HORACE, Odes, I, 33 A Albius Tibulle Corrigé
Justifications
decantes : 1) decantare,o,aui,atum, chanter sans discontinuer, rabâcher 2) subj. prés. A. 2ème p. sg.
3) verbe principal, subjonctif d’ordre praeniteat : 1) praenitere,eo, l’emporter sur quelqu’un
2) subj. prés. A. 3ème p. sg.
3) a) verbe de la p2 interr. indirecte introduite par “cur”
b) simultanéité dans un context present fide : 1) fides,ei, f., la confiance, la parole donnée 2) abl. f. sg.
3) sujet de l’abl. absolu
cui : 1) qui,quae,quod, pron. relati, qui, que 2) dat. f. sg.
3) a) dat. car compl. indir. du verbe “placet”
b- f. sg. car antéc. = “Ueneri”
ioco : 1) iocus,I, m., la plaisanterie 2) abl. m. sg.
3) abl. car cum + abl. – compl. circ. de manière Traduction littérale
Albius, ne souffre pas excessivement, te souvenant de la cruelle Glycère ou ne rabâche pas de misérables élégies, (à chercher) pourquoi un plus jeune l’a emporté sur toi, sa parole donnée (de Glycère) ayant été trahie.
Ainsi sembla-t-il bon à Vénus, à qui il plait d’envoyer des formes physiques (des corps) et des âmes sous un joug d’airain, par un jeu cruel.
Commentaire
1. Catulle et Tibulle ont tous les deux vécu une relation passionnée avec une jeune femme pour se confronter ensuite à l’infidélité et donc connaître la trahison de la parole donnée (talis iniuria, Catulle - Carmen 72 – laesa fide - Horace, Ode I, 33) Face à cette trahison, les deux amants ont d’abord connu la jalousie face au rival (Ille mi, où Catulle, dans le Carmen 51, idéalise le rival et iunior tibi praeniteat, chez Horace, Ode I, 33, où il amène son ami à reconnaître le succès du rival plus jeune).
Ensuite ils ont ressenti une profonde souffrance : Catulle se declare malheureux (Miser Catulle – Carmen 8) et le ne doleas de l’Ode d’Horace, fait référence à la douleur de Tibulle.
Et cette souffrance est accompagnée de mélancolie que les deux jeunes gens
expriment dans des élégies plaintives ; Catulle, en effet, avoue ses tourments dans le Carmen 8 (Miser Catulle, desinas ineptire, “Pauvre Catulle, cesse de perdre la tête”).
Horace fait allusion aux élégies tristes que rabâche son ami, Tibulle(miserabiles decantes elegos).
Les deux amants, dans des circonstances similaires, la disillusion amoureuse, ont donc sombré dans le même genre de tourments mélancoliques.
2. Face à la plainte mélancolique de son ami, Horace l’exhorte vigoureusement à se ressaisir et à sortir de l’appitoiement sur soi. C’est très bien exprimé dans les deux orders négatifs : ne doleas plus nimio, “ne souffre pas excessivement” et le neu decantes, “ne rabâche pas”.
3. Horace décrit la passion amoureuse comme une sorte d’attraction de corps et d’âmes qui ne vont pas ensemble, impares formas atque animos. De plus il semble l’attribuer à un jeu cruel, saeuo ioco, voulu par Vénus.
Sa vision de l’amour est donc fort pessimiste.
4. Horace considère que la passion amoureuse mène bien vite à la souffrance. Et donc, pour éviter de souffrir, il prône la maîtrise de la passion. Il invite en effet à ne pas trop s’investir afin de ne pas souffrir.
Cette attitude rejoint celle du stoïcisme où le sage ne doit pas se laisser submerger par la passion et perdre la raison; il doit faire preuve de uirtus, attitude digne de l’homme qui fait prevue de maîtrise de soi. Et ce, dans le but de se conformer à sa Destinée.
Les deux philosophies prônent donc la maîtrise des passions, mais l’épicurisme dans le but individual de ne pas souffrir, tandis que le stoïcisme vise un objectif collectif supérieur : se conformer au Destin.