de nous questionner sur l’influence que le contexte a dans la reconnaissance-même, et de se demander si en changeant le contexte, et de ce fait les différentes possibilités de tendances à l’action, cela changerait la reconnaissance des

émotions. Par exemple, si un visage de peur était présenté dans un contexte où la personne ayant peur ne pouvait pas fuir, alors la tendance à l’action préférée pourrait être la

confrontation, et en cela le visage pourrait être perçu comme menaçant, puisque prêt à combattre, et de ce fait être reconnu comme étant en colère ?

Ainsi, nous pouvons supposer, dans le cas de ces études de Crivelli et al. (2016c), que les confusions retrouvées dans les résultats, notamment avec le visage de peur et l’émotion de colère et l’intention de menace, peuvent provenir d’une différence d’appraisal : il peut être possible que la tendance à l’action reconnue sur l’expression faciale de peur était celle de

« fight » et que donc le visage était alors reconnu comme menaçant. Mais alors, si les

(20)

différences entre les populations dans ces études proviennent d’une différence d’appraisal influencé par le contexte, si nous changions les propriétés du contexte autour d’une

expression de peur pour qu’elles soient menaçantes, retrouverions-nous cette attribution de l’expression faciale de peur à une intention de menace même dans une population

occidentale ?

2.4 Question de recherche

Dans ce travail, nous allons nous efforcer de chercher si ces aspects de tendance à l’action peuvent influencer la reconnaissance des émotions. Plus précisément, nous nous posons la question de savoir si en changeant l’appraisal grâce à un contexte, nous

changerions la reconnaissance d’expressions faciales en changeant la tendance à l’action perçue.

Ainsi, le paradigme de notre étude va nous permettre de tester si un changement de contexte peut amener à percevoir différemment une émotion, et si, par exemple, un visage de peur était présenté dans un contexte où la fuite n’est pas possible, la tendance à l’action préférée pourrait alors être la confrontation, et l’expression faciale de peur pourrait être perçue comme menaçant, puisque prête à combattre, et être reconnue comme exprimant de la colère et de la menace. Nous avons donc repris le paradigme expérimental de la première étude de Crivelli et al. (2016c), mais en incluant une manipulation des possibilités de tendances à l’action, en imposant un contexte qui permettra ou non la fuite. Nous allons regarder si un changement de reconnaissance des expressions émotionnelles se produit, que cela soit pour des labels d’émotions ou d’intentions sociales.

Grâce à la littérature, nous savons que les labels émotionnels sont les mieux reconnus (Scherer & Grandjean, 2008) et présentent une plus grande correspondance « un à un » avec les expressions émotionnelles. Nous pouvons donc penser que la reconnaissance d’une expression émotionnelle sera mieux reconnue sur son label émotionnel malgré le changement de contexte. Cependant, nous pouvons nous attendre à un changement de reconnaissance des expressions selon les intentions sociales, étant moins bien reconnues parce que moins

spécifiques à certaines expressions (comme nous avons pu le voir ci-dessus avec le cas de la tendance à l’action de « fight » pour les émotions de colère et de peur). Ces intentions sociales peuvent ainsi être plus ambigües et sujettes à l’influence d’un changement de contexte.

(21)

Notre hypothèse porte principalement sur l’émotion de peur, afin de savoir si, quand le contexte ne permet pas la tendance à l’action de fuite, l’expression faciale de peur sera reconnue comme exprimant de la menace. Plus précisément, nous supposons que, lors de jugement d’émotions et d’intentions sociales sur des échelles indépendantes, l’expression faciale de peur est reconnue comme une émotion de peur et une intention de soumission, mais nous pensons que, lorsque le contexte ne permet pas la fuite, cette expression est aussi

potentiellement reconnue comme exprimant plus d’émotion de colère et plus d’intention de menace que pour des contextes permettant de fuir ou un visage présenté sans contexte. Selon notre hypothèse, les évaluations sur les échelles d’émotion de colère et d’intention sociale de menace doivent donc augmenter dans un contexte ne permettant pas de fuir par rapport aux autres contextes.

(22)

3 Méthodologie

3.1 Données démographiques

Les participants étaient des étudiants du cours de « Psychologie de l’émotion » acceptant de participer aux expériences afin de pouvoir obtenir des crédits et valider leur cours, et recrutés par la plateforme Sona-system. Le seul critère d’exclusion de l’étude est d’avoir moins de 18 ans. Sur 171 réponses, nous avons éliminé les données de participant n’ayant pas complété entièrement l’étude, ainsi que ceux n’ayant pas accepté le consentement. Finalement, 157 participants (134 femmes, 23 hommes) ont pris part à l’étude (moyenne d’âge 22.274, écart- type 4.275).

L’étude s’est déroulée en ligne. Dans un premier temps, les participants ont rempli le formulaire de consentement, ainsi qu’un questionnaire démographique. Dans un deuxième temps, les participants (n = 157) étaient assignés à l’un de nos trois blocs de stimuli d’identités (bloc 1 : n = 50, bloc 2 : n = 54, bloc 3 : n = 53) présentant des expressions faciales (e.g. un visage montrant de la colère). Ils devaient regarder ces expressions faciales émotionnelles mises dans des scènes permettant ou ne permettant pas la fuite. Puis, sur des échelles continues représentant des émotions (e.g. colère) et des intentions sociales (e.g.

menace), les participants devaient juger les différentes expressions. L’étude a reçu l’accord de la commission d’éthique de l’université de Genève.

3.2 Création des stimuli

3.2.1 Sélection des images de contexte

Afin de pouvoir créer le contexte permettant une fuite ou non, que nous placeront derrière les divers visages expressifs, nous avons cherché des rues sur Google Earth dans diverses villes (par exemple Rome, Tokyo, New-York, Londres, Berlin) qui, selon notre conception, se catégorisaient comme « ouvertes » (i.e. avec la possibilité de fuite) pour certaines et « fermées » (i.e. sans fuite possible) pour d’autres, et nous avons réalisé une capture d’écran de celles-ci. Au total, 59 images ont été trouvées (31 ouvertes, 28 fermées).

À la suite de cette sélection, nous avons réalisé un pré-test afin de valider la catégorisation de ces images. Pour ce faire, nous avons créé un sondage en ligne sur

Qualtrics qui commençait par présenter aux participants le but du pré-test, qui était de valider une base de données d’images, et le formulaire de consentement. Pour chaque image, les participants devaient répondre aux questions suivantes : « Quel qualificatif attribueriez-vous au contexte de la rue présente sur cette image ? » pour répondre à la catégorisation des images, avec comme modalités de réponses « fermée », « ouverte » ou « je ne sais pas », et

(23)

« Quelle impression donne le contexte de cette image ? » afin de contrôler la valence des images, avec comme possibilités de réponse une échelle de Likert en 7 points de

« extrêmement négative » à « extrêmement positive ». Dans ce pré-test, les images étaient présentées de façon aléatoire. Le sondage s’arrêtait à la fin des 59 images en remerciant les participants.

À la fin de la collecte de données, nous avons eu un total de 54 participants tout- venants. Nous avons éliminé 9 participants dont les réponses étaient incomplètes, et avons donc réalisé la sélection des images sur 45 participants finalement.

Afin de pouvoir valider les images, nous avons d’abord analysé les images selon un degré d’accord de 80% en ce qui concernait la catégorisation « ouverte » et « fermée ». Pour donner suite à cela, nous avons analysé, pour les images retenues, la valence de chacune de façon à retenir uniquement les images étant de valence neutre, c’est-à-dire entre les points 3 et 5 de l’échelle de Likert, qui correspondent au milieu de l’échelle. D’après cette analyse, nous avons pu ainsi garder seize images, huit « ouvertes » et huit « fermées ». Cependant, nous avons par la suite dû éliminer certains contextes qui auraient pu contenir des biais d’incitation d’émotion, comme par exemple des poubelles, qui auraient pu primer le dégoût, et qui auraient focalisé l’attention des participants au lieu de prendre en compte l’aspect général du contexte. Pour ce faire, nous avons donc éliminé trois contextes fermés qui

comportaient des poubelles, un ouvert avec des poubelles et deux autres qui étaient les moins bons au niveau de la valence, afin d’avoir le même nombre de contextes dans chaque

condition. Nous avons réalisé un tableau récapitulatif des étapes de sélection de nos contextes en annexes (Tableau 1). En conclusion, nous avons validé dix images dont cinq « ouvertes » et cinq « fermées », et chaque image a été dimensionnée à 771x600 pixels.

3.2.2 Sélection des images de visages

Pour créer nos stimuli, nous avons sélectionné huit différentes identités des bases de données Radboud Faces Database (01, 70, 71) (Langner et al., 2010) et Amsterdam Dynamic Facial Expression Set (F01, F08, F09, M03, M10) (Van Der Schalk, Hawk, Fischer, &

Doosje, 2011) : quatre hommes et quatre femmes, et pour chaque genre nous avons pris deux caucasiens et deux marocains, dont les identités utilisées par Crivelli et al. (2016c) (F09 et Rafd70). Chacune de ces identités est présentée de face et présente cinq expressions : colère, dégout, peur, tristesse, surprise.

(24)

Nous avons donc découpé les contours des visages (hauteur des visages de 384 pixels) sur un logiciel de retouche de photographie GIMP 2.10.81.

3.2.3 Assemblage des stimuli

Une fois les visages découpés, nous avons collé ces visages sur toutes les images de contexte validées par notre pré-test pour créer nos stimuli finaux. Nous avons placé les visages de sorte que les yeux soient au même emplacement, soit à une hauteur d’environ 400 pixels (depuis le haut de l’image), et que le milieu du visage, donc le centre des yeux, se place à une largeur de 170 ou 600 pixels (depuis la gauche de l’image), selon que le visage était

positionné respectivement sur la gauche ou la droite de l’image. Nous avons placé les visages à gauche ou à droite de l’image par rapport à la visibilité de la scène : trois contextes ont des visages sur la gauche et deux contextes en ont sur la droite dans les deux conditions ouverte ou fermée. Pour inclure une condition contrôle, un simple fond blanc avec un encadré a été ajouté derrière les visages, qui se trouvaient à gauche ou à droite de l’image. Au total, une base de données de 480 stimuli a été créée : 8 identités x 5 expressions x 12 contexte (5 ouverts, 5 fermés, 1 sans avec le visage à gauche et 1 sans avec le visage à droite). Pour garder un nombre approprié de stimuli afin que la passation ne soit pas trop longue, nous avons réduit le nombre de stimuli à 120 stimuli (8 identités x 5 expressions x 3 contextes ouvert/fermé/aucun) parmi notre base de données. Cette sélection s’est faite de façon

aléatoire, en respectant que chaque contexte soit représenté derrière au moins une expression d’une identité. Comme le temps de passation intra-sujet restait trop élevé pour ces 120 stimuli (environ une heure et demie), nous avons choisi de faire des groupes de stimuli auxquels attribuer les participants de façon aléatoire, regroupant ainsi les différentes identités par deux (F01 et Rafd_71, F08 et M10, F09 et Rafd_70). Nous avons ainsi décidé de retirer deux identités caucasiennes (Rafd_01 et M03) afin de ne comparer la paire de stimuli utilisés par Crivelli et al. (2016c) (F09 et Rafd_70) qu’à deux paires de contrôles, une marocaine (F08 et M10) et l’autre caucasienne (F01 et Rafd_71). Il y a trois blocs de stimuli, le premier appelé

« Crivelli », le second « Caucasien », et le dernier « Marocain », contenant chacun deux identités, présentant cinq expressions sur chacun des trois contextes possibles. Au final, nous n’avons donc gardé que 90 stimuli, et nos participants n’ont donc que 30 stimuli à passer (2 identités x 3 contextes x 5 expressions), ce qui réduit le temps de passation between subject (différents blocs attribués) à environ une demi-heure. Nous avons mis des exemples de stimuli en annexes (Annexe 2).

1 Logiciel de retouche de photographie disponible en téléchargement gratuit sur https://www.gimp.org/fr/

(25)

3.3 Montage de l’expérience sur Qualtrics

Nous avons créé des boucles (loop and merge dans Qualtrics) dans chaque bloc avec nos paires de stimuli afin de faire en sorte qu’à chaque essai, les participants voient apparaître un contexte pendant quatre secondes, après lesquelles un des visages expressifs apparaît sur ce même contexte. L’ordre de présentation est aléatoire pour les contextes ainsi que les visages allant sur ce contexte. De plus, nous avons ajouté une logique de randomisation de nos trois blocs de stimuli créés, avec une présentation équivalente de ceux-ci, de façon à ce que les participants soient attribués aléatoirement à une paire d’identités (comme expliqué ci- dessus) et que tous les blocs soient présentés le même nombre de fois environ. Finalement, les différents blocs « Crivelli », « Caucasien » et « Marocain » ont été attribués 50, 54, et 53 fois respectivement.

3.4 Procédure

Les participants devaient s’inscrire à notre expérience sur Sona system pour recevoir des crédits de validation du cours, et recevaient à ce moment-là le lien de l’étude en ligne sur Qualtrics.

Au début de l’expérience, une première page de consentement décrivant la recherche était incluse, précisant que nous cherchons à tester les liens entre des expressions

émotionnelles et la dénomination d’émotions ou d’intentions sociales sans être explicite quant au but de notre étude. Les participants devaient donner leur consentement pour participer à l’étude (Annexe 3).

Ensuite, une fois le consentement validé, la première partie de l’étude commençait et les participants devaient répondre à des questions démographiques (âge, genre, nationalité) (Annexe 4). Si le participant ne remplissait pas le critère d’inclusion d’être âgé d’au moins 18 ans, alors l’étude s’arrêtait.

Dans la partie expérimentale, une page s’affichait expliquant aux participants qu’ils allaient voir des images sur lesquelles un visage expressif apparaissait lorsque la page changeait automatiquement au bout de quatre secondes. Pour chacune de ces images composées d’un contexte et d’un visage, les participants avaient alors la tâche d’indiquer leur estimation de chacune des cinq émotions (« Tristesse », « Colère », « Peur », « Dégoût », « Surprise ») et des cinq intentions sociales (Protection : « Aidez moi, prenez soin de moi. », Menace :

« Reculez ou je vais vous attaquer.», Soumission : « Ne me faites pas de mal, je ne veux pas me battre. », Rejet : «Ça pue. », Surprise : « Je ne m’y attendais pas. ») présentées (traduites

(26)

de Crivelli et al. (2016c), et adaptées de Yik et Russell (1999) pour l’émotion et l’intention de surprise) (Annexe 5), correspondant aux diverses expressions visibles. Les réponses se

présentaient sur deux pages similaires, une pour les émotions et une pour les intentions sociales, sous forme d’échelles continues de 0 à 100 en dessous du stimulus. L’ordre de présentation des émotions et des intentions sociales était randomisé au travers des essais. Si les participants souhaitaient répondre « autre » car rien ne correspondait à l’émotion ou à l’intention reconnue sur le visage présenté, ils avaient pour instruction de mettre toutes les échelles de la page à 0. Nous avons placé l’explication que les participants voyaient en annexes (Annexe 6). Le total des participants a été confronté à 90 stimuli (6 identités x 5 expressions x 3 contextes ouvert/fermé/sans), un participant ayant donc été confronté à 30 stimuli selon l’un des trois blocs auquel il était attribué aléatoirement, car les différentes expressions de chaque identité n’étaient présentées qu’une fois par contexte « ouvert »,

« fermé », ou « sans » contexte.

Une fois la page d’explication passée, le participant arrivait sur un entraînement à réaliser, après lequel il pouvait commencer l’étude s’il avait compris ou refaire jusqu’à trois essais au total avant que l’étude ne commence, ces trois entraînements étant réalisés avec des stimuli n’étant pas utilisés dans la partie expérimentale de notre étude. Comme expliqué, le participant devait alors évaluer les émotions et les intentions sociales énoncées pour chaque stimulus présenté. La page ne pouvait changer qu’une fois que le participant avait évalué chaque émotion puis chaque intention sociale.

Enfin, l’expérience se terminait en remerciant les participants, après que ceux-ci avaient répondu à toutes les échelles pour les 30 stimuli de leur condition attribuée

aléatoirement. Un débriefing de l’étude était présenté, expliquant plus explicitement que nous voulions étudier la façon dont le contexte affecte la perception des expressions faciales de l’émotion et laissant la possibilité aux participants de contacter les chercheurs pour de plus amples explications (Annexe 7). Les participants étaient ensuite redirigés vers la page Sona system où leurs crédits leur étaient attribués.

(27)

4 Résultats

Dans notre recherche, nous voulions étudier une possible reproduction des effets retrouvés dans les études de Crivelli et al. (2016c) sur les populations indigènes concernant la reconnaissance de l’expression de peur. Nous avions supposé que, dans une population occidentale, il serait possible de répliquer le pattern de reconnaissance de cette émotion en modifiant le contexte autour de l’expression faciale. Notre hypothèse était que la

reconnaissance de l’émotion de colère et de l’intention sociale de menace serait augmentée lorsqu’une expression de peur apparaitrait dans un contexte « fermé ».

Pour nos analyses, nous avons utilisé les logiciels R 2 et IBM SPSS 3 pour réaliser les contrastes appropriés à notre hypothèse ainsi que les ANOVAs séparées pour chaque échelle d’évaluation. Pour toutes les analyses, les corrections appropriées ont été appliquées lorsque les postulats étaient transgressés. Les données descriptives pour chaque échelle pour

l’ensemble de nos variables ont été reportées en annexes (Annexe 8).

4.1 Résultats sur notre hypothèse

Afin de répondre à notre hypothèse, nous avons réalisé un contraste a priori

concernant l’expression de peur pour les échelles d’émotion de colère et d’intention sociale de menace dans les différents contextes. Pour ce faire, nous avons utilisé le logiciel R afin de pouvoir préciser nos contrastes : nous avons premièrement opposé nos stimuli contenant un contexte fermé à ceux contenant celui ouvert, puis nous avons opposé nos stimuli avec un contexte fermé à ceux sans contexte. Aucun effet de contexte ainsi qu’aucun contraste ne semble être significatif pour nos échelles d’intérêt (l’émotion de colère et l’intention sociale de menace) (Annexe 12a, Tableaux 41 et 42).

Nous avons également réalisé ces mêmes contrastes sur l’émotion de peur et l’intention sociale de soumission afin de contrôler l’effet du contexte sur l’évaluation de l’expression de peur pour ces échelles. À nouveau, aucun effet de contexte ni de nos contrastes n’est significatif pour ces échelles d’émotion de peur et d’intention sociale de soumission (Annexe 12a, Tableaux 43 et 44).

2 Logiciel de statistiques disponible en téléchargement gratuit sur https://www.r-project.org/

3 Logiciel d’analyse statistique disponible en téléchargement pour un essai gratuit sur https://www.ibm.com/fr-fr/analytics/spss-statistics-software

(28)

Ces résultats ne confirment donc pas notre hypothèse sur une différence entre les échelles au travers des contextes.

4.2 Résultats complémentaires

Plus généralement, nous avons réalisé des ANOVAs dans le logiciel IBM SPSS pour chacune des échelles afin d’explorer les éventuels effets complémentaires à notre hypothèse (Annexe 10). Nous avons donc réalisé pour chacune des échelles une ANOVA 3 (bloc) x 3 (contexte) x 2 (genre) x 5 (expression). Nous reporterons ici les effets significatifs retrouvés dans les différentes ANOVAs réalisées pour les dix échelles d’émotions et d’intentions sociales.

Premièrement, concernant l’effet inter-sujets du bloc, nous trouvons un effet significatif pour les échelles d’émotion de peur (F (2,154) = 9.969, p < .001, η²p = .115) et d’intention sociale de soumission (F (2,154) = 4.949, p = .008, η²p = 0.060). Nous avons reporté en annexes les tableaux contenant les moyennes et erreurs standards (Annexe 11a). Afin d’approfondir ces effets, nous avons réalisé des contrastes dans le logiciel R. Pour les deux échelles, le contraste entre les conditions « Crivelli » et « Marocain » est significatif : pour l’échelle d’émotion de peur (p < .001) et celle d’intention sociale de soumission (p = .020).

Également, le contraste « Crivelli » contre les deux autres blocs est significatif pour ces échelles : pour l’échelle d’émotion de peur (p < .001) et celle d’intention sociale de soumission (p = .008). Le contraste concernant les paires de stimuli « Crivelli » et

« Caucasien » est significatif pour l’échelle d’émotion de peur (p = .044). De plus, nous pouvons voir que les contrastes entre les blocs « Caucasien » et « Marocain » ne sont pas significatifs pour les deux échelles (Annexe 12b). Il semblerait donc que le bloc « Crivelli » donne lieu à des jugements moins élevés dans les moyennes par rapport aux deux autres conditions qui ne sont pas différentes entre elles (Figure 1).

(29)

a) b)

Figure 1. Moyennes et erreurs standards des différentes modalités de la variable bloc pour l’échelle d’émotion de peur (a) et l’intention sociale de soumission « Ne me faites pas de mal, je ne veux pas me battre » (b). Note : * p < .05 ; ** p <

.01 ; *** p < .001 avec correction pour le nombre de contrastes.

Ensuite, pour tous les effets intra-sujets et les interactions obtenues dans les ANOVAs réalisées, nous retrouvons donc un effet significatif du contexte pour l’échelle d’émotion de tristesse (F (2,308) = 15.845, p < .001, η²p = .093) et d’intention sociale de protection (F (2,308) = 4.470, p = .031, η²p = .028). Nous avons reporté en annexes les tableaux contenant les moyennes et erreurs standards (Annexe 11b). Nous avons approfondi ces résultats en réalisant des contrastes sur R. Pour les deux échelles, le contraste entre des stimuli avec un contexte fermé et sans contexte est significatif : pour l’échelle d’émotion de tristesse (p <

.001) et celle d’intentions sociale de protection (p = .032). Les contrastes entre un contexte fermé et les deux autres contextes, ainsi qu’entre un contexte ouvert et sans contexte sont significatifs pour l’échelle d’émotion de tristesse (p < .001) (Annexe 12a, Tableaux 45 et 46).

Nous pouvoir voir en général que, pour des échelles d’évaluation portant sur la tristesse, la condition sans contexte semble donner des jugements en moyenne plus élevés que les deux autres contextes (Figure 2).

***

* *

(30)

a) b)

Figure 2. Moyennes et erreurs standards des différentes modalités de la variable contexte pour l'échelle d'émotion de tristesse (a) et l'échelle d'intention sociale de protection « Aidez moi, prenez soin de moi » (b). Note : * p < .05 ; ** p <

.01 ; *** p < .001 avec correction pour le nombre de contrastes.

Aussi pour l’échelle d’émotion de tristesse, l’effet contexte*bloc est significatif (F

(4,308) = 4.787, p = .001, η²p = .059). Cela veut donc dire que l’effet du contexte dépend de

celui du bloc de stimuli. Nous avons approfondi cette interaction avec des contrastes pour cette échelle (Annexe supplémentaire 1a). Il semblerait que les contrastes pour le bloc Crivelli ne soient pas significatifs après correction de Bonferroni. Cependant, pour le bloc Caucasien, le contraste entre un contexte fermé et sans contexte est significatif (p = .006), ainsi que le contraste entre un contexte ouvert et sans contexte (p = .005). Pour le boc Marocain, les contrastes significatifs sont celui entre un contexte fermé et sans contexte (p <

.001) et le contraste entre un contexte fermé et les deux autres contextes (p < .001).

L’interaction suggère donc que le contexte a un effet sur les différents blocs, et, en

particulier, que les contextes sans contexte semblent donner lieu à des jugements plus élevé sur l’échelle d’émotion de tristesse pour les visages expressifs caucasiens, tandis que, pour les visages expressifs marocains, ce sont les contextes fermés qui semblent donner des jugements moins élevés que les deux autres contextes.

Pour plusieurs analyses, l’effet du genre des stimuli, donc le genre des visages présentés, est significatif, dont les échelles d’émotions de dégoût (F (1,154) = 16.293, p < .001, η²p = .096), de peur (F (1,154) = 4.669, p = .032, η²p = .029), et de tristesse (F (1,154) = 4.419, p = .037, η²p = .028), et celles des intentions sociales de rejet (F (1,154) = 24.565, p < .001, η²p =

*** *

***

(31)

.138) et de soumission (F (1,154) = 7.455, p = .007, η²p = .046). Nous avons reporté en annexes les tableaux contenant les moyennes et erreurs standards (Annexe 11c). Nous pouvons voir que selon les échelles, les stimuli de femme ont des moyennes plus élevées que celles d’homme, notamment pour les échelles d’émotions de dégoût et de tristesse, et d’intention sociale de rejet, alors que l’inverse s’observe dans les échelles d’émotion de peur et l’intention sociale de soumission (Figure 3).

(32)

a) b)

c) d)

e)

Figure 3. Moyennes et erreurs standards des différentes modalités de la variable genre pour l'échelle d'émotion de dégoût (a), d'émotion de peur (b), d'émotion de tristesse (c), d'intention sociale de rejet « Ça pue » (d), et d'intention

sociale de soumission « Ne me faites pas de mal, je ne veux pas me battre » (e). Note : * p < .05 ; ** p < .01 ; *** p <

.001.

*** *

* ***

**

(33)

Pour l’effet de l’expression, les effets sont donc significatifs pour les échelles d’émotions de colère (F (4,337.257) = 494.529, p < .001, η²p = .763), de dégoût (F (4,280.008) = 788.320, p < .001, η²p = .837), de peur (F (4,323.686) = 977.792, p < .001, η²p = .864), de tristesse (F (4,212.722) = 1426.019, p < .001, η²p = .903), et de surprise (F (4,349.319) = 994.782, p < .001, η²p

= .866), et celles des intentions sociales de menace (F (4,330.920) = 316.214, p < .001, η²p = .672), de rejet (F (4,290.974) = 591.848, p < .001, η²p = .794), de soumission (F (4,373.762) = 364.268, p < .001, η²p = .703), de protection (F (4,304.632) = 456.658, p < .001, η²p = .748), et de surprise (F (4,370.919) = 729.232, p < .001, η²p = .826). Nous avons reporté en annexes les tableaux contenant les moyennes et erreurs standards (Annexe 11d). Graphiquement, ce que nous voyons, et qui était attendu, est qu’en général l’expression visionnée donne un jugement plus haut sur les échelles correspondantes à l’expression présentée (Figure 4 et 5).

(34)

a) b)

c) d)

e)

Figure 4. Moyennes et erreurs standards des différentes modalités de la variable expression pour les échelles d'émotions de colère (a), de dégoût (b), de peur (c), de tristesse (d), et de surprise (e).

(35)

a) b)

c) d)

e)

Figure 5. Moyennes et erreurs standards des différentes modalités de la variable expression pour les échelles d'intentions sociales de menace « Reculez ou je vais vous attaquer » (a), de rejet « Ça pue » (b), de soumission « Ne me faites pas de mal, je ne veux pas me battre » (c), de protection « Aidez moi, prenez soin de moi » (d), et de surprise « Je

ne m’y attendais pas » (e).

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Nous retrouvons aussi plusieurs analyses où le contexte en lien avec différentes variables est significatif. L’effet contexte*expression est significatif pour les échelles d’émotions de dégoût (F (8, 853.165) = 3.417, p = .003, η²p = .022) et de tristesse (F (8, 543.432) = 6.034, p < .001, η²p = .038), et celle d’intention sociale de protection (F (8, 631.378) = 3.607, p = .006, η²p = .023). Cela veut donc dire que l’effet du contexte dépend de celui de l’expression.

Nous avons approfondi cette interaction avec des contrastes sur les différentes échelles (Annexe supplémentaire 1b). Pour l’échelle d’émotion de dégoût, il semblerait que seul le contraste entre un contexte ouvert et sans contexte soit significatif pour une expression de peur (p = .004). Pour l’échelle d’émotion de tristesse, le contexte sans contexte semble être différent de celui fermé (p = .001) et de celui ouvert (p < .001) pour une expression de tristesse. Et enfin, pour l’échelle d’intention sociale de protection, le contexte sans contexte semble également être différent de celui fermé (p = .005) et de celui ouvert (p = .002) pour une expression de tristesse. L’interaction suggère donc que le contexte a un effet sur le jugement des différentes expressions, et, en particulier, que les contextes sans contexte semblent donner lieu à des jugements plus élevé sur les différentes échelles pour les visages expressifs mentionnés ci-dessus. Un autre effet significatif pour plusieurs analyses est celui du contexte*expression*bloc pour les échelles d’émotions de peur (F (16, 7.48.913) = 2.258, p = .014, η²p = .028) et de tristesse (F (16, 543.432) = 3.322, p = .002, η²p = .041). En approfondissant ces résultats en réalisant une nouvelle ANOVA à mesures répétées avec nos données scindées selon les blocs (Annexe supplémentaire 2a, Tableaux 71-76), nous pouvons voir que

l’interaction contexte*expression, comme vue précédemment, est à nouveau significative, spécifiquement sur les blocs Crivelli (F (8,392) = 1.988, p = .047, η²p = .039) et Marocain (F

(8,416) = 3.352, p = .001, η²p = .061) pour l’échelle d’émotion de peur, ainsi que sur le bloc

Marocain pour l’échelle d’émotion de tristesse (F (8,416) = 8.686, p < .001, η²p = .143). Cela veut dire que selon les blocs, l’effet du contexte dépend de l’effet des expressions pour ces échelles.

L’effet contexte*genre*expression est significatif pour plusieurs échelles, dont celle d’émotion de dégoût (F (8, 909.493) = 2.380, p = .028, η²p = .015), et celles d’intentions sociales de menace (F (8, 691.623) = 2.340, p = .047, η²p = .015) et de protection (F (8, 640.737) = 2.749, p = .026, η²p = .018). En approfondissant ces résultats en réalisant une nouvelle ANOVA à mesures répétées en partageant nos données selon le genre des stimuli (Annexe

supplémentaire 2b), nous pouvons voir que l’interaction contexte*expression, comme vue précédemment, est à nouveau significative. Cela veut dire que selon le genre, l’effet du

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